RSS
RSS
Chroniques de l'Ombre et de la Lumière

LIVRE I
Quand le salut ne réside plus qu'en l'ennemi.
Que choisir ? La Fin ou l'Union Sacrée ?
 







Nous sommes en Mai 2215 !

Partagez | 
 

 Un démon en promenade

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Cecil Osbern
Invité
avatar


MessageSujet: Un démon en promenade   Lun 29 Sep - 19:07



Les encombrements parisiens ... On aurait pu espérer qu'ils n'étaient plus qu'un lointain souvenir relégué à l'avant apocalypse... Eh bien, non. Malgré le prix prohibitif d'un véhicule, malgré le coût du carburant, Paris trouvait le moyen d'être encombré à la tombée de la nuit. Comme une femme qui trouve toujours le moyen de se parer de quelque petit bijou pour rutiler, même si elle est pauvre. Le chauffeur de taxi faisait bien son possible mais sa voiture ne volait pas... Ils étaient coincés dans une sorte d'escargot de circulation au Trocadero et avançaient à peu près à la vitesse du gastéropode. Apocalypse ... le fil de ses pensées le ramena à la raison de sa présence dans ce taxi parisien. Il se remémora dans un froncement de sourcil, sa conversation avec Joana. Elle savait y faire avec lui quand il s'agissait de le convaincre de travailler pour elle . Il l'avait croisée dans les couloirs du palais, l'air fort contrarié. Bien qu'elle s'efforça de cacher ses préoccupations sous une apparente légèreté, Cecil savait décoder les petits signes subtils de la colère chez la jeune femme. Le petit pli qui lui barrait le front, le lobe des oreilles un peu rouge, le frémissement du nez. Elle lui avait fixé un rendez-vous dans sa chambre en plein milieu de la nuit. Cela ne manquait sans doute pas de faire jaser mais il s'en contre balançait royalement. Joana pour lui, était une espèce d'amie. Ce qui les liait ne s'encombrait pas de liens d'obligation et de hiérarchie même s'il lui devait d'être dans entré dans le plus fermé des cercles de vampires. Ils se respectaient mutuellement pour des raisons différentes. Il aimait à penser qu'une sorte de loyauté réciproque les liait, mêlée d'estime et d'un minimum de confiance. Ce que pouvaient penser les autres concernant leur relation, lui importait peu, du moment que cela ne lui nuisait pas. Quant à Joana, elle était largement capable de se défendre toute seule si certaines allusions revenaient à ses jolies oreilles affutées.

********


Les bras croisés sur le torse, au milieu de la chambre de la jeune femme, il la regardait ranger ses parfums sur sa coiffeuse. Elle aimait toujours le faire attendre. C'était une sorte de jeu entre eux.

- Tu t'es lassée de l'air du temps ? Tu veux mon avis sur un nouveau créateur ? Demanda-t-il un rien taquin.

La jeune femme était connue pour son côté frivole et ses goûts changeants en matière de mode et de beauté et il n'était un secret pour personne que Cecil, malgré sa carrure de déménageur avait frayé dans ces milieux des années auparavant. Elle secoua la tête, faisant voler ses boucles brunes qui s'échappaient du chignon.

- J'aurai plutôt à te parler d'un marchand d'eau bénite.


Cecil avait décroisé les bras, un petit sourire narquois aux lèvres.

- Tu vas te marier à l'église et tu veux que je sois ton témoin ? Dit-il en s'avançant pour aider la jeune femme à actionner le fermoir de son collier. Joli, ce sautoir. Cadeau d'un admirateur ? Poursuivit-il en effleurant la nuque de Joana.

Elle éluda d'un air agacé et il comprit que l'heure était grave. Il savait les limites à ne pas dépasser avec elle. Même si elle ne pourrait jamais le soupçonner de vouloir la séduire, quand l'heure était aux affaires sérieuses, elle savait le remettre en place de ses badinages détachés et innocents. Il avait parfois l'impression d'être son eunuque personnel, comme si la vie ou la non vie, ne leur laissait guère que cette option. Il savait que si son coeur n'avait aimé une autre avant, au point de vouloir en mourir lorsqu'il l'avait perdu, il tiendrait déjà Joana dans ses bras mais le destin en avait décidé autrement, ne lui accordant d'éprouver pour une autre que de l'amitié ou de l'estime. A son égard, il s'autorisait même secrètement l'admiration mais se gardait de le laisser paraître.


********


Il se souvenait encore de ses recommandations de la nuit précédente lorsque le taxi s'engagea dans le parking souterrain de l'aéroport pour venir se garer dans la zone desserte rapide. Il paya la course et saisit la petite valise de cuir brun que lui tendait l'humain puis s'engagea dans le sas qui menait aux ascenseurs. Consultant le billet que Joana lui avait remis, il se plaça dans la file d'attente pour faire les enregistrements puis cela fait se dirigea vers la salle d'embarquement. Il le repéra immédiatement ... L'odeur si forte et fascinante des anges non déchus. Il réprima un petit rictus en sentant ses canines s'allonger mais alla néanmoins s'asseoir à côté de l'homme d'église.

- Il fait frais ce soir, mon père, ne trouvez-vous pas ? Puis lorgnant le petit livre. Je préfère Du Bellay pour ma part.

Revenir en haut Aller en bas
Cecil Osbern
Invité
avatar


MessageSujet: Re: Un démon en promenade   Lun 29 Sep - 19:09



Un mouvement de tête pour rejeter ses cheveux indisciplinés en arrière, les paupières mi-closes qui ne laissaient filtrer qu'une parcelle du sombre regard, lui conférant une dangerosité de bon aloi. Alexandre, releva le menton et laissa l'homme de foi faire son show. Fort bien préparé au demeurant. Il se demandant même si la fillette n'avait pas été louée pour l'occasion mais se montra pourtant neutre, muet et patient avec elle. Son côté ingénu et naturel lui rappela quelque peu la petite Clara. Il n'interrompit nullement l'homme en habit sombre et le laissa tenir le rôle du saint Bernard à la rescousse de la femme et de l'enfant. La veuve et l'orpheline, peut-être ? Il se prit même à considérer la tenue vestimentaire de la maman pour y déceler les traces du deuil. Comme c'était poignant... Le vieux débris qui se déployait douloureusement pour rendre à la mère son enfant. "Le seigneur est ton berger" murmura-t-il un rien ironique . Lorsque le vieil homme se tourna enfin vers lui, les flammes de l'enfer dansèrent pourtant dans les yeux du vampire alors qu'il était à présent dégagé de tout témoin embarrassant. "Pas de vagues pas d'esclandre, pas de réponse directe aux provocations devant d'autres personnes " avait dis Joana. Le macédonien savait se tenir. Sang froid et réflexion dans un corps toujours paré à répondre. Il se leva à son tour, lentement mais avec une souplesse plus féline.

- Je pense que nous pourrions écrire des pages de laudes sur nos regrets mutuels à devoir nous supporter. Je ne pense pas être un auteur très consommable en métrique mais je suis un lecteur averti et plutôt féru de sociologie, ce qui, vous en conviendrez, nécessite un solide sens de l'humour, en effet.

Se tournant complètement vers l'homme de foi, il lui adressa un sourire vitriolé avant de poursuivre.

- Rassurez-vous, vous n'êtes pas encore indigent et sénile. La surdité n'a rien à faire dans l'histoire. Je ne m'étais pas encore présenté, préférant m'assurer que j'avais bien à faire à la bonne personne et non à un prêtre défroqué prenant son avion pour les Philippines et quelques missions de conversion.

Le toisant un peu trop durement il attendit de voir la réaction de l'évêque quant à la nouvelle qui déchainait la presse à scandale au sujet d'un prêtre peu scrupuleux qui convertissait les jeunes garçons en prêchant un amour du prochain assez particulier. La une des quotidiens ne tarissait pas de détails assez glauques sur le ministère du jeune officiant auprès de ses paroissiens et Joana n'avait pas manqué de glisser cet atout dans la manche d'Alexandre. "Qu'il vienne nous donner des leçons de moeurs et nous le renverrons à ses vêpres ! ". Le vampire avait eu un sourire étrange en se souvenant des méthodes du curé de son quartier étant enfant. Fort heureusement pour lui et pour le prêtre, il avait déserté les cours de catéchisme assez rapidement avant que l'homme en soutane ne dispense sa "bonté" mais il avait été proprement écoeuré de ce que les camarades lui racontaient le soir, à la salle d'entraînement qu'il fréquentait alors. Cela l'avait conforté dans sa croyance très personnelle qui tenait en quelques mots: "cultive ton corps avant ton esprit car le premier défendra le second mieux que l'inverse" . En tout cas, le précepte s'était avéré payant pour lui.

Alexandre avait donc naturellement préféré que la main de Monseigneur Rabier reste suspendue dans les airs plutôt que de le toucher et tout aussi naturellement décliné l'usage de la liberté qu'il lui offrait d'aller s'asseoir vers les siens. Il l'avait fait pour deux raisons. D'une, il n'avait pas à fuir l'homme d'église, n'ayant rien à craindre de lui physiquement (une clef de bras et le papy se verrait contraint de laisser sa fiole d'eau bénite dans les replis de sa soutane) et deux, il n'avait certainement pas l'intention d'obéir à quelque injonction du curé. Mal séant et mal poli qui plus est. L'abstinence subordonnait-elle le manque de respect envers les femmes ? Alexandre avait cependant différé sa réplique cinglante en voyant la fillette égarée en arrêt devant lui mais à présent il avait envie de remettre le fossile en place.

- Pour ce qui est d''emmerder", notre ambassadrice sait mieux se tenir que vos séminaristes sans doute parce qu'elle nourrit son esprit et son corps de façon équilibrée. Lança-t-il en jetant à Julien un oeil sévère qui contrastait avec son langage ordurier.

Tout était ainsi , fait de contrastes en cet homme qui avait grandi dans les bas-fonds mais côtoyé les plus hautes sphères. Il pouvait déverser des pestilences sur quelqu'un avec les manières d'un grand bourgeois.

- Je suis Cecil Osberne, envoyé par qui vous savez pour aller discourir de notre "entente cordiale" avec vos supérieurs. Mes amis m'appellent Alexandre en référence au grand empereur qui naquit sur ma terre natale mais je suppose que vos connaissances historiques sur la Macédoine et votre amitié à mon égard ne portent pas assez loin pour me donner de l'Alexandre...

Soulevant son sac qui contenait, outre ses vêtements quelques revues et bons livres qui lui serviraient également de poids pour sa musculation quotidienne, il changea pour un sourire archangélique et demanda d'une voix doucereuse, tout en se dirigeant vers la salle d'embarquement.

- Monseigneur souhaite-t-il que je porte son sac d'office ?
Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut Aller en bas
Cecil Osbern
Invité
avatar


MessageSujet: Re: Un démon en promenade   Lun 29 Sep - 19:10



Le Père Rabier l'ignora superbement. Il dut admettre que le petit vieux avait un certain panache. Affichant un visage impavide, Cecil le suivit dans la file d'attente et se soumit aux vérifications d'usage, non sans remarquer l'air étonné du douanier qui avait du sentir sa nature. Un vampire collant aux basques d'un évêque , voilà qui avait de quoi surprendre. Joana avait été très claire. Il ne devait pas lâcher le curé dès la prise de contact et faire des efforts pour ne pas marquer sa répulsion. Le macédonien retint un soupir en suivant l'hôtesse qui le guidait en première. La soutane avait délibérément choisi de s'asseoir en seconde classe. Fausse marque d'humilité ou façon d'exprimer une antipathie naturelle. La mission s'annonçait délicate. Il allait devoir supporter ce gus durant tout le séjour. Si les premières vexations qu'il lui avait infligé n'avaient fait qu'agacer son sens de l'humour, compromettre la réussite de la médiation que lui avait confié l'ambassadrice contrariait grandement l'immortel. Si devant l'assemblée papale qui allait les recevoir, le vieux ne se montrait pas plus conciliant, la crédibilité d'un accord possible serait pour le moins mise à mal. Si Joana l'avait choisi pour cette tâche, c'est qu'elle le jugeait le mieux placé pour la mener à bien avec succès mais il ne pouvait pas tout faire seul. L'autre devait aussi prendre sur lui.

D'ailleurs, Monseigneur avait sans doute tout intérêt à réussir sa mission lui aussi. Il devait très certainement rendre des comptes à son archevêque. Alors pourquoi tant d'animosité ? Etait-ce une inimitié personnelle et incontrôlable qui dépassait le cadre de leur nature ? Sans faire semblant de se vouer une sorte d'amitié, il leur fallait au moins tenter de donner l'impression de neutralité requise l'un envers l'autre. Cecil n'avait pas bronché lorsque l'hôtesse lui avait désigné sa place en bord d'allée bien qu'il eut préféré être près du hublot. Il avait docilement bouclé sa ceinture, à la fois soulagé et ennuyé que le prélat ne voyageât pas de concert avec lui. Peut-être que leurs supérieurs avaient jugé plus prudent de s'arranger pour qu'ils n'eussent pas des places contigües pour la sécurité du vol. En y réfléchissant bien, une promiscuité dans l'espace confiné d'un avion entre le vampire et l'homme de foi était peut-être un peu risqué. Cette relique en soutane lui donnait une envie folle de lui sauter au cou et de lui briser la nuque. Boire son sang risquait d'être indigeste, en supposant que ce fut envisageable, mais lui tordre le cou était une option tout à fait agréable à envisager que Cecil devait s'efforcer de rejeter avec force. La mission, la mission, la mission! Il ne put réprimer un mouvement des yeux en direction du plafond de l'appareil lorsqu'il vit arriver Rabier grommelant. Il fit alors mine de tripoter le bouton qui allumait le plafonnier pour ne pas paraître désobligeant. Soit, on avait remis l'Evêque à sa place, c'est à dire la première classe. Il y avait du avoir une erreur. Dommage, il allait, au mieux devoir supporter sa proximité et au pire, sa conversation. Nerveusement et comme un enfant, il ouvrit le diffuseur d'air frais qui lui fit voler la tignasse comme un sèche cheveux.

- Monsieur, veuillez attendre que l'appareil ait décollé pour modifier la climatisation. Lui susurra la jeune femme qui arpentait la travée.

Cecil émit un grognement et coupa l'arrivée d'air. On s'amusait comme on pouvait ... Il décida enfin de répondre aux commentaires de son compagnon de voyage.

- Il faut croire que là-haut, il préférait vous voir poser votre fondement ici plutôt que là-bas. Il est facétieux, vous savez.Peut-être qu'il m'épargnerait pour me laisser à ma damnation éternelle et peut-être qu'il vous éjecterait sur les genoux de St Pierre au moment où ce dernier compte ses clefs. Je vous laisse imaginer la taille de la clef du paradis

Cecil eut devant les yeux l'image furtive et fort plaisante de l'homme de foi s'empalant sur une grande clef dorée et tourna la tête vers la travée pour dissimuler sa féroce envie de rire. Il déplia fort à propos et commença à feuilleter une revue d'Arts et Sciences qu'il avait extrait de sa mallette juste avant de la poser dans le compartiment à bagages au dessus de sa tête.

- Pas mis les pieds aux Philippines. En revanche, je connais très bien Hong-Kong ... Et Rome pour les mêmes raisons. Les défilés ... Rome ... serait magnifique sans les humains qui la ternissent. Ils auraient du la déserter sitôt qu'elle a été achevée. Rien n'est parfait en ce monde. Laisser les humains habiter Rome, c'est comme pique niquer tous les jours en posant son cul sur un Botticelli. Souillée, cette ville est autant souillée par les fientes de pigeons que par l'activité des mortels. Poursuivit-il en posant son bras sur l'accoudoir, coinçant ainsi la manche de la soutane.

Il pensa pour lui-même qu'il n'était pas du tout dans l'axe de sa mission et malgré la jubilation qu'il éprouvait à exprimer ces vérités, il ne put s'empêcher d'entrevoir l'air courroucé de Joana si ses propos lui venaient aux oreilles. Il baissa la revue et la posa sur ses genoux et reprit avec un sourire aimable:
- Et vous ? Je suppose que vous avez du faire de fréquents aller et retours étant donné votre charge ?


Revenir en haut Aller en bas
Cecil Osbern
Invité
avatar


MessageSujet: Re: Un démon en promenade   Lun 29 Sep - 19:16



Cecil faillit demander ce qui était regrettable. Sa damnation, sa prédilection pour les défilés ou les fientes humaines salissant la ville éternelle mais il fut rapidement éclairé par le changement de ton du patriarche de la curetaille parisienne. Comme il avait appris la politesse, il le laissa finir ses tirades successives sans l'interrompre tandis que les réponses s'ordonnaient immédiatement dans son esprit affûté. Il perçut la crainte sourde chez le prélat. C'était bien, sans doute, ce qui les différenciait le mieux. La crainte de tout, de rien, de ce qui pourrait advenir. Finalement, qu'avaient à redouter les vampires, de la part des hommes, qu'ils n'avaient déjà subi ? Une chasse, une persécution, un génocide ? Allons donc ! comme si ces petits mortels n'avaient pas déjà essayé par le passé de les anéantir... En revanche, il pouvait comprendre que le Père Rabier se soucie de la température et des tendances dans les hautes sphères vampiriques qu'il était, lui, Cecil Osbern, censé représenter dans cette négociation. Il trouva pourtant très insolent de la part du religieux de contredire le sentiment qu'il transpirait par des propos très présomptueux. Pourtant, il attendit patiemment que le vieux ait fini et émit un petit claquement de langue qui n'augurait rien de bon, suivi d'un soupir et d'un haussement de sourcils significatif.

- Vous allez nous garder de la main de Dieu ? C'est trop aimable, vraiment. Bien que je ne voie pas pourquoi vous vous y contraigniez. Sauver de l'ire divine une engeance si méprisable que la notre ?

Il se tourna de trois quart pour bien soutenir le regard du prêtre.

- Soyons bien clairs en effet, pour ma part, je ne méprise pas les humains pour ce qu'ils sont, après tout, ils n'ont pas choisi leur condition, mais pour ce qu'ils font.

Les yeux plissés, il fit mine de réfléchir avant de poursuivre.

- Mon cercle ne fait aucune autre pression sur vous que celle qui échoit naturellement à votre espèce face à nous. Notre condition réciproque fait que nous sommes les chasseurs et vous les proies. Certains des miens ne valent guère mieux sur le plan de l'intelligence que les pires d'entre vous. C'est bien normal puisqu'ils sont, à l'origine, d'essence humaine. Mon seul souci, celui de la Couronne, est que, si on ne régule pas l'équilibre entre nos deux clans, une pénurie risque de voir le jour. Ce serait fâcheux pour nous, mais plus encore pour les vôtres, car si nous ne pouvons plus nous nourrir, cela signifiera que les humains ont disparu de la surface du monde. Notez bien que nous avons encore l'option dégradante d'adopter votre mode alimentaire en consommant des animaux, mais ...

Il eut un geste de dégoût avec la main pour signifier qu'il écartait cette possibilité.

- Je crois que ce qui vous anime est plutôt de vous assurer que nous allons contenir les abus de certains d'entre nous qui pratiquent une chasse intensive et non raisonnée. Vous menez en cela fort bien votre tâche de préservation des brebis. J'en suis admiratif car peu d'humains auraient le courage de s'exposer, comme vous le faites, pour sauver leurs semblables d'une extinction annoncée. Enfin... Il haussa les épaules avec un petit rire. Peu de vampires aussi en vérité, je dois bien l'avouer. Mais on est homme de foi ou on ne l'est pas, n'est ce pas mon cher Julien ? Vous permettez que je vous appelle Julien ? Nous sommes dans la même arche finalement. Ironisa-t-il.

Il reprit sa revue et continua à parler au prêtre tout en regardant les photos d'un air désinvolte, de sorte que sa voix un peu étouffée parvenait au religieux à travers le papier glacé. Il la tourna même à la verticale et déplia une double page rappelant étrangement les messieurs qui reluquent un autre type de clichés.

- Admirable ... Quelle beauté , quelle pureté dans les formes... Qu'en pensez-vous?

Il mit sous le nez de l'évêque la photo en pied de la vierge de Fatima.

- Vous voyez, je me documente. Je ferai comme si je n'avais pas entendu que vous avez l'audace de me dire comment mener ma mission. Quant à ce que je vous serais censé vous devoir, je veux bien consentir à admettre que je vous devrais d'avoir terrorisé quelques pages de la garde suisse lorsque je l'aurai fait.

Il se cala à nouveau dans le fauteuil et se passa la langue sur les lèvres.

- J'ai le gosier sec! Dit-il avec un regard en coin. Voulez-vous une eau mon Père ou un whisky pour m'accompagner ?

Il fit signe à l'hôtesse au bout de la travée pour lui commander quelques boissons.

- Ma damnation, voyez-vous, n'a pas grand chose à voir avec votre Dieu. Je la dois à des humains ... Et elle ne prend pas la forme que vous imaginez. Je vis assez bien d'être un vampire. Je ne veux d'ailleurs rien de spécial à votre patron. Je douterais même de sa véracité si je ne savais que l'eau bénie nous brûle. Encore que... Peut-être plus tard aura-t-on une explication très rationnelle et scientifique au phénomène. J'ajouterai que j'ai assisté à des formes étranges de la manifestation de son amour qui ne plaident guère en sa faveur...

Il se tut et se replongea dans la contemplation du cliché de la Vierge tandis que l'hôtesse s'avançait dans leur direction d'un pas chaloupé par les trous d'air. Il ne dirait pas au curé que sa damnation était d'avoir perdu sa femme dans un attentat perpétré par le Clan. Il ne dirait pas que c'était supporter son éternelle absence qui lui consumait le cœur. Ce qu'il dirait à Rabier, en revanche, avant qu'ils ne rencontrent le conseil papal, c'est que lui aussi avait ses conditions pour réguler et réduire le nombre des victimes humaines.

Revenir en haut Aller en bas
Cecil Osbern
Invité
avatar


MessageSujet: Re: Un démon en promenade   Lun 29 Sep - 19:19



Le vampire retint un grincement de dents alors que l'autre évoquait un pardon qu'il n'avait pas à accorder. Croyait-il que par le simple fait d'exister ou sa présence, il pût inquiéter Cecil Osbern ? A peine avait-il relevé l'allusion du prêtre à sa petite taquinerie sur les goûts avérés de certains hommes d'église pour les enfants de choeur. Le vieux était capable d'auto-dérision, voilà qui allait lui servir pour la suite. L'ambassadeur de la Couronne crut pourtant nécessaire de rendre les débats plus sereins et tint à préciser les choses.

- Il faut que vous compreniez que je sais faire la part des choses. Ici, même si je ne dis jamais à la légère, c'est plus l'individu qui vous parle que l'émissaire. Là-bas, je pèserai mes mots encore bien davantage. Je pèse toujours mes mots avec application quand je travaille et si j'ai été mandaté pour mener à bien cette mission à vos côtés, ce n'est pas un hasard. J'ai à coeur qu'elle réussisse. Pas pour les mêmes raisons que vous, bien entendu. Nous défendons des intérêts très différents mais qui pourtant convergent en cette occurrence. Que cela ne nous plaise pas foncièrement de devoir collaborer semble évident et même sain, mais nous n'avons pas le choix. Je suis bien au fait de la situation contrairement à ce que vous semblez penser. Croyez-vous que les hautes sphères de la Couronne sont assez stupides pour envoyer au casse pipe un mandataire sans l'informer de ce qu'il doit savoir ?

Il replia d'un geste nerveux la revue, saisit le verre que l'hôtesse lui servait et dévisagea, comme s'il le découvrait pour la première fois, l'homme en soutane.

- Croyez moi, vous avez une chance incroyable que le poids ne pèse pas en faveur des plus extrémistes d'entre nous dans les orientations actuelles. On m'a d'ailleurs choisi pour cela, outre mes qualités de négociateur. Je suis un modéré. C'est un choix que j'ai fait il y a longtemps parce que j'ai vu le visage de la démesure. Il n'est pas souhaitable ni pour les miens, ni pour les vôtres. Votre mépris m'amuse mais fait de vous un bon soldat de Dieu.

Il marqua un temps d'arrêt pour laisser planer le suspens.

- Vous êtes un pantin mais pas entre mes mains. Votre bourreau, celui qui vous asservit est tout près de vous. Il trône sur votre poitrine. Il se joue de vous, vous soufflant tantôt de mener une guerre sans merci contre ceux qu'il désigne comme son pire ennemi, tantôt de pardonner et de tendre l'autre joue. Comment croire en un chef qui change aussi souvent de discours que le vent de direction, sinon en étant précisément ce que vous prétendez ne pas être ...

Il avala une gorgée du liquide ambré qu'il avait commandé et fit tinter les glaçons dans le verre.

- Vous vous amusez bien mon père ? Vous avez aussi apporté des gousses d'ail et des crucifix d'argent pour me les planter dans le coeur pendant mon repos ?

Cecil eut un petit rire caustique et reposa le verre sur la tablette avant de fixer le dossier du fauteuil devant lui d'un air songeur.

- Il n'y a pas à dire, l'espèce humaine est condamnée à l'aveuglement. Au moins, nous les vampires avons ouvert les yeux sur une réalité. Dieu est un fieffé menteur. Il prétend aimer toutes ses créatures et vous le croyez sans réfléchir.


Il secoua lentement la tête comme pourrait le faire un professeur devant un élève trop naïf.

- Que pensez-vous que nous soyons , mon Père ?

Il plissa les yeux comme pour essayer de sonder les pensées du vieil homme.

- On vous a probablement enseigné que nous étions des créatures du Malin.

Il éclata d'un rire un peu trop fort et se caressa le menton pour juguler une féroce envie d'en griller une. La plaie des avions ! Il se serait bien fait un espace fumeur sur l'aile.

- Cet enseignement n'est pas complètement erroné mais ce qui nous différencie c'est que l'opinion de certains d'entre nous diverge de la votre au sujet de son identité.

Il se remémora à ce sujet des rapports sur les activistes les plus extrêmes qu'il avait eus entre les mains avant son départ. Non vraiment, il fallait qu'il mette cette relique de cathédrale au parfum.

- Voyez-vous, il y a trois tendances actuellement parmi les nôtres. L'une ne croit simplement pas à votre entité du haut, pas plus qu'à une du bas. Pour eux, les vampires existent depuis que tout existe. Ils sont partie intégrante de l'univers et se nourrissent de sang humain depuis la nuit des temps. C'est ainsi. Il n'y a pas de raison à chercher à cela. Pas plus qu'au sujet du régime alimentaire des lions ou des pingouins.

Cecil prit le temps de considérer la simplicité qu'apportait cet angle de vue et se garda bien de révéler qu'il le partageait. C'était beau et imparable.

- Certains autres pensent que nous sommes d'essence supérieure parce que forgés par une force qui dépasse les autres, une entité qui régit tout. Vous la voyez comme une manifestation du Mal alors que certains d'entre nous y voient au contraire l'expression de la pureté et un hommage à la vie. Les vampires seraient des êtres crées par cette force pour rappeler à l'humanité que la vie doit être ce qu'il y a de plus précieux et qu'on doit être prêt à tout pour la prolonger. Ils sont bien plus virulents que les précédents car la condition humaine est méprisable pour eux. Heureusement que la nécessité d'assurer la pérennité des repas les contient sinon ils s'adonneraient aux massacres par certitude d'être supérieurs. Enfin, certains de ceux qui pensent ainsi finissent malheureusement par rejoindre le courant le plus subversif, le plus dangereux pour vous, comme pour nous, même s'ils ne partagent pas la conviction maîtresse de ce mouvement. Mener une croisade attise leur soif de sang même s'ils n'adhèrent pas nécessairement à l'idéal.

Le macédonien se laissa aller à un petit sourire en se souvenant de leur fou rire à Joana et lui lorsqu'ils avaient essayé de donner un nom aux trois courants. Ils avaient convenu entre eux d'appeler les premiers "sceptiques", les seconds " allumés" et les derniers " renégats". Ce n'était pas charitable de se moquer ainsi de leurs semblables en les affublant de noms aussi caricaturaux mais quand on était au renseignement vampirique, il fallait acquérir une certaine faculté à rire sous peine de devenir lugubre. Le compte rendu sur les activités des derniers ne prêtait d'ailleurs pas précisément à rire. Allait-il en donner quelques extraits à l'homme d'église pour le faire frisonner ? C'était tentant.

- Quelle est votre opinion au sujet de Lucifer ? Je ne vous ferai pas l'insulte de vous rappeler la place privilégiée qu'il tenait auprès de votre "Père" avant sa disgrâce, mais qu'en pensez-vous, vous, en votre qualité d'homme d'Eglise et en tant que simple homme ?

Il repensa alors à ce mystérieux individu que la Couronne cherchaient à identifier depuis des siècles et qui prétendait démasquer la plus grande supercherie de tous les temps en convoquant un débat oecuménique. Il avait lu les écrits de cet individu et il eut le souvenir très précis du malaise qu'il avait ressenti une fois la lecture achevée. L'exposé était brillant et séduisant, le propos très simple et pourtant doté d'une telle force d'évocation, comme si les arguments n'étaient pas simplement avancés comme étaie d'une simple théorie mais appuyé sur des faits vécus. La nature de l'écrivain ne faisait aucun doute: c'était l'un des leurs. Et pourtant, il posait les humains et les vampires sur un pied d'égalité, tous victimes de cette tromperie. Jouets d'une même entité machiavélique qui les avaient condamnés tous à subir une éternelle malédiction. Oui, cette révélation avait troublé tous ceux qui, au sein de la Couronne avait porté leur regard sur ces pages. L'individu était dangereux car il remettait en cause tous les fondements d'un système qui fonctionnait malgré des heures chaotiques depuis des lustres. Le Père Rabier avait-il eu vent de ces écrits ? Ou bien le Vatican ? Etait-ce la raison qui le poussait à envisager une guerre totale contre les vampires, dans l'espoir de faire taire définitivement celui qui menaçait d'ébranler leur Foi ? Si même la Couronne peinait à l'identifier alors qu'il était un immortel, comment l'Eglise le pourrait-elle ? L'extermination totale n'était-elle pas la seule garantie de l'éliminer ?

- Les Vampires vous ont jusque là bien arrangé ou tout du moins épargnés, vous et les vôtres. Ils vous sont utiles et vous donnent un rôle salvateur parmi les hommes...


"Mais si l'un d'eux se mettait en tête de lever une armée contre vous, de dresser l'humanité contre celui qui se prétend son créateur ..." Songea Cecil pour lui-même.

Les débats avaient été rudes au sein du Conseil. Devait-on aborder le sujet lors de la rencontre avec le prélat de Rome ? Ne serait-ce pas divulguer des affaires internes aux forces vampiriques, avouer une impuissance à contrôler chaque immortel ? Ne serait-ce pas livrer en pâture un "frère" à la vindicte ennemie ? Certains ne prenaient pas la menace vraiment au sérieux. Jamais cet "illuminé" n'aboutirait dans sa quête et il fallait juste attendre qu'il trépasse devant un vampire plus fort que lui. Il finirait bien par commettre un faux pas, se faire prendre. On l'emprisonnerait pour l'empêcher d'agir et les choses rentreraient dans l'ordre d'elles-mêmes entre les vampires et leurs proies. La conclusion avait été qu'il ne fallait pas aller chercher l'aide de l'Eglise pour accomplir une tâche qu'on était incapable de mener à bien mais qui se résoudrait d'elle-même. Pourtant la légende perdurait et des incidents continuaient d'émailler le cours de l'Histoire de haine entre les vampires et les hommes. On avait retrouvé des extraits du manifeste chez plusieurs couples "mixtes" qui s'étaient suicidés. On faisait état périodiquement de rassemblements se déroulant le plus souvent loin de Paris, en province dans les lieux les plus reculés. Cecil avait même été envoyé en mission " à la campagne", où il s'était d'ailleurs prodigieusement ennuyé. On avait une piste, mais pas de certitudes. Certains traits du suspect cadraient avec le profil dressé mais d'autres détonnaient. Cecil s'était promis de mieux cerner le sujet car il avait l'étrange impression qu'ils étaient "passés à côté de quelque chose " au sujet de ce type.

Pour autant, et malgré les recommandations de la Couronne, il avait furieusement envie de clouer le bec à ce Julien qui lui balançait à la gueule comme un poisson pourri qu'il n'était pas au fait des tenants et des aboutissants de l'enjeu et lui laissait entendre qu'il retenait la main de Dieu de lâcher les sept plaies d'Egypte sur le malheureux peuple des Immortels. Il se serait bien donné la joie de botter le fion à ce curé en lui apprenant que c'était lui, représentant de la Couronne qui essayait de sauver leur soutane en les dissuadant d'entrer dans une logique de guerre avec certains vampires qui n'attendaient que cela pour lancer un Jihad de réécriture de l'Ancien Testament.

- La pire des fins serait de priver vos fidèles de leur Foi, ne croyez-vous pas ? Nous préférons qu'ils croient car ils sont moins pénibles à gérer et vous avez besoin de leur Foi. Je crois que nous avons là matière à un terrain d'entente.

Tout en finissant son whisky, le sociologue croqua un glaçon et ne put se retenir de murmurer.

- Je crois que vous adoreriez vous entretenir avec Mentis Irae ... Il enchaîna aussitôt plus fort.C'était bien tenté de me faire crever en rendant mon verre toxique mais je crois que les camps d'entrainement de la Couronne m'ont trop bien préparé à toutes vos fourberies et puis, soyons sérieux, tuer l'émissaire des non morts, ça jetterait un froid dans les négociations... Je vous fais confiance pour l'hôtel, surtout si Joana a approuvé.

Revenir en haut Aller en bas
Cecil Osbern
Invité
avatar


MessageSujet: Re: Un démon en promenade   Lun 29 Sep - 19:21



Un vieux acariâtre, voilà ce qu'on lui avait collé dans les pattes pour tenter d'éviter de donner raison aux prédictions d'un fou. Alors que l'avion amorçait sa descente vers l'aéroport, Cecil mesura le gouffre qui béait entre l'homme en soutane et lui-même. S'il n'avait été un vampire agnostique, il aurait eu envie de sauter à la gorge du prêtre pour lui faire entendre que certains d'entre les immortels n'avaient pas choisi leur condition et que sa considération pour cette frange de la population semblait bien dépourvue de miséricorde. Le fait que le vampire fut convaincu que les religieux ne servaient qu'une fumisterie leur donnant à justifier leur pauvre existence le retint largement de tout emportement. A quoi bon palabrer davantage, après tout, au sujet de l'attitude d'une entité inexistante envers une portion de ses créatures. Rabier semblait délester le Tout-puissant de toute responsabilité quant à l'existence des vampires. Et sur ce point du moins, ils se rejoignaient. C'était foutaise que de se réclamer créature de Dieu et qu'un immortel certainement frappé de sénilité prétende le contraire n'allait pas troubler l'ordre établi qui convenait à une grande majorité. S'il pouvait comprendre que certains des siens vivaient mal leur condition, qui leur avait très souvent été dictée par un autre, il préférait les voir abréger leurs souffrances que de proférer de telles inepties. Néanmoins, il était bien obligé d'en faire état puisque ce corbeau emmerdait bien son monde en distillant une sorte de prophétie mystique. Que l'Eglise, en la personne de Monseigneur Julien Rabier, prit cet hurluberlu à la légère était peut-être ennuyeux pour la mission mais pas insolvable. Il fallait voir ce qu'en dirait le Pape.

On y arrivait précisément. Et ce n'était pas dommage. Bientôt, il pourrait s'accorder quelques heures de répit loin du parfum encensé de l'évêque. Finalement, il était heureux que Cecil eût pu se passionner pour l'exposé sociologique de la caste vampirique qu'il avait dû faire au serviteur de la croix. Le temps avait semblé moins long même s'il avait eu l'impression de parler à un garde suisse sourd comme un pot de chambre. Peut-être Rabier l'était -il, sourd ? En tout cas il avait une mine affreuse. Le mal des transports aériens peut-être, ou la proximité prolongée avec une engeance verminesque telle que lui ? Le vieux lui aurait presque fait pitié, s'il avait oublié le mépris avec lequel ce dernier le traitait. Le taxi ne fut pas trop long à les mener à l'adresse indiquée. Un hôtel,charmant à la classe discrète qui convenait parfaitement au négociateur. Il laissa Julien devant l'ascenseur, préférant emprunter l'escalier. Ils étaient au même étage, certainement était-ce voulu. Bien sûr, il fut arrivé avant lui et ne put s'empêcher de lui glisser en passant devant les portes qui s'ouvraient:

- Reposez-vous mon Père et prenez une bonne douche, vous avez l'air exténué et trop vêtu pour la saison. Il faut ménager votre coeur à votre âge. Vous devriez vous détendre avant l'entrevue de demain. Je vous sens stressé à mort.

Une fois entré dans sa propre chambre, Cecil desserra sa cravate, posa sa valise et ouvrit la porte fenêtre qui donnait sur un vaste balcon. La nuit était belle sous le ciel de la Cité romaine. Il tâta sa poche et sortit son étui à cigarettes, cadeau de Joana. Seule concession à ses règles de vie qu'il avait gardées saines après sa mort. Il en alluma une et tira une bouffée en contemplant les étoiles.

Tout de même, ce pauvre vieux ! A quoi ont-ils pensé en lui imposant ça ? Côtoyer ce qu'il exécrait le plus et ce durant plusieurs jours. Ils auraient au moins pu prendre un jeunot. J'aurai essayé de le pervertir même si ce n'est pas trop mon trip. Ca aurait détendu l'atmosphère mais là, ce vieux machin. Manquerait plus qu'il nous claque entre les pattes...

Alors sur les lèvres de Cecil Osbern, un étrange sourire se dessina. Il se saisit du combiné téléphonique posé sur le bureau imitation style renaissance.

- Le standard ? Oui, bonsoir ... Je souhaiterai avoir un avis éclairé... Un de mes amis a besoin de se changer les idées ce soir ... Il vient d'apprendre que l'amour de sa vie l'a très certainement trompé... Oui ... se consoler un peu , voilà ... Le champagne me semble une bonne idée oui mais ... Ahh comment dire, j'ai peur que cela ne suffise guère... Ohh merci vous êtes bien aimable... Hmmm, je pensais à une compagnie plus chaleureuse. Je me doute que ce n'est pas très aisé de trouver au pied levé ... mais Rome ... une si antique Cité, ne peut ignorer ce si vieux métier... Que j'appelle moi-même ? Cela ne correspond pas au genre de service que vous proposez ? ... Eh bien, vous êtes si serviable que si vous me donnez quelques numéros à contacter je veux bien m'en charger moi-même, ce sera plus simple d'ailleurs. Je connais mieux les goûts de mon ami que vous. Oui, oui, je puis vous assurer de notre discrétion. Je saurais me souvenir de votre compréhension en réglant ma note.

Il n'eut pas besoin d'écrire les numéros de téléphone qu'on lui donnait et raccrocha pour appeler le premier tout de suite après. De sa belle voix grave, il expliqua la situation.

- C'est un homme d'église, oui. De lourdes responsabilités. Il sait très bien au fond de son coeur que Dieu a dit aimez-vous les uns les autres, mais depuis quelques temps, il oublie de l'appliquer pour lui-même. Non, il est très habitué à ce genre de chose, sa conscience s'en accorde très bien, simplement, il veut que cela soit discret évidemment. L'établissement est un hôtel convenable, aussi si vous pouviez envoyer des personnes qui soient distinguées et assez cultivées...Je pense qu'il aime les uniformes, ce n'est pas pour rien qu'il a choisi les ordres. Dans combien de temps ? Humm, disons une heure ? Le temps qu'il se détende, il sera dans le bain. Combien peut-on compter d'invitées ? C'est pour prévoir le repas à l'étage. Des florentines ? Une blonde, une rousse et une brune ? Mais vous êtes une providence ! ... Hôtel Grazziono Bella , chambre 203. Oui oui, facturez sur le compte de la chambre 208, la mienne. La réception est prévenue de leur arrivée, ne vous inquiétez pas... Oui , merci, bonne soirée à vous également... Ahh , au fait, il est très tendu mais pas dans le bon sens du terme, si vous voyez ce que je veux dire, alors si les invitées avaient quelque anxiolytique très fort dans leur corsage, ce ne serait pas plus mal ...

Cecil prit à peine le temps de se frotter les mains après avoir raccroché et se hâta de passer commande au service restauration. Il s'allongea sur le lit après avoir enlevé ses chaussures et s'accorda un petit whisky tiré du bar de la chambre. Après quelques temps, il ressentit une désagréable sensation de malaise, allongé sur son lit. Il se leva tout chancelant pour aller prendre l'air sur le balcon. Immédiatement, il se sentit mieux. Quelle était cette connerie ? Revigoré, il rentra dans la chambre et entreprit de retourner le matelas pour voir si un crucifix en argent ne s'y trouvait pas, glissé dessous. Ce vieux était vicieux ... Rien! Tout avait l'air normal. Pourtant en s'approchant du lit, il recommençait à se sentir patraque...

Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Un démon en promenade   

Revenir en haut Aller en bas
 

Un démon en promenade

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Chroniques de l'Ombre et de la Lumière  ::  :: Une autre "version" de l'Union Sacrée :: Le passé de Cecil Osbern-