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{achevé}Un trio imprévu

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Zélie Delhomme
MessageSujet: {achevé}Un trio imprévu Lun 25 Aoû - 12:37
Je venais de passer plusieurs heures à répéter ce rôle de Oenone, la nourrice de la Phèdre de Racine, un auteur très ancien qui avait mes faveurs, ce qui me demandait beaucoup de concentration car interpréter une femme qui a au moins le double de votre âge exige de faire appel à beaucoup de maturité, de réflexion et d'immersion. J'avais pris du temps à la maison, dans les rues en journée pour m'assurer une sécurité maximum, afin tout d'abord observer les humaines d'un âge avancé mais j'avais bien conscience que les temps ne pouvaient se comparer aussi, pour une fois, avais-je plongé mon nez dans les livres poussiéreux de mon tendre Papa et avais imprimé des gravures d'époque dans mon esprit, touché du doigt les contours des visages, lus d'autres textes et pouvais à présent m'imaginer grimée pour la représentation finale. De longues heures avaient été consacrées à penser en mère, ce qui n'avait pas été sans douleur morale et rappel de ce passé que j'enfouissais au plus profond de mon être. L'interprétation théâtrale m'aidait à exorciser mes démons même si elle ravivait des blessures encore vives dans ma chair. D'autres à m'informer sur la Grèce Antique.
Lorsque j'avais commencé mes études, il y a à présent six ans, on nous avait bien informés, que les quelques heures de cours et de travail sur scène ne pourraient suffire et qu'il faudrait donner de soi de bien des façons. Mais comment ne pas donner lorsque l'on ressent autant ? Comment trouver la justesse sans travail sur ses ressentis ?


Je me reposais donc sur le bord de la scène lorsque l'interprète de Hippolyte, un vampire très jeune mais fort imbu de lui-même – n'était-ce d'ailleurs pas un euphémisme ? - s'était approché par derrière, avec cette célérité qui leur est propre et avait mimé une morsure en se saisissant de moi par surprise. Peut-être pas aussi vite que lui mais promptement je m'étais relevée et par défiance, l'avais giflé violemment. Je savais que j'allais regretter ce geste amèrement mais je n'étais pas à la solde de ces bêtes brutales quoi que l'on nous imposât comme respect envers « eux ». J'étais pourtant toujours la plus douce possible mais j'avais un instinct de survie fort développé dans ce contexte qui rimait avec péril et ma haine viscérale pour cette engeance n'apportait aucune aide pour que je retrouve mon calme. Je me muselais pourtant. Je n'étais pas stupide au point de signer mon arrêt de mort par des mots encore plus cinglants. Bien évidemment, celui qui se nommait Barthélémy n'eut pas non plus de mouvement de recul et je pouvais lire la fureur non contenue dans l'éclat de ses prunelles sombres, deux dagues qui auraient pu me transpercer s'il avait possédé ce pouvoir. Je crois que je l'avais surpris lui aussi pour qu'il n'ait d'autre réaction que cet assassinat par procuration de ses yeux. Bien évidemment, je ne pris pas le risque supplémentaire de lui donner loisirs de répondre à mon attaque éhontée.  




Je mis de la distance entre nous en traversant la scène mais je sentais qu'il n'avait pas fini d'en découdre avec moi. Il était temps pour nous de quitter les lieux et pour moi de décamper. Je savais que j'avais appelé le danger comme une ombre et, mon sac sur l'épaule, je marchai aussi vite que mes petits talons le permettaient, refusant de jeter des coups d'oeil derrière moi, sachant avec pertinence que c'était inutile. Je survolais l'asphalte plus que je ne la parcourais et je ralentis la cadence lorsque je vis que j'étais à proximité des Jardins du Luxembourg.





Peu à peu je repris mon souffle et me dirigeai près des serres. J'allais m'asseoir dans l'herbe pour recouvrer mes esprits, ralentir les battements de mon cœur lorsque je sentis une main puissante s'emparer de ma chevelure, qui comme à son habitude, rebondissait sur mes épaules en des vagues châtains. Je poussai cette fois un cri entre rage et souffrance. Un murmure à mon oreille fit naître un frisson dans mon dos.

- Jolie Zélie, tu ne sais donc pas jouer ? Je voulais m'amuser un peu avec toi mais il a fallu que tu oublies qui est le Maître en ce monde...
 

Si je bougeais trop, il assurait sa prise plus fermement et je sentais les larmes me monter aux yeux. Pourtant je devais me dégager, m'enfuir, me réfugier quelque part, trouver de l'aide...J'aurais pu faire appel à la vindicte mais je me voulais beaucoup plus intelligente que lui. Cela allait me coûter mais je respirai profondément et fis appel à celle que j'étais profondément. D'une voix la plus naturelle possible, je lui répondis avec un détachement feint :

- Barthélémy, tu te méprends, tu m'as juste fait peur et, je sais que je n'aurais pas dû mais j'ai juste réagi par crainte. Je connais votre puissance et ma...faiblesse...
 

Mais qu'est-ce qu'il m'en coûtait de mentir ainsi, de m'avilir...Pour autant, il ne me libérait pas. Il me fallait surenchérir mais les mots refusaient de franchir mes lèvres. Je repoussais ce qui me ferait le plus de mal, admettre même quelques seconde mon infériorité.

- Qu'est-ce que tu attends de moi au juste ? Des excuses ?
 

Je l'entendis rire comme seuls les vampires savent le faire, un rire qui monte dans les airs et vous glace le sang et pendant une seconde je me suis à nouveau demandé si c'est ce que Maman avait ressenti dans ses derniers instants. J'avais l'impression que plus je me mettais à genoux devant lui, plus il se rapprochait pour accentuer son autorité.

- Je pourrais vouloir beaucoup de choses en terme d'excuses, en effet...
 
Sa main qui me rappelait les frimas lâcha enfin mes boucles mais se permit une incursion le long de ma joue. Je me tendis comme une corde et le repoussai comme je pus.

- Laisse-moi tranquille, Barthélémy, je m'excuse – saisirait-il la nuance de langage ? - ça devra te contenter car tu n'auras rien de plus de moi ! Autant mourir !
 

Je savais qu'il pouvait accéder à ce vœu avec plaisir mais je ne pouvais plus me mentir à moi-même. Et il allait s'exécuter, il fondit sur moi, comme un aigle sur sa proie. Un hurlement s'éleva et je compris seulement quelques secondes plus tard qu'il s'agissait du mien...

HRP

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MessageSujet: Re: {achevé}Un trio imprévu Jeu 28 Aoû - 18:44
Après dix longues journées à travailler comme une folle, à subir les coups de téléphone la nuit pour être envoyée sur un crime, à ramasser des cadavres ça et là, Clémence avait enfin un jour de repos. 24 heures sans craindre d'être envoyée n'importe où, pour n'importe quoi. Sans devoir tirer les vers du nez des témoins, quand ceux-ci se faisaient relativement coopératif. Clémence aimait son travail. La Crim' avait quelque chose de vivant. Si si ! C'était la vie parmi morts. En plus, silence et mort faisaient bon ménage. Clémence ne pouvait qu'aimer cela. Pourtant son but premier, en rejoignant la Crim', était d'apprendre à enquêter et de se donner les moyens de retrouver Léonie voire d'apprendre officiellement sa mort. Pourtant, si un humain qui décède faisait peu de bruit, voire aucun, il n'en était rien d'un immortel. Cela fait parler. Même doucement. Clémence aurait entendu des bruits de couloir, des rumeurs sur la mort d'une vampire. En sept ans à la Crim', ses recherches pour retrouver Léonie n'avaient pas évolué. Pas un indice supplémentaire. Les amis vampires de sa protectrice ne l'approchaient plus, ou presque. Après tout, s'ils venaient à leur appartement, c'était pour voir Léonie et non sa petite-fille humaine. Si des liens avaient été tissés, ils n'étaient pas comparables à ceux qu'ils entretenaient avec Léonie, avec régularité.

Elle était ainsi... la vie chez Léonie. Tel jour était ponctué par le passage de « Machin », tel soir était réservé pour la sortie avec « Bidule ». Un an à vivre au rythme de Léonie avait été pour Clémence l'équivalent d'une adolescence normale. Ce n'était pas avec ses parents qu'elle avait pu avoir une adolescence faite de découverte. Léonie avait apporté un peu de piment avant sa majorité. Mais peu comparé à cette seule année de cohabitation.
Clémence avait goutté aux joies de la liberté sous tutelle d'une amie-mamie vampire. Léonie était sa protectrice et si leur lien n'était pas celui d'un vampire à son larbin, Clémence n'avait tout de même pas été exempte de service à rendre à sa protectrice. Des petits services comme une fille de 18 ans pouvait en rendre à son amie. « Le service de la testo », comme l'appelait Léonie. Clémence était parfois chargée d'aider sa grand-mère vampire à approcher des jeunes hommes sans les effrayer. Ceux que Léonie voulait et qu'elle n'arrivait pas à amadouer seule sans user de sa qualité de vampire. Car si Léonie avait la technique, Clémence était le mignon petit outil. Elle ne savait pas ce que sa grand-mère pouvait faire avec ces jeunes garçons. Ou plutôt, elle ne voulait pas savoir. Même si diverses choses lui paraissait logique, comme le repas et/ou le sexe. Clémence s'en amusait parfois, traitant sa grand-mère de couguar. Ce qui pourrait être une insulte pour certaines femmes était reçu comme un compliqué, très grand compliment, par Léonie qui se justifiait ainsi : « Je suis extra vieille, il me faut de l'extra frais. Comme cela, il y a un juste équilibre ! ».

Ha la vie chez Léonie ! Elle était loin d'être triste. Ce n'était pas tous les jours joyeux. Léonie avait ses humeurs, surtout quand elle avait les crocs ! Mais une chose était certaine : Clémence n'aurait jamais eu de jour de repos aussi ennuyeux. Elle aimait être de repos. Mais elle s'ennuyait chaque fois. Clémence habitait un grand appartement dans le Marais, non loin des jardins du Luxembourg, l'ancien garde-manger de Léonie, où elle envoyait Clémence chercher un en-cas estudiantin tout frais. Léonie aimait les repas intelligents, cultivés. Souvent ces repas de rechignaient pas à être vidés de leur sang le temps d'un après-midi intellectuel avec une vampire au savoir immense, étoffé par le temps et la curiosité.

Ce jour de repos, donc... Un ennui. Même sortir au Luxembourg ne la motivait pas. Seulement, si elle ne prenait pas l'air, ne marchait pas un peu pour se dépenser, Clémence savait que la nuit allait être longue, que le tour du cadran par les aiguilles allaient la lasser. La lieutenant prit donc la peine de sortir son nez, histoire de respirer un air frais et recyclé qu'elle n'avait pas dans son appartement.

Son imper sur le dos, les mains dans les poches, dont l'une triturait le brassard « police » qu'elle cachait dans une poche avec son insigne, elle quitta son nid. Elle s'était donnée une heure minimum à prendre l'air. Assise sur un banc, à l'ombre, elle lisait un livre provenant de l'immense bibliothèque de Léonie. Derrière elle, une discussion houleuse avait lieu. Discussion ? Non. Pas vraiment. C'était un échange bien courant. Celui entre un vampire insistant et sa proie de tout genre. Clémence ferma son livre et sortit son brassard de police. Elle le mit au bras et resta en retrait. Sait-on jamais. Peut-être les choses s'arrangeraient-elles d'elles-mêmes. Elle regardait autour, veillant à ce qu'aucun vampire ne fut attiré par le bruit. Elle remarqua qu'elle n'était pas la seule à observer la scène. Un homme faisait comme elle. Etait-il vampire ou humain ? Voyant que cela ne se calmait pas, Clémence fourra son livre dans une des grandes poches de son imper et s'avança vers l'origine du tapage.


- Monsieur, mademoiselle, police, dit Clémence en montrant son insigne. Quelque chose ne va pas ?  Monsieur ? Mademoiselle ?

Un conflit entre vampire et humain était toujours délicat. Qui croire et protéger ? Le vampire tout puissant ou l'humain tout appétissant ?
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MessageSujet: Re: {achevé}Un trio imprévu Lun 8 Sep - 23:18


Ce fidèle client de Destienne &Texier exigeait toujours que ce soit Roch-Elven en personne qui lui apportât les ouvrages commandés et comme on ne mécontentait pas le sieur Ottavio Marinelli, bibliophile acharné, poète et vampire de son état, Roch lui apportait donc le Tome XII des Oeuvres Poétiques du signor Ottavio, imprimé en Garamond d'origine sur papier filigrané et relié en un veau blond devenu rarissime.
Que ne fait-on pas pour plaire à un individu qui vous obtient des encres spéciales en échange d'une ristourne de 15% sur l'impression de son recueil '" Sanglots & Sang ", titre que Roch trouvait particulièrement nauséeux. C'est comme si un Humain intitulait ses sonnets"Sanglots & Beefsteak". Roch s'amusa de son idée. D'accord, l'allitération assonancée disparaissait. Roch chercha à reproduire l'effet, ne trouva que "Sanglots et Sanglier", où se perdait un peu l'allusion gastronomique, vira sur "Sanglots et Sangsues" où elle disparaissait totalement mais qui lui plut par association d'idées et, mis de bonne humeur par ces réflexions littéraires mais frivoles, il traversa la rue de Médicis pour rejoindre le Luxembourg.

Le temps était clair, le printemps fleuri et si on ne pouvait oublier que, dans ce quartier, on comptait plus de vampires que d'humains, on pouvait toujours se consoler en pensant qu'ils n'y faisaient pas trop de petits, le vampire répugnant souvent à se multiplier puisqu'il se prétendait immortel.

Marinelli habitait rue Vavin et Roch se dirigea vers les serres où un club d'amateurs d'orchidées tentait de restaurer les anciennes collections. Il hésita un instant à s'attarder vers les massifs de tulipes ( les humains n'étaient pas admis auprès des orchidées) mais il ne fallait pas arriver en retard. Marinelli ne lui offrirait pas une tasse de ce délicieux chocolat que Noé, le grand frère de Roch, lui obtenait en fraude, le Cercle taxant ce produit d'une manière éhontée . C'était quand même un drôle de système . Noé jouant le contrebandier avec brio auprès des vampires corrompus et Roch invité à goûter le breuvage détaxé pour l'immortel auteur de "Sanglots et Sang". Roch s'effaça pour laisser passer un groupe d'étudiants sur le point de le bousculer, ne ralentissant pas leurs longues enjambées, occupant royalement tout l'espace de la petite allée que Roch venait d'emprunter ; tous des vampires évidemment ...
Il longea la Fontaine Médicis, un endroit qu'il affectionnait particulièrement tout en ressentant toujours le même serrement au coeur en pensant que c'était là qu'il avait rencontré Claire et qu'il ne l'a pas revue depuis neuf ans. Elle lui avait écrit : "J'ai rejoint le Comité. Si tu veux me revoir, tu sais où me trouver."
Pour entrer au Comité, en fait, il s'est trouvé d'autres raisons que ce plaquage sans appel. Le Comité, ce n'est pas la Chartreuse de Parme, on n'y entre pas par chagrin d'amour et il n'a rien d'un Fabrice del Dongo. D'ailleurs Claire n'était pas là à l'attendre. Portée disparue. Le mot horrible . Disparue. Comment ? Où ? Pourquoi? Regards apitoyés, haussements d'épaule, gestes vagues. Les disparitions sont légion dans le monde régi par les vampires. A la limite, c'est la normalité. Les humains disparaissent parce qu'on les saigne à mort aux coins des rues nocturnes et que la police nettoie vite pour éviter le désordre. Ou bien ils fuient vers la vie sauvage, les bandes clandestines. Ils sont rattrapés, parqués chez les esclaves où se perd toute identité.
Même les vampires disparaissent eux aussi, victimes de rancunes séculaires, de ces rivalités ancestrales qui conduisent à des meurtres quasi rituels. La vengeance est un plat qui se mange froid, surtout chez la gent aux dents pointues. Roch ricanerait bien si le ricanement n'était une spécialité vampire
Sa bonne humeur s'est envolée à ces évocations. Non seulement les vampires occupent le territoire mais ils polluent la pensée. Le voilà ramené à ses soucis : la Chasse de Brancia est en marche et selon les derniers messages radio, elle était dans la vallée du Rhône. Elle vient sur Paris, c'est sûr. Darkan déteste Cecil Osbern l'Usurpateur. On sait que le seigneur aurait voulu être Roi à la place du Roi. Il aurait aussi des comptes à régler remontant à des siècles en arrière. Le Comité est en alerte. Roch a mis sur pied un plan tordu comme il aime en concocter, minutieux, chaque action avec trois issues possibles, chaque rôle appris par coeur et aussi des zones d'improvisations possibles pour lâcher du lest ou au contraire resserrer l'étau.
Il faudra trouver une explication pour s'absenter de chez Destienne & Texier car il va devoir se consacrer entièrement au Comité dans les prochains jours. Fini les livraisons et les chocolats chez les vampires fins gourmets .

Tiens, il a dépassé la Fontaine et n'a plus pensé à Claire .. Enfin si, puisqu'il pense qu'il n'y a pas pensé. Quand même, il doit bien y avoir un peu d'oubli qui se glisse entre ses souvenirs d'elle , son sourire toujours un peu rêveur, la grâce de sa nuque quand il se penchait par dessus son épaule pour voir ce qu'elle lisait et surtout pour l'embrasser dans le cou ; il ferait mieux de penser à Darkan, le sombre seigneur de Brancia.


Le bruit d'une vive discussion l'atteignit brusquement suivi d'un cri de douleur poussé par une voix féminine . Juste devant lui, un vampire étudiant ricanait bêtement en retenant une humaine par le bras, et il serrait, le salaud, et on sait ce que c'est, une poigne de cadavre ambulant, même si celui-là paraissait tout fringant et content, si content de lui.
Roch allait prendre une allée de traverse. Pas question de se laisser coincer dans un esclandre sur la voie publique. De toute façon, la fille ne risquait rien de grave. On était au Quartier latin, le Cercle ne tolérait aucun désordre sanglant dans les quartiers riches. C'était une très jolie humaine, étudiante à son style, elle devait avoir un protecteur quelque part, lequel interviendrait si elle se plaignait. Il fallait laisser le couple se débrouiller et la fille apprendrait à prendre mieux ses distances avec un Croc Blanc trop entreprenant.
Mais un promeneur eut la même idée que lui et Roch se trouva un instant retardé par la volte-face du fuyard, effectuée avec cette hâte retenue de qui veut avoir l'air naturel et surtout, surtout, ne veut pas se compromettre. C'était trop tard pour disparaître. Une policière venait d'intervenir et maintenant il ne fallait pas avoir l'air de paniquer devant les sbires du Cercle. Un bon collabo doit se ranger aux côtés des forces de l'ordre et avoir la conscience tranquille. S'esquiver attirerait l'attention; il n'était que Roch-Elven Destienne, il avait peur des vampires et ne voulait surtout pas d'ennuis.

La flique présentait son insigne au vampire agresseur avec une sorte de déférence officielle.  Evidemment elle ne lui demanderait pas ses papiers, le vouvoierait avec l'air entendu de celui qui sait bien à qui il a affaire et qui naturellement, ne peut en rien avoir outragé la Loi. Roch, résigné, recula de deux pas. Le vampire lâcha le bras de l'étudiante et sur un ton nasillard horripilant déclara, sans dissimuler sa dérision ::


-Mais tout va bien, madame la policière non en tenue. J'expliquais à cette effrontée "il montra la jeune fille molestée" que c'est très mal de harceler un vampire et qu'il faudrait être plus discrète dans ses intentions de passer un bon moment avec moi


Roch prit l'air le plus neutre possible et recula encore un peu. Il pourrait peut-être s'il y avait prolongement de la discussion, s'eclipser et se fondre parmi les passants. En fait, il ne risquait rien, ses papiers étaient nickel et le paquet pour Marinelli un sésame infaillible pour qu'on le relâche tout de suite.

N'empêche que cette policière avait du cran pour intervenir de cette façon. Roch glissa un pas sur le côté -toujours ça de gagné- et attendit que la jeune fille présente sa version des faits.
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Zélie Delhomme
MessageSujet: Re: {achevé}Un trio imprévu Lun 8 Sep - 23:34


Lorsque j'avais pris le temps ou que le temps m'avait prise pour réfléchir à ce que maman avait dû endurer lors de sa mise à mort, je m'étais dit qu'elle avait dû voir le visage de son agresseur se rapprocher inexorablement, expulser l'air difficilement en comprenant ce qui lui arrivait et sentir le froid venir, à l'approche des derniers instants. J'étais loin de me douter qu'en fait tout se passait en une fraction de seconde, si un vampire décide de votre mise à mort. Entre le moment où Barthélémy m'avait rapprochée de lui en tirant férocement sur mes bras, où j'avais senti le bout de ses crocs qui commençaient à écorcher mes chairs, il avait dû se passer à peine une petite minute et je n'avais absolument pensé à rien, juste senti une terreur indicible m'envahir et mes jambes flageoler. Oh si ! J'avais su que ma vie était comptée, tout ceci s'était imposé comme une évidence en un temps record. J'avais en revanche totalement occulté la douleur infligée à mon cuir chevelu, je ne sentais que mon cœur qui s'acharnait, menait son propre combat de survie, la perte de mon équilibre, ma difficulté à avaler et ces deux canines qui pouvaient faire renaître la sensation douloureuse pour la dernière fois. Il m'était impossible d'imaginer qu'il me transformât et cela valait certainement mieux s'il voulait vivre encore quelques décennies.


Ca n'était évidemment pas la première fois que je subissais une attaque, comme toute humaine, j'avais eu mon lot, mais celle-ci avait un goût de « nous n'y reviendrons plus ». Et pourtant, une voix féminine s'éleva dans les airs, plus fortement, à peine en fait, que la mienne qui montrait ses pires craintes en arpèges dissonants.  




Sans prévenir, en une petite fraction de seconde, mon cou fut libéré de la pression dentaire et ma vue retrouva un champs plus acceptable même si l'air refusait toujours de bien irriguer mes poumons. Je n'avais plus que l'impression d'un souffle léger mais glacé sur ma peau et un frisson ultime me parcourut. J'étais vraiment au bord de la perte de connaissance et sans le savoir, je remerciai presque Barthélémy de ne pas me lâcher totalement. Il m'était impossible d'évaluer la qualité de l'intervention de la femme et je n'avais absolument pas compris ni entendu qu'elle faisait partie de la police mais quelque chose en moi me disait qu'elle prenait tout de même un risque à s'interposer dans un tel moment. Il fallait pourtant noter que nous étions au milieu des Jardins du Lux mais cet élément avait aussi déserté ma conscience. J'avais beau posséder mon caractère et aimer me défendre par moi-même, de telles situations étaient incontrôlables et me rendaient telle une petite chose fragile.




Sans ménagement, finalement, le vampire se débarrassa de moi et je chancelai quelques instants avant de retrouver un équilibre précaire. Je tombai à genoux dans l'herbe, ce fut ni plus ni moins ce qui me paraissait le plus sécurisant si je ne voulais pas m'étaler, me faire un peu plus mal... Je pris un moment pour porter une main tremblante à ma gorge afin de la palper. Je l'approchai de mes yeux et constatai non sans soulagement qu'aucune goutte de sang n'y perlait. Ce fut ce moment que mon cœur et ma bouche choisirent pour se remettre en fonction. Il me fallut encore quelques minutes pour réussir à me mettre debout, à rester présentable mais je n'en menais pas large. J'avais cette fois vu la mort de très près et ce n'est guère une expérience enviable, ni même imaginable. J'avais très soif mais la jeune femme encore non identifiée pour moi m'interrogeait. Je clignai des yeux et ouvrit la bouche sans comprendre. Ma voix asséchée n'était qu'un murmure.


   - Ex...excusez-moi, je dois rassembler mes idées.


A aucun moment il ne me vint à l'esprit, qu'on pourrait penser que je me composais un visage ou cherchais une échappatoire. Et pourtant loin de moi l'envie de jouer un quelconque jeu. Je venais juste de vivre un moment qui se rapprochait de ce que j'imaginais être l'Enfer et j'avais besoin de me remettre. Qu'avait dit ce monstre au juste ? Je me frottai le dessus des sourcils car je savais tout de même qu'on ne me laisserait pas dix ans pour apporter mon faible témoignage. Petit à petit, à peu près tout me revenait et en effet, j'avais proposé qu'il fasse de moi ce qu'il voulait parce que je voulais rester en vie même si ça pouvait paraître très naïf. Attendez ! Non, non je n'avais pas dit ça, j'avais proposé des excuses pour cette gifle méritée. Je cherchai le regard de la femme que je trouvai fort froid et n'y voyais aucun salut. Le surplus d'adrénaline sécrété par la peur me quittait et je me sentis tout à coup très fatiguée. Quoi que je puisse dire, tout se retournerait contre moi. Et si je me taisais aussi. Mon attitude changea brusquement et mes lèvres se serrèrent inexorablement. Je parvins à lâcher quelques mots qui ne disaient pas grand chose au final.


   - Tout ce que je puis dire c'est que je n'ai rien à me reprocher, ni harcèlement, ni...désir !



Mes iris qui s'étaient transformées en deux globes d'acier se tournèrent fixement vers Barthélémy. Oh non ! Jamais je n'aurais voulu de ce gringalet à mes côtés. Pas simplement car il était un vampire même si c'était la plus sûre raison mais parce qu'il me retournait l'estomac. S'il n'arrivait pas à convaincre la policière de cet état de fait, il saurait, sans doute possible, que seule son imagination lui permettait d'affirmer une telle infamie.


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MessageSujet: Re: {achevé}Un trio imprévu Jeu 11 Sep - 21:30
Après s'être approchée du duo bruyant, Clémence put voir le vampire de plus près. Un léger courant d'air fit flotter vers elle une odeur de renfermé. Cette odeur pouvait très bien venir de la jeune femme, mais celle-ci avait un aspect bien plus raffiné et propre que le vampire qui faisait le fier devant elle. Ses chaussures n'était plus toutes jeunes, le bout était rappé. Ses vêtements étaient mal taillé, loin d'être à sa taille et ils avaient tout de la seconde main. Le vampire lui souriaient à pleines dents, fier de montrer sa condition supérieure. Ses dents jaunies firent sourire Clémence. Elle ressentit un fort soulagement quand elle remarqua que ce vampire n'avait rien de ceux de la haute, ceux contre lesquels elle ne pouvait vraiment rien faire. D'ailleurs, elle ne pouvait rien faire contre ce vampire de troisième zone non plus. Mais les grands du Palais Bourbon n'appréciaient guère les perturbateurs de sa classe sociale. Contre ces vampires, Clémence avait toujours une marge d'action. Faible, mais possible. Après tout, une amende pour non respect de la discipline imposée par Cecil Osbern aux vampires de troisième zone pouvait être donnée.
Malheureusement, Clémence était en repos.  

La demoiselle semblait totalement bouleversée. Elle cherchait ses mots. Les explications qu'elle réussit à donner éclaira Clémence sur la situation. « Ni désir » ? C'était parfaitement clair. Ce vampire agitateur qui ferait mieux d'être discret avait des intentions bien précises. Soit. Les pulsions de ce genre arrivent à tout le monde. Humain, vampire, homme, femme, personne n'est épargné. Toutefois, il oubliait que sa condition de vampire ne le dispensait pas d'obéir aux règles. Et elles étaient très clairement posées par le Cercle et le vampire qui était à sa tête. Troisième zone signifiait discrétion des vampires aux dents non entretenues.

Le vampire ironisa sur le fait qu'elle n'était pas en tenue. Il devait penser qu'elle était en repos, ce qui était vrai après tout. Mais rien ne lui interdisait de constater l'infraction malgré son jour de repos. Même en civil, cela lui était autorisé. Elle pouvait ensuite le convoquer à la brigade la plus proche pour donner la contravention. Hors, en tant que lieutenant à la Crim', elle avait autre chose à faire que de s'occuper de ce genre d'affaire. C'était davantage le travail d'un brigadier.
Cependant, comme ce vampire n'était pas censé savoir qu'elle était en repos, elle pouvait très bien dire qu'elle était en mission de surveillance dans le jardin du Luxembourg. Le genre de mission qui se fait en civil, caché au milieu de la population, pour suivre ou surprendre un individu dangereux. Néanmoins, un bon lieutenant n'irait pas informer un civil en plein contrôle d'identité que sa présence est due à une mission en civil
Clémence décida donc de faire ce qu'il y avait de mieux à faire : s'identifier et lui clouer le bec quant à sa tenue de civil. La voilà maintenant en plein de contrôle de police administrative, alors qu'elle était en repos. Un contrôle d'identité préventif, afin d'éviter un trouble à l'ordre public.


- Lieutenant Destrées, contrôle d'identité, dit-elle subitement. Sachez monsieur que les officiers de police ne sont pas astreints au port de l'uniforme dans le cadre de leur fonction, souligna Clémence en réajustant son brassard « police ». C'est un petit avantage pour nous distinguer des sous-officiers. Je souhaite voir vos papiers d'identité.

Clémence tendit une main vers eux, la paume vers le haut, afin de recevoir les papiers d'identités. Le vampire n'obtempéra pas. Clémence le fixait sans peur. Elle n'avait aucune crainte des vampires.

- Merci de me présenter vos papiers d'identité, à tous les deux. Si vous n'avez pas votre carte d'identité, un simple document officiel portant votre photographie accolée à votre nom et domicile, donc attestant de votre identité, me suffira. Je vous rejoins sur un point, la discrétion doit être de mise, elle le doit, que ce soit quand on harcèle quelqu'un, ajouta-t-elle en s'adressant au vampire, ou quand on fuit les harcèlements, finit-elle en regardant Zélie.

La main toujours tendue vers eux, Clémence attendait sans faire de geste brusque, sans hausser la voix, sans les fusiller du regard.


- Un refus de s'identifier peut conduire à une amende, informa Clémence en rapprochant sa main vers le vampire.
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MessageSujet: Re: {achevé}Un trio imprévu Lun 15 Sep - 8:58
Quelques badauds rôdaient derrière lui, le nez en l'air, attiré par l'altercation mais s'efforçant de ne pas former de"groupes spontanés pouvant perturber l'ordre public", ce qui était interdit sauf autorisation datée de la veille. Roch pensa une fois de plus que formuler de pareilles lois c'était  se moquer ouvertement de ces humains stupides qui en étaient restés aux Droits de l'homme et du citoyen, liberté, égalité, et autres vieilles lunes. Il y avait des plaisantins au Cercle, malgré le sourcil menaçant et l'indiscutable sérieux d'Osbern.

Mais peut-on interdire la curiosité ? Elle restait l'apanage des pauvres mortels, soucieux d'apprendre le plus possible dans la courte durée qui leur était accordée pour devenir eux-mêmes et qu'ils appelaient leur vie. Les vampires avaient en principe tout le temps puisqu'ils étaient morts. "Quand on est mort, c'est pour de bon", chantait fort justement la ritournelle populaire. Ils pouvaient donc toujours remettre au lendemain ce qu'ils auraient pu faire le jour même et à force de remettre, ils finissaient par se désintéresser d'un présent perpétuel et d'une actualité qui avait toujours les relents du déjà vu ou du bientôt oublié. C'est pourquoi il y avait toujours des badauds humains et très peu de vampires pour s'arrêter devant un incident de rue.  

Roch n'avait pas abandonné son idée de quitter les lieux sans attirer l'attention, mais la réaction de la policière attisa justement en lui sa curiosité d'humain.

Non seulement la jeune femme intervenait alors qu'elle n'était pas apparemment en service, mais avec aplomb, elle demandait au vampire une vérification d'identité. Roch en fut soufflé. En rendant obligatoire une pièce d'identité pour les vampires résidant dans Paris, un décret récent du Cercle avait suscité un tollé d'indignation chez les Immortels. Quoi ? Les mettre en fiche, eux les êtres les plus libres de  la terre puisque eux seuls étaient libérés du temps et de la mort ? Tout le monde, et surtout les Vampires,  profitait de l’ordre maintenu par Le Cercle mais il ne fallait pas exagérer.  

Pour justifier la carte, le Cercle avait argué de troubles récents, de disparitions inexpliquées, de meurtres inhabituels chez les humains et des difficultés pour identifier les vampires disparus signalés par leur collègues ou leurs amis puisqu'on ne découvrait pas de cadavres, au mieux quelques débris en gluante décomposition. Une carte en plastique portant le nom du vampire évaporé pourrait être retrouvée immédiatement et faciliter l'enquête. N'empêche que la plupart des vampires boycottaient la mesure.

.La jeune policière était donc doublement audacieuse, et de défendre ouvertement la fille humaine, et d'exiger une carte ressentie comme vexatoire. Elle n'avait même pas demandé à la victime de justifier d'abord de son droit de circuler en exhibant la fameuse carte verte indispensable pour ne pas être envoyé immédiatement dans un parc à esclaves. Son brassard indiquait que c’était un officier. Elle ne devait pas habituellement faire la police dans la rue. Un simple flic y avait pour les vampires à peu près la même importance qu’un  balayeur de trottoir et recevait la même considération.

Roch fit le tour de la situation. Une femme de cette trempe méritait d'être repérée, suivie, étudiée, certes sans prendre de risques, car comme disait le Chef en citant Sophocle :"Plus faibles sont les risques, meilleure est l'entreprise." 
Pour d'ailleurs parfois ajouter :"mais le risque, c'est le prix qu'il faut payer pour entreprendre. A nous de ne pas nous faire avoir..."
Roch aimait les citations, ce qu'il considérait d'ailleurs comme une faiblesse intellectuelle de sa part.

Il estima les forces en présence :  

La fille, visiblement choquée, avait dû être violemment secouée car  des traces d'herbe et de terre marquaient ses genoux et son sac avait laissé échapper un de ces petits classiques Larousse d'autrefois, recherché des amateurs. Les vampires sentimentaux qui avaient gardé les leurs du temps de leurs études les faisaient rééditer pour les offrir à leurs amis et s'attendrir conjointement sur le charme désuet de ces fascicules au mauve studieux, remplacés par des horreurs plus aguichantes à la fin du XXe siècle. Lui préférait les classiques Vaubourdolles, plus rares, avec le portrait de l'auteur qui vous regardait sévèrement du fond de son cadre et à qui un potache facétieux d'il y a deux cent cinquante ans avait parfois dessiné des moustaches ou une langue de Rolling Stones. Il lutta contre l'intérêt soudain pour une fille qui lisait Phèdre en classique Larousse, ce qui n'avait pourtant aucun intérêt pour le Comité.

Alors que la policière pouvait en avoir un, évident. Si elle était si ouvertement hostile aux vampires, elle ne ferait pas long feu dans la police et on pourrait peut-être la récupérer avant qu'il ne soit trop tard pour elle, bien que, par des circuits compliqués et souvent peu efficaces, on puisse parfois tirer des esclaves hors de leurs enclos..Roch n’écartait pas la possibilité que ce fût une provocatrice qui en échange de quelques avantages, permettait ainsi de repérer les humains indociles. Ou plus simplement,  elle s’était un peu laissé aller, poussée par le désir de ne pas jouer les potiches quand une fille se faisait molester publiquement devant elle. De toutes façons, il fallait l’identifier et mettre un suiveur à la demoiselle, un bon, car en tant que flic, elle devait savoir repérer une filature.

Quant au vampire... rien de très brillant; un jeunot peu gâté par mère Nature, épaules étroites et poitrine creuse, dégaine de mal nourri, fripé avant l’âge. Il lui manquait un peu d’acné récidiviste, mais la condition vampire  permettait facilement d’écarter ces maux adolescents. Chaque matin, si le  vampire se réveillait avec une pustule sur le nez, tout se résorbait en un petit quart d’heure grâce à la résistance du vampire à tout germe de vie resté dans son cadavre. De même il ne fallait pas se fier à son allure de gringalet. Ses muscles-spaghetti avaient plus de force que les biceps bien huilés de Roch. Quant à son allure négligée, elle ne pouvait qu’être un genre qu’il se donnait pour être dans le vent. Même un vampire peu reluisant pouvait s’habiller décemment en rackettant un humain bien fringué, le soir, au coin d’un réverbère. Les dents  montraient un tabagisme précoce qui l’avait atteint avant sa mort, à moins que ce crétin ne se les teignît en jaune pour avoir l’air plus minable que nature. Peut-être se saupoudrait-il les cheveux avec de fausses pellicules pour faire  grunge, si c’était la tendance mode qu’il suivait. De toutes façons, même peu séduisant, un vampire bénéficiait toujours d’un certain pouvoir de fascination et celui-ci devait se croire irrésistible.

Roch se décida brusquement. Il ne pouvait pas prendre le parti des humaines.  Personne de sensé ne pouvait le faire  et ceux qui étaient capables de s’opposer aux vampires autrement qu’en pensée avaient déjà rejoint le Comité ou une autre forme de résistance. Mais il était utile de prendre contact avec la policière et aussi avec l’autre fille au classique Larousse. Là, c’était le fils Destienne de Texier et Destienne, imprimeurs, qui flairait une piste intéressante . Et la piste, outre son bouquin d’un autre âge, avait de fort beaux yeux...Roch se baissa et ramassa le livre, puis il s'avança et avant que le Vampire qui recommençait à ricaner, ait eu le temps de répondre, il s’adressa à la policière :

-J’ai vu en partie l’incident. Je peux témoigner. Et voici ma carte verte ."il tira l’objet de sa poche et la tendit. "ce n’est pas comme  la plupart de ces messieurs qui  n’ont jamais leur pièce d’identité sur eux.. Non qu’ils aient l’intention de manquer à la loi édictée par le Cercle et que vous représentez, mais parce qu’ils l’oublient, n’ayant pas l’habitude de cette formalité.
Il avait catalogué le vampire comme un prétentieux qui s’était un peu laissé emporter par le désir de se montrer le plus fort mais devait commencer à se dire qu’il fallait ne pas aller plus loin. Et c’est pour cela qu’il avait rappelé l’existence de la loi et du Cercle. La police des vampires de Cecil Osbern et le Tribunal du Cercle étaient sans doute les seules choses que craignaient les jeunes Messieurs aux Dents Longues.
Il ajouta:

-J’espère que la demoiselle n’est pas blessée.... Je l’ai vu se défendre avec beaucoup de vivacité. Elle a dû se croire attaquée .. mais ici, en plein Luxembourg.. ! Non, il y a eu forcément méprise.
Il espéra que son intervention permettrait à chacun de se sortir d’une situation où personne n’avait rien à gagner.



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Zélie Delhomme
MessageSujet: Re: {achevé}Un trio imprévu Lun 15 Sep - 22:20


Je ne voulais plus qu'une chose, rentrer chez moi, me calfeutrer dans ma chambre de jeune fille et n'en plus sortir. Des souvenirs de genres bien différents affluaient à présent et j'aspirais à une protection que seuls mes quatre murs pouvaient m'apporter, le croyais-je encore, du moins, à cette époque. Une question se posait pourtant, serais-je capable de parcourir la distance qui me séparait du domicile paternel ? J'étais néanmoins consciente du fait qu'il fallait affronter la situation et que dans notre monde, les humains ont tout à prouver alors que les vampires sont exemptés d'à peu près tout. Cette nouvelle loi sur l'obligation de décliner son identité par le biais d'un document officiel m'était parvenue aux oreilles mais elle était très loin de mes préoccupations habituelles. Mes yeux qui avaient fustigé l'Immortel se posaient, à moitié clos, à présent sur l'herbe. Mon sang ne fit qu'un tour pourtant lorsque celle que je n'arrivais pas à définir se présenta comme une représentante de l'ordre. J'étais vraiment dans de sales draps, Max m'avait bien fait comprendre que la Police n'était absolument pas du côté des humains et la peur m'envahit à nouveau, d'une autre sorte mais guère moins désagréable.

Je pris alors le temps de détailler l'officier. Elle était très jolie, de longs cheveux bruns et fins mais son regard froid ne me mit absolument pas en confiance. J'étais rarement confrontée à des situations aussi dramatiques et je n'avais aucune spontanéité dans à l'attitude à adopter. J'étais sur mes gardes, encore tremblante. Je fus donc absolument stupéfiée lorsqu'elle remit en place Barthélémy à coups de propos acerbes mais toujours polis, un brin insidieux pour obtenir ce qu'elle désirait. Elle désirait ma carte verte en l'occurance. Je reprenais petit à petit la maîtrise de mes pensées et cherchai des yeux mon sac que j'avais dû laisser tomber pendant cette malheureuse altercation. Je frissonnai alors que le temps était au beau fixe, à cette simple pensée. Il reposait dans l'herbe, son contenu à moitié déversé. Je ne pris pas le temps de ranger quoi que ce soit, trop aguerrie à la prudence. En quelques secondes à peine je trouvai la carte et revins vers la Policière pour la lui mettre dans la main qu'elle tendait avec sévérité. Ses mots étaient pourtant plein d'ambivalence. Me croyait-elle ? Le comportement toujours altier du vampire n'avait visiblement pas plu à cette femme, pas plus qu'à moi, surtout que si j'avais bien saisi leurs échanges, il remettait en cause son bon droit de faire respecter la loi.

Il ne me restait plus qu'à attendre. Un troisième invité se profila, offrant son témoignage. Je l'observais avec réserve. Un bonnet en plein été est toujours un curieux accoutrement et ses traits pourtant agréables n'attirèrent pas mon attention plus d'une seconde. Je trouvai que sa façon de ramasser mon Phèdre avait quelque chose de respectueux, d'empreint de délicatesse mais je me savais perturbée et certainement pas objective. La situation semblait s'être figée. Les deux femmes en présence dont je faisais indéniablement partie se présentaient la main en avant, un Translucide récalcitrant qui semblait bouillir de l'intérieur et un homme aux vêtements incongrus qui s'était emparé de ma seule édition de cette pièce que j'affectionnais outre mesure.
Lorsque ce dernier se mit à parler, il perdit toute chance d'obtenir ma sympathie. Contrairement à la policière il ne prenait aucun parti, restait d'une neutralité déconcertante même s'il confirmait mes dires. Il lui semblait malheureusement évident qu'il y avait des torts des deux côtés. Mes lèvres déjà passablement pincées, pâles durent devenir transparentes, invisibles à l'oeil nu. Ma peur se transforma en colère sourde et je me fis violence pour ne pas hurler que tout ceci était une méprise honteuse, que j'étais humaine mais que j'avais des droits. A quoi bon ? Devoir me rendre au poste le plus proche pour répondre de propos déplacés ? Car non, les humains n'ont pas de droits, uniquement des devoirs dans notre monde. Je n'étais qu'un petit grain de sable qu'on pouvait éliminer d'une pichenette. Je me fermai encore plus, le silence pour seul allié.

« J'espère que la demoiselle n'est pas blessée » était-ce une blague ?? Bien sûr que j'étais blessée et à bien des titres. S'il me refusait son regard, le mien lui envoya des éclairs. Oui bien sûr, je m'étais trompée, on n'avait pas du tout voulu me sucer le sang ou me tuer, on avait simplement voulu chahuter en bons camarades. La fatigue s'évaporait au profit d'une énergie nouvelle, de rage contenue. L'injustice me frappait au cœur et ce depuis trop longtemps...


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Clémence Destrées
MessageSujet: Re: {achevé}Un trio imprévu Dim 21 Sep - 23:00
Clémence commençait à perdre patience face à ce vampire qui venait probablement des bas quartiers. Elle voulait vite en finir. Etant en repos, elle ne pouvait se permettre de montrer qu'elle n'avait pas à intervenir. Normalement, même en civil, elle restait policière et pouvait faire respecter les lois. Mais lorsqu'il s'agissait d'un vampire comme celui-ci, comme ceux du genre à faire le beau, à rouler de la queue comme un paon alors que celle-ci n'avait pas de couleurs éclatantes, c'était plus délicat d'intervenir. Elle avait pris le risque. Elle ne pouvait pas laisser la situation entre la jeune femme et le vampire s'aggraver en plein Luxembourg.

La jeune femme fut plus réactive que le vampire. Du moins après avoir repris ses esprits. Elle partit chercher son sac, qu'elle avait laissé tomber dans l'herbe. Quand elle montra sa carte verte et que Clémence la lut avec attention, un homme intervint finalement pour témoigner de l'incident. Il présenta même sa carte verte, afin de montrer qu'il était dans les règles. Elle n'eut besoin de la lui demander. Elle retint même un sourire à la petite remarque concernant les personnes ne l'ayant jamais sur eux. « Ces messieurs ». Comme ce vampire. Clémence prit la carte et la regarda rapidement avant de la rendre à celui qui se disait être témoin, pendant qu'il relatait les faits selon ses observations.


- Merci Monsieur Destienne, vous l'avez vu se défendre avec vivacité ?
Répéta Clémence en se tournant lentement vers le vampire récalcitrant. Pourquoi se défendrait-elle avec vivacité si vous lui expliquiez quelque chose ? Demanda-t-elle en fixant le vampire. La demoiselle ne semble pas physiquement blessée mais plutôt perturbée.

Clémence rendit la carte à Zélie Delhomme. Elle dévisagea la jeune femme. Son regard était assassin. S'il pouvait lancer de l'argent, le vampire serait mort sur le coup. Il n'aurait rien vu venir malgré ses sens développés. Clémence décida de détourner totalement son attention du vampire. De cesser de lui réclamer sa carte. Il ne voulait pas la lui donner ? Eh bien elle retirerait toute attention de lui. Il semblait vouloir montrer sa supériorité avec ses railleries sur sa tenue de civil et son refus de s'identifier. Alors Clémence lui retirait le privilège d'être le centre de la situation.

-  Ces lieux se veulent être calme et reposant. La situation dans laquelle vous vous trouvez montre qu'un petit trouble à l'ordre public aurait pu entacher le calme des lieux. Dites-moi, Mademoiselle Delhomme, ce qui c'est passé exactement ? Connaissez-vous cet individu ? Ou est-ce un inconnu pour vous ?
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MessageSujet: Re: {achevé}Un trio imprévu Mer 24 Sep - 12:49
Devant l’air outragé de la victime, Roch fut partagé entre des réactions opposées. La satisfaction morale de voir qu’il y avait toujours des humains pour dire non se mêlait à l’irritation née de sa propre impuissance à révéler ses convictions. Il aurait voulu pouvoir se ranger ouvertement aux côtés de la jeune femme, indigné et fier comme elle, qui refusait de sortir du traquenard s’il lui fallait le faire en rampant. C’était formidable mais sans issue, noble et idiot à la fois. A son air, elle ne comprenait pas qu'il venait la tirer d'un mauvais pas et le jugeait juste un humain soucieux de plaire aux seigneurs.
D'ailleurs était-elle en fait vraiment fière et insoumise ou seulement sûre de la protection d’un vampire de haut vol qui la mettait à l’abri des attaques d’un petit vampireau de fraîche date ? Il n’est pire arrogance que celle de l’esclave s’abritant derrière le nom du Maître. D’où pouvait sortir cette fille qui semblait ignorer que le vampire a toujours raison ? Elle lisait Phèdre pourtant, où le Juste est massacré, d’avance désarmé, n’ayant pour défense que l’affirmation naïve de son innocence :
-Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon coeur....

Mais les chevaux du destin piétinent déjà d’impatience dans la cour du palais et  le monstre va surgir de la mer, appelé par la cruauté des dieux et la stupidité des hommes.
Roch aurait voulu pouvoir lui faire un signe secret, qu’elle comprenne que c’était pour son bien s’il paraissait vouloir qu’on efface l’outrage et que chacun reparte de son côté, comme si rien ne s’était passé.  
Si elle ne voulait pas transiger, s’excuser, sacrifier sa fierté et la justice pour épargner la vanité du vampire, il allait devoir, lui, songer à se tirer d’une situation devenue impossible. Roch, Second du Comité ne pouvait pas dire son fait à ce petit vampire sans envergure, grossier et qui certainement risquait d’une certaine manière d’y laisser des plumes . Des plumes ? Des écailles plutôt. Il avait tout du reptile qui  siffle pour faire peur mais n'est pas très sûr de ses crocs. Le bellâtre avait pris un air dédaigneux, une lippe de mépris remplaçant son sourire ironique. Sous- entendu 
:"Vous n’oserez pas ! je suis un VAMPIRE!". Mais il hésitait.
En effet, la policière, très calme, avait contrôlé l'identité  de la  fille et  habilement, tout en ayant l'air de la traiter avec une froideur indifférente,  elle utilisa le « témoignage » de Roch pour mettre le vampire en demeure de se taire s'il voulait ne pas apparaître comme un fauteur de trouble.
Sur le moment, Roch n'aima pas trop que son nom soit prononcé devant un vampire mécontent, clandestinité oblige, mais après tout, ce nom était  aussi son passeport de sécurité. Il allait porter, en tant que  fils Destienne, la précieuse commande du noble et puissant signor Ottavio Marinelli, lié au Cercle et protecteur de ces petits humains qui savaient imprimer et relier ses oeuvres impérissables.
Il nota au passage le nom de la demoiselle. Delhomme ? Comme la maison d'édition ? Cela expliquait peut-être l'attitude de défi ...Et aussi le Phèdre en édition ancienne. Il faudrait qu'il vérifie. Mais la policière interrogeait de nouveau  la victime et cela était risqué. Il décida de se poser en amateur de belles-lettres quitte à passer pour un pédant un peu ridicule et présentant le petit livre, il le tendit à l'étudiante :

-Ah ! Phèdre ! Racine est un maître, n'est-ce pas ?J'ai un faible pour Britannicus.. pas pour le personnage, un faible, un vaincu, un  peu dégénéré, bien qu'il affirme :
-Ah ! .. ! tu sais si de la servitude
Je prétends faire encore une longue habitude .

Mais il parle trop et sa niaiserie ne sait pas dissimuler. Néron, son empereur légitime, ne fera qu'une bouchée de lui. C'est Néron le véritable héros, n'est-ce pas ? La force du désir, le refus de céder à la pitié, vertu des êtres sans envergure....


Ses trois interlocuteurs le regardaient avec surprise... Roch se dit que jouer les bouffons et les fous pour  tromper les méchants, c'était plus shakespearien que racinien mais la fille allait peut-être comprendre...et si la policière le renvoyait sèchement à ses lubies littéraires, il aurait au moins un bon prétexte pour quitter les lieux en s'excusant d'avoir failli interrompre le cours de la Justice. D'ailleurs, si elle avait un plan consistant à noyer le poisson et à donner au vampire impatienté le loisir de plaquer tout le monde, elle saurait profiter de la loquacité de ce témoin interventionniste, car, habituellement, ces messieurs les Vampires n'aimaient pas  perdre du temps avec des sous-êtres, même lisant Racine et citant Britannicus... Mademoiselle Delhomme  pourrait lui répondre en ayant un peu repris son sang-froid , ce qui finirait  par éloigner le vampire, étant donné, selon la plaisanterie bien connue, que le vampire ordinaire l'aime chaud.
Roch s'en voulait de s'être mis dans cette situation et aurait bien voulu que son numéro à la fois ennuie le vampire, lasse la policière et soit compris de la victime. Sinon, ce qui allait suivre serait que le vampire pourrait exiger qu'on enregistre une plainte de sa part envers la nommée Delhomme. Encore heureux si Roch n'était pas appelé à témoigner en faveur du vampire.. ce qu'il ferait d'ailleurs si les circonstances l'y obligeaient. Tant pis pour la fille et surtout tant pis pour le vampire car lui, Roch, aurait alors l'adresse du petit scorpion et  le Comité pourrait y envoyer de la visite à la nuit tombée.
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Constantin Basarab
MessageSujet: Re: {achevé}Un trio imprévu Mer 24 Sep - 14:28


Spoiler:
 
L'autre facette d'un Saigneur




Stan avait décidé de s'aérer entre deux prises son dans le studio privé de son hôtel particulier, le Clisson, l'ancien Hôtel des Condé, une illustre famille de la noblesse française dont il avait hérité par des mariages entre dynasties. Il avançait tel un robot un peu neo goth dans les rues très fréquentées de cette fin d'après midi. Aucune artère de la capitale n'était épargnée par l'effervescence du petit peuple ou de l'autre, le grand, celui de la nuit qui s'apprêtait à prendre son envol vers des plaisirs plus précieux sitôt le crêpe d'albâtre étendu sur Paris. Les écouteurs enfoncés dans les oreilles qu'il avait fort sensibles, il avançait, concentré sur l'enregistrement du dernier morceau qu'il avait capté sur le logiciel puis transféré dans son son lecteur portatif, un reliquat d'une époque évanouie où les jeunes humains se vantaient de posséder le dernier I p.d.

C'était bon, c'était même excellent ! Stan visualisait déjà le clip vidéo qui supporterait la promotion de ce titre. La course, l'angoisse, la poursuite, le souffle de la jeune femme affolée, sur fond de sonorités électroniques  puis le déferlement des guitares et enfin sa voix sensuelle et rageuse qui énonçait le supplice. Dans le rôle de la fille, il voyait déjà Nina Gortobka, ce mannequin qu'il avait su ... , enfin , séduit deux mois auparavant. Switchback, switchback ... Seigneur sans Chasse ou metal electro sympho rock star ? Qui était Constantin Basarab  ? Les deux tour à tour ? Peut-être la vérité était-elle ailleurs.

Il tapota son lecteur nerveusement, vérifia que la fiche des écouteurs n'avait pas bougée de son logement. Le son s'était brutalement coupé et il arracha avec impatience les deux petits embouts en mousse devenus inutiles dans ses oreilles. Le chant des oiseaux dans les arbres du parc, la circulation en périphérie de celui-ci, les cris d'enfants courant après un ballon, tout cela l'assaillit comme s'il avait participé à chacune de ces manifestations de la vie. Puis un échange entre quatre individus prit le dessus et submergea la quiétude parisienne des lieux. Il y avait querelle entre l'un et les trois autres. Il le perçut immédiatement même à cent cinquante mètres. En fait c'était bien plus complexe. Un différend opposait la jeune fille à un jeune vampire. La beauté contre le vice, l'oiseau contre le serpent. Là aussi une sorte de ralenti de la scène qui avait précédé lui vint devant les yeux. C'était le pendant au lourd tribut de solitude des vampires d'un certain âge : voir le passé et parfois l'avenir. Du moins Constantin le supposait-il, car il n'avait trouvé aucun semblable aussi vieux que lui pour corroborer le fait ou l'infirmer. Il vit donc toute la scène qui avait précédé l'arrivée de la jolie commissaire - tiens un policier dans le panthéon de ses conquêtes pourrait toujours être utile - et du jeune homme au bonnet. Son esprit encore imprégné de toute la décadence de sa musique les imagina brièvement entrain de  s'accoupler. L'homme au bonnet et la jolie commissaire ... Où lieutenant de police, ou inspecteur, peu importait. Un civil et un représentant de l'ordre. Constantin avait assez porté toutes sortes d'uniformes pour savoir l'effet aphrodisiaque que cela pouvait produire sur les hommes comme sur les femmes. Il suffisait que la jolie brune  glisse son brassard de la police criminelle sur son bras pour que l'homme au bonnet sente peut-être une raideur dans son pantalon.

Le regard de Constantin se focalisa sur la jeune fille en détresse et son agresseur. Sa soif de beauté lui soufflait sans conteste de défendre la fille aux dépends du bellâtre boutonneux. Le code des vampires lui suggérait tout autre chose. Alors que la demoiselle flic à l'imper palabrait avec le barbu mal rasé, il se glissa, plus qu'il ne marcha, au devant de son, très, jeune confrère et lui fit une clef de bras.


- Tu oses  t'en prendre à MES humains, vermine ?  Ahh tu ne le savais pas qu'elle était de mes humains ?  Comment un petit immortallion de ton espèce pourrait-il reconnaître en effet l'appartenance de chaque esclave qui arpente cette belle cité. Tu fais bien du bruit, pour un si jeune oisillon. J'ignore ce qui me retient de te clouer le bec, si ce n'est la belle journée que je viens de vivre et qui me met de bonne bonne humeur ce matin et même ce soir ...

Le blanc-bec malheureux se rabattit le bras devant le visage tandis que Stan ouvrait grand la bouche, ou devrait-on dire la gueule, pour le faire profiter de la vue sur son arsenal.

- Et ne bave pas mon petit puceau, c'est là tout ce que tu verras de mon armement. Je ne déflore que les vierges féminines ... Susurra-t-il à l'oreille du juvénile Infant. Je ne sais qui t'a fait, mais il a très, très mal fait son travail. Cours, cours, tant que je me complais dans la jouissance que me procure la contemplation de ces deux belles femmes.

Puis d'une pitchenette au menton, il envoya valser l'importun sur la pelouse.

- Pars, fuis, cours et vole si tu ne veux pas qu'en un festin avec toi je convole. Assure ta sauvegarde et pars promptement, tant que de la folie me garde ce ravissement.

Le malheureux rampa plus qu'il ne courut sur l'herbe verte et sans plus lui accorder d'attention Stan se tourna vers les trois autres.

- C'est fini ! Vous pouvez regagner vos quartiers. La brebis égarée se verra ainsi sauvée et le loup mal appris ce soir dans son sang baigné. Que triomphe la beauté et que la vilénie soit punie.

Il regarda plus avant la jeune pucelle objet du dérangement. Elle était fort jolie mais assez éteinte ma foi, et il se dit qu'elle aurait peut-être mérité son trépas. Parfois le ramage ne vaut pas le plumage. Mais la vue de cette enfant enchantait l'horizon, aussi lui pardonna-t-il que d'emblée, elle ne lui donnât pas moindre frisson.

- Allez-vous encore palabrer, ou du Cercle pouvons-nous nous passer, pour régler quelque querelle, induite par cette jeune femelle ?

Dans un sourire, Stan fit une courbette toute en soleil et se présenta en réactivant son lecteur dont les oreillettes vibrèrent.

- Je suis Stan,  pour vous servir ! Stan , le chanteur du groupe Zagiel ! Voulez-vous entendre notre nouvelle chanson ?


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Zélie Delhomme
MessageSujet: Re: {achevé}Un trio imprévu Mer 24 Sep - 17:57


L'apparence de froideur qui se dégageait de la policière me fit l'effet d'un masque dont elle maîtrisait la texture et l'épaisseur suivant les situations. Je n'insinuais pas qu'elle était quelqu'un de terriblement joyeux – qui le serait en ces temps ? - mais que sa position dans notre monde, dans les forces de l'ordre, à cause de son statut de femme et peut-être de son histoire personnelle l'obligeaient à faire montre de distance avec ce qu'elle devait côtoyer tous les jours. En tout cas, si son visage restait impassible, je pouvais sentir qu'elle n'avait pas pris le parti de Barthélémy plus que le mien et qu'à ses derniers mots, elle me donnait une chance de rétablir la vérité et avec elle mon honneur. Il ne nous restait pas grand chose de plus en ces temps, à nous, humains et j'étais de celles qui comptaient le conserver jusqu'au bout. Le malaise physique qui m'avait tourmentée avait disparu et l'affliction morale serait levée une fois que je pourrai m'éloigner de cet endroit et attendre plusieurs jours avant d'y remettre les pieds. Je relevai le menton et la regardai dans les yeux, prête à dire toute la vérité lorsque des mots, intégralement repris à Racine me stoppèrent dans mon élan.

- Merci Lieutenant !

En ce cas présent, je me cherchai bien quelques minutes pour être certaine d'avoir compris le sens de ces vers. Je n'avais que mon esprit pour déjouer les pièges des canines longues comme les pieux qui pourraient les rapprocher du trépas et à ma connaissance aucune protection de quelque sorte qu'elle soit, si l'on oubliait mon père et son frère qui avaient tous les deux leur seule humanité pour étendard.
Pourtant mes pensées, très ironiquement allaient vers Hippolyte dont ce monsieur Destienne, au nom vaguement familier, se faisait le représentant. Une fraction de seconde, je me dis qu'il serait beaucoup plus juste dans le jeu de ce personnage pris dans la torture du désir refoulé. Je jetai un rapide coup d'oeil à Barthélémy qui n'avait même pas reconnu le contenu de son texte, pauvre imbécile décérébré qu'il était. L'insistance du regard de l'homme au bonnet et le choix de ces mots me replongeaient dans une hésitation qui n'allait pas m'aider si elle devait continuer encore longtemps. J'optai donc pour la prudence mais toujours la tête haute.


- En toute franchise, Barthélémy a souhaité me...rappeler qu'on doit respecter les vampires car je me suis permis de le gifler...parce qu'il m'a fait peur lors de notre cours de théâtre. Donc oui je le connais pour le fréquenter lors de nos classes communes.


J'avais bien conscience de passer ou pour une hystérique ou pour une mijaurée ou les deux et cet honneur que je voulais sauf, venait de souffrir ouvertement. Pour me réconcilier avec moi-même je me dis que finir entre les mains du Cercle ne serait pas plus glorieux loin...que disait cet homme ? Je le considérai longuement pendant que la policière semblait peser le pour et le contre ou chercher une solution pour que mon « camarade » de classe mette fin à cette torture. Je n'étais pas vraiment disposée à discuter lettres et pourtant, il se montrait sous un jour bien plus intéressant en récitant à nouveau du Racine mais il semblait vraiment prendre le parti de l'imposteur Néron, cet assassin qui n'avait aucun respect pour l'amour, ni de sa mère, ni de celui qu'il aurait dû aimer en frère. Je plissai les yeux, n'étant pas sûre de comprendre sa tentative de discussion. Quel homme sensé le ferait à ce moment précis ? Décidément son comportement était pour le moins intriguant car il semblait avoir bien saisi toute la teneur de Phèdre et prétendait à présent défendre un traître ? Je finis par saisir qu'il m'enjoignait de me plier à l'Ordre et faillit me taper sur le front pour mon hébétude aussi longue. J'aurais bien tenté de lui faire passer un message de la même façon mais comme seul un tsunami peut le faire, la situation se renversa.

J'eus à peine le temps de hausser les sourcils à l'approche d'un individu pour le moins déroutant. En revanche, je compris très vite qu'il était un vampire et pas de 50 ans... Barthélémy s'était replié sur lui-même et il venait de valser à plusieurs mètres. Voilà que...eh bien que le problème était réglé ! Nous autres humains passions beaucoup de temps à deviser pour rien. Il me fallut reconnaître que jamais je ne le dirais mais que je remerciais cet...homme pour son intervention. Cependant quelque chose que j'avais déjà oublié clochait dans ce qu'il avait dit, quelque chose qui ne me plaisait pas du tout.
Et je le regardais parader avec certes, beaucoup plus de prestance que mon poursuivant, nous abreuver de ses propres vers qui ne trompaient personne quant à la moquerie qu'ils contenaient. Quelque chose en lui était sans conteste admirable même en ne s'arrêtant pas sur ses longs cheveux ou son regard enveloppant, pas plus que son sourire énigmatique, mais sa fatuité n'était pas pour me convenir.

Je fermai longtemps les yeux au mot « femelle » qui n'était pas moins piquant que le prétendu jeu de Barthélémy et je commençai à avoir soupé de ces prétentieux à la soif insatiable qui faisaient passer leur  bon plaisir avant le respect. Je n'avais déjà plus rien retenu de ce qui venait de se passer car j'allais répondre du tac-au-tac quelques mots qu'il balaierait aussi vite que le corps de mon agresseur. Mais la raison me dictait que si j'avais éviter ma mort ce jour, je ne devais pas trop jouer avec le feu, qui plus est j'étais lasse aussi ne me permis-je qu'une petite singerie presque innocente.


- Il est bien heureux que vous ayez daigné nous ôter une telle épine du pied. Monseigneur, sans vous et votre force décuplée, nous serions encore en train de badiner. N'est-ce pas le propre des femelles de se répandre sans raison formelle ?


Mon sourire le plus faux et le plus condescendant se profila au moment où je lui réservai une courbette de pseudo reconnaissance.
Je me tournai le plus lentement possible vers le Lieutenant Destrée pour m'enquérir de la décision qu'elle allait prendre à mon égard. Je n'avais pas envie d'entendre sa foutue chanson ni de rester une seconde de plus dans ce jardin. Peut-être Monsieur Destienne pourrait me raccompagner avant que la nuit ne tombât car notre petit rassemblement durait depuis un temps beaucoup plus long que prévu, qui plus est, je pourrais lui poser quelques questions sous couvert de littérature et vérifier mes soupçons.
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Clémence Destrées
MessageSujet: Re: {achevé}Un trio imprévu Jeu 25 Sep - 21:24


La jeune femme expliqua à Clémence la raison de la scène entre le vampire et elle. Peu convaincue, Clémence fronça les sourcils. Elle avait la sensation que mademoiselle Delhomme allégeait les faits afin de passer de victime à cause du trouble. Malheureusement, face à un vampire, même de ce faible niveau, c'était toujours ce qu'il y avait de mieux à faire pour un humain.

Mais tout allait vite s'arranger. D'une façon surprenante, grâce à un vampire un brin vantard. Clémence fut surprise de le voir apparaitre. Mais fort heureusement, il fut un avantage puisqu'il fit fuir le vampire de bas étage avec perte et fracas. Une chiquenaude par ici, des menaces mal voilées par là... puis plus de vampire boutonneux. Il ne restait que le vampire rock star qui agissait vraiment comme tel. Clémence ne savait quoi préférer : le vampire pubère ou le vampire grande gueule. Elle hésitait. Elle trouvait que le vampire boutonneux se la jouait mais le plus vieux n'était pas mieux. Son intervention lui semblait tellement mélodramatique, à la sauce macho, pour finir en action commerciale pour son groupe.

Clémence n'écoutait pas beaucoup de musique. Tout d'abord parce qu'elle n'avait pas le temps à en écouter. Ensuite parce qu'elle n'avait pas les moyens de renouveler la musique à la maison, ses revenus passaient principalement dans l'entretien de la maison de Léonie. Enfin parce qu'elle n'y connaissait rien.

Ce dénommé Stan aurait pu lui faire dresser ses cheveux sur la tête. Jon, ou n'importe quel autre homme, lui aurait parlé ainsi, il aurait été obligé de se faire renommer Jonathane. Cependant, il s'agissait d'un vampire. Et avec son travail, elle ne pouvait se permettre de lui faire remonter ses bijoux si haut que son groupe aurait pour chanteur un castra.


- Je vous remercie pour votre aide, Monseigneur, nous allons maintenant tous pouvoir reprendre nos occupations et poursuivre cette journée en toute quiétude, dit Clémence en imitant mademoiselle Delhomme. Je ne dispose malheureusement pas du temps pour prêter mes oreilles à vos vocalises, ajouta-t-elle à Stan, sans afficher la moindre expression sur son visage, ni reconnaissance ni colère fasse au mot femelle. Souhaitez-vous que je vous fasse raccompagner ? demanda-t-elle à mademoiselle Delhomme.

Clémence se tourna vers Roch et lui dit :


- Peut-être souhaitez-vous aussi d'être raccompagné ? Je peux appeler deux collègues qui s'en chargerons.

Clémence pensait surtout à se débarrasser de tout ce beau monde pour poursuivre son jour de repos tranquillement. Qu'est-ce qui lui avait pris d'aider !? Ha... la déformation pro... Tant d'énergie dépensée pour finir entre les griffes d'un chanteur en pleine promo de sa nouvelle chanson. S'il s'avérait qu'il s'agissait d'une star, l'attroupement dans les jardins allaient être inévitable. Pas d'émeute à autographes, Clémence n'en voulait pas. Elle ne voulait pas finir son jour de repos à appeler des renforts pour contenir une foule de fans en chaleur.


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MessageSujet: Re: {achevé}Un trio imprévu Ven 26 Sep - 9:25
Le vampire aux dents jaunes tourna la tête et fixa Roch débitant  son enthousiasme pour Racine. Il sembla prendre conscience qu'un humain persistait à intervenir dans ses affaires, et eut un froncement de sourcil qu'il devait estimer olympien. Roch se sentait vraiment furieux contre lui-même. Quel idiot il était de s'être mis dans cette situation. S'il l'apprenait,  Martial  hocherait la tête et dirait sur un ton navré pire qu'une bonne engueulade : "Mon pauvre Roch.... !" ce qui donnerait à son Second l'impression d'être juste bon à éplucher les patates en cuisine.
Il fallait interrompre cette scène ridicule et se tirer de là le plus vite possible. Au cas où l'autre crochu lui dirait, avec le raffinement de langage et la délicatesse de pensée  qu'on pouvait lui supposer, d'aller se faire f... ailleurs, il obéirait aussitôt en s'excusant de s'être permis d'intervenir. Bien que ce fût contre ses principes, en cas de menaces plus directes, il agiterait le nom de Ottavio Marinelli  comme un bouclier.  Ottavio Marinelli lui-même, qui attend le précieux tome XII de ses oeuvres immortelles reliées en veau blond et  est, c'est bien connu, au mieux avec le Doyen de la faculté des Lettres.
Roch était à peu près sûr que le jaunâtre le laisserait filer. Il est parfois courageux d'être lâche.
Cependant Roch crut voir une lueur s'allumer dans le regard que la victime posait sur lui et se dit qu'elle avait dû saisir le message. Il allait prendre congé puisqu'elle avait compris, ayant certainement lu La Fontaine, qu'il valait mieux pour le pot de terre d'éviter de heurter le pot de fer. Héhé, ricana intérieurement le Second du Comité, à moins que le pot de terre ne soit intérieurement doublé d'argent ou rempli de nitro. En tout cas, la fille était un très joli pot de terre. Son galbe était parfait et pouvait donner des idées de l'inviter à aller ensemble puiser l'eau à la claire fontaine. Et finalement, elle était moins cruche qu'on aurait pu le penser.

C'est alors que passant avec élégance entre la policière et la victime, surgit une haute silhouette, laquelle, en deux pas, se retrouva plantée devant le maigrichon  vampireau, coupant le souffle de Roch qui l'avait immédiatement reconnue. Stan , le chanteur et leader de Zagiel, le groupe Metal en plein succès, un groupe mixte, une formation controversée, mais adulée par les amateurs de ce que les détracteurs appelaient du Bloody Metal .
Or, malgré les plaisanteries  des copains du Comité, Roch appréciait énormément Zagiel, soit que le groupe reprenne des airs du Métal XXe siècle, soit qu'il interprète les titres composés par Stan lui-même qui parlaient, comme ceux d'autrefois d'amours dévastateurs, d'angoisses existentielles et bien sûr, de rage et de révolte. Ce qui n'était pas sans surprendre, venant d'un chanteur de la race triomphante, mais plaisait beaucoup aux jeunes humains qui ne savaient pas encore se taire.
A ses débuts au Comité, un petit groupe de jeunes terroristes exaltés voulaient absolument  que"In my Sword I trust "devienne leur chant de partisans mais Martial avait refusé net ; il n'aimait pas du tout le romantisme trop échevelé et il avait fait remarquer que dans leur cas," In my bomb I trust " serait plus adapté et que, de toutes façons, les membres d'une organisation secrète ne doivent pas brailler des chants séditieux quand l'ennemi a une ouïe bien plus fine que la leur.

Donc, Roch se sentait très excité par le fait exceptionnel de se retrouver, ailleurs que dans une salle de concert, près d'un artiste admiré, mais aussi très inquiet de voir que la situation lui échappait plus que jamais. D'autant que le comportement du musicien était plutôt déconcertant.
Sans chercher à savoir ce qui se passait, Constantin Basarab, prince de Valachie, accablait Barthélemy de sarcasmes tout en l'expédiant sur la pelouse d'un seul revers de main. Il traita les  humaines comme d'élégants animaux plaisants à voir mais à qui il est inutile d'adresser la parole, et il sembla, à la grande satisfaction de Roch, ignorer totalement ce dernier. Stan se mit à parler en prose assonancée, ce qui parut une ultime dérision, comme pour se moquer de la sottise puérile de toute cette agitation autour d'un sujet sans intérêt.
 Roch fit prudemment deux ou trois pas en arrière. Il n'aimait pas trop cette attitude. Ou Stan était un peu ivre ou bien il jouait l'excentrique pour réellement leur venir en aide en remettant l'incident au niveau d'une plaisanterie bouffonne. En tout cas ce n'était pas Stan de Zagiel, pas le grand Stan de Strong enough to stay , pas le musicien de   Blue Mist ou de Broken Bridge et pendant que les filles répondaient, Roch resta silencieux, tout en se rendant compte qu'on était revenu à la situation du début, car quelques passants les entouraient, attirés par le vol plané de Barthélémy.
Assez étrangement, Basarab termina sa prestation de vampire mouchant un  morveux en se présentant sous son identité de chanteur de Zagiel et en proposant de leur faire écouter la dernière création du groupe. Roch faillit applaudir et se retint juste à temps. L'étudiante remercia le vampire, qu'elle devait elle aussi avoir reconnu, en lui donnant du Monseigneur et en tentant assez difficilement de se mettre à l'unisson du ton badin adopté.
Avec beaucoup plus de sang-froid et sans doute d'habileté, La policière remercia également, mais désigna d'un méprisant : "vocalises" la  chanson proposée. C'était moins risqué qu'il pouvait sembler car elle devait savoir que Zagiel ne faisait pas l'unanimité chez les Vampires où certains le taxaient de pervers nostalgique, de décadent débauché et de cacophoniste  achevant d'assassiner Mozart. Elle savait sans doute que sa hiérarchie lui reprocherait  sévèrement un éventuel manque de courtoisie envers un seigneur mais qu'elle trouverait des alliés parmi les vampires pour soutenir son droit à ne pas aimer Zagiel.
Roch apprécia cette finesse. La fille avait décidément du caractère. Il faudrait savoir où elle travaillait. Il hésita un instant . S'il partait, ce serait difficile de la retrouver et encore plus d'établir un lien avec elle qui ne soit pas suspect. Et puis, lui, il avait très envie d'entendre la chanson.
A ce moment, elle s'adressa justement à lui pour lui proposer de le faire raccompagner. Que cherchait-elle ? A rappeler qu'aussi minces soient ses pouvoirs, la police humaine avait une certaine puissance et qu'à travers elle, c'était la puissance du Cercle qui atteignait la rue ? Il se sentit mal à l'aise qu'elle ait ainsi attiré l'attention sur lui. Que ferait-il si Stan lui adressait la parole ? Allait-il lui demander un autographe ? Se mettre à bégayer ? Bon Dieu ! Toute cette affaire n'était qu'une suite de sottises. Mais il vit une possibilité de s'en sortir. Il avait joué l'humain servile et flagorneur. Il pouvait continuer... Ce serait rassurant pour tout le monde.
Il répondit donc :


-Ce sera inutile, officier. Je porte ce colis au seigneur Ottavio Marinelli. et puis moi, j'aimerais bien entendre la chanson de Zagiel si c'est possible. J'aime beaucoup ce groupe. Par exemple,son interprétation de I don't care ou bien Path Guardian,  si bien écrit. Une chanson nouvelle, ça vaut certainement un petit retard chez Ottavio Marinelli, qui habite non loin d'ici. C'est un vampire très puissant, qui a écrit "Sanglots et Sang" ! Je manquerai le chocolat. Mais en poète, il comprendra. Pouvez-vous nous dire le titre ?

"..et cesser de faire le pitre !"ajouta-t-il in petto, tout en estimant qu'on ne pouvait pas avoir l'air plus innocent et benêt que lui. Et en plus, il se donnait les gants de tromper son monde tout en disant la vérité. En effet, il avait vraiment très envie d'entendre la nouvelle chanson de Zagiel.

HRP- Blue Mist, Broken Bridge et PathGuardian ne sont malheureusement pas sur You Tube.
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Zélie Delhomme
MessageSujet: Re: {achevé}Un trio imprévu Ven 26 Sep - 15:12
Toujours avec une grande distance, les mots du Lieutenant frappèrent comme des pics à glace et je retins un sourire. Sans nous regarder une seconde, nous avions visiblement éprouvé la même répulsion face à cette caricature du vampire prétentieux à qui tout est facile. Je n’avais bien sûr aucune idée des forces en présence, on m’avait tellement tenue à l’écart, Papa surtout. Je ne pouvais me douter que ce chanteur au look imprenable m’évitait pour l’heure de me faire remarquer par les instances vampiriques et que s’il s’amusait de cette situation qui m’avait tant effrayée, c’était parce qu’il avait affaire à des menaces plus pernicieuses. Il n’en restait pas moins qu’il m’avait dégoûtée et que je ne pourrai oublier de sitôt si ce n’était son allure, au moins sa condescendance.
Nous vivions à une époque où je ne faisais plus cas de grand-chose, tout semblait permis au milieu d’un nombre important d’interdictions et l’excentricité prenait bien des formes. Les vampires avaient tous les privilèges aussi devaient-ils se sentir las et mettre le piquant qu’ils voulaient pour ressentir un semblant de « vie » quant aux humains, ils marchaient tellement tel un troupeau bien rangé, que le plus petit écart de conduite tenait du miracle et avait la saveur du risque. Les uns comme les autres, nous étions piégés dans une lutte que seules les hautes sphères maîtrisaient et notre existence avait une allure de subsistance : se maintenir en vie pour nous, mortels et supporter cette longévité pour les Immortels. J’étais peu compréhensive face à cette race d’assassins mais certaines évidences ne pouvaient m’échapper.

J’avais en quelque sorte rejoint mon monde intérieur et clignai des paupières en tournant mon visage dument baissé vers le Lieutenant. Sa question était pertinente puisque je l’avais souhaitée. En moi deux forces se menaient un combat important. Oser demander à ce jeune homme d’assurer ma sécurité alors que la sienne était aussi en porte à faux ou bien rentrer par le moyen que la Police me proposerait. Je jetai à la dérobée un regard à l’homme au bonnet, si intriguant. Je constatai non sans déception qu’il avait opéré un recul. Je faillis me frapper le front, il s’effaçait et pourtant une certaine lueur que je jurerais avoir attrait à de l’admiration s’était allumée dans ses iris. Mais quel jeu jouait-il ? Un instant il avait minimisé le forfait de Barthélémy, celui d’après tenté de me ramener sur le droit chemin et à présent il était en pâmoison devant une quelconque rock star qui aurait pu lui trancher la jugulaire. Autant dire qu’il faisait preuve de versatilité. Bien sûr là non plus je ne touchai pas la vérité du doigt mais aurais-je dû rappeler à tous les trois que j’étais une humaine ignorante et insignifiante qui avait juste sa passion comme Credo et sa haine en bandoulière ? J’étais doublement écoeurée et avec force lorsque Monsieur Destienne tel un fan un peu timide, acceptait la proposition d’écouter la musique de ce groupe.
Leur nom ne m’était pas inconnu et si j’aimais découvrir de nouvelles sonorités, les supports musicaux que Max réussissait à obtenir se cantonnaient à nos œuvres favorites ou à celles dont j’avais besoin pour mes études. Il ne m’était donc pas possible d’être au fait des musiciens même à la mode.
Mon hésitation se mua donc en certitude.

- J’accepterais bien une escorte, en effet, Lieutenant.

Je n’avais aucune idée de ce qu’elle allait me proposer comme solution mais un lien de confiance s’était brièvement tissé, du moins ma survie semblait ne pas lui inspirer de l’indifférence. Elle m’avait offert par deux fois le droit de m’expliquer et si j’avais joué la prudence, j’étais à peu près sûre qu’elle, non.
Je piétinais presque d’impatience pendant que Roch Destienne mettait en place un concert improvisé. Je ne voulais sous aucun prétexte me retrouver au milieu d’une foule en délire mais bien au chaud chez moi à répéter ou même à dormir. Je ressentais un début de migraine. Quelle attitude adopter à présent ?

Tout en remettant mon sac sur mon épaule, je pivotai rapidement vers le vampire et desserrant à peine les dents, je parvins à balbutier des remerciements d’une voix que je voulais la plus neutre possible.

- Je suppose que je vous dois une fière chandelle.

Je me détournai aussi vite afin de ne pas voir un air satisfait s’afficher sur son visage ou un éclat victorieux dans son regard. Absolument persuadée que nos chemins ne se recroiseraient jamais, je décidai sur le champ de l’effacer de ma mémoire. Je hochai la tête à l’attention de Monsieur Destienne toujours aussi questionnée par son attitude et j’attendis le bon vouloir du Lieutenant.
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Clémence Destrées
MessageSujet: Re: {achevé}Un trio imprévu Ven 26 Sep - 20:28


Clémence voyait très clairement la fin de cet après-midi dont elle se serait bien passée. Avec l'altercation entre le vampire et la jeune humaine, et l'apparition de l'énergumène de musicien, elle se sentait épuisée. Et dire que ce jour de repos bien mérité était supposé la remettre sur pied après une longue et délicate affaire de viol.

Mademoiselle Delhomme accepta son invitation à la raccompagner. Clémence afficha un air satisfait.

- Monseigneur, je vous adresse de nouveaux remerciements pour votre aide face au jeune vampire intrépide et insolant. Je vais maintenant poursuivre mon travail en raccompagnant mademoiselle afin de m'assurer de sa sécurité et que l'ordre public ne soit pas de nouveau bouleversé, dit-elle rapidement au chanteur, afin de le laisser le temps à personne de l'interrompre. Monsieur Destienne, en tant que témoin de l'altercation qui a eu lieu, je garde votre nom en mémoire si un nouveau conflit à lieu.

Clémence leva un bras vers la sortie des jardins et un autre dans le dos de Zélie, sans pour autant la toucher.

- Allons-y mademoiselle. Je vous suis. Messieurs, bonne soirée.

Clémence prit pourtant les devants et passa entre Zélie et le vampire. Son bras dans le dos de Zélie incitait, obligeait presque, la jeune femme à tourner son corps vers la sortie. Clémence détourna la tête vers l'humaine, montrant sa nuque au vampire, et lui offrit son plus gros signe d'yeux pour lui indiquer d'un coup d’œil la sortie et son empressement à sortir vite des jardins.

Clémence pressait le pas mais pas trop, afin de s'assurer que Zélie la suivait.


Lorsqu'elles furent bien éloignées des deux hommes, Clémence soupira et grommela.

- Foutu jour de repos et quel spécimen lui, pas mieux que le boutonneux, marmonna-t-elle, sans se soucier si Zélie l'avait entendu, ne s'inquiétant pas de savoir si elle était du côté des vampires, si elle ne l'était pas ou si elle avait une autre opinion sur eux.

Certains vampires sont adorables et merveilleux. Clémence pensait à sa très chère Léonie. D'autres pouvaient l'effrayer, l'intriguer, l'amuser même ! Autant, ce musicien l'exaspérait. Rock Star humaine ou vampire, du pareil au même. Clémence pensait toujours ainsi. Humains et vampires, c'était du pareil au même. Chacun avait des qualités et des défauts. L'un comme l'autre était ni tout blanc ni tout noir. Quoi que... les vampires devaient vivre et subir les choses de la vie pour l'éternité. Ce qui rendait sa condition d'humaine si enviable.

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Constantin Basarab
MessageSujet: Re: {achevé}Un trio imprévu Dim 28 Sep - 14:40




Eh bien eh bien! Le retour à la réalité fût plutôt abrupte pour l'artiste qui venait d'achever un travail de création tout à fait digne de lui procurer l'ombre d'une satisfaction. Ombre car, il était rare que Stan fût satisfait de son travail ou de son art. Et s'il l'était, il ne s'accordait jamais plus que l'ombre ou le soupçon du mérite que les autres lui attribuaient. En revanche dans ces moments là, il redevenait le petit garçon qui a réussi une botte ou une passe d'arme compliquée sous les yeux de son maître d'armes, ou qui a accompli l'exploit de cueillir toutes les pommes du verger en un après-midi pour soulager la paysanne qui lui sert de mère adoptive. Il était plein d'entrain, de fougue, de lyrisme et de poésie.

En l’occurrence, sa tentative pour désamorcer la tension en utilisant une entrée en scène théâtrale tomba complètement à plat et sur le bout de ses orteils. Il s'en remettrait. Ce n'était pas la première fois qu'il essuyait un mépris suintant depuis qu'il avait troqué par moment la baliste pour la guitare ou la Claymore contre le micro. Seigneur de guerre, on est craint sinon aimé, ménestrel on est soit adulé soi conspué. Du moins ce passage de l'un à l'autre des statuts lui permettait de ne pas sombrer dans la monotonie qui tue le vampire à la petite semaine.

Il choisit donc de s'amuser des volées de bois vert à peine dissimulées sous des pétales de -rose- (les femmes et leurs épines) et ne se formalisa pas davantage du mépris dont l'artiste était l'objet pour les pardonner à cause de la terreur que le vampire leur inspirait. Il se mit à fredonner tout en s'inclinant sans répondre aux sarcasmes afin de prendre congé

- Au plaisir de vous revoir un jour ou une nuit gentes demoiselles !

Puis se tournant vers l'homme au bonnet qui semblait être le seul parvenu à masquer sa haine, il chanta

" A m'aimer je ne puis vous forcer
de voir en moi une calamité,
je ne puis vous blâmer
Le tueur de loups à trop les tuer,
En prend le parfum et la férocité.
Tant de crimes à expier
Qu'on ne peut les compter

Je suis le tueur de loups, le tueur de loups
Bourreau et victime confondus
Mais ne vous leurrez pas
Un jour vous aussi vous prendrez
Les atours de celui que vous chassez"


- Bon c'est juste une petite idée qui me vient pour une nouvelle chanson, ça ... Mais c'est vrai, vous voulez entendre la dernière chanson qu'on vient d'enregistrer ? Tenez mettez les oreillettes...


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MessageSujet: Re: {achevé}Un trio imprévu Lun 29 Sep - 0:48
La situation était devenue à la limite de l'incongru. Chaque élément pris séparément présentait son intérêt humain, sa cohérence  et appelait un comportement approprié, mais  rassemblés désormais autour de Stan,  les acteurs de cette pantomime paraissaient seulement pressés de ne plus être là.
Roch regrettait d'avoir  cédé à sa réelle  curiosité concernant la nouvelle chanson de Zagiel. Les filles s'en étaient sorties sans son aide et il avait bien vu au regard jeté par Zélie Delhomme qu'elle le prenait pour un groupie quelconque.
Roch se dit que c'était bien fait pour lui ; jamais il n'aurait dû se laisser entraîner dans ce petit incident public. A bien y réfléchir, cette fille Delhomme n'avait ni prudence ni jugeotte. Quel besoin de jouer les effarouchées ? Elle se croyait réellement en danger ? La nuit, oui, mais les jeunes filles bien élevées ne couraient pas la nuit dans les rues. Ce vampire Barthélémy l'importunait ? Et alors ? Elle puait la collaboration bien intégrée : études supérieures chicos à l'Université, copains de cours aux dents pointues, éditions rares en poche et apparemment, vertu intacte. Elle n'avait qu'à appeler papa au secours et citer le nom de leur seigneur protecteur dont la seule évocation, comme l'apparition de Basarab, aurait pulvérisé la morgue de ce Barthélémy, preuve vivante que tous les Vampires n'étaient pas des surdoués, et qu'on peut avoir les dents longues et le reste très court.
Ce que, au début, il avait pris pour du cran chez mademoiselle Delhomme et qui l'avait fait sortir de sa prudence habituelle, ce n'était sans doute que des piaillements de parvenue et d'enfant gâtée, ameutant les populations pour montrer qu'elle ne  se laisserait pas faire par un vampire moche et à demi vérolé.
Et puis, elle étudiait Phèdre, mais n'aimait pas la musique de Stan. Elle n'avait même pas réagi à l'entrée de l'artiste, si pleine de brio, d'assurance naturelle, ... il en avait rajouté mais dans son style  volontiers flamboyant , souvent teinté d'humour et enfin, comment ne pas s'intéresser une seconde à de la musique vivante ? Et à un des rares artistes vampires à faire jouer ensemble les deux espèces ennemies ?..
Roch connaissait les limites à ne pas franchir dans son goût pour la musique de Zagiel. Quand le Comité attaquait les postes qui bloquaient les anciennes mines d'argent, il ne vérifiait pas si, parmi les vampires visés, figuraient un musicien vampire connu, un poète admiré.  Mais il fallait bien admettre que sur certains points, l'humanité et les vampires jetaient le même regard, entendaient les mêmes harmonies, vibraient aux mêmes émotions. Il n'était pas le seul à penser ainsi. S'il voyait un jour la fin de la guerre et donc la victoire contre le règne sans partage des vampires, il ne serait pas du côté de ceux qu'on appelait les Radicaux ou les Définitifs, ceux qui prônaient l'extermination intégrale. D'abord,  Roch était persuadé que ce n'était pas possible et ensuite, ce ne serait pas l'esprit de la justice qui triompherait alors mais celui de la vengeance et on avait vu ce que cet esprit avait donné en l'an 2000.

Quant à la policière, c'était un bon flic, coincée qu'elle était entre  le maintien de l'ordre, sa fonction, et le fait que, si le fauteur de trouble avait suffisamment de crocs, le rapport d'enquête  aurait toutes les chances de se perdre au fond d'une poubelle. Mais tout le monde, s'il voulait survivre, était ainsi coincé le cul entre deux chaises, et tout le monde ne l'avait pas aussi joli  que celui de Clémence Destrées.  Destienne, Destrées et Delhomme …Imprévu des noms et des rencontres ! En d'autres temps,  cette mince coïncidence verbale aurait pu suffire à ce que tous les trois se retrouvent pour en sourire autour d'un café sur le vieux Boul'mich.
Roch  se dit une fois de plus qu'il aurait dû s'en aller bien avant l'arrivée de Stan. Il avait cru que le musicien n'était en fait intéressé que par les jolies filles et que c'était pour les éblouir qu'il avait proposé de leur faire entendre sa chanson.  Maintenant qu'elles étaient parties, il ne lui restait plus qu'à prendre congé. Il allait marmonner une formule polie quand Stan se tourna vers lui et se mit à improviser sur sa situation d'artiste rejeté avec une ironie bon enfant mais qui soudain s'orienta sur un thème touchant immédiatement Roch au plus profond de lui-même.
La reprise" Je suis le tueur de loup, le tueur de loup," était parfaite, avec cette simplicité, cette évidence que donnent une césure et un accent bien placés, un écho sur les mots qu'il faut. Et Roch se sentit visé bien que ce ne fût à coup sûr qu'une coïncidence. Stan ne pouvait deviner le tueur sous ce garçon un peu ridicule qui n'avait même pas eu l'idée de raccompagner les demoiselles. Et d'ailleurs qui était-il, lui ? Le loup ou le tueur de loup ?
Quand le musicien lui mit d'office les oreillettes, Roch s'était repris. La chanson lui plut, surtout pour la musique et la virtuosité du chanteur, mais les paroles étaient un peu plates.  Roch avait souvent cette réaction pour les textes chantés en français et préférait de loin Zagiel en anglais ou dans les langues que pratiquaient son  créateur. Rendant l'appareil au musicien, il dit spontanément :

- Du vrai, du très bon Zagiel ! Musicalement, j'aime bien ce dynamisme, cette tension. Mais j'aimerai encore plus certainement ce que vous allez faire du Tueur de Loup.  Surtout ne l'oubliez pas... merci, monsieur.

Il ne dit pas qu'il se sentait honoré de la rencontre car ce n'était pas vrai. On n'est pas honoré de rencontrer un vampire qui vous regarde forcément comme un sous-produit de la création. Roch fit un bref salut de la tête et, le colis pour le signor Marinelli à la main, il se fondit parmi les groupes de promeneurs
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{achevé}Un trio imprévu

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