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Qui cherche de l'argent, trouve la poudre d'escampette

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MessageSujet: Qui cherche de l'argent, trouve la poudre d'escampette Sam 4 Avr - 18:55
Il était tard dans la nuit, cela faisait plusieurs heures que je courais au travers de la ville Lumière. Une ombre le coin d'une rue, une image entrant et sortant de bouches d’égouts. J'avais peaufiné mon parcours avec les années de pratiques mais jamais il n'avait été aussi éprouvant. Il était rare que je fournisse la même personne deux jours d'affilés ce qui rendait ma tâche plus simple et en général j'arrivais à distribuer toute ma marchandise sans repasser par le hangar. Ce soir-là il m'avait fallu revenir trois fois me réapprovisionner. Plus jamais je louperais une seule soirée de vente. Jamais.

Les autres dealers n'aiment pas trop se déplacer pour vendre leur marchandise et même parfois font la vente par une tierce personne. Il est bien triste de voir comment la débilité peut frapper avec autant de force. C'est plus que censé de faire de part soi-même son travail. Depuis quand la confiance règne dans ce monde ? Et je dois bien avouer que ma situation d'Immortel me permet de me déplacer et d'assumer les kilomètres que je parcours chaque jours. Et pourquoi sans priver lorsqu'en se déplaçant on sait où loge les clients, ou tout du moins le quartier, sans que eux sachent où j'habite. Autant mettre toutes les cartes de son côté et pouvoir se venger quand bon nous semble. Non ?


Enora Diétran, comme je le pensais, m'avait bien retenue. Cette succube au regard de braise cachait bien ses péchés capitaux derrière son attitude aristocratique. A peine étais-je rentré par la porte dérobée de l'arrière de son immeuble que j'entendis un hurlement vociférant suivi par une cascade de planches crissantes. Elle ne ménageait pas les anciens escaliers. Je l'attendais en-bas, haletant, suivant son parcours par le tapage de ses pas sur les planches. Ce n'était plus une vampire qui me faisait face mais une furie, ses yeux étaient exorbités et flamboyants, elle portait une robe à moitié déchirée qui laissée apparaître une partie engageante de son anatomie. Sa bouche était ouverte en un rictus morbide, ses longues dents blanches maculées de sang brillaient à la lumière orangée de la salle.


- Enfin tu te pointes Fenger. Tu n'imagines pas tout ce que j'ai du faire pour que l'on ne soupçonne rien au Cercle. Cinq jours !! Ça fait cinq jours que tu n'es pas venu vermine !! CA FAIT CINQ PUTAIN DE JOURS QUE J'ATTENDS QUE TU PASSES CETTE PUTAIN DE PORTE !!! J'ai tout essayer, tout ce que j'avais en réserve, mais rien, rien n'a fait ne serai-ce qu'égaler l'effet de la dope que tu vends. J'ai tué la moitié de mes esclaves et j'ai baisé l'autre moitié mais ça n'a rien fait. Absolument rien !! Je ne suis pas aller au Cercle depuis hier à cause de mon état, jamais le Roi aurait accepté de me voir comme ça. Et tout ça c'est de ta faute !! Maintenant que t'es là file moi vite ce que tu me dois et casse-toi d'ici avant que je t'envoies dans la tombe une bonne fois pour toute !!

- Je ne m'attendais pas à un accueil si chaleureux de ta part. Je t'ai donc autant manqué ? En plus tu es presque prête. Mais je ne pourrais pas m'occuper de toi ce soir. D'abord l'argent et ensuite tu auras ta dose. Pour cinq jours, comme prévu.

- Mais tu as cru que j'allais te payer en plus !! Ne me fais pas rire Fenger !! Tu as aucun pouvoir ici, je ne reçois pas …

Je lui attrapai le bras et le lui tordit sans lui faire mal mais avec assez de force pour la mettre à genoux.

- L'argent. Et après je te donne ce que je te dois. Plus vite.

La rage baignait ses yeux d'une lueur malsaine, elle dégagea son poignet de mon emprise et sortit une liasse important de billet de son corset au travers de sa poitrine généreuse. Je lui arrachai l'argent des mains et compta rapidement. Les billets disparurent à nouveau dans mon long manteau et je lui tendis un sac que j'avais posé par terre à mon arrivée.

- Voilà. Tu as de quoi t'amuser pour un bout de temps.

Elle attrapa le paquet et le déposa avec délicatesse sur la marche juste derrière elle. Elle s'avança vers moi à pas mesurés tout en laissant glisser sa bretelle droite le long de son épaule laissant apparaître son sein. Elle attrapa mon menton et me susurra à l'oreille.

- Amusons-nous un peu. Mes esclaves humains ne valent pas un Immortel. Cela fait depuis trop longtemps que mon appétit ne s'est pas apaisé...

- Pas ce soir. J'ai mieux à faire.

D'un mouvement ample je m'écartais d'elle et aussitôt j'avais passé la porte.

- Fenger … Un jour j'aurais ta peau !

Enora faisait partie des rares clients que j'approvisionnais tout les jours. Ce n'était pas pour me déplaire, mais la drogue l'avait rendu instable mentalement ce qui la rendait dangereuse mais elle était ma plus belle réussite. Lorsque les effets des différentes drogues que je lui donnais, héroïne, cocaïne, crack pour ne citer qu'eux, avait finit par l'atteindre totalement, je l'avais rendu addict par une autre drogue bien plus puissante que n'importe quelle pilule que l'on pourrait avaler ou que n'importe quel liquide que l'on pourrait s'injecter. Le sexe. Je m'affranchissais de sa dangerosité en état de manque de part ce désir permanent et une fois sa sauvagerie domptée elle devenait un petit chaton de qui je pouvais presque tout tirer. Les informations du Cercle en priorité. Bien sûr elle n'est qu'une partie des pantins sur qui j'ai un contrôle important. Mais ce fût bien elle la plus difficile à mettre sous mon joug et celle qui me rapporte les renseignements les plus capitaux. Mes années d'expériences avaient fait de moi un terrible manipulateur, un irrésistible séducteur.


Je finissais toujours mes tournées dans les Squats. Pour la simple et bonne raison que ces quartiers mal famés logeaient la quasi-totalité de mes concurrents et des dangereux de Paris. S'il fallait se battre, il vaut mieux être léger et libre de ses mouvements et c'est pas avec six sacs remplis que c'est possible. J'aimais après une dure tournée me reposer dans un bar avec une bonne binouze accompagnée d'un décolleté mais ce soir j'avais rendez-vous. Max, un de mes indic dans les Squats, était directement venu à ma rencontre chez moi peu après ma sortie de prison.


- Enfin là patron. Ça fait deux jours qu'j'essaye d'vous joindre mais ça répond pô. J'ai rencontré un type l'aut' jour qui voulait faire affaire avec quelqu'un pour troquer, j'suis allé lui parler discrèt'ment et ai décidé d'prendre rendez-vous c'soir. J'ai bien cherché d'en s'voir plus mais il a dit qu'il voulait pô passer par un soufif'. Tu t'rends compte qu'même, moi un …

- Qu'est-ce qu'il voulait ?

- J'en sais rien patron, j'en sais rien.

- Comment est-ce qu'il s'appelle ?

- Hmmmm'tendez j'ai noté …

Il sorti un post-it salit par la graisse. De l'huile de voiture provenant vraisemblablement de son atelier. Ses mains elles aussi étaient noircies par le labeur. Tout comme ses joues et son nez d'ailleurs maintenant que j'y fis attention. Il travaillait dur pour gagner une misère. J'avais jeté un voile de protection sur lui lorsqu'il était encore qu'un enfant. Un film invisible et intangible que seul moi pouvait voir. Et que seul moi pouvait déchirer.

- Mano l'Manouche, patron !

Je levais un sourcil étonné. Mano le Manouche ? Jamais entendu parler de ce type. Il va falloir être prudent, c'est peut-être un piège. Depuis l'arrivée de Francesco Di Maria, mes contacts avec mes fournisseurs italiens avaient été de plus en plus tendus. C'est dans les Squats, à l’abri des regards et sous le nez du Roi que le grand baron de la drogue d'Italie avait décidé de mettre la main mise sur la ville Lumière. Il fallait que je fasse attention désormais, encore plus que d'ordinaire, j'étais son concurrent numéro un. Et il ne me louperai pas s'il avait l'occasion de me tuer.

J'attendais, ici, sur ce qui avait été l'Avenue Jean Jaurès, aux portes du Parc de la Cité des Sciences et de l'Industrie. Dans ce quartier de Paris cela faisait depuis longtemps que les éclairages publics avaient cessés de fonctionner. Des bidons rouillés servaient de foyer à des feux précaires où s'agglutinaient hommes et femmes. De vieilles baraques faites de taules et de grillages s'amoncelaient les unes à côté des autres dans l'ombre des anciennes habitations abandonnées par le temps. J'étais adossé à la clôture, une cigarette à la bouche, les quelques badauds qui passaient m'évitaient en passant de l'autre côté de la rue tout en jetant des regards apeurés dans ma direction. J'expirais lentement la fumée de mes poumons, mes sens en alerte. Il ne fallait qu'une demi-seconde pour passer du statut de « vivant » à un tas de cendres. Voiture piégé ou autres tours du Comité, un assassin voulant récupéré la somme mise sur ma tête. Toutefois la personne que m'avait décrit Max ne tarda pas à apparaître au coin de la rue. Je le dévisageais de mes yeux émeraudes. Il était tout ce qu'il y a de plus banal, une taille moyenne et une veste large laissant supposer une musculature travaillée. Son jean était troué, typique des humains traînant dans les Squats et sa casquette élimée était bien enfoncée sur son crâne et légèrement rabaissée sur son visage. Bien qu'ayant les signes extérieurs d'une vie plutôt misérable, il avait une démarche plutôt assuré. J'expirais une nouvelle bouffée et me tourna dans sa direction tandis qu'il s'approchait.


- Tu es Mano le Manouche ? On m'a dit que tu étais en recherche d'une personne avec qui commercer discrètement. Je suis sûrement la personne que tu recherches. Passons directement au sujet d'intérêt, qu'elle est la marchandise que tu veux ? En quelle quantité ? Est-ce qu'il faut un ravitaillement ? Et si oui à quelle fréquence ?

Je le fixais tout en énumérant mes questions qui avaient plus pour but de tester sa réaction plutôt que de récupérer les dîtes informations. C'est dans les premières paroles et dans l'attitude que l'on détecte un menteur. Et il faut toujours rester sur ses gardes. Même face à la personne qui semble la plus avenante.

- Cigarette ? Lâchais-je en tendant le fin bâton de tabac.
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MessageSujet: Re: Qui cherche de l'argent, trouve la poudre d'escampette Ven 10 Avr - 13:03
Le squat était accolé à ce qui restait d'une rangée d'immeubles d'avant la grande invasion. Le soir glissait vers la nuit. A peine sorti, Roch-Elven entendit les verrous qu'on poussait derrière lui .En  casquette, jean troué et blouson de cuir fatigué, il se savait assorti au décor sordide et même ses pensées en prenaient l'accent, son allure devenait autre, celle des squatters de longue date, mélange d'assurance et de méfiance, l'oeil toujours en alerte.  
Il enjamba des tuyaux de béton éventrés, évita les trous remplis par les dernières averses, contourna le bosquet qui servait de toilettes pour les résidents, et certains se conduisaient vraiment comme des cochons !  Slalomant entre murets, cabanes, amorces de bidonville, il déboucha enfin sur la voie non pavée qui rejoignait l'Avenue Jean Jaurès. C'était l'artère centrale, relativement entretenue pour l'accès aux stations de métro.
 Le quartier jadis très populaire avait en partie échappé aux destructions massives du XXIe siècle, davantage dirigées contre les orgueilleux symboles de la domination humaine. Les survivants des massacres s'y étaient réfugiés jusqu'à ce que les épidémies de fièvres hémorragiques, rageant soudain dans les quartiers pauvres, n'aient réduit ces nids de misère au silence et à l'abandon. Mais les hommes sont tenaces et même quand la vie n'est plus vivable, il en reste toujours quelques uns pour faire des enfants. Depuis une génération, le quartier avait retrouvé quelques centaines d'habitants plus ou moins recensés, des sans-cartes souvent qui, entre les rafles de la police recevaient des aides pour les femmes avec mioches, grâce à la politique nataliste du Cercle, soutenue par l'Eglise pour d'autres raisons.
"… et ils ont  le culot d'appeler ça  Protection Sanitaire et Sociale, alors qu'il ne s'agit que de maintenir le cheptel humain suffisamment nombreux. Il faut assurer la production de sang frais pour Messieurs les Vampires et même s'ils ne se reproduisent qu'à un taux estimé de 0,8% par paires de crocs- eh oui ! ce n'est pas aussi facile pour les seigneurs des ténèbres de se fabriquer un infant que, pour n'importe quel nullard d'humain, d'engrosser une femelle de sa race– il faut se rendre à l'évidence : les vampires ont autant besoin des hommes pour la bouffe que pour la descendance. "
Ces réflexions si souvent faites passèrent dans l'esprit de  Roch comme il traversait ce no man's land de gravats, de ronciers, de ferrailles si rouillées que même la récup généralisée les négligeait. Il n'avait rencontré personne depuis la Cabane , il le regretta car il  ne venait que très épisodiquement dans le quartier et il fallait donner de l'existence à ce personnage qu'il y jouait : Mano le Manouche, un peu ceci, un peu cela, SDF, mais assez friqué quand il se pointait chez Tantie, la propriétaire du dortoir-tripot-clandé , pour y claquer au poker l'argent gagné ailleurs. S'il ne perdait pas tout, Tantie, qui l'avait à la bonne, lui faisait un prix pour se payer une des beautés de passage qu'elle recevait chez elle " pour leur éviter de faire ça dans la rue"disait-elle sans rire.
Il n'avait pas perdu son temps en même temps que son argent aujourd'hui, et Regina lui avait confié quelques racontars intéressants. il l'avait choisie parce qu'elle avait la réputation d'être bavarde même dans le travail, ce dont certains se plaignaient. C'était la première fois qu'elle était libre pour lui et elle lui en avait raconté des vertes et des pas mûres sur les autres filles qui venaient se faire un peu d'argent de poche à la Cabane. Le plus intéressant, c'était l'histoire de l'effondrement et des macchabées de la Rue Ordener, fait divers qu'elle avait mis sur le tapis quand on en était à la partie libations. N'ayant pour une fois pas tout perdu au poker, il avait offert une tournée générale. Mais ce qui intéressait les habitués, c'était les démolitions qui avaient suivi l'éboulement. On disait que le Cercle voulait construire des ateliers pour donner du travail aux gens du coin.  Personne n'y croyait et certains prétendaient que ce serait un parc d'esclaves ou un centre de tir et d'entraînement pour la police. Il irait peut-être faire un tour là-bas.
Pour l'heure, il devait honorer le rendez-vous pris avec un acheteur d'argent. Un "obs " de la base avait repéré un type qui s'intéressait à un trafic d'argent-métal, que certains trafiquants appelaient du 47 - son numéro atomique- pour éviter les ambiguités d'homonymie au moment des transactions. L'affaire semblait dépasser le simple troc du crucifix de ma grand-mère contre une caisse de whisky et un  complément en billets usagés. L'obs avait rencontré un certain Max, intéressé par des quantités plus notables, et mis le Manouche dans le circuit.

Or, quatre ans auparavant, dans un lot de livres anciens rescapés de la bibliothèque du Roi Stanislas à Nancy, Roch avait retrouvé les plans d'anciennes mines d'argent polonaises du 18e siècle, fermées et oubliées dès le 19e. En conséquence, les rebelles exploitaient de nouveau ces filons, peu productifs à l'échelon des industries d'autrefois mais tout à fait suffisants pour alimenter leur armement. Le travail se faisait dans le plus grand secret, la région était peu accessible et dépeuplée. L'acheminement, par petites quantités, était une réussite. Le stock engrangé permettait d'alimenter des foyers de résistance alliés et comme on avait besoin d'argent-monnaie pour acheter d'autres matières premières, Roch avait été chargé de vendre une partie du métal, le tout évidemment dans la plus parfaite clandestinité. Il avait déjà cette identité de zonard, l'avait adaptée à l'occasion et les observateurs lui procuraient des contacts aux squats. Deux autres agents travaillaient, l'un auprès des scientifiques et industriels qui pour certaines de leurs recherches, contournaient l'interdiction du Cercle, et l'autre avec l'Eglise. Bien que la possession d'un objet de piété en argent soit punie par l'esclavage immédiat, les fidèles tenaient à en mettre dans la tombe des défunts ou dissimulaient une croix d'argent, qu'ils pensaient protectrice, sous un revêtement de cuivre ou de bois. Quant à lui, c'était avec la racaille qui trafiquait de tout qu'il avait à faire.
Il allait donc à un rendez-vous où Mano le Manouche devrait rencontrer le patron de Max. Bien entendu, aux Squats, il était armé : un revolver pour un éventuel malfrat humain et une petite bombe d'argent en poudre au cas où les beaux yeux d'un vampire  le regarderaient de trop près. Il n'avait rien d'autre sur lui qu'un petit sac contenant les onces d'argent artisanales, juste enveloppées d'un papier léger, sans poinçonnage  évidemment. Ah si, il oubliait le papier que lui avait remis Regina, avec son vrai nom et son adresse, charmée sans doute par ses qualités d'écoute et ses aptitudes à relancer la conversation. Aussitôt déchiré et mis en boule, le papier sombra dans une excavation remplie d'éau.
Son client  se tenait près du panneau indiquant la direction du terminus de la seule ligne de métro desservant l'arrondissement. Une lampe au dessus  offrait un repère dans la nuit ; drôle d'endroit pour un rencart.  On n'y voyait pas grand chose sinon que l'individu était grand et athlétique.  Il prit immédiatement la parole sur le ton d'autorité de qui veut s'imposer comme le chef . Tant mieux. Le premier qui parle se dévoile toujours plus vite que le second. Mano le Manouche n'était de toutes façons pas un caïd . Mais pas une lavette non plus. Un solitaire ,un pacifique,  qui tenait seulement à ce qu'on ne vienne pas l'empêcher de vivre à sa guise.
Il laissa quelques secondes s'écouler après les questions tombées drues. Puis il dit  tranquillement en refusant  de la main  la cigarette que l'autre lui tendait :

-Merci ; z'êtes aimable mais peux pas fumer.  Bronchite chro. Et puis fumer, ça coûte trop cher quand on veut autre chose que ce truc vendu comme tabac par l'Etat.

D'un geste vif  Roch pivota d'un quart de tour la visière de sa casquette, une belle casquette de marque, un peu défraîchie mais toujours classe, en cuir de luxe très fils de collabo qui a connu des jours meilleurs. Il n'avait pas à se cacher, on était dans les squats et de toutes façons, comme déjà noté, on n'y voyait pas grand chose sous la loupiote. Puis il ajouta sur le même ton, presque indifférent mais ferme et sans baisser la voix :

-Z'êtes qui ? Et comment que vous sauriez mon nom ? Et aussi pourquoi que je voudrais commercer discrètement avec un inconnu ? Si j'ai besoin d'une chose, c'est juste de fric. Z'avez du fric ?

Il n'avait pas envie de rester dehors au milieu de la nuit.  C'était bon pour les petits trafics entendus à l'avance où on glisse en douce le sachet de papier blanc dans la main de celui qui vous frôle, sans le regarder, en murmurant comme une excuse pour ce contact involontaire - Celui qui fournit n'étant que rarement celui qu'on paye,  en cas de fouille surprise,  il n'a pas d'argent sur lui.. blanc comme neige, quoi...et l'autre n'a qu'à se débrouiller s'il est assez con pour avoir gardé le cadeau à la main.

Mano le Manouche attendit,  avec à l'arrière-plan de sa pensée, l'éternelle question des hommes quand ils rencontrent un inconnu :

-Ce n'est pas un vampire, celui-là ?
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