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{abandonné} Visite à la Nonciature

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Maxwell Delhomme
MessageSujet: {abandonné} Visite à la Nonciature Mer 10 Sep - 20:34



La promesse faite à Louis n’aurait jamais dû voir le jour même si l’intention de départ après les événements apocalyptiques qui les avaient amenés à choisir le délabrement plutôt que la sécurité pour fuir leurs propres erreurs, leurs propres choix était admissible. Après avoir échappé aux vampires à cheval, ils avaient sillonné les rues, traversé Paris à une heure où chaque rencontre, chaque détour, chaque croisement était un coupe-gorge, ils avaient fini par gagner leur ancien appartement. Assommés par le chagrin, hébétés, entre douleur et inconscience, ils s’étaient écroulés sur le sol couvert de poussière, le cœur aussi pulsant que lourd. Max avait repris les rênes dans le silence, incapable de regarder son frère au fond des yeux. La culpabilité le rongeait avec autant de virulence que les rats qui peuplaient leur nouveau refuge. Il ne savait si son frère avait trouvé le sommeil mais lui, avait oscillé entre semi-conscience et hallucinations. Son corps meurtri par les affrontements contre Basarab, lui-même et la course dans la capitale, n’avait pas suffi à le faire plonger dans le sommeil. Tantôt il était réveillé par d’étranges bruits du côté où son frère s’était affalé, tantôt il voyait des crocs venir le tancer, tantôt il repoussait un rongeur d’un revers de la main. Et la nuit était morte, telle leur Zélie. Il s’était refusé l’accès à ses souvenirs, persuadé qu’ouvrir cette brèche lui interdirait de jamais revenir dans cette réalité.

Au petit matin, il avait laissé Louis presque endormi pour tenter de mettre un peu d’ordre, de faire un brin de ménage, de s’activer. Il s’était juré de ne pas se donner la mort, de ne pas s’accorder ce répit avant d’avoir vengé ses morts et ces tâches abrutissantes, salissantes lui permettaient de réfléchir tout en verrouillant ce qu’il ressentait. Il lui semblait que c’était la seule façon d’être un tant soit peu rationnel.
La réalité avait pourtant frappé de plein fouet lorsqu’il avait fallu trouver une solution pour manger et autres futilités que l’on ne peut ignorer trop longtemps. Max savait qu’il serait impossible de regagner leur maison avant des semaines pour y récupérer quelques affaires mais il doutait profondément que leurs économies n’aient pas été volées ou leurs biens saccagés. Les non-morts avaient dû éprouver une telle fureur en voyant que leur plan avait partiellement échoué qu’ils avaient certainement dû vouloir laisser leur trace…
Il ne savait pas non plus s’il pouvait se rendre dans leurs bureaux éditoriaux, ça lui semblait une idée tout aussi inconsciente s’il voulait se maintenir en vie.
Il avait donc opté pour la vie des fuyards et avait trouvé quelque aide non pas auprès de leurs anciens voisins qui auraient pu les tuer de leurs propres mains et se réjouissaient de leur déconvenue mais d’autres clandestins que Max avait repéré en catimini grâce à une partie de son réseau de connaissances.

La vie n’était plus faite de rien, une subsistance au milieu du brouillard. Si Louis était devenu peu bavard, il était à présent muré dans le silence. Il refusait souvent de manger, dormait à peine quelques heures et n’exprimait plus aucune émotion. Max ne savait que faire pour son frère et il ressentait une solitude comme jamais il n’avait connu. La vie de Louis était entre ses mains aussi prit-il des risques pour lui offrir quelques distractions. Il réussit à voler un livre mais aucune étincelle ne brilla dans les yeux de son frère. Un lent frisson parcourut le dos de l’aîné des frères Delhomme, le regard éteint, vide de celui qu’il avait toujours connu, avec qui il avait tout partagé était une énième souffrance qu’il ne pouvait supporter. Il ne ramènerait pas Zélie d’entre les morts, pas plus que Clarissa ou leurs parents mais il devait lui-même s’engager dans la résistance dont on lui parlait depuis tant d’année et y enrôler son frère, lui redonner le goût de vivre même si ce goût était synonyme d’amertume, d’âpreté et de sang. Sans calcul aucun, il s’engouffra dans ses premières tentatives de rébellion sans le savoir.

Un matin, il trouva son frère inanimé. Son cœur battait encore mais son pouls semblait faible. Cette peur qui l’étreignait à haute dose quelques années auparavant se rappela à lui. Il passa sa journée à chercher un médecin ou un pharmacien mais tout ce qu’il récolta fut des refus, des haussements d’épaules d’impuissance ou des crachats. Il n’avait rien à offrir en contre-partie et il n’avait plus Basarab pour le sortir de ce mauvais pas. Penser à cette vermine lui fit presque perdre l’équilibre tant le sang battait à ses tempes. Il ne sut par quel moyen les mots du vampire lui revinrent en mémoire. Il avait évoqué un prêtre mais ce fut le nom d'un ancien client qui s'éclaira dans l'esprit de Max : Justin Jandeval, Cardinal de son état. Il se souvenait d'un personnage atypique qui leur avait confié des livres religieux à éditer, il y avait de cela bien des années. Il se rappelait surtout certains regards équivoques et sans assurance aucune, il se décida à aller le trouver. Il couvrit Louis comme une mère l’aurait fait pour son enfant, lui jeta un dernier regard suppliant et partit, à la tombée de la nuit.

Il réussit à entrer dans l'hôtel de Sens et fit le forcing pour que la secrétaire de Jandeval lui obtienne un rendez-vous au plus vite, c'est à dire sur le champs. La pauvre femme devait s'inquiéter devant les traits émaciés du visiteur et la rage qui fumait dans ses yeux. Max sentait qu'il n'arriverait à rien lorsqu'une porte se referma dans un bruit sec...



HRP
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MessageSujet: Re: {abandonné} Visite à la Nonciature Mer 10 Sep - 22:32
La directrice du secrétariat de la nonciature, Mademoiselle Passemain, se considérait comme la seule personne capable de maintenir un peu d'ordre et de majesté épiscopale dans l'auguste bâtiment où Son Excellence avait eu, par exemple, l'idée de faire aménager une zone de "neutralité fidéiste", c'était ses propres mots. Il pensait utile que les Maudits puissent venir consulter des membres du clergé ou avoir accès à certains documents sans être dérangés par  les effluves divines qui imprégnaient les lieux.
D'un autre côté, Prudence Passemain admirait beaucoup l'efficacité de Monseigneur Justin. Il obtenait du Cercle des autorisations  pour ouvrir des urgences médicales et même des écoles sous protection, et cela dans des petites villes absolument privées de tout et proches de chasses sauvages. Et puis, bien qu'elle ne l'avouât pas, elle appréciait aussi que  Monseigneur soit si pieusement décoratif, d'une sainte maigreur, profil ascétique, regard fulgurant et insondable, parole incisive,  mains sèches, longues et nerveuses faites pour bénir les foules agenouillées. Rien de jovial en lui, d'aimable, d'avenant, de charnel. La spiritualité incarnée ! Il aurait mérité de devenir pape mais Prudence savait qu'il  ne le serait jamais et ceci pour deux raisons : il ne supporterait pas d'être enfermé au Vatican comme, depuis deux siècles, l'obligation en était faite aux papes. En contre-partie, le reste du clergé pouvait se déplacer librement. L'autre obstacle que redoutait Prudence était que son cher Cardinal avait des ennemis à la Curie. On lui reprochait de frôler l'hérésie, du moins dans ses livres, car ses sermons et ses articles parus dans La Nouvelle Eglise étaient d'une parfaite et limpide orthodoxie. Elle les avait tous lus, y compris ses ouvrages de philosophie et d'histoire. Elle avait apprécié quelques récits pittoresques ici ou là, mais n'avait rien trouvé de suspect dans le reste, n'ayant pas vraiment saisi de de quoi il y était question. Prudence Passemain  était bonne chrétienne, ce qui ne veut pas dire qu'elle s'épanouissait dans l'ontologie et le pourquoi du comment.
L'après-midi avait été relativement calme. Depuis l'arrivée de la Chasse de Brancia et les violences de la première nuit,  tout s'était plus ou moins stabilisé, dans l'attente d'on ne savait quoi, mais l'atmosphère était tendue. Les gardes du Cercle patrouillaient, dispersant le moindre attroupement et  on ignorait ce que mijotaient les puissants. On parlait plus que jamais de disparitions et  de morts bizarres. Dieu éprouvait les siens .
C'est alors que Prudence reçut un appel de l'interphone de l'abbé Pluchon. Le factotum du cardinal  lui envoyait un visiteur assez préoccupant, très agité, qui voulait voir Monseigneur Justin de toute urgence et qui affirmait être connu de son Excellence en tant qu'éditeur. Pluchon avait vérifié. C'était vrai.  Les Editions Delhomme  avaient bien sorti Le Nouveau Catéchisme pour la nonciature, oui, celui avec  la couverture bleue. Maxwell ( ah ces prénoms anglais...) Delhomme  était l'un des directeurs. Pluchon se débarrassait visiblement de l'importun en le lui envoyant et Prudence  répondit sèchement :


-Monseigneur n'est pas dans le bureau d'audience. Envoyez-moi ce monsieur, je vais lui fixer un rendez-vous puisque vous l'avez laissé franchir le bureau d'accueil. Un jour, vous laisserez entrer le diable !

Elle pinça les lèvres pour cacher sa satisfaction. Pluchon avait très peur des Forces Sataniques, de l'Armée des Ténèbres comme il disait, la bouche pleine de majuscules terrorisées.  Maintenant, il devait être en train de se signer en invoquant Saint Michel. En tous cas, ce monsieur Delhomme avait du caractère. L'abbé Pluchon se croyait intraitable et l'était d'une certaine manière.

Le visiteur entra presque aussitôt et Prudence fut frappé par son aspect  négligé, son visage pâle et  ses traits creusés par la fatigue. Son costume froissé,  sa chemise mal boutonnée au col, sans cravate, sa barbe de trois jours, tout montrait un homme dans le plus complet désarroi. Mais elle nota aussi que les vêtements étaient de bonne coupe. Qu'était-il arrivé à Maxwell Delhomme ? Elle eut la crainte qu'il ne soit malade. Même si les épidémies frappaient moins cruellement que par le passé, elles demeuraient un risque sérieux et elle ne voulait pas qu'on contaminât ses filles, comme elle appelait les employées.
L'homme ne salua personne, se précipita vers elle et bégayant, émit sa demande, il devait rencontrer le cardinal immédiatement. La vie d'un homme en dépendait.
Les secrétaires, peu habituées à un tel visiteur, avaient relevé la tête et observaient l'étranger. Un simple geste de la directrice les rappela à l'ordre. Mademoiselle Passemain regarda  encore une fois l'état pitoyable de l'individu et allait lui proposer le bureau 126, où un service social s'occupait des cas urgents, quand - après un léger toc - la porte  donnant sur le bureau du Cardinal s'ouvrit et son Excellence, un dossier à la main, parut sur le seuil. Les employées s'activèrent de plus belle, tout en échangeant des regards excités. Qu'allait dire Monseigneur ?
Dès le premier jour de son entrée en fonction, il avait demandé à ce que les employées ne se se lèvent plus à son arrivée. Mademoiselle Passemain, déjà en place, avait craint un cardinal populiste et bon enfant. Mais pour la rassurer, Justin lui avait expliqué qu'il ne voulait pas disperser l'attention des employées et que dans le travail, il était partisan de l'efficacité plus que de l'étiquette. Cependant, à son entrée, Prudence se levait toujours, ce qui était  une manière de montrer qu'elle n'était pas à confondre avec la masse laborieuse et n'obéissait que si elle le voulait bien, fût- ce à un cardinal.
Encore dans l'embrasure de la porte,  celui-ci commença :

-Bonjour mesdames. Mademoiselle Passemain,  j'ai le texte pour le..

Il s'arrêta en voyant un inconnu dans le secrétariat, ce qui était rarissime, notant l'aspect misérable, l'air égaré sentant le squat et la cavale, la panique de quelqu'un qui n'y était pas habitué. Prudence fit sèchement :

-Monsieur veut absolument  rencontrer. Monseigneur  Il a quelque peu forcé la porte de l'abbé Pluchon. Je vais l'envoyer au 126  s'il a besoin d'aide.

Justin trouvait un vague air de connaissance à l'individu mais il ne s'y attarda pas et répondit  tout en posant le dossier sur le bureau de la secrétaire .

-Je vous demanderai de prendre connaissance du texte et avant de partir, vous me direz ce que vous en pensez. Je vais recevoir Monsieur.. Si l'abbé l'a laissé venir ici, c'est que le motif est sérieux. Pouvez-vous  faire envoyer du thé ? il ne fait pas chaud pour un mois de mai..

Puis il se tourna vers l'inconnu et lui dit posément tout en reprenant sa marche :

-Venez dans mon bureau, monsieur et expliquez-moi ce qui vous amène ici
 
La porte refermée, Justin fit immédiatement asseoir l'homme tant il semblait épuisé. Avait-il faim ? Etait-il malade ? Il s'assit à son tour et scrutant le visage un peu hagard comme si le malheureux ne savait plus que dire maintenant qu'il avait réussi à rencontrer celui qu'il cherchait, il remarqua simplement :

-Il me semble vous connaître. Si vous me disiez votre nom et en quoi je puis vous aider ?

La silhouette de l'homme se découpait sur la bibliothèque murale et ce fut comme un déclic pour la mémoire :


- Les Editions Delhomme ! Maxwell Delhomme ! Le catéchisme bleu... ! Par tous les saints !, que vous est-il arrivé ?
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