RSS
RSS
lienlien
La Légende s'écrit ici




 







Partagez|

{achevé} A la recherche du passé

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
AuteurMessage
avatar
Invité
Invité
MessageSujet: {achevé} A la recherche du passé Lun 25 Aoû - 23:33
Alex ne dit pas un mot, elle se tint devant le bureau, silencieuse, attendant que le cardinal daigne la regarder. Le bureau de Monseigneur Jandeval était une grande pièce au plafond en voûte. Deux grandes fenêtres donnaient sur l’extérieur et l'éclairaient à la perfection. Le sol était recouvert de tomettes marrons. Sa table de travail était sobre tout comme celle qui se trouvait au centre de la pièce, des fauteuils et des placards fermés complétaient l'ameublement de la pièce.

Sur l'un des pans de mur on pouvait voir une bibliothèque avec juste au-dessus une croix catholique. Sur deux autres murs se trouvaient des tableaux. On pouvait y voir la Conversion de Saint Paul par le Caravage. Il y avait une vierge Italienne et un Christ de Dalí. On voyait ainsi son goût pour les œuvres d'art. Ils furent dérangés par quelques collègues qui avait besoin de déposer divers dossiers importants. Une fois que le ballet des secrétaires fut terminé Alex prit son courage à deux mains et lança la conversation :


- Monseigneur, j'ai avec moi des documents que je voudrais porter à votre connaissance.

C'est d'une main tremblante qu'elle avança un peu plus le tas de feuilles quelle avait réunies.
Puis elle continua ajoutant :


- Ceci est fort important...


La jeune femme, toujours aussi immobile, attendit patiemment que le cardinal finisse par relever la tête pour prendre son dossier..
Revenir en haut Aller en bas
AuteurMessage
avatar
Invité
Invité
MessageSujet: Re: {achevé} A la recherche du passé Mar 26 Aoû - 20:15
L'envoyé du Ministère des Affaires humaines venait de sortir. La nonciature recevait les vampires qui s'y déplaçaient sans difficulté, la chapelle ayant été construite dans une aile soigneusement en dehors des couloirs administratifs et des salles de réception. Le cardinal réfléchissait à ce qu'il venait d'apprendre et qui confirmait de mauvaises nouvelles lui arrivant des diocèses. Ces disparitions, ces meurtres étranges en augmentation....le Cardinal reprit la lettre personnelle qu'il avait commencé de lire avant l'entrevue et la termina sur un profond soupir. Finalement, on le prenait plus comme une sorte de gourou détenteur des secrets de l'univers que comme un guide lui-même en marche sur le chemin du salut.
Il songea à ses chères randonnées d'autrefois en montagne. Il y entraînait des séminaristes à fortifier leur corps tout en apaisant leur âme au contact purifiant de l'immuable nature. Nul besoin de sermon et d'analyses théologiques. L'invasion des vampires, l'effondrement de la civilisation, l'homo sapiens frôlant le sort des espèces disparues, toutes ces horreurs et ces cataclysmes dans le monde des hommes n'empêchaient pas l'herbe de croître verte et drue, les abeilles de bourdonner sur les fleurs des alpages, l'aigle de planer au dessus des vallées bleues, ouvertes comme des mains tendues vers la lumière de l'été. Les garçons le suivaient dans les sentiers parfois périlleux sans se poser de questions métaphysiques mais rentraient joyeux et confiants dans leur volonté de suivre la voie choisie.
Ces moments heureux de son sacerdoce étaient maintenant du passé. Le Cardinal Jandeval n'avait plus le temps de s'évader loin de ce Paris qui concentrait toutes les forces du plus grand état vampire d'Europe et sans doute, quant à l'autorité, le plus puissant du monde.
Et voilà qu'un jeune prêtre- un de ses anciens pupilles- lui écrivait pour savoir si sa vocation était suffisante car le doute l'étreignait souvent. Le malheureux se croyait quasiment maudit de ne pas être d'une foi à renverser les montagnes. Il demandait conseil, attendant du cardinal-évêque les mots qui l'éclaireraient, mettraient fin à ses incertitudes. Justin allait lui répondre. Bien sûr, il citerait saint Augustin ( "Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais déjà trouvé..."), il conseillerait le travail dans les heures d'angoisse plutôt que la prière.
Un léger sourire éclaira le maigre visage du Cardinal. Thérèse d'Avila rétorquait à ses moniales se plaignant de devoir interrompre leurs oraisons pour se livrer aux corvées ménagères : "Dieu se trouve aussi dans les casseroles !".Justin aimait beaucoup cette phrase et l'appliquait même au delà du domaine religieux. Dieu se trouvait certainement aussi dans les vampires, même si le Vatican les déclarait damnés par nature, sans rédemption possible ni même de Jugement, puisqu'ils ne s'étaient pas présentés à leur première convocation et qu'ils avaient ainsi perdu leur âme.
Justin leva les yeux vers le grand tableau suspendu en face de lui dans l'alcôve entre les fenêtres en ogive. C'était ce surprenant tableau du Caravage : La Conversion de saint Paul sur le chemin de Damas une copie que tous s'accordaient à trouver remarquable. Les yeux noirs et brillants du Cardinal eurent une lueur de malice réjouie. Si on savait...
Il jeta un coup d'oeil à son emploi du temps qui lui rappela qu'il devait recevoir une des secrétaires.


Alexandra Drumont.
Il la connaissait peu. Elle lui avait été recommandée par la Mère Supérieure de l'Orphelinat  Saint-Vincent avec une telle chaleur qu'il avait accepté, bien que l'usage voulût que les dames entrant dans les bureaux de la nonciature soient des cinquantenaires, estampillées "Passé Irréprochable" et d'une allure propre à garantir cette réputation.
Mademoiselle Drumont était dans la trentaine, ne correspondait pas du tout au modèle requis  mais Justin s'était laissé attendrir. Il savait que Mère Adolphine était très malade et elle ne tarissait pas d'éloges sur sa protégée, enfant  sans famille, sans nom, sérieuse, solitaire, courageuse, intelligente et déterminée.
Prudence Passemain, la responsable du secrétariat, qui avait reçu la jeune femme, avait  pincé les lèvres devant le chemisier à col ouvert de la nouvelle venue et fait part de ses inquiétudes au cardinal qui avait répondu en riant : "Offrez-lui une étole en cadeau de bienvenue. Elle comprendra certainement qu'ici les dames sont toutes très collet monté. " Depuis, elle donnait toute satisfaction et  on appréciait son sérieux et  la netteté de son travail.
Que pouvait  vouloir lui annoncer Mademoiselle Drumont ? Il était entendu que pour toute question touchant au travail, la voie hiérarchique passait par Mlle Passemain et, pour la vie privée, par le brave Père Lecuche, confesseur attitré du personnel de la nonciature.
Il appuya sur le timbre qui prévenai l'appariteur et  la porte s'ouvrit sans tarder, laissant entrer Alexandra qui avança, un dossier serré contre elle, comme pour le protéger. Le cardinal lui sourit et allait la saluer d'une parole aimable quand l'appariteur repassa la tête et  annonça :


-Monseigneur ! Pardonnez-moi.. mais le Secrétariat vient de recevoir les réponses que vous attendiez... Mademoiselle Passemain  demande...

-Oui, oui, faites entrer . Veuillez m'excuser, Mademoiselle Drumont. Asseyez-vous, je vous en prie. Juste quelques signatures .
 

Prudence  entra,  suivie de deux employées portant sous-main et dossiers. Elle traitait le cardinal très respectueusement mais on sentait bien qu'il ne l'intimidait nullement et qu'à son avis, s'il savait diriger les âmes,  il n'y connaissait rien en secrétariat. Elle  parut surprise de voir Alexandra mais lui fit seulement un bref signe de tête en présentant le premier document à la signature.
Quand  tout fut terminé, le cardinal resta un instant le sourcil froncé, relisant une page qui semblait le contrarier, puis  il releva la tête et vit Alexandra, restée debout, qui lui tendit aussitôt son dossier avec quelques mots très vagues, comme si elle n'osait pas lui dire de quoi il s'agissait. Justin sentait son agitation et sa crainte à peine contenue et sans rien dire, mais en prenant  un air bienveillant propre à la rassurer, il ouvrit le dossier et en examina toutes les pièces. Enfin il referma le tout, en extrayant seulement une feuille qu'il étala devant lui; puis il se recula dans son fauteuil et dit sur un ton aimable :

-Ainsi, Alexandra, il se pourrait que nous soyons cousins. Guy-Jules Jandeval, mon arrière grand-père, a donc reconnu une fille née hors mariage, Annie Jandeval. Vous me croirez  certainement si je vous dis que personne dans ma famille n'a jamais fait allusion à cet épisode de la vie familiale
Je pourrais interroger mon père, Denis Jandeval ; mais de toutes façons le certificat de naissance d'Annie Jandeval est indiscutable. Me voilà grâce à vous avec une grand-tante Annie dont j'ignorais tout. Et une cousine de plus...

La croix de sa mère
Malgré son ton affable, le cardinal était  perplexe. Il comprenait fort bien en regardant l'épais dossier combien Alexandra s'était investie dans ses recherches, combien elle avait dû être hantée par ce besoin de connaître ses origines. Il était tout à fait prêt à la reconnaître comme parente mais la filiation entre Annie Jandeval, assurément demi-soeur de son grand-père Augustin, et Alexandra devait être sans faille pour satisfaire cette recherche d'identité et il lui semblait qu'il manquait une branche à cette brusque extension de son arbre généalogique. Par ailleurs, quelque prudence s'imposait. Que voulait exactement cette jeune femme ? Retrouver ses parents ou se trouver une famille, riche et influente ? Cependant il ne voulait surtout pas blesser ni même décevoir quelqu'un qui semblait si mal à l'aise. Il ajouta :

-  Bien. Vous êtes arrivée à cette Annie, d'après le journal de vos recherches, grâce à une croix de baptême portant le nom de Victor Durcel et vous avez trouvé...

Il feuilleta de nouveau le dossier et en sortit une petite liasse de papiers  tout en hochant la tête avec approbation :

-Quelle enquête bien menée ! Vous avez donc consulté les registres de tous ces commissariats, de ces hôpitaux, les listes des disparus, si longues, hélas !

Son regard s'assombrit et Justin sembla hésiter. Il reprit  cependant :

-Ce qui fait que vous remontez ainsi à ma famille. Mais êtes-vous sûre d'être l'enfant d'Elizabeth ? Le bijou peut avoir été volé, perdu, vendu...une autre peut l'avoir eu en sa possession.
 
Il ajouta aussitôt ne voulant pas voir apparaître la déception dans le beau regard clair qui s'était levé vers le sien

- Il faut que nous retrouvions Elizabeth pour être sûrs qu'elle est bien votre mère et sinon, découvrir  qui pouvait disposer de cette croix au moment de votre naissance et de votre abandon. Je vais la faire expertiser.  Qu'en pensez_vous ? -[/quote]
Revenir en haut Aller en bas
AuteurMessage
avatar
Invité
Invité
MessageSujet: Re: {achevé} A la recherche du passé Mar 26 Aoû - 21:23

Alex écouta avec attention ce que le cardinal lui expliquait et elle sentit monter en elle une boule qui se logea en plein millieu de son estomac. Que lui était-il passé par la tête pour venir ainsi déranger cet homme de Dieu dans son dur labeur? Et puis comment ne pas être sûre qu'il ne la prenne pas pour une coureuse de dot? Décidément cela avait été une bien mauvaise idée, même si au départ elle pensait le contraire. Alex se sentait de plus en plus mal à l'aise , mais il fallait pourtant qu'elle réponde aux questions du Cardinal, alors après un léger raclement de gorge à peine audible et surtout pour lui donner une once de courage elle lui dit :

- Oui, votre éminence, j'ai passé de longues heures de mon temps libre à réunir cette masse d'informations.

Alex prit quelques minutes avant de reprendre puis elle continua :

- Je dois avouer que retrouver la trace de Victor Durcel fut le plus compliqué, c'est grâce à son état civil que j'ai pu retrouver Annie et son époux Laurent Durcel. Visiblement Victor n'eut aucune descendance et disparut. Je dois vous avouer qu'à ce moment-là mes espoirs s’amenuisèrent grandement .

Alex s’installa finalement, sans y prêter attention, sur l'un des fauteuils faisant face au Cardinal puis elle poursuivit le plus calmement possible :

- Cependant, il reste encore une possibilité... Annie, après s’être mariée, eut deux enfants: Victor et Christel. Après avoir fait quelques recherches sur elle j'ai pu découvrir...

La jeune femme s’était levée et avait ramené vers elle le dossier tout en s'excusant auprès du Cardinal. Elle rechercha les informations concernant la sœur de Victor puis elle continua :

- Christel eut une petite fille du nom d'Elizabeth, j'ignore qui en fut le père pour le moment. Cette petite fille était la filleule de Victor et pour l'occasion du baptême de l'enfant il lui offrit une croix. Christel mourut prématurément et Elizabeth fut portée disparue des années plus tard.

Alex se tut encore une fois puis répondit à la question qui suivit:

- Je ne suis sûre de rien concernant Elizabeth, je n'ai que trop peu d'informations à son sujet pour le moment. Par contre ce qui est sûr c'est qu'Annie était bien la demi-sœur de votre grand-père et que ce fut grâce à ce certificat qu'elle put se marier sous le nom de Jandeval. Tout ce que je souhaite, c'est de retrouver Elizabeth. Je veux juste savoir pourquoi elle a préféré l'abandon que d'assumer la charge d'un enfant, mais pour cela il faut que je sache si elle est réellement ma mère. Si vous souhaitez faire expertiser cette croix alors je vous la laisserai bien volontiers. Si cela peut répondre aux nombreuses questions qui ont pu traverser votre esprit.

Alex se rassit sur le fauteuil tête basse laissant échapper une dernière phrase :

- Je ne suis nullement intéressée par l'argent de votre famille. Je suis simplement à la recherche de ce qui pourra combler ce vide immense...
Revenir en haut Aller en bas
AuteurMessage
avatar
Invité
Invité
MessageSujet: Re: {achevé} A la recherche du passé Mer 27 Aoû - 0:06
Justin se sentit ému par les derniers mots d'Alexandra. Il répondit aussitôt :

- Ne vous inquiétez pas. L'intérêt financier n'a rien à voir dans votre démarche, j'en suis certain. Et puis même....Nous vivons dans un monde dur où une personne sans appui est plus fragile qu'une autre. Mais  votre motivation a commencé bien avant que vous receviez cette lettre si j'en juge par toutes les démarches infructueuses que vous avez entreprises depuis votre majorité. Vous cherchiez alors seulement une famille, votre famille. Que vous soyez une Jandeval et ayez droit à une part de l'héritage de notre aïeul commun ne posera pas de problème.

Il eut un petit geste de la main comme pour écarter la question d'argent et laissa s'installer un court silence tandis que sa réflexion revenait  au problème humain.
"Un vide immense"... comme elle avait bien résumé ce qui la poussait depuis tant d'années à découvrir ce qui avait ainsi déterminé l'orientation de toute sa vie et ses contradictions internes.
En face de lui, c'était mademoiselle Drumont, enfant trouvée, célibataire sans histoire, employée discrète et bien notée au secrétariat, visiblement intimidée et même effrayée par l'audace de sa démarche et ce qui pouvait en advenir.
Mais aussi se révélait une jeune femme  suffisamment tenace et hardie pour décider de rechercher  ses parents dans un monde dangereux, entre l'ordre tyrannique imposé par le Cercle et l'anarchie sous-jacente d''une société humaine déliquescente, où l'existence individuelle n'était plus protégée par la loi faite  par et pour les puissants.
Justin se doutait de l'effort qu'avait dû représenter pour Alexandra la démarche entreprise auprès de lui. Il savait qu'il n'avait pas l'abord facile,et qu'il n'avait rien de très populaire auprès du personnel laïc qui le craignait, à la fois pour sa personnalité assez tranchante, sa nature peu encline à supporter les situations imposées, vite lassée de l'inutilité des relations de convenance et , lui même rapide et précis, parce qu'il s'impatientait vite de la lenteur d'esprit  de ceux qui l'entouraient.
Son physique impressionnait également. Certains étaient sensibles à sa silhouette ascétique, semblant détachée des contingences matérielles, d'autres réagissaient à la vigueur de ce grand corps sec, nerveux, prompt de geste, décidé de ton, assuré de maintien.
Le cardinal n'était pas dupe de cette autorité naturelle. Il savait que son milieu privilégié et les hautes charges à lui confiées  l'avaient éloigné de ce qui était devenu un des traits dominants de l'humanité : l'appréhension devant tout signe de pouvoir et  la soumission découragée à un ordre social discriminatoire. Il n'éprouvait  aucun mépris pour ses frères courbés sous le joug des vampires et luttant seulement pour survivre. Au contraire, sa vocation s'était affirmée en partie en constatant que l'Eglise était resté la seule institution humaine reconnue, sinon respectée, des nouveaux maîtres. Aider les hommes à garder la tête haute et le coeur confiant, oui, mais pour cela, il ne fallait pas être soi-même sous la botte qui écrase la multitude opprimée.
Ce vieux dilemme, participer au système  pour pouvoir agir ou s'en retirer pour l'attaquer de l'extérieur, il l'avait résolu très vite, ayant déjà en main les atouts qui lui permettraient d'entrer  dans les rangs des puissants. Le nom de Jandeval  avait fait sourire de contentement le directeur de la Curie parcourant la liste des nouveaux  séminaristes autorisés par le Cercle et cette satisfaction venait de la réputation du père, spécialiste des Mercedes, plus que du brillant dossier scolaire du jeune Jandeval
L'alternative à l'Eglise aurait été la clandestinité et l'action forcément terroriste, mais à cela s'opposait son refus de la violence et une éthique fondée sur l'exaltation des forces spirituelles inséparables du respect de toute vie. Mais il  vivait son sacerdoce comme une lutte et une rebellion et il se disait parfois qu'il était encore plus clandestin que le Comité lui-même.

Alexandra Drumont montrait une âme décidée, une intelligence active et la modestie de ceux qui croient toujours être importuns. Il fallait l'aider.
Il reprit sur le ton grave du guide qu'il se devait d'être auprès de ceux qui cherchaient assistance :

-Pourquoi une mère abandonne-t-elle son enfant ? Préparez-vous à toutes les explications possibles et il vous faudra accepter la vérité, qui peut être pénible et laide. Vous avez dû vous rendre compte que votre volonté de connaître le motif de votre abandon vient, au moins en partie, du désir de trouver une excuse à celle qui vous a privée d'une part de vous-même. Vous voulez pouvoir aimer votre mère, lui trouver des excuses, pouvoir la plaindre au lieu de vous plaindre vous-même  car avoir  une mère, ce n'est pas seulement en être aimée, c'est surtout l'aimer, même si elle n'est plus là, même si elle vous a rejetée.
Oui, et comment aimer une mère qui était moins qu'une ombre, pas même un nom, pas même un récit, un souvenir. Nul écho ne venait de ce passé enseveli. Il reprit, soudain alerte, presque joyeux :
-Donc, Cousine Alexandra. nous partons en campagne !  Je vais commencer par questionner mon père et ma soeur Marina, qui s'occupe des archives familiales. Savez-vous que j'ai l'habitude des cousines et petites cousines? J'en ai sept et seulement deux cousins.

Il se leva et se mit à marcher autour de la pièce, comme s'il avait besoin d'accompagner ses décisions d'une activité physique. Il rangeait là un livre, ici redressait un dossier, ajustait du doigt un petit cadre imperceptiblement oblique, tout en parlant de sa voix brève et décidée :

-Je vais faire lancer l'expertise du bijou dès ce jour et aussi, prendre contact avec Mère Adolphine si son état le permet. Je me demande si sa demande, si pressante, de vous faire entrer à la nonciature relevait seulement du hasard. L'avez-vous revue depuis que que vous avez reçu sa lettre ? Nous l'avons envoyée à Lourdes où nous avons une maison pour accueillir nos religieuses nécessitant de longs soins ; c'est un endroit devenu très tranquille et si loin de ce Paris troublé, un lieu où souffle encore l'esprit de tant de prières...
Je peux la joindre par téléphone. Je vous tiendrai au courant. Pour éviter tout commérage et toutes questions gênantes dans l'exercice de votre travail, ne parlez pas de ce que vous avez découvert. Du moins pour l'instant.


Le cardinal se tourna brusquement vers la jeune femme, son regard  brillant la fixant, inquisiteur, comme s'il voulait la jauger d'un seul coup d'oeil.
Il réfléchit un bref instant, joignant les mains, mais ce n'était pas pour prier. Les bouts opposés de ses doigts  se heurtèrent d'un petit geste rapide semblant accompagner le rythme de sa pensée, puis il s'immobilisa et lança avec une sorte d'énergie satisfaite d'avoir trouvé où s'exercer:

-Alexandra, j'ai été extrêmement impressionné par votre travail de recherche J'ai, bien sûr, mon bureau d'enquêtes, que nous baptisons pudiquement du beau titre de  Bureau des Recherches dans l'Intérêt de la Foi ; ne riez pas, c'est moi qui ai proposé le nom à mon prédécesseur. Mais des problèmes récents m'incitent à rendre ce bureau encore plus actif. J'aurais besoin d'y avoir une enquêtrice comme vous, laïque, dégourdie, motivée et  discrète. Savez-vous vous défendre au besoin ?

Il vit l'air surpris d'Alexandra :

-Oui, oui, je parle de se défendre contre un danger physique. Que diriez-vous de quitter Mademoiselle Passemain et venir travailler au BRIF ?

.
Revenir en haut Aller en bas
AuteurMessage
avatar
Invité
Invité
MessageSujet: Re: {achevé} A la recherche du passé Mer 27 Aoû - 23:06
Alex fut grandement étonnée la réaction du Cardinal fut meilleure qu'elle ne l'avait pensé. Il fut pris d'une telle envie découvrir la vérité qu'Alex en resta bouche-bée. Diverses questions furent émises et certaines resteraient sans doute sans réponse. La jeune femme lui dit alors:

- Je ne sais pas ce qui pousse une mère à abandonner son enfant. Et je ne le comprendrai sans doute pas avant que je ne sois mère moi-même. Mais je pense qu'elle avait sûrement de bonnes raisons de le faire; je pense aussi qu'elle a dû atrocement souffrir de l'avoir fait.

La jeune femme se tût puis reprit:

- Quelle que soit la vérité sur mes origines, je serai prête à les entendre et je ferai avec malgré tout.

Alex réalisa que le Cardinal venait de partager avec elle une infime partie de sa vie privée en lui dévoilant le nombre incroyable de cousines au sein de sa famille. Puis elle lui dit sur le ton de l'humour :

- J’espère que toute ses jeunes demoiselles ne vous ont pas trop traumatisé, parfois nous pouvons être cruelles.

Elle espéra qu'il ne prenne pas trop mal son allusion puis elle continua:

- Très bien, tout ceci me paraît très bien. Je n'ai pas encore eu le courage d'aller voir mère Adolphine, notre dernier entretien n'a pas été des plus courtois. Même si je la considère comme une mère, j'ai du mal à accepter le fait qu'elle m'ait caché des informations vitales pour mes recherches. Mais au vu de son état de santé, il me semble anormal de lui en vouloir ainsi, elle avait sans doute de bonnes raisons de taire tout ça. J'irai sans doute lui rendre visite très bientôt.


Alex laissa une nouvelle fois place au silence puis elle poursuivit:

-Quant aux commérages, cela doit y aller bon train en ce moment-même, croyez-moi.

Alex sourit légèrement puis elle ajouta:

- Rassurez-vous, votre Éminence, je serai muette comme une carpe. Personne ne saura ce qu'il s'est dit dans ce bureau.

Alex le regarda faire les cent pas, rangeant de-ci de-là tout ce qui ne se trouvait pas à sa place. Visiblement c’était un homme très ordonné qui n'aimait pas le désordre où qu'il se trouve. Puis soudain il se retourna vers elle tout en la dévisageant. À ce moment-là Alex eut une réaction de surprise de trouver en face d'elle, un homme très naturel et non solennel comme l'aurait été bien des hommes avec de tel responsabilité sur les épaules. Ses yeux se fixèrent sur les deux doigts du Cardinal qui s'entrechoquaient silencieusement laissant s'installer, volontairement ou non, une sensation de bien-être. La jeune femme, encore interloquée par la proposition, lui rétorqua:

- Oui, je sais me défendre s'il le faut !

Alex avait répondu le plus simplement possible puis elle ajouta:

- Vous voulez dire que je vais, si je l'accepte, quitter Mademoiselle Passemain?

Alex pesa rapidement le pour et le contre en se disant que c’était une opportunité à ne pas manquer et elle demanda:

-Est-ce si dangereux ?

Alex était aventurière et s’était retrouvée, étant jeune, dans des situations qui auraient pu lui coûter la vie, elle conclut:

-C'est une offre intéressante, puis-je y réfléchir un peu ou attendez-vous une réponse immédiate de ma part ?
Revenir en haut Aller en bas
AuteurMessage
avatar
Invité
Invité
MessageSujet: Re: {achevé} A la recherche du passé Jeu 28 Aoû - 0:06
Justin continuait d'estimer les capacités de la protégée de Mère Adolphine.
Il se gardait bien d'étiqueter rapidement un caractère brusquement sorti du flou où il se tenait jusqu'alors. Il était habitué par la prêtrise à ces situations qui font qu'un quasi inconnu se dévoile soudain devant vous. Dans le monde des Vampires, la classique comparaison entre les médecins et les prêtres était plus que jamais vérifiée. L'âme pressée par la souffrance et l'inquiétude se déshabille sans honte, sinon sans crainte, devant celui qui détient peut-être le secret de sa guérison.
La pratique de la confession n'était pas pour le cardinal un rituel figé de gestes et de formules aux vagues parfums magiques. Elle avait constamment enrichi sa connaissance de l'âme humaine dont il était chaque jour plus persuadé qu'aucune n'était  semblable à une autre, chacune était dessinée comme un modèle unique et sans mode d'emploi. Fuyant les conclusions hâtives, quand il s'agissait  de juger des être conscients, il refusait au fond l'idée même de conclure. Et ce mot de juger ...comme il était perfide.
La pratique psychiatrique traditionnelle s'était en grande partie effondrée devant le raz-de-marée des vampires et le bouleversement des mentalités. La foi, en tant que protection et secours, s'était au contraire trouvée renforcée par les faits. Etait-ce le résultat d'une volonté divine ou bien de pouvoirs psychiques encore mal identifiés ? les territoires de prière, certains objets chargés d'histoire et de symboles sacrés offraient une aura qui faisait reculer les vampires. Justin avait évidemment ses hypothèses personnelles sur le sujet  mais il ne les exposait guère, peu soucieux de créer des conflits dans une institution dont la force reposait sur le front uni qu'elle présentait aux vampires.

Devant le visage inquiet d'Alex qui s'interrompait souvent comme attendant la permission de continuer, Justin jouait le bon prélat, benoîtement préoccupé d'écouter et d'encourager une âme en quête de vérité. -Mère, pourquoi m'as-tu abandonnée ? C'était la plainte angoissée courant derrière toutes les phrases prononcées .
Il  aurait pu lui citer des dizaines de raisons à l'abandon d'un enfant, des raisons qui n'étaient en fait jamais raisonnables, mais le fruit de situations toutes différentes, toutes imprévues, toutes malheureuses. Il aurait pu dire à Alexandra qu'elle se trompait si elle pensait que toutes les mères pleuraient sur l'enfant délaissé. Certaines ne pleuraient jamais que sur elles-mêmes, de peur et de honte. Certaines  choisissaient l'infanticide plutôt que de savoir vivant l'informe petit témoin de leur échec, de leur erreur, de leur propre abandon. D'autres... qu'importait ! Toutes étaient en souffrance comme l'enfant refusé et laissé en arrière sur le chemin de leur vie. Cependant, il se contenta de  laisser parler Alex, certain de ne pas s'être trompé en la jugeant capable de se rendre utile dans les mesures secrètes qu'il prenait devant  le danger encore sans nom qu'il pressentait. Une menace montait, comme un orage noir dans le ciel déjà si tourmenté du  monde des hommes et des vampires. En tant que représentant de l'Eglise, la seule force avec laquelle les vampires avaient accepté de pactiser, Justin se devait de préparer la défense  des hommes.

Il sourit à la plaisanterie concernant ses cousines et rétorqua :


-Oh, notre aïeul commun Guy-Jules Jandeval  a élevé deux enfants. Il en eut six petits enfants, dont mon père, et ces six descendants parvinrent tous à l'âge de fonder une famille. Rien que mes tantes paternelles,  Lucile et Adeline, ont eu chacune trois enfants. Tout ce cousinage est le vôtre si vous êtes bien la fille d'Elizabeth ; mes cousines sont  de charmantes dames  maintenant, et certaines sont grands-mères. Grâce à Dieu nous sommes une famille nombreuse à qui furent épargnées bien des disparitions douloureuses, comme nous en voyons tant autour de nous, même si nous avons eu aussi nos deuils.

Il se signa, car il savait que ceux qui le respectaient pour sa fonction auraient été surpris ou choqués qu'il ne le fît pas en évoquant de tels sujets et reprit :

-Bien entendu, je ne vous presse en rien... prenez votre temps pour réfléchir à ma proposition. Une semaine vous paraît-elle suffisante ?  Dès votre accord, vous serez officiellement transférée au BRIF, ce bureau dont  je vous ai parlé. Je vous indiquerai les recherches à effectuer au dehors de notre nonciature. Ce sera l'essentiel de votre travail. Vous aurez peu de rapport avec  les autres membres du bureau, sauf un éventuel travail d'équipe sur le terrain C'est pourquoi je vous ai parlé de dangers et pourquoi vous m'avez paru apte à cette fonction, car vous avez mené votre quête seule dans un monde sans indulgence. Si vous appréciez la tranquillité de votre travail actuel et la compagnie de vos aimables collègues, il vous faudra refuser mon offre. Vous oublierez cette demande ; ce  point est et sera impératif. Je ne veux pas de candidature "spontanée".


Il  se leva, dépliant sa haute et maigre stature que le vêtement ecclésiastique affinait encore, et alla photocopier l'acte de reconnaissance d'Annie Jandeval dont il remit aussitôt  l'original à Alexandra :

-Je vous tiendrai au courant des résultats de l'expertise de la croix de baptême et de ce que je vais rassembler de renseignements auprès des miens . Cette photocopie pourra servir à les convaincre.

Puis il se tint immobile un instant  devant Alex qui rangeait ses documents :


- Et maintenant retournez à votre travail. Pour ma proposition, si vous vous décidez plus tôt, prévenez-moi. Présentez-vous directement à l'abbé Roncin dans l'antichambre. Il sera prévenu. A bientôt, Alexandra .

Il esquissa un bref sourire et alla vers la  sortie, ouvrant lui-même la porte  en énonçant gravement la formule consacrée :


-Que Dieu veille sur vous.

+ + + + + + + +
Trois jours plus tard, le cardinal fit appeler Alexandra.

Il était plus soucieux que jamais. Il venait de recevoir  un envoyé de l'évêque de Lyon qui confirmait la rumeur de l'arrivée par la vallée du Rhône de la Chasse de Brancia. Cette invasion, digne du temps des Huns d'après le message très alarmiste du prélat, semblait éviter les capitales de régions, pourtant modestement défendues, mais terrorisait les campagnes par des brèves et sanglantes razzias dans des villages isolés. Les forêts redevenues le paysage naturel des trois quarts de la France semblaient convenir à cette horde de violeurs et massacreurs qui y menaient des attaques surprises. Les rares forces du Cercle assurant la sécurité des zones agricoles et des fermes d'Etat, se contentaient de faire prévenir les habitants d'avoir à se réfugier en dehors de la route présumée de  Darkan Lupu. Le Loup Fauve avait lui-même pris la tête de cette démonstration de force dont les motifs  demeuraient obscurs, mais tout le monde s'accordait à penser qu'il montait sur Paris et évitait les conflits guerriers pour ménager sa troupe et faire une entrée spectaculaire dans la capitale du Cercle.
Encore un élément sombre et dérangeant dans une ambiance générale qui ne cessait de s'alourdir.

Justin s'assit à son bureau et en sortit le bijou remis par Alexandra. Les résultats de l'expertise étaient assez décevants. Le bijoutier, consulté par un des enquêteurs du Nonce, avait sorti sa loupe et confirmé que c'était une copie d'ancien, assez belle pour que l'orfèvre ait mis sa marque sous une des branches de la croix. La Maison existait toujours et avait gardé des registres de ses créations les plus appréciables. Oui, un Victor Durcel avait bien commandé cette pièce en  2161.
L'enquêteur avait cherché d'autres entrées et trouvé que le même Durcel avait  commandé quinze ans plus tard un médaillon avec la gravure  de deux noms :Adelia Lasso- Victor Durcel  et une date 2176 . Mais il n'était jamais venu chercher sa commande pourtant payée d'avance.

C'était un indice bien mince que ce nouveau nom jeté sur la piste qu'Alexandra pensait pouvoir suivre jusqu'à ses parents. Le Cardinal avait envoyé une demande aux diocèses pour une identification mais les perturbations dans les communications, les difficultés pour consulter les registres baptismaux, le peu de disponibilité du Commissariat général accablé de dossiers de disparitions et de meurtres, tout laissait prévoir une réponse différée peut-être pour des semaines.
Cependant Justin avait promis d'aider Alexandra et il était homme de parole. Il était aussi homme d'action et s'il avait plus besoin dune enquêteuse au BRIF que d'une cousine supplémentaire, il pensait aussi avec un certain cynisme que l'assistance accordée à l'une pourrait entraîner l'adhésion de l'autre.

Il entendit le coup léger frappé à la porte. Alexandra arrivait.
Revenir en haut Aller en bas
AuteurMessage
avatar
Invité
Invité
MessageSujet: Re: {achevé} A la recherche du passé Jeu 28 Aoû - 9:37

Alex remercia le cardinal pour le délai qu'il lui avait si gentiment accordé. Elle quitta le bureau du Cardinal pour rejoindre ses collègues qui eux avaient grandement avancé dans leur travail de la journée, ce qui n’était, pour le moment, pas le cas d’Alexandra.

Mme Passemain ne se gêna pas pour dévisager la jeune femme. Elle avait la cinquantaine, sévère, autoritaire, mais juste, une rumeur disait qu'elle avait failli convoler en justes noces, mais peu de temps avant le mariage, le bel hidalgo avait été transformé en vampire. Elle aurait alors renoncé à se trouver un époux. Elle connaissait son métier sur le bout des ongles et elle lui lança :


- Et bien, il était temps. Vous vous êtes enfin décidée à venir faire votre part de travail.

Alex tête basse répondit:

- Oui, Madame.

Puis elle rejoignit son poste de travail, silencieuse. La réflexion de sa supérieur avait déclenché chez ses collègues un fou rire. Alex n'aimait pas que l'on se moque ainsi d'elle, mais elle fit mine de n'avoir rien entendu et se mit au travail.

Oui, mais voila Madame Passemain en avait décidé autrement, autant dire qu'elle avait pris la jeune femme en grippe et en quelque sorte cela était réciproque.
Elle lui lança donc sèchement :


- Peut-on au moins savoir ce qui vous a pris autant de temps pour retrouver le chemin de nos bureaux ?

La jeune Alexandra releva le nez de ses dossiers et lui lança avec douceur :

- Cela ne vous concerne en rien, Madame, puisque cela relève du domaine privé.

Vexée Madame Passemain n’insista point et retourna à son travail séance tenante.

La fin de journée s’annonçait déjà et avec elle toutes les terreurs de la nuit. Ses collègues quittèrent un à un le bureau. Madame Passemain fut la dernière à quitter le bureau quand elle vit qu'Alexandra n'avait pas suivi le mouvement elle comprit bien vite que la jeune femme allait avoir une soirée des plus longues. Elle la salua et lui demanda la plus grande prudence quant elle quitterait les lieux. Alex se contenta d'un léger signe de tête suivi d'un sourire.

Après les avoir salué, Alex reprit le travail quelle avait laissé s'accumuler, tout ceci n’était pas dans ses habitudes, mais son entretien avec le Cardinal avait été très long. Les heures filèrent mais Alex ne s'en aperçut pas immédiatement. Quand ce fut le cas et au vu de l'heure tardive, elle préféra rester sur place pour plus de sécurité. Le jour se leva bien rapidement avec ses doutes et ses inquiétudes. Alex pensait toujours à la proposition du Cardinal.

Elle fut la première à s'installer devant son bureau ce matin-là. Une journée calme se déroulait devant elle, jusqu'à l'arrivée d'un messager, qui lui fit part d'un entretien avec le Cardinal., le lendemain.



************


Le lendemain, Alex fut conduite devant le bureau de son Éminence le Cardinal Jandeval, une fois devant la porte, elle frappa pour lui indiquer sa présence. La grande porte s'ouvrit laissant apparaître celui qui était peut-être son cousin. La jeune femme se demanda ce qui se passait puis elle lui demanda:

- Me voici votre éminence, que se passe-t-il ?
Revenir en haut Aller en bas
AuteurMessage
avatar
Invité
Invité
MessageSujet: Re: {achevé} A la recherche du passé Jeu 28 Aoû - 11:38
Quand l'abbé Pluchon, en poste aujourd'hui,  était venu prévenir que mademoiselle Drumont attendait dans la première antichambre, Justin avait cru voir à un petit pincement de lèvres qu'il désapprouvait vivement la visite de la jeune femme. Le prude cureton avait dû vérifier que c'était la seconde fois en trois jours qu'elle était reçue en audience et cette fois-ci à la demande du cardinal. Comme habituellement, les demoiselles du secrétariat étaient entièrement sous la coupe de Prudence Passemain, il devait se poser des questions. Ce Pluchon était un Anti-Réformiste convaincu, ce qui signifiait qu'il restait totalement partisan du célibat des prêtres et exigeait de leur part une observance absolue de la chasteté. A voir ses lèvres sèches et son regard froid de saumon en gelée, Justin pensa que l'abbé devait maintenir la sienne en parfait état de conservation.

Ma "peut-être" cousine est égale à elle-même, décidée et discrète, pensa le cardinal en la voyant entrer, et il se dit avec satisfaction que c'était exactement la personne dont il avait besoin pour ses recherches. Cousine ou non, il avait du travail pour elle.
Selon son habitude quand il ne désairait pas impressionner ses hôtes par la majesté de sa fonction, il se leva, fit asseoir sa visiteuse, mais demeura lui-même debout à ses côtés, et  tira vers lui un dossier tout neuf marqué simplement A. D . Il y prit une chemise étiquetée Victor qu'il mit entre les mains de la jeune femme :


- Voilà le rapport d'enquête au sujet de votre croix . Nous avons eu de la chance. La bijouterie a gardé trace de deux commandes passées par Victor Durcel. Vous verrez que nous n'apprenons rien de plus au sujet de la première mais la seconde commande, seize ans plus tard, est fort intéressante.
Il semblerait que le parrain d'Elizabeth ait songé à se marier. Adelia Lasso, ce nom ne vous dit rien ?


Alexandra secoua la tête, comme s'y attendait Justin. Il reprit :

-Vous lirez le rapport complet plus tard. J'exige toujours des rapports extrêmement détaillés de mes enquêteurs, sachez-le, au cas où vous accepteriez de travailler pour moi. Je résume :
Victor a passé une seconde commande de bijou en mars 2177 : un médaillon dit de mariage, d'après la bijouterie qui propose des modèles à personnaliser.  Celui choisi par  Victor comportait  les deux noms,  Victor Durcel et Adelia Lasso, et était orné d'une ciselure de roses  entourant deux anneaux entrelacés, avec une date : 19 Juin 2177 , la date sans doute  prévue pour la cérémonie . Il devait être remis en Mai, mais Victor n'est jamais venu le réclamer, bien que l'ayant payé. La bijouterie l'a gardé dix ans délai légal et l'ayant modifié, l'a remis en vente en l'absence d'héritier.
Or, d'après le document que vous avez consulté, Durcel a disparu en 67.  Mon agent, voyant que les dates se contredisaient, a vérifié si le rapport du commissariat concernant cette disparition ne comportait pas une erreur. Il a pu contrôler  le registre central dont vous n'aviez eu qu'une copie et en fait, c'est  le 16 juin 77  et non 67 que le voisin a signalé la disparition de Victor. Cette erreur peut être le résultat d'une simple étourderie. Les employés font ce qu'ils peuvent mais ils ne sont pas suffisamment payés pour être très attentifs à leur travail et vous savez aussi ce qu'on dit, qu'ils ont des ordres pour ne satisfaire que le Cercle et qu'un peu de pagaïe dans les affaires humaines est même recommandé. La vérité n'est pas pour les inférieurs et ce n'est que parce que mon agent pouvait se réclamer de la Nonciature qu'il a pu avoir accès au registre central. On peut aussi envisager une erreur volontaire venue de l'intention de brouiller les pistes concernant le sort de Victor Durcel.
Inutile de vous rappeler d'être très méfiante vis à vis de tous les renseignements officiels accessibles au commun des mortels. .


Le Cardinal eut un mince sourire :

-Le commun des mortels ! Voilà une expression qui a pris un sens bien particulier de notre temps, ne trouvez-vous pas ?
 Je vois à votre air que ces dates vous troublent comme elles m'ont troublé. En mars, Victor, qui a 46ans, projette d'offrir un bijou symbole de mariage à une certaine Adélia Lasso. Il disparaît en juin, peu avant le mariage projeté. Elizabeth, ou une personne ayant en sa possession la croix de baptême et chargée d'un nouveau-né, laisse le tout à l'orphelinat fin novembre de la même année 2177 et disparaît à son tour.
Pour l'instant, rien au sujet de cette Adélia. Il va falloir essayer de retrouver le voisin qui a signalé la disparition de Victor.  C'est incroyable quand on y songe mais  personne n'a donné suite à cette déclaration, il n'y a eu aucune enquête. C'est l'usage pour les disparus sans famille. L'appartement est récupéré par l'administration s'il reste inoccupé plus d'un trimestre et tous les biens  restants sont vendus au profit du Cercle. Son entreprise est mise en tutelle pour six mois puis reprise par le ministère des Affaires humaines. S'il n'est qu'employé, sa carte est périmée après un mois d'absence, ce qui équivaut à une mort civile.


Il se tut un instant, l'air songeur, puis secoua légèrement la tête:

-Cependant, ces rapprochements de dates peuvent n'être que des coïncidences, ou avoir une signification essentielle, ce qu'il nous faudra découvrir. On peut imaginer un drame bourgeois assez sordide ou  une histoire tordue comme les aiment certains vampires qui se mêlent des affaires humaines. Je vous ai prévenue que vous risquiez de découvrir de bien vilaines actions. Il faut parfois laisser le passé dormir. Le présent qu'on pensait éclairer peut devenir encore plus sombre lorsque l'on soulève le voile qui en cachait le sens.

Debout à côté d'elle, les mains posées sur le bord du bureau, devant le dossier resté ouvert, Justin fixa un instant le visage attentif d'Alexandra, puis reprit :

-Pour la disparition de Victor, en juin, nous savons par le témoignage du voisin au commissariat qu'elle fut soudaine.  On ne peut écarter un assassinat par un vampire ou un de ces malfrats des Squats, bien que Victor ait été enregistré comme vivant dans une zone tranquille et ayant une bonne situation de fournisseur de pièces de rechange pour matériel électrique, ce qui explique les bijoux coûteux et une position sociale de collaborateur relativement bien protégée.
Je pense donc qu'il nous faut rechercher trace d'Adelia Lasso qui n'eut pas le temps apparemment de devenir madame Durcel du moins officiellement. Aucun mariage n'a été enregistré à ce nom. J'ai mis un homme sur l'affaire mais je peux tout arrêter si vous le voulez. Vous allez lire tout cela et me direz ce que vous en pensez. Peut-être verrez-vous un détail qui m'a échappé. Vous êtes familiarisée avec ce genre de recherche et je dois vous avouer qu'en ce moment, je suis particulièrement occupé. j'ai pu consulter ma famille . personne ne semble avoir été au courant de cette histoire mais ma soeur a dit qu'elle allait vérifier dans les correspondances familiales en notre possession.


Il ferma le dossier et contournant le bureau, revint s'asseoir mais en laissant le fauteuil de travers pour garder le ton d'un entretien détendu :

- Et maintenant, sujet n°2 ! je vous ai donné une semaine pour me répondre mais peut-être avez-vous déjà décidé de rejoindre ou non le bureau d'enquêtes dont je vous ai parlé ; le très officiel Bureau des Recherches dans l'Intérêt des Familles ?  C'est par son intermédiaire que j'ai obtenu ces renseignements. Je vous donnerai des  missions d'un autre genre à effectuer, mais vous pourrez tout à fait utiliser le cadre du BRIF pour vos recherches personnelles. Disons que je vous laisserai une journée libre par semaine. Alors ?
Revenir en haut Aller en bas
AuteurMessage
avatar
Invité
Invité
MessageSujet: Re: {achevé} A la recherche du passé Jeu 28 Aoû - 13:48

Alex fut introduite dans le bureau du cardinal. Elle remarqua à quel point l'abbé pouvait être outré de sa présence en ses lieux. La jeune femme se doutait de ce qui pouvait lui traverser l'esprit. Alex ne put s'empêcher de sourire légèrement. Une fois devant le cardinal, elle le salua comme il se devait puis s'installa sur le siège qu'il lui présenta. Elle écouta avec attention ce qu'il lui révéla.

Ces informations étaient bien plus importantes pour elle qu'il ne pouvait le penser. Finalement, il restait bien des choses à découvrir sur la disparition de Victor. Alex prit le dossier que le cardinal lui tendit et le posa consciencieusement sur ses genoux. Quand il prononça le nom d'Adelia Lasso, cela ne lui fit ni chaud ni froid, mais ce n'était pas parce que la jeune femme s'en fichait, non, loin de là. Elle avait enfin de nouvelles pistes à explorer. Puis quand il lui annonça que la date de disparition n'était pas la bonne, Alex resta silencieuse réfléchissant déjà aux informations qu'elle avait pu laisser passer durant ses longues soirées de recherche.


Son éminence finit par lui conseiller d'être très méfiante puis elle lui répondit d'une voix douce:

- En effet, il vaudrait mieux pour moi d'être prudente dans mes recherches et de revérifier les informations trouvées.

Alex étais troublée, après toutes ces révélations elle ne savait que penser,mais elle n'était pas femme à baisser les bras si facilement. Puis elle lança:

- Vous avez peut-être raison concernant les dates, il est possible que tout cela ne soit que des coïncidences, mais personnellement je trouve que cela fait trop de coïncidences justement. Je vais donc me baser sur vos découvertes et reprendre mes recherches depuis le début pour être sûre qu'il n'y ait pas d'autres erreurs de date. Puis je ferait mon possible pour retrouver ce mystérieux voisin ainsi que cette femme que devait épouser Victor. Je trouve étrange qu'elle ait disparu sans avoir tout tenté pour retrouver son fiancé.

Ce fut à ce moment-là que le cardinal s'installa en face de la jeune femme. Il referma le dossier qui les concernait tout les deux, plissa les yeux et fixa un instant la jeune femme puis lui reposa la question qui l'avait . Alex prit une grande respiration et se jeta à l'eau:

- Je vous ai fait un peu attendre votre Éminence et je tiens à m'en excuser.

Apres avoir fait une courte pause elle ajouta:

-Je vais donc vous donner ma réponse. Après de longues heures de réflexion, j'ai pris la décision d'accepter votre proposition. Pour des raisons qui me sont propres, je souhaiterais stopper dans les plus brefs délais ma collaboration avec Madame Passemain...
Revenir en haut Aller en bas
AuteurMessage
avatar
Invité
Invité
MessageSujet: Re: {achevé} A la recherche du passé Jeu 28 Aoû - 21:54
Alexandra Drumont semblait beaucoup plus à l'aise que la première fois où elle s'était présentée devant lui avec son gros dossier de recherches, comme une débutante cherchant un emploi et qui n'est pas sûre qu'on ne va pas la congédier dès les premières paroles. Justin en fut satisfait. Son premier jugement était bon. Elle était adaptable avec un fond d'assurance personnelle que les difficultés de ses débuts dans la vie avaient dû  ébranler sans jamais le détruire..
Il avait vu que, durant son adolescence,  Alexandra avait fugué mais était rentrée à l'orphelinat. Elle avait eu beaucoup de chance. Les enfants sans famille, malgré la surveillance et les avertissements, finissaient souvent dans les parcs à esclaves. Les pourvoyeurs s'intéressaient aux pré-adolescents au physique attirant ou particulièrement robustes. Ils leur faisaient miroiter des formations valorisantes, des avantages bien supérieurs à la dure vie qui les attendait à la sortie de l'orphelinat. Tentés et à l'âge où la discipline sévère leur pesait, beaucoup fuguaient pour rejoindre  leur si prévenant nouvel ami et ensuite se retrouvaient, après un petit stage de transition, sur la liste des esclaves à louer ou à acheter, marqués comme bétail, selon la délicate appellation du Cercle.
Evidemment, l'Eglise protestait et obtenait parfois qu'on restitue les victimes de ce trafic, en principe illégal depuis les lois Osbern. Ces lois étaient protectrices dans la mesure où le Cercle avait besoin de citoyens formés aux métiers utilespour que progresse la société des Vampires. Mais il fallait aussi nourrir et occuper les Seigneurs et les parcs à esclaves fournissaient sang, sueur et  sexe, les recruteurs chargés d'amener de la chair fraîche pour les besoins des maîtres estimant les capacités de chacune de leur recrues et le prix fixé pour leurs services épisodiques ou leur vente définitive.
Alexandra avait été prévenue comme les autres de ce qui l'attendait si elle quittait l'orphelinat avant d'avoir sa carte de collaborateur, obtenue à la fin de son apprentissage. Jolie comme elle l'était, elle n'aurait eu qu'à écouter les belles promesses d'aimables amis de rencontre plutôt que les conseils  des soeurs engoncées dans leur morale rigide. Mais elle devait avoir un fond raisonnable et indépendant qui l'avait maintenue dans la voix étroite mais relativement sûre de la vie citoyenne.
Il faudrait parler un jour avec elle de ce temps de sa jeunesse et comment lui était venu ce besoin de retrouver ses origines et surtout cette obstination dans une recherche aussi aride. En effet, dans le monde chaotique où ils vivaient, une telle démarche avait si peu de chance d'aboutir. Tout était faussé à la base par cette société où deux espèces conscientes coexistaient sur un pied d'inégalités irréductibles. La police était là pour faire régner l'ordre mais un ordre dont le premier objectif était d'assurer la pérennité de la domination des vampires et non le respect des droits humains.
Devant les résultats communiqués, elle eut la réaction attendue, ne pas abandonner, intégrer les nouveaux faits et poursuivre en ayant intégré l'ordre des priorités : d'abord,le voisin qui avait signalé la disparition de Victor et ensuite, Adelia Lasso, cette fiancée mystérieuse. Tout cela sentait trop une histoire de vampires pour que la jeune femme n'y ait pas pensé. mais il lui fallait la vérité, non de simples hypothèses.

Elle lui annonça ensuite sa décision : Oui, elle acceptait d'entrer au BRIF et elle ajouta une petite phrase qui lui fit deviner que Prudence Passemain ne s'était pas montré très aimable. Il avait prévenu cette dernière qu'il allait peut-être soustraire du secrétariat une des meilleures employées pour la mettre au service de ce qu'elle appelait avec une certaine ironie "Les enquêtes du commissaire Justin". Car mademoiselle Passemain  était bien entendu au courant de certains des objectifs poursuivis par Justin sous le couvert de Recherches dans l'Intérêt des Familles. Il lui confiait des enregistrement et diffusions de documents, sachant qu'elle ne le trahirait pas. Elle avait une foi absolue dans le triomphe final de Dieu, le Créateur, lequel ayant fait l'homme à son image, ne pouvait avoir créé les Vampires qu'à l'image du Diable, lequel n'était qu'un sous-produit dévoyé de la Création  primordiale.  Protéger les vies et  les âmes des griffes et des crocs de ces suppôts de Satan était l'essence même de l'amour du prochain et Prudence soutenait toute action allant dans ce sens.  Le BRIF en tant qu'organisation caritative, même quelque peu clandestine, avait donc tout son appui.
Mais elle jugeait aussi que le cardinal n'aurait pas dû s'y investir autant, qu'il se mêlait trop de "politique", mot prononcé avec des pincettes,  et que  Son Eminence risquait de se trouver personnellement mêlé à des scandales qui rejailliraient sur sa réputation. Il la plaisantait en  exprimant sa déception de voir qu'elle ne considérait pas cette réputation comme au dessus de tout soupçon.

Justin se leva et avec un sourire de plaisir à la nouvelle, il s'approcha d'Alexandra qui s'était aussitôt levée comme le protocole l'exigeait. Il lui tendit la main, non dans la position invitant à s'incliner respectueusement sur l'anneau cardinalice,  mais pour une franche poignée de mains scellant leur accord.


-Très bien, Alexandra. Vous voilà Enquêtrice au BRIF. Je vous rappelle que ce bureau ne dépend que de moi, qu'il est présenté comme une de mes initiatives personnelles pour  soulager le malheur frappant mes frères, mission qui fait aussi partie de ma charge. Ce qui veut dire que ce Bureau relève davantage de l'action humanitaire que de la religion . Aucun de vos confrères n'est prêtre ordonné. Tous sont des laïcs comme vous, afin d'éviter d'avoir trop de scrupules dans le cadre des enquêtes que je vais vous proposer. Vous pouvez faire état de votre parenté avec moi si vous le désirez, sans entrer dans les détails. Cela expliquera que je vous ai changée d'affectation et mise dans un poste de confiance.
Votre lieu de travail  est officiellement dans le bureau 21 où le public est admis .Vous y travaillerez environ 2 heures par jour pour trier les dossiers de disparition et aussi interroger ceux qui viennent exposer leurs problèmes. Le reste du temps, vous serez envoyée au dehors pour enquêter. Et je pense que votre premier travail sera de s'occuper du cas de Mademoiselle Drumont, qui recherche ses parents.


Le cardinal leva un index quelque peu autoritaire :

-Evidemment, le secret est absolu en ce qui concerne le contenu des enquêtes. Je vous laisse commencer par la recherche du voisin de Victor Durcel, celui qui a alerté la police. Tenez- moi au courant de vos résultats, soit par un rapport écrit, soit en venant me voir quand je ne suis pas en audience. Prenez bien toujours avec vous un dossier marqué BRIF. Cela fera taire les mauvaises langues et personne ne voudrait gêner les bonnes oeuvres de la nonciature.

Il eut un petit sourire entendu pour la mettre à l'aise et poursuivit :

-Mademoiselle Passemain a déjà rédigé votre nouveau contrat et vous pourrez le signer en allant chercher vos affaires. Vous avez  encore la possibilité de vous rétracter jusqu'à cette signature. Pour vos débuts, vous serez aidée par  Antoine Moreni qui vous expliquera le fonctionnement du bureau et vous accompagnera si cela lui paraît nécessaire. C'est un très gentil garçon et un enquêteur très efficace.  J'ai cinq agents dans ce service ; vous serez le sixième et la seule femme. J'espère que cela ne vous gêne pas de passer de la volière des perruches de Prudence Passemain à la caverne des limiers de Justin  Jandeval.

Un appariteur vint le prévenir que son prochain rendez-vous venait d'arriver et  le cardinal  répondit aussitôt :


-Ne le faites pas attendre et dites à l'abbé Pluchon de conduire Mademoiselle Drumond au Bureau 21 où elle vient d'être affectée.

L'autre disparut et  Justin se tourna vers Alexandra :


-J'espère vous revoir bientôt avec le résultat de votre recherche. Antoine a le nom de ce voisin et s'il est resté un citoyen sans histoires et avec une carte de travail en ordre, vous devriez aboutir rapidement. Je retiens une leçon de votre histoire . Le BRIF n'est pas très connu de nos concitoyens puisque vous n'avez pas songé à le consulter. Il est vrai qu'il ne fonctionne que depuis trois ans. Et que je ne veux pas de files d'attente devant le bureau 21. Restez discrète sur son existence en dehors de la nonciature.

L'abbé Pluchon apparut, l'air moins suspicieux qu'à l'arrivée d'Alexandra et il tint la porte ouverte en s'effaçant fort poliment.
Revenir en haut Aller en bas
AuteurMessage
avatar
Invité
Invité
MessageSujet: Re: {achevé} A la recherche du passé Jeu 28 Aoû - 23:50
La jeune femme écouta avec la plus grande attention tout ce que le cardinal lui confia au sujet du BRIF. Elle eut un peu peur de ce qu'elle allait découvrir et se demanda comment elle allait être accueillie au bureau 21. Heureusement son éminence avait eu la brillante idée de lui confier une affaire qu'elle connaissait maintenant par cœur : l'affaire qui avait dirigé toute sa vie. Elle prit la parole :

- Bien, je signerai le contrat aussi vite que possible.

La jeune femme ne put s'empêcher de penser que Mademoiselle Passemain devait être soulagée de son départ prochain. L'Entente entre les deux femmes ne fut pas toujours des plus cordiales, mais Alex avait fait de son mieux pour que cela ne transparaisse pas sur son travail. Puis elle ajouta avec douceur et avec une pointe d'humour :

- Je vais donc avoir un collègue pour cette enquête, nous allons pouvoir travailler à la façon de Mulder et Scully.

Devant le désappointement de son présumé cousin, présumé car pour le moment rien ne le lui prouvait le contraire et elle continua :

- Ho, vous ne connaissez peut-être pas ! C'est une vielle série qui repasse parfois sur le petit écran. Bref où Mr Moreni est-il sensé m'attendre?

Elle espérait savoir où le trouver facilement pour lui éviter de se perdre dans le dédale de couloirs qu'elle supposait nombreux sur ce qui serait son nouveau lieu de travail. Puis comme si de rien n'était elle sauta du coq à l'âne et elle répondit à son allusion:

- Entre la volière des perruches et le BRIF, le choix est très rapide. J'espère simplement que mes nouveaux collègues éviteront de me faire passer par un bizutage dont eux seuls ont le secret. Certes je serai la seul femme de l'équipe et il me faudra sans aucun doute montrer ce que je vaux et ce dont je suis capable, mais il s'avère que je suis une jeune femme coriace et qui sait parfaitement ce qu'elle veut. Je peux vous assurer qu'en général j'obtiens ce que je désire. Dans tous les cas ce n'est pas ceci qui m'empêchera de découvrir les mystères qui entourent ma naissance.

Ils furent dérangés par l'arrivée d'un appariteur qui disparut aussi rapidement qu'il était apparu. Et en attendant l'abbé Pluchon, le cardinal ajouta quelques petits détails supplémentaires. Puis Alex lui dit :

- Parfait, nous pourrons donc débuter cette enquête plus rapidement dans ces conditions...

Elle prit quelques secondes, puis l'abbé fit son entrée et elle ajouta :

- Je resterai la plus discrète possible sur ces lieux et sur ce qui s'y passe votre éminence. Mais mon instinct me dit que cette histoire risque d'en gêner plus d'un !

Alexandra baisa la main du cardinal comme le protocole l'exigeait. Elle trouvait cela étrange et aurait sûrement du mal à se faire à cette idée après tout il était sans doute son cousin d'après les éléments qu'elle avait en sa possession. Elle se sentait gênée par cette situation et ne savait pas trop ce qu'elle devait en penser... Après avoir quitté le bureau du cardinal, l'abbé l'accompagna jusqu'à la fameuse volière où se trouvaient ses ex-collègues, ils entrèrent dans la pièce ensemble, l’Abbé Pluchon salua solennellement Mademoiselle Passemain puis se mit en retrait le temps qu'Alexandra réunisse les quelques affaires qu'elle avait emportées lors de son arrivée dans la volière.

Cela ne lui prit qu'une poignée de minutes. Une fois terminé elle s'approcha de son ancienne cheffe de service, elle entendit les piaillements venant de ses collègues, mais elle fit comme si elle n'avait rien entendu préférant les laisser dans l'ignorance de ce qui se passait réellement.


Puis elle fixa la femme d'un certain âge qui se trouvait face à elle. Aucune d'elles ne décrocha une parole et Mademoiselle Massepain lui tendit le contrat qu'elle avait rédigé avec soin. Alexandra lut le document avec minutie puis une fois qu'elle eut terminé, elle y apposa ses initiales, la mention "lu et approuvé" et signa le contrat.

La paperasse administrative effectuée, elle salua Mademoiselle Massepain puis rejoignit l'abbé Pluchon, avec sous le bras le carton contenant ses quelques affaires, ils quittèrent alors la volière d'un pas rapide. Une page de la vie d'Alex venait de se tourner et le début d'une autre allait bientôt commencer, elle était impatiente, mais elle était inquiète à la fois.

Alexandra ne savait pas ce qui l'attendait, ni même ce qu'elle allait découvrir. Tout ce qui pour le moment lui apparaissait comme une évidence était qu'elle se trouverait en terrain inconnu et qui lui faudrait sans doute avancer à tâtons dans ses recherches. Durant tout le chemin qui la conduisait vers l'inconnu, l'abbé Pluchon resta des plus silencieux presque impassible.

Une fois devant le bâtiment qui paraissait neuf, ils entrèrent puis l'abbé souhaita bonne chance à la jeune femme et quitta les lieux sans se retourner. Alex se retrouva donc seule dans la pièce, elle fit rapidement le tour de la pièce du regard puis aperçut au loin deux hommes très occupés à discuter, Alex s'avança et demanda :


- Excusez-moi Messieurs, je recherche un certain Mr Moreni... Antoine Moreni. Sauriez-vous par hasard où je pourrais le trouver ?

Alex prit quelques secondes puis elle ajouta non sans une légère crainte :

- Je suis envoyée par le cardinal Jandeval. Mon nom est Drumont... Alexandra, il était sensé m'accueillir ici, mais je ne le vois nulle part !

Alexandra venait de passer la première étape de sa nouvelle vie, retrouver son nouveau collègue et partenaire de travail.
Revenir en haut Aller en bas
AuteurMessage
avatar
Invité
Invité
MessageSujet: Re: {achevé} A la recherche du passé Ven 29 Aoû - 11:10
-Bien, pensa Justin " je crois qu'Alexandra est déjà dans le rôle ; Il faut dire qu'elle n'a pas tout à fait le style de secrétaire sous les ordres de mademoiselle Passemain! Trop d'indépendance d'esprit et d'initiative ; et puis, mal à l'aise dans le décorum ecclésiastique, malgré son éducation chez les soeurs . Mulder, c'est ce policier au regard de ragondin triste qui croit au paranormal ?
Il appuya sur une touche du téléphone intérieur et annonça:

-C'est bon, Antoine ! Je vous l'envoie...

Par l'une des fenêtres ogivales de son bureau ; il regarda la cour de la nonciature, toujours active durant le jour. Le bureau 21 était dans l'aile réservée aux oeuvres sociales , récemment rénovée et qui formait une sorte de zone tampon entre la partie proprement ecclésiastique et les petits salons privés réservés à des rencontres personnelles avec des personnalités vampires . Certaines étaient intéressées par des archives, l'art religieux , certaines approches philosophiques de l'Eglise, d'autres étaient mandatées par le Cercle pour des mises au point plus terre à terre. Le personnel d'accueil y était laïc et la décoration verre-acier strictement neutre. Les vampires s'y sentaient à l'aise et préféraient y rencontrer les religieux spécialistes de ce qui les intéressaient, y compris lui-même, plutôt qu'en milieu vampire surtout privé. La présence d'un prêtre entraînait parfois des réactions critiques, voire hostiles de certains intégristes à dents pointues.
Au delà de la cour, le regard de Justin s'éleva vers les toits d'ardoises, avec leurs clochetons, tours d'angle, balustres, hautes cheminées, lucarnes pittoresques. Les anciennes demeures du Marais avaient été restaurées dès que le Cercle avait pris le pouvoir, et interdit les déprédations du vandalisme vampire . Enfin, en grande partie vampire. Certains humains avaient aussi profité des troubles pour s'approprier quelques trésors. Récemment Justin avait vu chez un banquier un missel ancien, splendidement relié, avec fermoir d'or, que son hôte affirmait avoir été celui d'une aïeule d'avant les"Troubles" et resté dans la famille ." Grâce au ciel ! " avait dit, d'un air pénétré, l'homme de finances, sans doute pour se faire bien voir du cardinal. L'alliance du coffre-fort et du bénitier est aussi ancienne que celle du sabre et du goupillon et la bénédiction de l'Eglise ne fait pas de mal aux comptes en banque, surtout dans les temps incertains. Or peu auparavant, Justin avait retrouvé dans les caves de la nonciature, un inventaire complet de l'Hôtel de Sens datant de l'avant-an 2000. Et il avait reconnu le missel comme appartenant à la bibliothèque Forney qui occupait alors l'Hôtel . Justin ne s'en formalisait pas. Le pillage qui met à l'abri une oeuvre d'art est à encourager. Lui-même avait bien un Caravage dans son bureau. Il l'avait sauvé à Rome d'une expédition de vampires fanatiques de la secte iconoclaste des Briseurs de Dieu. Justin l'avait ensuite présenté comme une copie , ce qui lui donnait l'agréable impression de duper le Cercle qui n'aurait pas manqué de le confisquer s'il avait su.. et après tout le banquier pouvait croire sincèrement à son histoire d'aïeule. Deux siècles s'étaient écoulés et le missel était devenu un véritable objet de famille pour les descendants de celui qui avait mis la main sur le trésor. Justin savait bien que si les hommes finissaient par trouver le moyen de détruire les vampires, il y aurait les mêmes excès de vengeance cruelle, de destructions aveugles et de sordides cupidités que lors de la grande invasion de l'an 2000. Il s'imagina cachant chez lui quelques vampires en fuite car un pourchassé ne peut être renvoyé aux loups.

On introduisait son visiteur et Justin abandonna ses réflexions sur ces faiblesses humaines qui étaient aussi celles des vampires, ce qui n'était pas sans remettre en question la nature de cette âme dont les hommes se disaient seuls dotés. Il pensa encore un instant à Alexandra. Il aurait peut-être dû la prévenir que bien qu'employé du Cardinal et fils respectueux de l'Eglise, Antoine Moreni n'avait pas le vocabulaire ni le style de Mademoiselle Passemain. Il jurait souvent, même devant le cardinal. Et Justin n'était pas sûr d'avoir précisé à Moreni que c'était une femme qu'il lui envoyait comme adjoint.

*****************

i


Antoine Moreni
Chef du BRIF

Antoine Moreni

Antoine Moreni était seul dans les locaux du 21 avec l'agent Didier Dulac, dit Dudule ou Didi selon les occasions, responsable informaticien. Antoine- il préférait qu'on l'appelle Toni- lisait un rapport, à demi-assis sur le bord d'une table et fumant une cigarette malgré le petit panneau d'interdiction fixé à côté de la porte d'entrée. Comme c'était Dulac qui lui fournissait ses Morleys de contrebande, Moreni ne se gênait pas.
Le bureau 21 était composé de plusieurs pièces où se traitaient conjointement les deux sortes d'enquêtes menées par le BRIF, à savoir l'aide aux familles recherchant un disparu et les missions du cardinal. Pour éviter les surprises, Jandeval tenait à ce qu'on ne reçoive personne directement. Les demandes se faisaient par courrier et son secrétariat communiquait les résultats des recherches aux intéressés. Moreni appréciait de ne pas avoir à recevoir des parents éplorés ou des excités criant vengeance et mort aux vampires. Il préférait d'ailleurs et de loin, les missions à odeur d'espionnage. 
En tant que responsable du 21, Moreni avait un bureau personnel. Il y régnait un désordre impressionnant de papiers variés, entassés dans des cartons sans étiquettes. Mais le détective savait toujours où chercher et trouver. Ce n'était pourtant pas un homme de dossiers et il passait le plus clair de son temps au dehors. Aujourd'hui, le cardinal lui avait demandé de rester en fin de matinée pour accueillir le nouveau collègue. Ce n'était pas trop tôt qu'on remplace enfin le pauvre Calois. Jandeval venait de confirmer que le nouveau arrivait et Moreni avait rejoint Dulac dans la pièce centrale.
Le collègue était, à son habitude, vissé devant l'ordinateur, modèle spécial agréé Cercle, autorisé seulement pour les responsables humains de catégorie 5, la crème des collabos donc. Il faut parfois savoir marchander avec le diable et un patron cardinal connaît les bonnes formules. Dudule était un quasi-génie informatique et s'il l'avait voulu, il aurait gagné des fortunes en le faisant savoir aux Vampires. Mais Dudule avait de la moralité et de la religion. En plus son père, un paumé des Squats, avait été envoyé au parc à esclaves pour avoir volé des antalgiques afin de soulager sa femme atteinte d'une tumeur jugée inopérable. Le Secours Religieux avait eu vent de l'affaire et s'il n'avait pas réussi à faire libérer le père, la mère avait pu mourir en paix. Repéré très jeune par le Cardinal, formé sous prétexte d'en faire un prêtre, Dudule travaillait dur sur sa machine pour déjouer le plus possible les mouchards vampires et briser les barrières qui limitaient les informations accessibles aux humains. Dudule vengeait ses parents à chaque fois qu'il posait ses doigts sur son clavier et transgressait avec fierté les Lois Informatiques et Restrictions.
Les trois autres enquêteurs étaient en mission. Leurs coin-bureau- placard, plus ou moins bien rangés, montraient qu'ils étaient utilisés sauf un, recouvert d'une housse depuis la disparition de l'agent Calois, un soir où il avait été faire la bringue chez Mado sous prétexte de filature. En rentrant chez lui à une heure indue, il avait dû faire une mauvaise rencontre. Moreni enleva la housse avec une lenteur grave, Calois quittait définitivement le bureau 21. et son ancien chef soupira :

-Ma che coglione ! Se faire dégommer comme ça ! Espérons que le gus qui rapplique soit moins tête-de-noeud et dure plus longtemps.

Dulac savait que Moreni avait eu de la sympathie pour Calois, tout en l'ayant souvent traité d'andouille et de crétin. C'était vrai que le malheureux s'était fait avoir comme un bleu. Un coup de couteau dans le dos pour lui faucher son blouson et le peu d'argent qui lui restait ! Dulac répondit sans interrompre son travail :

- Jandeval n'aurait pas dû le recruter, tout ça parce qu'il écrivait bien et était recommandé par le commissaire du quartier. Mais il avait trop confiance en lui. Le temps des James Bond, c'est fini.

Moreni allait répliquer quand retentit le timbre d'entrée. Il écrasa sa cigarette au pied du ficus censé décorer la salle et pressa le bouton qui commandait l'accès. La paroi vitrée coulissante était déjà ouverte sur l'antichambre et il vit disparaître la soutane de Pluchon tandis qu'une des filles de la Passemain, qu'il connaissait de vue, la seule bien roulée du lot d'ailleurs, s'avançait vers lui. Il n'eut pas le temps de se demander ce qu'elle venait foutre là, quand elle annonça qu'elle cherchait Mr Moreni . Mr Moreni, c'était lui ! Et elle, elle était envoyée par le cardinal. Donc, elle était le nouveau collègue. Il ne retint pas son juron favori :

-Cazzo !. Si je m'attendais ! C'est vous qui remplacez Calois? Ben alors ! Bon, je suis Antoine Moreni, mais ici, tous m'appellent Toni. 

Soudain, il intégra le nom qu'elle avait annoncé comme le sien... Alexandra Drumont ! Mais c'était la fille du dossier sur la disparition de Victor Durcel et cette histoire de croix de baptême ...Il soupira de soulagement, il y avait eu confusion. Elle venait voir où en était son dossier, bien que ce soit contraire aux règles . Mais elle était du secrétariat après tout
Dulac, qui avait de l'éducation, s'était levé et souriait d'un air que Moreni jugea idiot . Evidemment devant une bonne femme, pour peu qu'elle soit présentable, la majorité des hommes se mettent à penser à autre chose qu'au boulot. 
Toni sentit le regard de l'informaticien qui le fixait avec insistance et comprenant d'un coup, il prit conscience de son impolitesse :

-Voici Dudule ...Hem, Didier Dulac, chargé des communications. On est tous enquêteurs, mais lui, il travaille ici. Excusez mon accueil, j'ai cru que vous étiez notre nouveau collègue. En fait, nous avons besoin d'un homme de terrain. Remarquez, une femme bien sûr peut être un excellent homme de terrain... Enfin,... 

Il bafouillait et comme il détestait se sentir gêné, il décida de reprendre son assurance. Il sortit son sourire des grands jours et sussura :

-Et bien, mademoiselle Drumont, quelque chose vous a t-il chiffonnée dans l'évolution de votre dossier que le cardinal vous envoie nous rendre visite ?

____
Revenir en haut Aller en bas
AuteurMessage
avatar
Invité
Invité
MessageSujet: Re: {achevé} A la recherche du passé Sam 30 Aoû - 21:58
Alexandra venait de rencontrer celui qui serait son collègue concernant l'affaire qui allait bouleverser le reste de sa vie Si les preuves qu'elle avait réunies s'avéraient être exactes.
Malheureusement elle n'avait pas encore réussi à placer deux mots. Et visiblement le Cardinal avait omis de préciser que le remplaçant de leur collègue disparu était en réalité une collègue.
Elle vit à quel point Moreni était gêné. Quant à l'informaticien il ne fit que dévorer la jeune femme du regard, ce qui maintenant la mettait mal à l'aise. Souhaitant mettre fin à toute cette tension hormonale elle répondit aux différentes interrogations en laissant apparaître sur son visage un sourire amusé :


- Je suis enchantée de faire votre connaissance.

Elle prit quelques minutes puis ajouta :

- Je n'ai pas été envoyée par son Éminence pour ses raisons-là.

Moreni fut surpris par ce quelle venait de lui dire. Il lui demanda donc :

- Alors pour quelle raison vous a-t-il envoyé ici ?

Moreni venait de prendre une nouvelle cigarette qu'il n'alluma pas tout de suite. Le goudron en tube trônait fièrement sur le coin des lèvres de l'enquêteur Moreni. La jeune femme lui répondit rapidement et très calmement :

- Et bien la raison de ma présence ici est toute simple. Je suis tout simplement la nouvelle enquêtrice du BRIF. Où puis-je m'installer ?

La cigarette de l'agent Moreni venait de faire une chute vertigineuse de sa bouche au sol. Et c'est cette sensation qu'il lui manquait quelque chose qui le fit sortir de ses pensées... si on peut le dire ainsi. Puis machinalement il avança d'un pas et écrasa ce petit tube rempli de tabac et il lança :

- Cazzo ! C'était ma dernière.

L'agent Dulac avait laissé échapper un rire contrôlé puis il se réinstalla devant son ordinateur en laissant son collègue se débrouiller seul. Puis Moreni réalisa qu'il s'était trompé et lui fit signe de le suivre. Alex s'empressa de lui emboîter le pas puis ils s’arrêtèrent devant un bureau vide que Moreni fixa avec un regard qui aurait fait pleurer n'importe quel cœur sensible. Cet homme était bien plus sensible qu'elle ne l'aurait cru et elle appréciait cette qualité. Elle demanda, après avoir remarqué le regard de chien battu de Moreni :

- Vous connaissiez celui à qui appartenait ce bureau ?

Son nouveau collègue préféra ne pas répondre et Alex n'insista point. Il ne tarda pas à rejoindre son bureau laissant Alex à son installation, mais la jeune femme avait d'autres projets en tête. Elle déposa ses quelques cartons sur la table de travail. Puis elle frappa sur l'encadrement de la porte de l'agent Moreni et attendit. Son éducation auprès des nones l'empêchait d'entrer sans y être invitée formellement. L'agent Moreni s'était plongé dans une multitude de dossiers et n'avait pas prêté attention à la jeune femme. C'est son collègue, l'agent Dulac, qui eut la délicate attention de se racler la gorge. L'effet fut immédiat et c'est d'un simple signe de la main que Moreni lui fit signe d'entrer. Puis il lui demanda :

- Vous avez déjà fini de ranger vos effets personnels ?

La jeune femme se contenta au départ d'un simple signe de la tête puis elle dit :

- Ho, j'ai juste déposé mes cartons sur le bureau, je préférerais me mettre au travail si cela ne vous dérange pas. J'aimerais relire le dossier, vérifier certains points et voir si nous pouvons mettre la main sur le voisin.

Alexandra espérait trouver des informations concernant cet homme, mais les indices le concernant restaient minces et les nouveaux éléments de l'enquête n'avaient pas encore permis de le localiser. Cependant Alex gardait l'espoir cet espoir indéfectible qui lui disait qu'un jour elle saurait qui étaient réellement ses parents.

Elle s'apprêtait à quitter le bureau de Moreni quand elle lui demanda :


- Dites, j'ai cru comprendre que l'agent Dulac était doué dans le domaine informatique. Vous croyez qu'il pourrait m'aider ?
Revenir en haut Aller en bas
AuteurMessage
avatar
Invité
Invité
MessageSujet: Re: {achevé} A la recherche du passé Lun 1 Sep - 0:47
i


Antoine Moreni
Chef du BRIF
A peine remis de sa surprise, Moreni se sentit partagé entre le plaisir d'avoir sous les yeux des formes plus inspirantes que  celles contenues dans le pull avachi de Dulac, et la suspicion naturelle d'un mâle voyant une créature irrationnelle et pertubatrice envahir son domaine privé.
Ce dernier sentiment l'emporta rapidement à la pensée de tous les ennuis qui allaient survenir dans le sillage de la nouvelle recrue. Et c'était le cardinal lui-même qui lui envoyait cet agent qui était une agente, alors que c'est dit dans la Bible : la femme est la perte de l'homme!  Moreni en un instant imagina le pire.
On ne pourrait plus jurer ni fumer librement, il faudrait monter le chauffage, fermer les fenêtres, toutes les femmes sont frileuses, c'est bien connu ; il faudrait, dans les sanitaires, réparer le voyant "Occupé"  qui ne s'allumait plus, débarrasser le réfrigérateur de la vodka et mettre de l'eau minérale à la place. On ne pourrait plus se raconter des histoires salées à la pause repas, les sandwiches aux harengs et oignons que la troupe affectionnait, sentiraient trop fort pour un nez féminin. Il faudrait prévoir du beurre allégé et du thé avec des biscottes et, à peine rentré de Bretagne, ce coureur d'Alban ferait du gringue à la donzelle et Eddy serait fichu d'être jaloux. Lui-même ne pourrait plus en réunion dire, selon l'occasion, greluche, gonzesse, femelle, rombière, grognasse, poupée, souris, dinde, poule, râleuse, boudin, pouffiasse etc.. termes que Dulac dans le rapport final transposait automatiquement en plaignante, victime,  suspecte, témoin, selon le motif qui avait mise la sus-dite en rapport avec le BRIF.
Elle jacasserait constamment au téléphone avec ses copines et produirait à chaque déplacement dans le bureau, ce bruit énervant de talons hauts, facteur de distraction évident dans un univers masculin masculin.
Il regarda les pieds de la nouvelle venue. Elle avait des talons plats. Prudence Passemain avait dû passer par là. La fille avait d'ailleurs de jolies jambes et avec des talons, elle aurait certainement eu cette démarche un peu chaloupée qui, vue de dos, attire irrésistiblement le regard sur...Et voilà, ça commençait !..mais il n'allait pas se laisser faire. Qu'elle soit ou non une vague cousine de Jandeval n'avait aucune importance, il faudrait qu'elle s'habitue à être traitée comme un de ses gars puisqu'elle ferait le même boulot.
En tout cas elle le dérangeait  déjà. Il venait à peine de se replonger dans le  dossier Drumont (autant revoir où on en était exactement.pour cette histoire de recherche d'identité) qu'elle venait le relancer. Elle voulait quoi ? Un cintre pour accrocher sa veste, un crochet supplémentaire pour son sac, un vase pour mettre des fleurs ou bien se plaindre de Dulac qui venait de faire de drôles de bruits ?
Mais non, elle avait la même idée que lui, revoir son dossier, et il se levait pour lui passer le double quand elle l'interrogea sur Dudule, le génie informatique. Il répondit, aimable malgré tout, car c'était dans sa nature:


-Vous aider ? Si c'est pour vous donner des cours, ça m'étonnerait. Il ne comprend pas qu'on ne comprenne pas. Mais dans  le service, alors oui, il est indispensable et il n'a pas son pareil pour vous résoudre un problème, coder n'importe quoi, réparer une erreur, déplanter un ordi, et aussi mettre en forme vos brouillons. Il a été formé à l'évêché, chez les curés spécialistes. Vous savez que les Vampires nous distribuent l'informatique à micro-doses. Dulac a vite été repéré comme un surdoué. Le cardinal le cache ici pour que les sangsues ne se le fourrent pas sous les crocs. Officiellement, il ne fait que de la paperasse. C'est un génie de la mise en page, du traitement d'images etc .. c'est pourquoi nous n'utilisons que peu le secrétariat de Prupru, je veux dire Mle Passemain. Elle ne voit officiellement que fort peu de ce que nous faisons ici, sauf  la partie bonnes oeuvres . Tout ce qui risque de heurter du vampire, on se le garde. Des trucs comme votre recherche personnelle.

Il sentit que sa phrase pouvait être ressentie comme légèrement condescendante et  il ajouta aussitôt :

-Remarquable d'ailleurs cette recherche pour une non-initiée et sans appui logistique ! Le cardinal a  été impressonné . De là  son idée de vous transformer en enquêteur, enfin enquêteuse....vous avez dû l'impressionner.  Il vous a dit que parfois nous avions des missions débordant largement les demandes de recherches et d'aide aux familles?

Le téléphone sonna, le voyant indiquait un appel direct du cardinal.
Il décrocha aussitôt ;  un peu intimidé comme à chaque fois qu' il entendait la voix sévère du prélat, à la politesse toujours un peu cassante à l'appareil. Le cardinal téléphonait peu, préférant les entrevues discrètes dans le bureau, après le départ des employés de la nonciature.


- Alexandra Drumond doit être arrivée? Pour l'instant, ne la mettez pas sur un autre dossier que le sien. J'aimerais que vous accélériez  les recherches pour la rendre opérationnelle rapidement. Donc, si vous pouvez l'accompagner, lui montrer les ficelles du métier et vous arranger pour boucler son  histoire le plus tôt possible, ce serait parfait. Et ne prenez pas personnellement d'autres dossiers Famille, laissez tout à Plantier.

-Entendu, Excellence.  Je la démarre tout de suite alors. Plantier a eu la dernière adresse du voisin . Nous y allons ensemble.

-Bien. Bonne journée.


Toni raccrocha , un peu perplexe. Il se préparait quelque chose... Côté vampires ? Côté Comité ? Ou bien, la mise sous protection bénite et musclée, l'un n'empêche pas l'autre, de quelques trouvailles précieuses de l'Ancien temps, qu'il fallait empêcher les Crochus extrémistes de s'approprier ? C'était trop souvent pour la détruire, malgré les ordres du Cercle qui voulait tout contrôler. Alban était actuellement sur la trace d'un grand reliquaire d'argent caché dans une chapelle perdue dans la forêt de Paimpont.
 Antoine regarda Alexandra, déjà habitué à l'idée de la voir comme une collègue. Elle semblait active, simple, rien d'une chichiteuse ni d'une allumeuse. Antoine n'avait rien contre les allumeuses, étant lui-même prompt à s'enflammer mais les incendies, il n'en voulait pas au bureau, il ne fallait pas confondre travail et feu de joie.  Alexandra était jolie mais n'en jouait pas et cela le rassura. Il avait un caractère facile, s'adaptant aux circonstances, préférant voir le monde sous un aspect positif plutôt que de grogner son mécontentement et se lamenter sur les aléas de l'existence. La vie était déjà assez dure comme cela . Il avait demandé un adjoint, il l'avait, même s'il fallait rajouter un e à ce mot. C'est avec cordialité qu'il s'adressa à elle:


-C'était le Cardinal. Si vous êtes prête, nous partons cuisiner ce voisin de Victor Durcel. Eddy a...
Il s'arrêta:
-Ah !  vous ne connaissez pas les noms de vos trois autres collègues. Alban Gomez, le seul sans surnom. Edgar Plantier, Eddy, qui est sur votre affaire entre autres cas de disparus, et Isidore Charron, Isi. Tous en déplacement. Seul, Dudule, Didier, l'informaticien, ne bouge pas. Moi, ça dépend, mais l'ennui d'être chef de bureau, c'est que cela vous visse le cul .. hum .. les fesses, enfin vous scotche un peu à votre fauteuil.

Il n'en dit pas plus  sur les occupations des collègues et  revint au présent :

-Eddy a trouvé l'adresse actuelle de ce voisin de Durcel. Il a changé de domicile et vit rue de Maubeuge, dans le 10e, du mauvais  côté, vers les squats . Mais enfin, c'est encore  vivable et avec moi, vous ne craignez rien. Je vais vous donner un insigne de la nonciature. De jour, on le respecte, même les vampires. Enfin, je veux dire, ils ne vous sauteront pas dessus et ne vous bousculent pas si le trottoir est étroit. Et la police de terrain sera aux petits soins pour vous. Vous comprenez, les flics humains sont dans une situation délicate, aidant au maintien de l'Ordre Vampire. Alors que l'Eglise est relativement indépendante. Le Cercle reconnaît son existence et une part d'autorité sur les humains. Et nous, bien que laïcs, nous servons l'Eglise et pas les Crochus. Alors, nous sommes leur bonne conscience à ces collabos humains. Ils se sentent parfois un peu traîtres à leurs frères de race, même si tout le monde est obligé de pactiser plus ou moins. Mais vous savez tout cela,  vous êtes de la Maison, vous n'arrivez pas du dehors...


Il ouvrit un tiroir, tira un macaron rouge et or frappé d'une croix dans un triangle rayonnant et le tendit à son adjointe :

-On y va en voiture. On a une deuche presque neuve avec un saint-Christophe au pare-brise et un saint-Antoine qui s'est fait bénir à Padoue par mon arrière grand-mère.

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
AuteurMessage
avatar
Invité
Invité
MessageSujet: Re: {achevé} A la recherche du passé Lun 1 Sep - 9:57
[ Entre le BRIF et le témoin]



Alex se tenait toujours dans l'encadrement de la porte quand enfin Antoine Moreni se décida à lui répondre. Elle ressentait comme un malaise, comme si le fait qu'elle soit une femme dérangeait dans un certain sens les hormones mâles qui au vu de l'Assemblée étaient très présentes.

Puis l'agent Moreni répondit à la question posée quelques minutes plus tôt. Et voilà qu'il se mit à parler de son ancienne responsable qu'elle avait si gentiment surnommée Mademoiselle Passemain-sans-rire. La réponse fut suivie d'éloges concernant son travail de recherche.

Décidément le destin avait décidé de pourrir la vie du pauvre Agent Moreni. Il fut dérangé par le téléphone et elle comprit en entendant "Excellence" qu'il s'agissait du Cardinal Jandeval. Antoine lui tendit un insigne et commença à lui présenter le reste de l'équipe. La jeune femme absorba toutes les données qu'elle pouvait, mais il lui faudrait sans doute plusieurs jours pour se souvenir de toutes les personnes qui allaient l'entourer. Pour finir Moreni lui parla de la deuche bénite, puis elle ajouta:


- Rassurez-moi, en travaillant ici je ne risque pas de tomber sur Passemain-sans-rire?

L'agent Moreni leva la tête brusquement dès qu'elle eut prononcé le fameux surnom de son ancienne responsable puis il lança simplement:

- Aucun risque, hum pourquoi lui avoir donné un tel surnom? Alex qui avait entre-temps prit le double du dossier eut un léger sourire et lui expliqua vaguement le pourquoi du comment:

- Disons qu'elle et moi cela n'a jamais été le grand amour. Elle ne m'appréciait pas et m'avait prise en grippe dès les premiers jours. Et puis une fois, elle s'amusa avec mes nerfs, pour me venger et surtout par colère je me suis amusée à déformer son nom. Ce surnom m'a plu et il est resté ainsi. Et puis de toute façon cela était réciproque.

La jeune femme ouvrit le dossier aussitôt après, elle jetait un rapide coup d’œil quand l'agent Moreni lui parla d'une deuche. Alex se demandait à quoi pouvait ressembler la fameuse deuche verte. Elle s'attendait à voir une vieille voiture rouillée par endroits, mais Moreni précisa qu'elle était presque neuve. En même temps pour tout les mecs les voitures sont toujours neuves même avec des tonnes de rouille dessus, enfin c'est ce qu'elle pensait vu qu'elle n'avait pas vraiment d'expérience avec les hommes en particulier.

Moreni prit son par-dessus, l'heure du départ venait de sonner, Alex prit ses affaires à la volée en passant près de son poste de travail. Ils quittèrent ensuite d'un pas sûr le bâtiment jusqu'au garage où se trouvait la deuche. Une fois devant, la jeune femme put constater que l'auto était réellement presque neuve. Alex ouvrit la portière arrière et y déposa son sac. Puis elle s'installa à l'avant côté passager, elle n'avait pas attendu un hypothétique geste de galanterie de la part de son collègue. Elle déposa le dossier sur ses genoux laissant un Moreni plutôt bouche bée. Il retrouva un brin d'esprit et se plaça derrière le volant puis démarra tout en douceur la deuche. Pendant ce temps, la jeune femme ouvrit le dossier puis elle dit:


- Bien, faisons un petit topo de ce que nous savons déjà. Elle prit quelques secondes puis elle continua:

- Maurice Lapointe âgé de soixante ans. Originaire du Canada. Visiblement Monsieur Lapointe et Monsieur Durcel étaient de bons amis. Il a fait sa première déposition à la date du 16 juin 2177. Ce qui fait tout pile 36 ans.

- Trente six ans. Avait-elle lancé septique puis elle ajouta:

- Je ne sais pas si on en tirera quelque chose, au moins c'est un début. Le silence s'installa dans la deuche, Moreni fixait la route sinueuse et Alex n'eut pas vraiment d'autre choix que de faire de même. La deuche faisait un bruit d'enfer si bien qu'elle voyait arriver à grand pas une migraine de tout les diables.

Il leur fallut près d'une demi heure pour arriver à bon port. Une demi-heure parce que la deuche n'est pas vraiment une voiture de course et parce que ces petites bêtes-là ont besoin d'un léger préchauffage.

Une fois la Moreni-mobile convenablement garée, la jeune femme vérifia instinctivement que son arme était correctement mise, puis le dossier sous le bras elle suivit son collègue jusqu'à une vielle bâtisse délabrée. On pouvait deviner qu'à une certaine époque, cette bâtisse avait été plus vivante. De vieux jouets d'enfant traînaient de-ci de-là. Une vielle balançoire qui ne balançait plus rien depuis fort longtemps et à laquelle il manquait une corde pendouillait sur une vielle branche d'un très vieux chêne dépourvu de feuille.

Moreni ouvrit le vieux portillon de bois dans un grincement qui faisait froid dans le dos. Alex resta un instant figée, puis avança et rejoignit l'agent Moreni qui était déjà devant la porte de leur témoin. Moreni, frappa à la porte. Le silence s'installa, on aurait dit que le temps s'était arrêté... jusqu'au moment où la port s'ouvrit laissant apparaître un vieil homme d'apparence tout à fait ordinaire.!
Revenir en haut Aller en bas
AuteurMessage
avatar
Invité
Invité
MessageSujet: Re: {achevé} A la recherche du passé Lun 1 Sep - 12:38

Antoine Moreni
Le trajet se déroula sans incident. On atteignit la Ville Grise, ses rues encore entretenues, ses immeubles allant de l'ancien retapé aux bâtiments plus récents "sobres et fonctionnels" selon la propagande du Cercle, ses commerces avec vitrines grillagées, ses cafés vieillots.  Les ruines avaient depuis longtemps été déblayées  laissant ici et là des places vides et squares  poussiéreux.
Alexandra montra qu'elle était capable de bonne humeur en révélant le surnom qu'elle avait donné à Prudence Passemain. Moreni ne fut pas surpris d'apprendre qu'elle ne s'entendait pas avec la secrétaire en chef. Celle-ci dirigeait des filles très jeunes, peu expérimentées, qu'elle formait et qui ensuite se mariaient et quittaient le bureau. Alexandra n'avait pas ce profil. Quant à lui, s'il plaisantait facilement sur Prupru, comme d'ailleurs sur toutes les femmes de son entourage, il  reconnaissait l'efficacité du dragon femelle et son parfait dévouement à  Jandeval. Il respectait son travail et son sens du devoir et personne ne ricanait en douce quand le cardinal la rencontrait en entretien privé, sans même l'abbé Pluchon lisant son bréviaire dans l'antichambre.
Il veilla à éviter la gare de l'Est où le curé de Saint-Laurent l'avait prévenu qu'un sabotage avait eu lieu cette nuit dans le métro, ce qui provoquait un bel embouteillage. Il franchit  sans encombre le barrage filtrant devant la gare du Nord dont seule l'ancienne partie en pierre avait résisté au temps, la gare souterraine s'était écroulée et n'avait jamais été déblayée. Le Cercle avait fait murer les accès à cause des rats et pour des raisons de sécurité. Moreni avait lu qu'avant les vampires, des centaines de milliers de voyageurs y circulaient chaque jour venant des banlieues surpeuplées .Ce devait être terrifiant . Et  comme il n'était pas ennemi de l'humour noir, il pensa que dans un sens, les vampires pouvaient se vanter d'avoir fait le nettoyage.

La rue de Maubeuge, située autrefois dans un quartier très actif, était devenue une alignée disparate de  constructions  comprenant encore quelques immeubles de style haussmannien plus ou moins vétustes et dont tous les ornements Second Empire avaient été vandalisés . Les balcons avaient été détruits, les balustrades en fer forgé  très vite recyclées au moment des grandes pénuries de la seconde moitié du XXIe siècle, avant que le Cercle ne relance la production sidérurgique. Les immeubles abandonnés après les massacres et tombés en ruine avaient été démolis, les matériaux récupérés servant à reconstruire les beaux quartiers. Depuis, les terrains vagues avaient été occupés par des bâtiments de deux ou trois étages, appelés Cités Populaires, attribués aux Humains les moins qualifiés mais employés dans les services d'Etat. Dans les emplacements non reconstruits,  on commençait à sentir le voisinage des Squats, par la présence de constructions bricolées, toits de tôle ondulée, murs de briques écornées, abritant des ateliers improvisés ou des boutiques d'occasion.
C'était dans une de ces bâtisses que logeait Maurice Lapointe.  Encore un que la vie avait dû  malmener pour avoir ainsi échoué en fin de vie dans ce quartier. On s'y trouvait encore en relative sécurité mais à la frange de la misère, de l'abandon et de la loi de la jungle. Alexandra lui avait rappelé que Lapointe était Canadien d'origine. Avec les difficultés pour voyager, les étrangers étaient rares. Mais quand le Cercle s'était affirmé comme le seul gouvernement capable de remettre en route la machine économique, il avait attiré à Paris des immigrants afin de combler son besoin de main d'oeuvre humaine. En particulier les francophones avaient été invités à venir profiter des progrès accomplis dans ce qui était devenu le centre des activités du monde. Les pays  d'autrefois à faible densité d'habitants étaient devenus des déserts où seuls subsistaient quelques îlots de population et où les villes restantes, réduites de moitié, commençaient à peine à  sortir de cette catastrophe démographique.
Moreni n'était pas homme à s'attarder trop sur le passé bien que ce genre de réflexion lui vînt souvent à l'esprit, alimentant son désir d'être définitivement du côté des siens, les hommes, traités en gibier ou en bêtes de somme par des monstres sans âme. Mais chez lui, la réflexion demeurait brève, l'action était son élément.

Après avoir jaugé le cadre à la limite du sordide, il  alla prendre un petit sac de toile dans le coffre de la voiture. Celle-ci attirait l'attention des rares passants. Reconnaissant une voiture verte de l'Eglise , deux ou trois le regardèrent en levant la main, les doigts croisés, geste devenu un salut entre croyants activistes. Des gens courageux à leur manière. Certains vampires ne se privaient pas de brutaliser un mortel ayant l'audace  de montrer sa sympathie pour une institution sacrée dont le seul voisinage leur donnait de l'urticaire.
Toni franchit l'enclos précaire qui isolait une cour dépavée d'un semblant d'immeuble de deux étages.  Etonnant que le chêne qui avait poussé là n'ait pas été débité en bois de chauffage, à moins que le Service des Ressources du quartier n'ait mis le grappin dessus pour refaire le plancher d'époque d'un nanti à dents longues.  Gagné ! se dit-il  en apercevant la plaque au cercle étoilé clouée sur le tronc.
L'entrée de la maison n'avait pas de porte mais on voyait un vantail  fait de planches épaisses et des barres rangées à l'intérieur du palier. Elles seraient mises en place à la tombée de la nuit.
Les boîtes aux lettres indiquaient que M. Lapointe habitait au premier, à gauche et Toni monta l'escalier sans attendre Alex qui s'attardait dans la cour.  Elle ne devait pas souvent  se promener dans ce genre de quartier et elle avait raison. On était vraiment à la limite des Squats. Elle le rejoignit au moment où la porte s'ouvrait.
Lapointe  était vêtu sans recherche mais ses vêtements étaient propres. Il portait ses soixante berges de façon assez vaillante , moustache de phoque bien taillée et  stature encore droite.  On commençait à voir des vieux qui n'étaient pas des ruines, comme au temps de sa grand-mère quand les rigueurs de l'existence vous transformaient en épouvantail dès la cinquantaine . Du moins quand on avait la chance de ne pas avoir été transformé en cadavre plus tôt.
Moreni alla droit au but :

-Monsieur Lapointe ? Je suis l'agent Moreni de la Nonciature et voici ma collègue  Alexandra Drumont . Nous sommes chargés d'une enquête par Monseigneur Jandeval, pour  les Recherches dans l'intérêt des familles. Pouvons-nous entrer ?

Personne n'ignorait ce nom, et les humains, même sans appartenance religieuse déclarée, savaient bien que, s'ils n'avaient pas réussi à se placer dans les rangs élevés de la collaboration, seule l'Eglise pouvait les protéger tant soit peu des vampires .
L'intérieur ressemblait à des centaines d'autres : le minimum de meubles utiles, tous sentant la brocante et le rafistolage. Une télévision de la marque Popolo, qui disait bien ce qu'elle voulait dire, semblait être le seul objet de fabrication récente. Reliquats d'un passé plus joyeux : un fauteuil de cuir fatigué mais de qualité, une étagère avec des livres reliés, des rideaux aux fenêtres. La statuette de saint Michel terrassant le dragon posé sur le chevet  était ancienne. Plus un objet de piété datait et plus il était supposé chargé d'ondes sacrées repoussant les vampires. Ce saint-Michel valait au moins à lui seul trois télévisions Popolo. Toni présenta aussitôt le sujet de leur visite. M.Lapointe avait connu autrefois Victor Durcel dont il avait signalé la disparition en 2177, trente-six ans auparavant. Pouvait-il les renseigner au sujet de ce monsieur Durcel.
Le vieil homme hésita :


-Durcel ? Ah non... je ne connais pas. Disparition ? .. je ne me souviens pas.. tant de gens disparaissent.

Moreni était habitué ; personne ne se souvenait jamais de rien.  Parmi les humbles, celui qui survit est celui qui ne sait rien ou fait semblant. Parmi les puissants, celui qui se maintient est celui qui en sait plus que les autres. Ou fait semblant.
Il insista :


-Mais si, monsieur Lapointe. Rappelez-vous : Victor Durcel. Vous habitiez le même immeuble, rue Pernelle en 77.  Vous êtes allé signaler sa disparition en juin , au commissariat.

Lapointe soupira, se frotta la tempe d'un geste hésitant puis se décida :

-Ah oui, Victor, rue Pernelle. J'y suis resté jusqu'en 90 mais ma femme est moi on a attrapé la typhoïde. Il y a eu de l'eau polluée dans le quartier.  Plus de cent morts, dont ma pauvre femme. Un quartier bien, malgré tout, juste derrière l'ancienne Tour Saint-Jacques. Moi, j'ai eu des séquelles graves, j'ai dû quitter mon travail. Ça peut ralentir la mémoire, la typhoïde. J'étais comptable et maintenant, je travaille à la voirie et ma retraite de comptable, c'est quasi rien et je ne la toucherai pas avant trois ans.

Ayant ainsi exprimé le souci qui devait empoisonner son existence, il reprit d'un ton plus calme :

Et alors pourquoi voulez-vous remuer cette vieille  affaire ?


Toni  désigna  Alexandra d'un geste poli:


- Mademoiselle Drumond va vous l'expliquer .
Revenir en haut Aller en bas
AuteurMessage
avatar
Invité
Invité
MessageSujet: Re: {achevé} A la recherche du passé Lun 1 Sep - 13:49
Alexandra resta seule devant la vieille bâtisse de longues minutes avant de s'apercevoir que son collègue était entré dans le bâtiment sans l'attendre. Elle essaya d'imaginer à quoi avait pu ressembler ce quartier au temps ancien. Des parterres de fleurs multicolores, des enfants insouciants jouant dans les jardins, des couples, des amies, des amoureux se bécotant sur les bancs publics.

Elle fut tirée de ses pensées par un volet branlant et claquant sous la brise fraîche de cette journée si particulière. Alexandra s'empressa donc de rejoindre son collègue qui était déjà devant une porte sur le point de s'ouvrir.

Et cette fameuse porte s'ouvrit au moment même où elle posa son pied sur la dernière marche du vieil escalier. Un vieux monsieur apparut, un vieil homme que la vie n'avait pas épargné. L'agent Moreni se chargea des présentations. Puis il entreprit un petit rafraîchissement de mémoire , mémoire qui semblait légèrement défaillante et qui par ce fait allait considérablement corser l'affaire qui s'annonçait plus difficile que prévu. L'homme les laissa entrer et son intérieur faisait peur à voir.

Comment un homme comme lui avait pu tomber aussi bas? Peut-être que les choses auraient été différentes si le monde n'avait pas autant changé. Peut-être que si cette espèce si effrayante n'était pas sortie des entrailles de la terre, la vie de ce vieux bonhomme n'aurait pas été qu'une multitude de tragédies en tous genres. Et avec des peut-être on pouvait refaire le monde en tout cas c'est ce que la jeune femme pensait régulièrement. Alex aurait aimé en être convaincue, mais malheureusement il y avait bien longtemps qu'elle ne croyait plus vraiment à une vie meilleure.


Le vieil homme les pria de s'installer puis il en fit de même. Un long silence s'installa. Pour Alex c'était une première ,des interrogatoires, elle n'en avait jamais fait. Et cela l'inquiétait un peu, voire la paniquait, mais elle n'en fit rien paraître enfin c'était ce que ce qu'elle espérait. Puis elle commença ses questions :

-Bien, monsieur Lapointe, nous savons que votre ami Victor projetait d'acquérir un bijou en Mars et qu'il disparut en Juin de la même année. D'après le rapport, c'est vous qui aviez signalé aux autorités son absence plus qu'étrange. Il devait épouser une certaine Adelia Lasso.. que pouvez vous nous dire sur cette jeune femme?

Le vieil homme tapota nerveusement l'accoudoir de son fauteuil, puis il dit:

- Quand je m'aperçus que Victor avait disparu et qu'Adelia ne s'en était pas inquiétée, il me sembla assez logique de signaler sa disparition, mais déjà à l'époque il y avait peu d'espoir alors je doute que vous ayez plus de chance dans votre entreprise. Mais je peux tout de même vous dire ce que je sais au sujet de cette femme et de Victor. Il resta de longues minutes silencieux puis ajouta les yeux dans le vague:

- Victor était un homme discret et très distingué, beau et charmant. Il était surtout un sacré coureur de jupons et fêtard par-dessus le marché. Nous sommes devenus amis peu de temps après qu'il eut aménagé dans la rue Pernelle. Je me rappelle de fêtes fastueuses qu'il donnait chez lui, il était doué pour ce genre de choses tout aussi doué pour s'attirer des ennuis avec l'élégant d'une donzelle qu'il finissait par attraper dans ces filets. Il venait souvent prendre le café, avec moi. Et ne plus le voir m'a inquiété quelque peu.

- Je le considérais bien plus qu'un simple ami, il était pour moi comme un frère. Et c'est pour cela que j'ai contacté les autorités quand je me suis aperçu de sa disparition.

Le vieil homme se leva pour prendre un verre d'eau. Moreni et Alexandra restèrent silencieux puis le vieil homme refit son apparition et se réinstalla confortablement. Puis il continua :

- Adelia, je l'ai peu connue. Je me souviens de sa beauté, un visage d'ange. Je ne me souviens pas si elle avait quelqu'un à l'époque où elle a rencontré Victor, Mais je sais qu'elle vivait chez des commerçants. Alexandra lui demanda alors:

- Vous souvenez-vous le nom de ces commerçants ?

- Attendez une minute, laissez moi le temps de réfléchir ... Ils tenaient un commerce de soierie et de tissus de luxe dans le centre de la ville, une rue passante. Me demandez pas le nom de cette rue je ne m'en souviens pas! Quant au nom de famille des propriétaires il me semble que c'était Monsieur et Madame Clément Benoit.

L'agent Moreni et Alexandra notèrent tout ce que le vieux monsieur leur avait révélé. Ils étaient sur point de quitter les lieux quand il leur demanda:

-Mais dites-moi, pourquoi ressasser cette vielle histoire? Avez-vous eu de nouveaux éléments concernant cette disparition?
Revenir en haut Aller en bas
AuteurMessage
avatar
Invité
Invité
MessageSujet: Re: {achevé} A la recherche du passé Sam 13 Sep - 19:03
Dans le Bureau du Cardinal

Le cardinal savait que Moreni était sorti pour l'enquête concernant Alexandra Drumont. Le fait qu'elle soit ou non son arrière-cousine lui était assez indifférent. Il souhaitait tout à fait que le jeune femme  se voit payée de sa longue recherche et retrouve sa famille, mais c'était tout. Elle lui était sympathique dans son obstination , son sérieux, son courage et c'était pour ces qualités qu'il était satisfait de l'avoir au BRIF et non pour un éventuel cousinage qui n'aurait d'autres conséquences qu'un thé familial de plus. 
Il était entendu que le travail au BRIF serait prioritaire pour Alexandra et il craignait bien que son bureau d'investigation ne soit prochainement occupé à des problèmes autrement plus graves que le dossier  Drumont.
En consultant les derniers envois de ses correspondants en province, il avait depuis plusieurs semaines bien des sujets d'inquiétude et voilà que d'autres venaient encore s'y ajouter.Trois disparitions de séminaristes à Bordeaux en moins d'un mois. Un prêtre retrouvé pendu à Nantes. Et à Paris, des vampires évaporés et des cadavres humains bizarrement opérés. Et aussi cette sordide et effrayante histoire de secte sataniste qui sévissait dans le nord de la capitale. Il hésitait à en parler avec le directeur de la Police. Il s'agissait de Vampires et de victimes humaines et si le Cercle n'était pas au courant, le cardinal craignait de dévoiler que la Nonciature avait un petit service secret policier bien rodé et efficace. On savait bien qu'il avait des espions. Il s'arrangeait même pour que certains soient parfois un peu visibles. Mais c'était des espions prêtres,occupés à surveiller d'éventuelles hérésies, des malversations dans la gestion financière, des complots intérieurs entre évêques, des fraudes et des trafics d'objets d'art récupérés dans des caches, des réserves de musées, d'églises abandonnées. Justin aimait beaucoup cette activité. Il n'avait pas envie de rendre à César ce que César prétendait être à lui. Surtout quand César avait de trop longues dents. 
Vivement que Moreni ait fini de former Alexandra. Elle pourrait s'occuper des enquêtes sociales et lui récupérerait Moreni pour le mettre sur les  traces des Lucifugiens. Il fallait espérer que l'enquête  qui occupait l'agent principal et la néophyte serait vite bouclée



""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""


Le BRIF enquête


Le vieux avait fini par lâcher quelques  morceaux. Oubliée l'amnésie partielle . Après  "Victor, connais pas", était venue une reconnaissance floue et réticente et puis les souvenirs, le besoin de parler à d'autres d'un peu de sa pauvre existence. 
Et  qui ne chercherait pas à satisfaire les autorités dans un monde de terreur et d'arbitraire ?  Bien sûr, tout le monde se méfiait de la police du Cercle, même  du personnel humain qui se trouvait coincé par le système. Le cul entre deux chaises, oui, selon l'opinion de Moreni . Assez souvent,  la flicaille essayait de ne pas trop accabler les mortels mais se limitait le plus souvent à fermer les yeux sur des peccadilles.Il fallait appliquer le règlement et le règlement, c'était ces satanés vampires qui l'avaient pondu. Un flic trop indulgent se faisait vite remonter les bretelles par son chef mort de frousse à l'idée que ce soit lui qui trinque. Méthode Osbern : "un subalterne coupable, c'est un supérieur fautif. Punissez le premier mais videz l'autre."   Le vampire avait volontiers l'humour noir.. enfin rouge.. 
Mais le BRIF n'était pas la police, juste une agence de renseignements au service des familles, et  en plus, l'Eglise  l'entourait de son auréole protectrice  repoussant un peu  ce monde plein de sang et de sauvagerie qu'engendrait le peuple des ténèbres. 
Lapointe se laissait aller. Victor Durcel ? On sentait que ç'avait été une grande époque dans sa vie, au temps de sa réussite, quand cet amiavait ajouté une touche de brillant, d'imprévu dans une existence jusque là sans histoire.
De surcroît, pour délier la mémoire brumeuse du veuf, Alexandra était un atout. Ce n'était pas une si mauvaise idée que d'introduire une femme dans l'équipe. Elle était bien mise, soignée, nette, comme Passemain l'exigeait de de ses employées. Et celle-là avait en plus tout pour plaire à ce  vieux bonhomme. Lapointe la regardait avec un petit sourire  ému. Il ne devait pas en voir souvent des femmes comme elle quand il pelletait ses tas d'ordures dans la rue.  Après le bref moment où la misère n'arrivait pas encore à tuer en elles la grâce d'une enfance perdue, les filles des squats avaient le choix entre l'attirail de Vénus de trottoir – et fallait voir la dégaine !- ou la tenue de ramasse-poubelles et de torcheuses de marmots. Toutes usées à trente ans, flasques ou obèses – le choix des mal nourries-  édentées, traînant leur pauvre fatigue entre l'alcool, les coups et les sales maladies ramassées partout dans les taudis, dans tout ce qui pénètre en vous, dans l'air, dans l'eau, sur les mains qui vous touchent
Moreni se dit qu'il exagérait, que même dans les squats, on rencontrait des femmes dignes et luttant pour ne pas se laisser submerger. Mais sans aide, c'était perdu d'avance. De toutes façons,  devant un aussi joli lot qu'Alexandra, le vieux ne pouvait que s'attendrir. En plus, un veuf  nostalgique avec, en grand format  près du saint-Michel, une photo de mariés d'autrefois. Il devait regretter le temps où une jupe virevoltait entre les meubles, où on entendait une voix féminine  quand on ouvrait la porte.  Pas étonnant qu'il se soit si vite ranimé la mémoire rien que pour parler avec cette belle jeune femme qui lui posait des questions, s'intéressait à lui.

Donc en trois minutes on avait déjà appris de quoi faire tourner la bobine à remonter le fil du temps.  Oui, c'était du bon boulot ! Il aimait ces moments où des faits nouveaux  venaient se ficher comme des flèches dans une cible et qui révèlent au connaisseur la direction d'où elles ont été tirées. Il en avait maintenant plusieurs étiquetées. Victor Durcel, le coureur de vampires, Adelia Lasso, la fiancée brodeuse, et tout nouveau, le couple Benoit, marchands de luxe. 
Lapointe disait avoir  peu connu la fiancée de Victor mais suffisamment pour l'appeler encore par son prénom trente-six ans plus tard et selon lui, elle ne s'était pas inquiétée. Une fiancée sur le point de se marier et qui ne s'inquiète pas ?  
Moreni laissait Alex interroger leur témoin et prenait des notes sur un petit carnet noir  qui n'intimidait pas les gens. La jeune femme manquait de pratique évidemment mais elle se débrouillait plutôt bien. Elle avait réagi en enquêtrice extérieure à l'affaire et n'avait fait aucune allusion au caractère personnel de ce dossier. Bien , bien ! Elle n'avait pas posé toutes les questions qui s'imposaient, mais elle était là pour apprendre.
La personnalité de Victor sortait peu à peu du flou. 
Ce qu'on connaissait déjà de lui ? Son nom, sa dernière adresse, sa filiation, qui faisait de lui le petit-cousin  du Cardinal et peut-être le grand oncle d'Alexandra.  On connaissait déjà  ses projets matrimoniaux avec Adelia Lasso, son aisance financière reflétée par ses commandes de bijoux coûteux. Venait de s'y ajouterun profil de viveur, dandy à l'argent facile, amateur de conquêtes féminines, un voisin aimable. D'après la déclaration de disparition, il était noté comme gestionnaire, ce qui était vague. Mais maintenant que Lapointe était chauffé, si on pouvait dire, il fallait en profiter pour en apprendre davantage.
D'abord, Adelia Lasso. Selon  le vieil homme, les Benoit n'étaient pas ses parents. IIs l'employaient comme brodeuse mais ils la considéraient comme leur fille. Il lui avait semblé que les Benoît  n'étaient pas trop d'accord au départ. Adelia avait près de vingt ans de moins que le fiancé. Mais il était si bel homme !  Ils avaient fait repousser le mariage, peut-être ne voulant pas la voir partir si vite. Ils étaient  assez âgés et sans enfants .
" Tant pis, " pensa Moreni" Les enfants, pour vous raconter ce qui est arrivé dans la famille il y a près de quarante ans, c'est encore ce qui  se fait de mieux. Les Benoît ont dû partir vendre du tissu chez Saint- Pierre depuis longtemps." Lapointe poursuivit sur sa lancée.


-Ma pauvre femme avait des bons-primes par Victor, pour des fins de série, je ne sais quoi. Elle était fière de dire qu'elle achetait du tissu chez Benoit. Moi je n'y suis jamais allé, c'est pour ça que je ne me souviens plus de l'endroit. Et puis moi.. les tissus et les fanfreluches...

Moreni lui demanda encore pourquoi il n'était pas allé  trouver la jeune fille pour lui demander ce qui s'était passé avec Victor. Le vieux bredouilla qu'il ne savait plus très bien...qu'il avait craint une dispute, un malheur.. qu'il n'avait pas osé. Finalement, il avait préféré la police. 
Quelque chose gênait le viellard. Moreni décida de revenir sur Victor. Quelle était sa profession ?
Lapointe ne sut que dire qu'il s'occupait d'affaires pour des  industriels ayant besoin " d'un coup de main ". Il ne lui restait aucun détail, aucun nom. Le beau Victor aurait-il été chargé de régler des affaires un peu en marge du commerce officiel ?  Le schéma était assez classique. Il ne fallait pas effaroucher le vieux mais il était temps de préciser sa petite idée et  comme il disait en ce cas, temps de " mettre le point sur le i "...le i de vampire bien sûr.

-Victor,  votre ami Victor, il allait dans de grandes soirées, faisait la fête. Il n'aurait pas été victime de mauvaises relations ? Un beau garçon, aimant la bagatelle, insouciant, oubliant les mises en garde.  Certains vampires sont à la recherche de ce genre de distractions.

Maurice se passa une main hésitante dans ses cheveux, sa gêne devint évidente mais il en avait déjà beaucoup dit et puis les insignes du Brif étaient bien visibles sur les vestes des visiteurs et à ceux-là, on pouvait évoquer l'engeance maudite.

- Oui, je crois bien que quand il habitait rue Pernelle, Victor a eu une liaison avec une vampire. Une de ces  excentriques qui sortent déguisées en costume d'autrefois. Elle, c'était le genre dame 1900, avec des chapeaux à fleurs et puis ces robes cintrées et des décolletés.. Une femme  brune, un peu espagnole ... Elle envoyait son chauffeur chercher Victor chez lui ou bien  elle arrivait en décapotable de luxe, et je l'ai vue plusieurs  fois venir appeler Victor avec une bande d'amis  qui partaient faire la fête, et pas que des vampires, hein !  Des fils à papa, sans religion. Remarquez, pour Victor, c'était peut-être juste une façon de s'amuser.. rien de sérieux.. une manière de profiter un peu de  cette vie.. 

- Et vous n'avez pas pensé à faire un lien entre ces fréquentations et sa disparition ?

-Un peu si.. mais quand il a disparu, en fait il avait cessé de fréquenter ce milieu depuis deux ou trois ans. La vampire 1900 ne venait plus. Il n'avait plus de cigares à offrir quand il vous croisait dans l'escalier.Et il nous avait présenté sa fiancée.  

-Vous n'aviez jamais discuté entre vous de ses fréquentations ? 
 
- Il faut mieux ne pas parler de ces choses-là. Et puis Victor savait arranger les choses avec les voisins. Il offrait des cigarettes,  et des bonnes ! et aussi des bouteilles d'alcool de luxe. Tout le monde en profitait,.nous aussi. Une fois, en rentrant d'un séjour à la campagne, il a rapporté un sanglier tué à la chasse et il en donné à tout l'étage. Ma femme ne voulait pas, mais Victor a montré la balle qui l'avait tué … alors.. On aurait mieux aimé ne pas avoir à se poser la question, mais...

Il se tut, visiblement effrayé. Moreni  laissa le vieil homme se reprendre et nota la description de la vampire. Ce qu'il y avait de bien pour les enquêtes qui remontaient à Mathusalem, c'était que les  témoins à longues dents ne claquaient pratiquement jamais entre temps.
Moreni avait une dernière question : M.Lapointe connaissait-il la nièce et filleule de Victor ? Le visage ridé s'éclaira. Ziza ? Oui, une orpheline, élevée chez une vieille parente et que Victor aimait beaucoup : Elizabeth, mais tout le monde l'appelait Ziza.


-Elle venait souvent rue Pernelle quand Victor la sortait pour la distraire  ; c'était encore une gamine au début.  Ma femme lui faisait des gâteaux  et puis elle est devenue  une jolie jeune fille et on l'a moins vue.  Au moment de la disparition, j'ai signalé à la police que Victor avait de la famille. Ils ne m'ont pas prévenu de quoi que ce soit. Je n'ai plus jamais eu de nouvelles...tout ça, c'est fini, tous disparus, la rue Pernelle, c'est fini, si loin.. Je n'ai mangé du sanglier qu'une fois dans ma vie.. grâce à Victor ! Et maintenant, me voilà, là..

Son regard désolé fit le tour de la pièce et il eut un geste d'impuissance. Toni jeta un coup d'oeil à Alexandra . C'était sans doute de sa mère qu'on venait de parler, en tout cas, de l'Elizabeth du médaillon. Il  fallait terminer. Le vieux fatiguait visiblement. On avait suffisamment de faits à vérifier, à commencer par l'adresse des Benoît. Il reposa encore la question du motif de leur visite et Moreni répondit qu'un descendant Durcel voulait savoir s'il avait encore de la famille à Parissa famille.  Lapointe hocha la tête, mais il  ne fit aucune remarque, l'oeil vague.

-Nous allons vous laisser monsieur Lapointe . Vous nous avez bien aidés . Si vous vous souveniez de quelque chose.. .. voici la carte du Brif . Ah, j'allais oublier.. comme vous le savez peut-être, on élève des abeilles sur les toits de la Nonciature... une idée de son Excellence. Je me suis chargé de distribuer les surplus. Ça vous intéresse ?

Toni sortit deux pots de miel de son sac et les posa sur la table . Le vieux  remercia, oui, il aimait le miel.en plus, du miel bénit certainement ,et puis, au prix où était le sucre... Monseigneur était  bon !

"Ouais, "pensa Moreni. "Et personne n'a intérêt à se poser sur le toit sans un costume d'apiculteur...   y a trop de lucarnes  et de recoins sur ces vieux combles. Désormais, les corbeaux n'y viennent plus. La bonté de Monseigneur ne s'étend pas à toutes les espèces."
Dans la cour, il passa un appel à la Nonciature et demanda à Dudule de chercher des renseignements sur  la boutique des Benoit  qui existait  dans le centre de Paris en 177 et vendait des tissus  et des broderies pour huppés, dentus de préférence. L'informaticien dit qu'il rappellerait. Il n'en aurait que pour quelques minutes. Le temps de l'autorisation, bien sûr.
On reprit la Doche, Moreni la fit klaxonner pour amuser les gamins  il avait ajouté un timbre jouant les premières notes de Frère Jacques. Les gosses partirent en hurlant la comptine bien connue :

Frère Jacques ! Frère Jacques !
Signez- vous, signez- vous !
Voilà les vampires ! (bis)...
Ding! Dingue ! Dong !
La variante :"Saignez- vous ? Saignez-vous ?" était considérée comme une plaisanterie de mauvais goût. De toutes façons, ce n'était pas les paroles d'origine... en deux siècles, les traditions avaient été chamboulées.
Revenir en haut Aller en bas
AuteurMessage
avatar
Invité
Invité
MessageSujet: Re: {achevé} A la recherche du passé Lun 13 Oct - 15:38
La discussion avec  l'ancien voisin de Victor avait apporté certaines réponses, mais aussi et toujours de nouvelles interrogations. Moreni avait tendu à Mr Lapointe deux pots de miel que le vieil homme s'était empressé de ranger dans un  meuble de bois délabré dont on ne pouvait plus que deviner l'ancienne magnificence.
Peu de temps après, le couple d'enquêteurs quitta la vieille demeure et rejoignit la deuche. Moreni ne put s'empêcher de faire aller le klaxon, pour la plus grande joie des chères têtes blondes du quartier.  A l'intérieur de la  voiture, tous deux restèrent silencieux.  Alexandra repensait à tout ce que le vieux Lapointe leur avait révélé. Ainsi Victor Durcel avait eu à faire de près ou de loin à des vampires avant ses fiançailles. Et cette demoiselle Lasso qui ne s’inquiétait pas de cette disparition. Étrange n'est-ce pas à moins que...... à moins que cette dernière ait elle-même disparu ?


Alex avait une drôle de sensation et elle lança :

-Suis je la seule à trouver étrange qu'Adelia n'ait  pas réagi plus que  cela ?. Et ce manque de réaction me fait donc penser que Mademoiselle Lasso a peut être aussi disparu. Tout cela n'est qu'une théorie, il faudra vérifier, mais je trouve cela étrange pour une personne qui est censée se marier.

Moreni s'était subitement arrêté sur le bas côté et regarda Alex puis lui dit :

-L'hypothèse est intéressante, on va devoir creuser un peu plus.

Il semblait légèrement agacé, Dudule ne l'avait toujours pas contacté.  Après avoir remis le véhicule en marche,  il reprit :

-Nous avons eu un peu plus d'informations grâce à cet interrogatoire. Vous avez su vous débrouiller malgré les réticences de Lapointe. J'ai pu évaluer vos compétences, mademoiselle Drumont. Votre formation va se dérouler rapidement. Et vous avez une réelle capacité pour  repérer les informations importantes . Certes il vous manque quelques bases, mais rien qui ne peut  être surmonté.

Un long silence s'installa puis ils descendirent de voiture devant la Nonciature.  Moreni se tourna vers  Alexandra :

-Au BRIF, nous nous appelons par nos prénoms ou surnoms . Cela ne vous gêne pas que je vous appelle  Alexandra  ? et vous, vous m'appelez Antoine ou Toni.  Après tout nous travaillons ensemble.

- Entendu,  mais pour moi, je préfère Alex.

Ayant ainsi répondu,  elle avança jusqu'au bureau du BRIF avec le dossier de l'affaire qu'elle ne connaissait que trop bien.
Les deux collègues entrèrent, Moreni alla voir directement Dudule en espérant que cette fameuse autorisation soit enfin arrivée.  Ce ne fut malheureusement pas le cas. Mais par dessus le marché,  il avait une bien mauvaise nouvelle. Et il annonça, inquiet :


-La panne de cette nuit causée par la destruction du relais hertzien a bloqué certains accès administratifs. Du coup je n'aurai pas votre information avant un bon moment.

Alex n'en revenait pas. Non seulement le travail du BRIF allait être ralenti, mais en plus cela tombait a un très mauvais moment pour sa recherche.
Moreni jura deux ou trois fois puis lui dit :


- Bien, puisque la technologie aussi primaire soit-elle nous a gentiment lâchés, je pense qu'il est temps pour nous de revenir aux bonnes vieilles méthodes. Allons aux Archives du Commerce...

Alex reprit le dossier et suivit Moreni.


                                             _________________________________



(Hospice du Mont-Valérien )
                                                                                                     
Pendant qu'Alex enquêtait sur ses origines, la vie dans l'hospice où était soignée Mère Adolphine était toute autre. L’état de santé de  la supérieure s’était de nouveau aggravé et l'on craignait maintenant que ses jours soient comptés. Elle était alitée en permanence et ne s'alimentait presque plus, à part par ce qui ressemblais à une perfusion.  Elle avait été pendant de nombreuses années  la mère supérieure de l’orphelinat Saint-Vincent et elle-même avait remué ciel et terre pour que sa petite Alexandra soit embauchée auprès du Cardinal.

Elle avait le visage fatigué et creusé par la maladie qui la rongeait petit à petit, mais elle estimait avoir fait ce qu'il fallait pour diriger sa protégée vers son passé, ce qui pourrait lui apporter un avenir plus clément. Et qui sait peut-être qu'elle finirait par battre la maladie et voir cette petite au sein de sa vraie famille. Mais est-ce que la maladie serait aussi clémente ?

Les médecins avaient bien remarqué qu'elle était tracassée, mais malheureusement cette femme-là était aussi têtue qu'une mule. Elle refusait de parler, la mère supérieur n’était pas femme à se plaindre pour un oui ou pour un non. Elle s'estimait chanceuse de la vie qu'elle avait vécue malgré la domination des vampires.
Il y avait dans ses yeux comme une lueur d'espoir. L'espoir d'une visite particulière peut-être. En effet cette pauvre femme recevait quelques visites de celle qui avait pris les rênes de l'institution qu'elle avait dirigée d'une main de fer dans un gant de velours. Personne ne savait ce que les deux femmes pouvaient bien se raconter, mais le personnel s’était aperçu qu'après chaque visite elle était plus déprimée que jamais.


Quand la mère supérieure actuelle, Mère Eugénia, arriva pour sa visite hebdomadaire, un médecin l'attendait déjà.  Après lui avoir demandé de le suivre, il lui dit:

- Ma mère, je sais que vos visites lui font du bien, elle a alors un regain d'énergie , mais après vos départs,  elle régresse . Que se passe-t-il lors de vos visite?

La remplaçante de Mère Adolphine resta un instant silencieuse, baissant d'abord la tête puis la relevant dans un long soupir et elle finit par dire au médecin :

-Nos échanges .. hum .. voyons voir comment pourrais-je vous expliquer!

Mère Eugénia était restée de longues secondes silencieuse,  réfléchissant à la réponse qu'elle allait devoir donner au médecin. Puis elle répondis:

- Bien, je vais donc vous expliquer la teneur de nos conversations. Il y a quelques années, Mère Adolphine a eu a sa charge une petite orpheline que les sœurs de notre institution ont élevée depuis son plus jeune âge.. A sa majorité, cette jeune fille a choisi de quitter, notre institution pour vivre ses propres expériences de la vie. Il se trouve que Mère Adolphine a caché certaines informations sur les origines de cette jeune personne. Depuis qu'elle a quitté l'institution, nous n'avons aucune nouvelle de notre petite protégée et Mère Adolphine désespère de la revoir avant que son heure soit sonnée.

-J'essaye de lui remonter le moral le plus possible en lui rappelant les bons souvenirs, mais visiblement cela n'est pas suffisant d'après vos inquiétudes. Je crains  devoir prendre les choses en mains prochainement.

-Je vois . Finalement cela ressemble plus à de l'angoisse qu'à de la dépression. Je pense qu'il faudrait contacter cette jeune personne.  Peut-être que cela l'aidera.

Mère Eugénia acquiesça, elle remercia le docteur et quitta la pièce tandis que le médecin retournait auprès de ses patients.
Revenir en haut Aller en bas
AuteurMessage
avatar
Invité
Invité
MessageSujet: Re: {achevé} A la recherche du passé Ven 14 Nov - 11:32
Les Squats

Dans une pièce  sans fenêtre, digne d'un film  sataniste hollywoodien du XXe siècle,  murs  drapés de voiles couleur de suie, un cortège silencieux vient d'entrer, sept silhouettes d'ombre, une petite flamme vacillante en main – la bougie de cire noire jette davantage d'ombres mouvantes que de lumière sur la scène fantômatique. lls portent un bandeau sur les yeux et s'ils se déplacent sans hâte, leur démarche a l'assurance de ceux qui savent marcher dans la nuit.  Un léger froissement d'étoffe ponctue à peine le silence quand ils s'asseoient autour d'une table à trois côtés, sans un mot, dans un ordre qui donne à ce geste la solennité d'un rituel... Il fait un froid glacial.
Celui qui se tient seul sur un des côtés  de la table élève la voix  mais  le ton demeure neutre, presque monocorde.
Lucifuge, nous te servons .
La réponse est énoncée en choeur sur le même timbre sans passion :
Que les Ténèbres soient.

Un cri  lointain, comme étouffé par des épaisseurs de terre, monte du sol et se tait en même temps que les flammes s'éteignent.
La voix reprend, tranquille :
-Procédons à l'ordre du jour.

"""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""
La Nonciature

Juste avant de recevoir l'appel de Moreni  Justin lisait encore d'accablantes nouvelles en provenance des évêchés de l'Est européen. Ils connaissaient les mêmes inexplicables disparitions, la multiplication des meurtres en série, souvent dans des circonstances horribles et indifféremment perpétrés contre les hommes ou contre les vampires. La réapparition des Lycans ne faisait plus aucun doute et partout des récits de rencontres de créatures étranges, de présences invisibles, de cris et d"appels que nul ne pouvait identifier, comme si le monde se peuplait d'êtres venus d'ailleurs.
Ces témoignages insolites et dérangeants  redoublaient les craintes et le sentiment que des forces obscures  et redoutables étaient à l'œuvre, cherchant à répandre la terreur. Certains prétendaient avoir été aidés, parfois dans des circonstances quasi miraculeuses, par des êtres invisibles brusquement incarnés.
Il était certain que depuis deux cents ans le matérialisme athée au sens strict du terme en avait pris un coup. Les vampires existaient, et par souci de rationalisme scientifique, certains expliquaient leurs dons incroyables par un phénomène de mutation purement physiologique dont on finirait un jour par comprendre les mécanismes, comme on avait mis des millénaires à comprendre la circulation sanguine. il n'en restait pas moins que les vampires n'étaient plus des légendes et que donc tout ce qui paraissait irrationnel pouvait un jour cesser de l'être.
Que croyait-il, lui Justin Jandeval, dans le silence intérieur où, voix officielle des certitudes de la Nouvelle Eglise, il demeurait cependant toujours à la recherche de la vérité ?
 Une certaine ironie  amena une ombre de sourire aux coins de ses lèvres pâles. La vérité exigeait qu'il mente, oui, continuellement. Il ne croyait pas en Dieu, quel que soit son nom. Il ne croyait pas aux dogmes chrétiens - non, pas même à ceux considérablement épurés du Nouveau Catholicisme. Plus exactement, il ne croyait pas aux faits comme ils étaient présentés dans les dogmes mais il croyait  à la justesse de certains des principes qui les avaient, selon lui , suscités et qui venaient de la conscience humaine. Mais croire en un dieu unique, omniscient, omnipotent, parfaitement bon et juste, et qui avait cependant donné à ses créatures la douleur d'exister  et de disparaître sans savoir ce qu'était l'existence et ce qu'était la mort ?  La nécessité du libre arbitre ?  L'amour de Dieu pour ses "enfants"?  Un père laisse-t-il ses enfants aimés s'empoisonner en mangeant n'importe quel fruit défendu dans la noble perspective de les laisser libres et responsables, ce qui permettait ensuite d'avoir  le droit et même le devoir de les punir ?
Justin refoula ces pensées qu'il savait faciles. Mais enfin, si les monothéismes représentaient un progrès considérable dans  l'évolution de la pensée abstraite, la prise de conscience de soi et du rôle de l'individu dans son destin, ils n'avaient pas éclairé  l'obscurité du monde et l'absurdité insoutenable de l'existence qui se juge.
 
Les anciens dieux n'étaient certes pas plus satisfaisants et il en allait de même pour  les petites hérésies qui fleurissaient dans les coins reculés où ni le Cercle ni l'Eglise n'avaient de réelle présence.
Ainsi certains Utopistes créaient des sortes de chapelles d'intellectuels  tentant de concilier leur nature prédatrice et une morale du respect de la vie. D'autres,  tant chez les hommes que chez les Immortels, relevaient de rêveries sur la Nature, le culte des grands Anciens, la recherche de la Voie, la remise à l'honneur d'anciennes divinités, l'élaboration de rites plus ou moins folkloriques censés  satisfaire les aspirations à plus de sagesse, à plus d'épanouissement.  Justin avait des sympathies pour ces esprits à la recherche d'un équilibre intérieur.
Mais certaines de ces sectes étaient abominables, créées par des esprits viciés, se délectant de la souffrance comme source de domination, d'affirmation de leur supériorité incontestable : Tu souffres, donc je suis. Quels événements funestes se préparaient donc qui désaxaient à ce point les âmes ?

L'appel  de Moreni le sortit de ces pensées inquiètes. L'enquêteur voulait le prévenir et faire le point de sa sortie avec Alexandra. Aller aux Archives pour rechercher un simple commerce ?  Justin voulait aider Alexandra dans sa recherche mais pas au point d'en faire une priorité et de se faire remarquer, en compagnie du chef du BRIF,  dans des services en grande partie sous la coupe des Vampires. Alex avait encore à se roder mais il la destinait à des affaires plus en rapport avec ses propres objectifs  et qui étaient d'envergure.

D'un ton un peu impatient il répondit à son agent principal :

-De toutes façons, l'internet sera rétabli rapidement dans son intégralité et un jour de plus ou de moins pour retrouver un témoin n'a guère d'importance dans cette affaire. Pourquoi ne pas s'occuper plutôt de la vampire menant la belle vie ? Trente ans plus tard, sauf fin prématurée, elle est restée égale à elle-même, physiquement et moralement. Et ses amis fêtards de même pourvu qu'ils aient eu les dents pointues. Elle doit être assez facilement identifiable.

Moreni rétorqua :

_Je sais, monseigneur. Mais je pense que ce n'est pas mauvais de laisser la petite prendre des initiatives si on veut qu'elle soit rapidemant opérationnelle. Moi, je préfèrerais aller enquêter sur ces cadavres sans yeux dont vous m'avez parlé. Mais je peux peut-être aussi envoyer Alex seule aux Archives et je filerai sur la piste de la vampire ? Vous pensez que cette goulue a pu croquer le beau Victor et sa fiancée par la même occasion ? Je pourrais demander au patron du Chico Bar s'il la connaît ? Il frise la soixantaine et a fréquenté tout ce que la capitale a connu de bambochards et de débauchés. Cette vampire qui venait en joyeuse compagnie klaxonner son amant humain, croyez-moi, ça ne sent pas l'enfant de Marie mais plutôt la putain de première classe. Si vous me permettez l'expression

Moreni pensait qu'en s'excusant de ses propos irrévérencieux, ceux-ci recevaient automatiquement l'absolution et s'intégraient parfaitement à la conversation, fût-ce avec un cardinal. Justin n'en était d'ailleurs pas choqué le moins du monde, c'est l'intention qui compte et il savait que Moreni le respectait davantage que certains des collègues huppés du Vatican qui lui donnaient de l'Eminence et s'adressaient à lui à la troisième personne. Il nota aussi la façon dont Toni appelait Alexandra "la petite", alors qu'elle n'avait rien d'une jouvencelle et qu'il en était déjà à "Alex" . Excellent, le courant passait Justin avait un peu redouté un accueil peu aimable de ce macho de Toni.

-Le patron du Chico Bar est certes peu recommandable. Mais il est au Chico depuis des dizaines d'années. Vous avez le signalement de la vampire ?

Oui, il l'avait : une belle brune tapageuse, l'air" espagnol", automobile de luxe, et détail particulièrement intéressant, du goût pour le cosplay Belle Epoque . Ce n'était pas rare pour les vampires nostalgiques de leur vie humaine mais il y avait tous les cas de figure et la créature pouvait déambuler aujourd'hui en costume Startrek ou en femme-panthère.

Le cardinal attendait un envoyé de la commission des rites et se devait d'abréger la conversation. Il conclut donc :

-Faites à votre idée. Allez aux Archives si vous voulez voir comment Alexandra se débrouille. Ou bien, vous la lâchez seule et filez au Chico Bar. Ou vous l'emmenez avec vous. Je suppose qu'elle n'est pas une habituée de ces endroit . Vous verrez sa réaction. Mais il faut aller vite. Rappelez si vous avez un problème. Je vous fais confiance. Bonne fin de journée, Toni.

Le cardinal, un pli soucieux entre les sourcils raccrocha le téléphone interne. Il se demanda s'il n'allait pas mettre de côté l'affaire de la filiation d'Alexandra si la situation générale continuait à se détériorer. Il pouvait traficoter un état-civil bidon pour satisfaire Alexandra. Parents décédés mais indubitablement, par sa mère, de la famille Jandeval. Bonjour ma cousine ! Il n'était pas gêné de fausser la vérité pour la réussite d'un but qu'il jugeait supérieur et qui relevait de ce qu'il estimait son devoir. Il avait en charge une part de l'avenir des hommes et la nécessité pour Alexandra de connaître ses parents lui paraissait très secondaire si une catastrophe générale se profilait à l'horizon pour ses frères humains.
Mais il pensait ne pas s'être trompé sur les qualités de la nouvelle recrue du BRIF : fermeté, courage, esprit de méthode et de fidélité à une cause. Inutile de la tromper. D'ailleurs ils avaient passé un marché. Le Bureau l'aiderait dans sa recherche personnelle mais la priorité de son engagement serait dédiée  au service des objectifs pour lesquels cet organisme avait été créé. A savoir la protection des Hommes dans un monde où, depuis deux siècles, ils n'étaient plus l'espèce supérieure. Alexandra continuerait sa quête mais elle serait impliquée dans une affaire de toute autre dimension.
Revenir en haut Aller en bas
AuteurMessage
avatar
Invité
Invité
MessageSujet: Re: {achevé} A la recherche du passé Mar 16 Déc - 11:04
Alex trépignait sur place pendant que Moreni était occupé au téléphone. Elle n'avait qu'une idée en tête... avancer dans cette affaire qui avait dirigé sa vie depuis trop longtemps. Soudain elle s'était souvenu des dernières paroles du cardinal et avait compris finalement qu'il y avait d'autres affaires en cours toutes aussi importantes que la sienne. Et que, au moment ou le choix se présenterait, elle devrait faire le bon choix.
Pourtant elle aurait aimé faire la connaissance de cette mère qui avait préféré l'abandonner au moins une fois. Et comprendre....!



Alex s'était dirigée vers la fenêtre la plus proche. Elle regarda le paysage, si on pouvait appeler paysage quelques arcades vieillies par le temps. Elle avait le regard perdu dans l'horizon de la cour du BRIF. La jeune femme n'entendit pas son collègue sortir du bureau et se rapprocher d'elle. Puis il dit:


-Alex, je viens d'avoir le cardinal en ligne. Il m'a confirmé que l'Internet sera bientôt remis en service. Je vais donc te faire part d'une idée que j'ai soumise au cardinal.

Moreni garda quelques secondes le silence puis il continua :

-Donc, soit nous allons tous les deux aux archives du commerce, soit je te laisse y aller seule et je creuse de mon côté au sujet de cette mystérieuse vampire.

Il regarda la jeune femme puis il ajouta:

-Alors, Alex je t'écoute.

Elle resta silencieuse quelques secondes puis elle dit:

-Mon choix est fait. Les Archives ça me connaît, je vous laisse volontiers la vampire.

Après cette conversation Alex se dirigea d'un pas rapide vers son bureau qui était encore un peu en désordre. Moreni l'interpella alors qu'elle préparait ce dont elle aurait besoin pour ses recherches. A savoir, un calepin, plusieurs crayons, une grande bouteille d'eau et de quoi grignoter. Moreni la laissa faire tout en continuant à lui parler :

-Alex, il faut que tu saches à quoi tu t'exposes en allant là -bas.

Alex continuait sa préparation, puis elle fourra tout cela dans son sac et s'arrêta net, elle semblait réfléchir, Alex était persuadée d'avoir oublié quelque chose et elle dit soudainement :


-Mes notes, j'ai failli oublier mes notes.

Elle se retourna vers son collègue et lui lança un :" -Tu disais? " préoccupé.

Moreni en profita pour reprendre où il en était et lui dit:

-Je disais simplement que tu ne savait peut-être pas à quoi tu t'exposais. Les Archives sont en grande partie sous la coupe des vampires. Une jolie femme comme toi, seule dans un corridor mal éclairé... tout peut arriver, même si tu bénéficies de la protection de l'Eglise. Prends ton arme avec toi au cas où.

Il ajouta :

Et sois très prudente, il serait dommage que l'on perde déjà une collègue avec un certain potentiel.

La jeune femme avait écouté avec attention tout ce que Moreni lui avait conseillé puis elle lui répondit:

-Ne vous inquiétez pas, patron. Je serait prudente et mes saïs sont toujours sur moi et puis les dents longues ne sont pas censés savoir que je travaille pour le BRIF autrement que pour l'Aide sociale.
avait telle dit avec une voix rassurante. Elle prit ses affaire et au moment de quitter les lieux elle lança :


-Si je trouve ce que j'espère, je ne devrais pas être longue. Au pire je vous dis à demain.

La jeune femme quitta le BRIF d'un pas décidé en direction des Archives... , très heureuse qu'on lui lâche un peu de lest et la laisse agir seule.

Il ne fallut à la jeune femme que peu de temps pour arriver à destination. Après d'être fait connaître de la responsable des archives, la jeune femme alla s'installer à une table de travail à l'écart des autres personnes déjà présentes. Les heures defilaient et Alex était si déconnectée du monde réel qu'elle ne vit pas l'heure tourner. Si bien qu'elle quitta les archives seulement en début de soirée.

La nuit était tombée et avec elle son lot d'ombres inquiétantes diverses et variées. Alex avait la sensation de ne pas être seule, elle se retourna à plusieurs reprises la main sur l'un de ses Saïs, mais ne vit rien de particulier. La jeune femme continua donc son chemin avec cette sensation étrange....
Revenir en haut Aller en bas
AuteurMessage
avatar
Invité
Invité
MessageSujet: Re: {achevé} A la recherche du passé Lun 19 Jan - 2:08
3 mai 2214 au matin.

Le Cardinal brûla dans la cheminée le message qu'il venait de déchiffrer envoyé par un de ses observateurs de province.
Encore des témoignages inquiétants. Des meurtres, des demandes d'exorcisme qui avaient doublé en moins d'un mois. Il allait demander une entrevue à Osbern  Avait-il comme lui, l'impression de volontés mauvaises cherchant à détruire l'équilibre social en générant la peur et la panique ? Ce qui l'inquiétait particulièrement était le caractère spontané, dispersé mais en augmentation constante, de ces déréglements que des collègues n'hésitaient pas à taxer de diaboliques.
Justin s'était réservé un temps d'entraînement spirituel avant sa première audience mais y renonça  pour lire le rapport de Moreni sur le cas Alexandra Drumont en voie de résolution. Dans la nuit, ayant vu la fenêtre de son bureau encore éclairée, l'enquêteur lui avait téléphoné pour lui dire qu'il lui enverrait un  compte rendu dès le lendemain. Le Cardinal ne suivait pas habituellement le détail des enquêtes  familiales du BRIF, mais Moreni avait dû estimer que le cas d'Alexandra était à prendre en considération et il avait ajouté :

- Alexandra a prévenu hier soir qu'elle rentrerait des Archives directement chez elle. Je ne vais pas la déranger. Elle a beaucoup fait pour sa première journée, on voit qu'elle est habituée à bosser seule et à ne pas lambiner sur le terrain. Je ne sais si elle a pu trouver ce qu'elle cherchait mais nous on a diablement avancé. Indubitablement, Alexandra Drumont est bien une de vos petites cousines.

Justin avait noté le ton légèrement amusé de Moreni, sans doute ravi que son Eminence ait eu un arrière-grand-père engrossant les filles hors mariage.

Le cardinal prit le dossier, satisfait de voir le dossier Drumont se clore prochainement. Son agent principal avait autre chose à faire que de se consacrer à découvrir qui était la mère de la jeune femme, fût-elle sa cousine.  L'enthousiasme de Toni parlant de la nouvelle recrue était d'ailleurs bien vif pour l'habituel détracteur des femmes qu'il était. Alexandra était charmante, il est vrai. Mais puisqu'il la trouvait déjà performante en tant qu'agent, Justin préférait que Moreni ne passe pas son temps, sous prétexte de l'évaluer, à la suivre partout en admirant le galbe de ses fesses.
Il avait promis à Alexandra qu'elle pourrait continuer son enquête personnelle dans le cadre du BRIF et il entendait ne pas se déjuger. Cependant la jeune femme avait passé des années à tenter d'élucider seule le mystère de sa naissance et cette expérience serait des plus utiles pour d'autres projets : ceux, officiels, de la Nonciature et ceux, qui l'étaient beaucoup moins, du Cardinal.

Justin se mit à lire le compte-rendu et son visage ne manifesta guère d'émotions. Des histoires dramatiques nées de la cohabitation des hommes et des vampires, il y en avait des dizaines en cours. Les deux races vivaient ensemble. Des liens sociaux ou personnels se tissaient qui n'étaient pas toujours ceux de la haine et du mépris. Mais  au fond, l'un demeurait toujours le chasseur et l'autre la proie potentielle.
Ainsi, cette histoire de la famille Durcel, digne d'une série télévisée du XXe siècle quand les vampires avaient été mis à la mode par le cinéma fantastique, cette histoire aujourd'hui n'avait rien de très original, à part une ou deux rencontres entre des destins qui auraient pu s'ignorer..
Justin prit donc connaissance des témoignages qui avaient permis de faire avancer l'enquête.  
D'abord, aux Squats, un Maurice Lapointe, ancien ami de Victor Durcel,  personnage charnière entre Alexandra et le Cardinal puisque Victor descendait d'une fille naturelle de l'arrière-grand-père de Justin. Lapointe avait signalé autrefois la disparition de Durcel (ce qui avait permis de remonter jusqu'à lui).  Tout cela datait de plus de trente ans, mais il avait pu aiguiller les agents sur une Adélia Lasso alors fiancée à Victor Durcel. Il se souvenait aussi de l'attachement de Victor pour sa jeune nièce, Elizabeth et du fait que Durcel fricotait avec une bande de fêtards vampires.
Dulac, qui avait pu rapidement récupérer l'internet, avai tlocalisé l'ancienne boutique signalée par Lapointe comme lieu de travail d'Adélia, et à partir de là, celle de ses patrons qui considéraient leur jeune employée plus ou moins comme leur fille.
Ceux-ci avaient bien voulu coopérer en apprenant que Moreni n'était pas un policier du Cercle mais un envoyé de la Nonciature. Adélia vivait à Paris sous une nouvelle identité et dès le soir même, Moreni la rencontrait et pouvait maintenant présenter les faits qui avaient conduit à l'abandon de la petite Alexandra. Il le faisait avec son absence de formalisme et sa gouaille habituelle qui plaisaient à Justin mais que réprouvait fortement Mademoiselle Passemain.

 Victor Durcel avait bien été l'amant de la belle vampire signalée par Maurice Lapointe. Elle se faisait appeler Séraphita dans le milieu de noceurs dont elle était la reine sulfureuse.
Mais le beau Victor était tombé amoureux de la jeune Adélia. Séraphita, qui en matière de sexe avait l'appétit d'un Casanova féminin, sans pour autant se priver du beau Victor, lui laissait un peu plus de liberté, occupée qu'elle était à d'un côté, éduquer un jouvenceau rempli de promesses  et de l'autre, à apprendre le paso-doble auprès d'un vampire latino, par ailleurs danseur de tangos absolument renversants.
Victor en profita pour prendre la tangente hors du lit toujours très chaud de Séraphita et aller roucouler auprès de sa pure et délicieuse petite humaine qui ne se doutait évidemment de rien. Le mariage fut fixé malgré les réticences du couple qui veillait sur Adelia. Victor commanda le médaillon qu'il ne devait jamais venir chercher.
Mais Séraphita, étonnée que Victor ne se manifeste plus qu'assez mollement auprès d'elle, se mit à soupçonner son étalon préféré de courir derrière d'autres juments. Elle le fit suivre et découvrit que Durcel avait deux femmes dans sa vie : Adelia et sa nièce Elizabeth. La jalousie ranima le désir et Séraphita enjoignit à Victor de rompre avec les deux petites mortelles, sinon... elle montrerait les dents. Victor défendit la pureté de son attachement pour Elizabeth mais Séraphita n'en crut rien apparemment.  
Victor, horrifié, parvint à faire ce qu'il fallait pour tenter de la convaincre qu'il s'amusait avec Adelia pour la rendre jalouse. Mais incertain du résultat, il décida de précipiter le départ de sa fiancée pour New York avant même de passer devant monsieur le maire.
Il fit transmettre une lettre à sa bien-aimée où il lui racontait tout, la suppliait de partir au plus vite si elle l'aimait encore et  lui lui pardonnait ce passé qu'il haïssait maintenant. Il la rejoindrait à New-York sitôt qu'il aurait obtenu les faux-papiers nécessaires pour changer son identité et mettre Elizabeth hors du besoin. Il avait des relations. Adelia reçut dans les deux jours un billet d'avion et un passeport en règle. Adélia très amoureuse et convaincue du danger, partit deux jours plus tard, ses parents informés acceptant de cacher son absence le plus longtemps possible.

Or, depuis quelques  mois, Elizabeth avait un petit ami très empressé, Eric Drumond-Lebel. Elle n'en avait rien dit à Victor,  très sévère sur la question, plus soucieux de la vertu de sa nièce qu'il ne l'avait été de la sienne.
 Quelle histoire quand elle vint tout révéler à son oncle ! D'autant que ce qui motivait la confession de la jeune Elizabeth était qu'elle était enceinte et que son amoureux avait disparu depuis une semaine. Il avait trouvé un travail de secrétaire particulier, ils allaient pouvoir se marier. Et voilà qu'il n'était pas reparu juste le premier jour où il devait rencontrer sa patronne.
Victor, sur le point de quitter Paris, écrivit à Adelia : il devait retarder son départ et convaincre sa nièce de partir avec lui sans attendre le retour d'Eric. Il craignait que Séraphita ne soit passée par là.
Ce fut la dernière fois qu'il donna de ses nouvelles. A New York Adelia attendit en vain, ses parents ne savaient rien. Elle avait peur de rentrer à Paris, peur de cette vampire, peur de savoir ce qui était arrivé à Victor, peur de se faire retrouver. Finalement, brodeuse appréciée, elle  ouvrit un atelier, se maria, devint veuve une  dizaine d'années plus tard et sans enfant, décida enfin de retourner à Paris sous son nom de Madame Wilford.
 Elle chercha alors à savoir ce qu'étaient devenus Elizabeth et Victor. Sur Victor, rien sinon qu'il avait été déclaré disparu juste après l'envoi de sa dernière lettre. Quant à Elizabeth, la tante qui l'avait élevée était morte mais une voisine savait que la nièce avait été placée dans un couvent-orphelinat. On y accueillait jusqu'à leur accouchement les futures mères-célibataires en détresse, en particulier celles qui envisageaient d'abandonner leur enfant.
Adelia n'avait pas insisté. Tout cela était si loin, si triste, si irréparable.

Le cardinal lut les dernières lignes de Moreni :
"Le nom d'Eric Lebel-Drumont, l'ami d'Elizabeth  a permis de retrouver son acte de décès et le procès-verbal de la découverte de son corps  en Juillet 2177, saigné à mort dans un fossé des squats.
Pour Elizabeth, je crois qu'il faudrait cuisiner la Mère Adolphine. Elle a déclaré l'enfant sous le nom de Drumont. Elle avait donc reçu les confidences de la jeune mère et a peut-être su où elle se rendait en quittant l'orphelinat.
"
Le Cardinal appela le bureau du Brif :

- Moreni ? mademoiselle Drumont est arrivée ? Non ? L'avez-vous prévenue ? Non ? Très bien . Quand elle arrive, vous me l'envoyez. Ne lui dites rien. Et félicitations. Bon travail. Reprenez vos enquêtes en cours.  

.
Revenir en haut Aller en bas
AuteurMessage
avatar
Invité
Invité
MessageSujet: Re: {achevé} A la recherche du passé Mer 28 Jan - 7:54
Alex n'avait finalement quitté les archives que tard dans la soirée. Et c'est malheureusement bredouille qu'elle rentra chez elle. La soirée avait été étrange, mais comme à son habitude, Alex avait fourré un peu plus son nez dans les papiers qu'elle avait déjà à sa disposition. Si bien qu'une fois arrivée chez elle, Alex s'écroula sur le lit sans avoir pris la peine de dîner. D'une part parce qu'il était tard et que brusquement atteinte de flemingite aiguë elle n'eut pas le courage de se trainer jusqu'à la cuisine et d'autre part, parce qu'elle était épuisée par cette semaine haute en émotions.

La jeune femme s'était endormie rapidement et ce fut les premiers rayons du soleil qui la sortirent de son sommeil. Elle s'était préparée rapidement et avait relevé le courrier de la veille. Elle prit ce qui lui semblait important et quitta l'appartement d'un pas rapide.

Alexandra ne mit que peu de temps pour arriver au BRIF, elle salua poliment les personnes croisées sur le chemin qui menait au bureau. Puis arrivée devant la lourde porte, elle la poussa et salua amicalement le pro de l'informatique, le surnommé Dudule, puis elle lui demanda après avoir déposé ses effets personnels sur son bureau :


-Moreni est-il arrivé ?

Dudule lui montra du doigt le bureau du patron sans même tourner la tête, bien trop absorbé par ce qu'il faisait. La jeune enquêtrice ne put s'empêcher de sourire et laissa son collègue à ses occupations. Puis elle alla voir si le patron était là. Une fois sur place elle découvrit un Moreni également très concentré. Elle frappa sur un coin de la porte puis dit:

-Hello, juste pour te dire que je n'ai rien trouvé de très intéressant aux Archives. J'espère que vous avez eu plus de chance?

Moreni arrêta ce qu'il était en train de faire puis il dit:

-Oui, nous avons eu plus de chance de notre côté, mais le Cardinal Jandeval saura mieux te l'expliquer que moi. D'ailleurs il t'attends...Surprise elle demanda:

-Là ? maintenant ? tout de suite ? Moreni fit un signe de tête et continua:

-Oui, et à ta place je ne le ferais pas attendre.

Alexandra suivit les conseils de Moreni et quitta le BRIF pour la nonciature. Ce fut l'abbé Pluchon qui la fit entrer dans le bureau du Cardinal.

Après les salutations d'usage, le Cardinal entra dans le vif du sujet en lui tendant un dossier. Il expliqua à son interlocutrice que l'agent Moreni lui avait fait un rapport complet. Rapport qu'elle avait entre les mains maintenant. Alex avait écouté attentivement ce que lui disait le Cardinal. Il l'invita à regarder le contenu, mais au vu du visage de son employeur, elle n'arrivait pas à savoir si les documents contenaient une bonne ou une mauvaise nouvelle.

Et c'est donc d'une main tremblante qu'elle ouvrir le fameux dossier où elle apprit enfin la vérité sur ses origines.

Victor était finalement son oncle. Elle savait enfin qui était ses parents. Son père était décédé dans d'affreuses circonstances et sa mère Élizabeth........

Il lui manquait juste un visage sur ce prénom.

Le dossier confirmait son lien avec le Cardinal qui était bien son cousin.


Comment devait-elle réagir, tout ce flot d'informations la submergea subitement. Elle ne savait que faire : laisser éclater sa joie ou tout simplement pleurer....

La jeune femme avait pensé qu'en découvrant le mystère entourant ses origines, elle sentirait comme un soulagement au plus profond d'elle-même. Mais il n'en était rien, elle avait fermé des portes sur ses questions pour en ouvrir d'autres bien plus mystérieuses voire peut-être plus dangereuses. Elle ferma le dossier avec délicatesse, puis elle regarda le Cardinal et dit:


-Alors, je suis vraiment...,

la jeune femme ne put finir sa phrase dans l'immédiat, mais elle réussit à se contenir et continua:

-Excusez-moi, mais je.... j'ai un peu de mal à assimiler tout cela. Je pensais être prête à entendre ce qui aurait été découvert. Mais maintenant que c'est le cas, je ne sais pas comment réagir. Je me sens perdue, même si je suis heureuse d'avoir comme cousin un homme tel que vous. Il reste tout de même des zones sombres que j'ai l'intention de découvrir. La jeune femme marqua une courte pause puis continua :

-Rassurez-vous, Votre Excellence. Cette recherche-là se fera en dehors de mes heures de travail. Mais je decouvrirai pourquoi mon père a été retrouvé sans vie et où sont passés ma mère et Victor. Aucun corps n'a été retrouvé. Peut être se cachent-ils mais sont encore vivants....

La discussion entre le Cardinal et Alexandra dura encore quelques minutes. Puis la jeune femme quitta la nonciature pour rejoindre ses collègues du BRIF.

Elle fit le chemin du retour plus silencieuse que jamais. Une fois de retour, elle s'installa devant son bureau et prit le courrier qu'elle avait laissé en évidence peu de temps auparavant. Elle ouvrit machinalement une à une les enveloppes jusqu'à ce qu'elle tombe sur une lettre qui attira son attention. L'enveloppe avait un en-tête de l'hospice du Mont-Valérien. Elle se demanda ce qui pouvait bien se passer pour recevoir un courrier de l'établissement où était soignée celle qui la connaissaiet le mieux. Elle ouvrit l'enveloppe et commença à lire son contenu :



"-Ma chère enfant.

Je t'écris ces quelques mots pour plusieurs raisons. Je sais que tu m'en veux encore beaucoup et j'espère que Dieu me pardonnera mes actes passés. Comme tu le sais, je suis très malade et mes jours sont maintenant comptés. Alors je dois te faire part de tout ce dont je me souviens. Et peut-être que cela t'aidera dans tes recherches.

Sache que si j'ai pris cette terrible décision de te cacher tes origines, cela était simplement pour te protéger. Ton oncle avait à faire un terrible choix et il choisit de sauver les deux femmes qu'il aimait le plus au monde avant de disparaître. Je doit t'avouer que je n'ai aucun doute sur la culpabilité de celle qui en mon sens est responsable de sa disparition aussi subite soit-elle et je crains qu'il soit maintenant un non-mort. Ce n'est que mon ressenti, mon enfant. Je n'ai bien sûr aucune preuve pour étayer mes craintes. Ta mère était déjà enceinte quant elle est venue se réfugier au couvent et au moment de ta naissance m'a fait promettre de garder le secret. Je lui avais conseillé de quitter le pays quelque temps, tout du moins jusqu'à ce que la responsable de tout ce désastre se calme. Elle m'avais promis de revenir te chercher et ce ne fut malheureusement jamais le cas. Une chose s'est produite à ce moment-là, me séparer de toi ne m'était pas concevable. Alors nous avons décidé les autres soeurs et moi-même de t'élever.

Pour ce qui est de ton prénom, j'ai proposé à ta mère celui d'Alexandra. Après un instant de réflexion Élizabeth a accepté. Pour ce qui est de ton nom de famille, ta mère a insisté pour que tu portes une partie du nom de famille de ton père. Nous avons donc choisi de garder Drumont.   Pardonne-moi pour toutes ces souffrances et tout ce temps ou je t'ai regardée chercher sans jamais rien te dire.


Je t'embrasse tendrement

Mère Adolphine




PS: Je te joins une coupure d'un vieux journal, peut -être que cela t'aidera dans tes recherches"


Alex laissa tomber sur sa table de travail la lettre de sa mère d'adoption. Des larmes coulaient déjà depuis plusieurs  minutes et la jeune femme n'y avait pas prêté attention, bien trop prise par sa lecture. Elle prit la coupure de journal et l'examina avec attention. Puis elle lut le contenu et ce qu'elle découvrit la stupéfia:

Annonce 125FJ  

Qui peu donner des nouvelles de Elizabeth Laurent,née en 2161 à Paris?
Après une longue absence, son oncle cherche à la revoir.
Ecrire au journal qui transmettra.


Elle se leva et sortit prendre l'air. Elle se sentait oppressée, prête à exploser et plus décidée que jamais à découvrir l'inimaginable.........
Revenir en haut Aller en bas
AuteurMessage
avatar
Invité
Invité
MessageSujet: Re: {achevé} A la recherche du passé Mar 3 Fév - 12:54
Après le départ d'Alexandra, le Cardinal se remit au travail. Il écrivit trois mots et s' arrêta. Il avait posé ses lunettes pour recevoir la jeune femme,  peu habitué à cet objet tout nouveau pour lui.  Où étaient-elles ? ah.. juste devant lui. Il les regarda, son attention dérivant. L'âge … Bah, la cinquantaine bien entamée, il n'avait pas à se plaindre et il garda l'expression satisfaite suscitée par la conduite et les paroles de la jeune femme. Il se montrait toujours  très attentif à son interlocuteur mais, ordinairement, laissait peu déchiffrer ses émotions, n'allant guère au delà d'un léger sourire accueillant ou d'un sourcil très brièvement réprobateur. Certains des jeunes abbés admiraient ce qu'ils pensaient être la maîtrise stoïque de ses émotions mais en fait il n'avait pas grand chose à maîtriser. Il y avait longtemps que le spectacle de l'humanité ne le bouleversait plus. Il avait rencontré tant de laideurs et de souffrances, tant entendu de vérités d'aujourd'hui démenties le lendemain, tant partagé de désespoirs que le temps userait à coup sûr, de flambées de bonheurs si vite éteintes, de promesses toujours biaisées,  de passions se chassant l'une l'autre...
Se lamenter parce que le mensonge, l'égoïsme, la veulerie, la sottise et la vanité, un jour ou l'autre, viennent ternir même les âmes les plus nobles ? Se désespérer devant les drames, les injustices, les chagrins qui montaient jusqu'à lui en un choeur de voix clamant la douleur d'être né ?
Que restait-il en lui de cette pitié universelle, de ce partage de la douleur qu'il savait pourtant être une dimension essentielle de la foi dont il portait les insignes ? Que restait-il de cet élan d'amour vers les pauvres,  les humiliés, les malheureux, tous ceux qui se débattent dans la souffrance intolérable du corps ou du cœur, la peur de la mort, l'angoisse du lendemain ? Peu de choses au niveau des sentiments. Il n'avait plus pleuré depuis si longtemps..
Mais  toujours le poussait le même besoin impérieux de ne pas accepter, de ne pas laisser triompher le mal sans avoir dit non. Tenter de sauver ce qui pouvait être sauvé, soigner ce qui pouvait être guéri, chercher la voie à suivre pour ceux qui se disaient perdus.
D'une certaine façon, la compréhension avait remplacé en lui l'émotion sans diminuer pour autant le désir d'être utile. Il lui restait des sentiments en demi-teintes, comme la sympathie qu'il éprouvait en ce moment pour  Alexandra au souvenir de son passé douloureux. Il estimait surtout son courage et sa nature obstinée de femme qui ne soumettait pas au hasard des faits, ces circonstances hors contrôle qu'on n'appelle destin que pour leur donner un peu de dignité et de sens et excuser son impuissance.
Oui, il était satisfait de l'avoir engagée pour libérer un peu ses hommes du BRIF de leurs tâches routinières : -Ma fille est introuvable.. elle m'écrivait toutes les semaines et puis plus rien...non,non, elle ne fréquentait pas de vampires !..- Mon mari n'est pas rentré depuis  huit jours. La police ne sait rien et ne me croit pas quand je dis qu'il ne peut pas nous avoir abandonnés sans prévenir.. Alexandra valait plus que ces enquêtes, certes indispensables, mais qui nécessitaient surtout de la patience, un bon téléphone et le PC de Dulac. Or elle n'était pas seulement une secrétaire capable et une enquêtrice sérieuse et tenace. Il venait d'apprendre qu'elle avait d'autres talents.

Pour l'enquête qu'il allait lancer suite à ces meurtres de la rue Ordener, dans les Squats et que la police du Cercle voulait enterrer, il lui fallait quelqu'un  comme Alexandra, jolie femme ordinaire, facile à circonvenir, mais seulement en apparence et qui devait au contraire être capable de se défendre et même d'attaquer.
Il avait déjà noté qu'elle rentrait seule chez elle, certes dans un quartier protégé. Mais elle n'avait pas demandé d'escorte pour rentrer des Archives et à une heure avancée de la soirée .
Après l'avoir entendue déclarer qu'elle se consacrerait aux enquêtes du BRIF, sans renoncer à sa quête personnelle tout en la mettant au second plan, Justin lui avait donc demandé si elle ne craignait pas les mauvaises rencontres. Et il n'y avait pas que les vampires...toute une faune inquiétante venue des Squats,
enlevait, rançonnait, attaquait et assassinait dans les rues désertées. Avait-elle de quoi se défendre ?  Son dossier indiquait qu'elle fréquentait un club d'arts martiaux.
Longtemps clandestine car interdite aux humains, la pratique des sports de défense avait été autorisée par le Cercle, la nouvelle direction ayant  jugé préférable que les citoyens collaborent à leur protection. Ce n'était pas coûteux pour l'Etat et sans conséquence notable pour les vampires en chasse, sinon de pimenter un peu l'exercice. La population mortelle augmentait dans les quartiers  périphériques et avec elle, inévitablement, la criminalité ordinaire, ce qui pouvait démoraliser les travailleurs et favoriser la propagande du Comité. L'Eglise encourageait ses ouailles  dans cette voie, rappelant que la Foi est l'arme suprême mais qui, sans commettre le péché d'orgueil, peut être sûr de la force de son âme ?

Or Alexandra  s'était révélée experte aux saïs, cette arme japonaise que les paysans d'Okinawa avaient inventée pour se défendre contre les samouraïs trop brutaux. Elle ne cacha pas qu'à deux reprises elle avait dû utiliser ses talents pour mettre à mal des agresseurs, fort surpris de ce que cette jolie fille avait sorti des manches de son manteau.
Voilà qui levait le scrupule que le cardinal aurait eu à lancer au devant de sectaires criminels celle qu'il avait encore tendance à confondre avec les pensionnaires de "la volière", comme il désignait in petto les demoiselles du secrétariat.
Oui, il fallait agir et identifier le mal qui semblait sourdre de partout depuis plusieurs mois. Il croyait à la puissance de l'Esprit, régulateur du monde. Quelle volonté était à l'origine de ce  nouvel assaut alors que l'humanité souffrait encore si cruellement de la grande invasion mortifère du passé ?
Souvent le dualisme l'avait tenté quand il étudiait l'histoire des hommes : deux Esprits (il n'aimait pas le mot "dieu") également puissants, en lutte perpétuelle, forces de la vie contre forces de la mort, ordre contre chaos, équilibre de la raison contre folie de l'absurde, le Diable et le bon Dieu, comme disent les âmes simples. Et pour employer deux noms dont il se méfiait en pensée mais rarement dans l'action, le bien et le mal.
La sonnerie du  téléphone le tira de ses réflexions.
L'expression détendue disparut du visage de Justin. Cecil Osbern lui demandait de se présenter "dans l'intérêt de tous" au Musée d'Orsay, le soir même, pour y discuter de la situation. Le représentant du Cercle n'en dit pas davantage, sinon que le secret devait être absolu, et sitôt la brève acceptation obtenue, il raccrocha après une formule qui pouvait passer pour polie.
Le cardinal-nonce avait souvent rencontré Osbern, mais jamais de cette façon quasi privée et confidentielle. Etait-ce lié à la venue de la Chasse de Brancia ? Quoi qu'il en soit,  tout autre  projet  cédait la place à un tel imprévu.
Revenir en haut Aller en bas
AuteurMessage
Contenu sponsorisé
MessageSujet: Re: {achevé} A la recherche du passé
Revenir en haut Aller en bas

{achevé} A la recherche du passé

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 ::  :: Les Catacombes :: Les récits oubliés-