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Chroniques de l'Ombre et de la Lumière

LIVRE I
Quand le salut ne réside plus qu'en l'ennemi.
Que choisir ? La Fin ou l'Union Sacrée ?
 







Nous sommes en Mai 2215 !

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 {Achevé} Le Destin frappe toujours deux fois

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Darkan Lupu

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MessageSujet: {Achevé} Le Destin frappe toujours deux fois   Jeu 11 Sep - 18:42





La Chasse de Brancia avait érigé son camp militaire sur une colline surplombant la forêt de Compiègne, à plusieurs lieues de Paris. Le camp dominait le village de tentes qui était disséminées sous le couvert des arbres. La Suite de Darkan Lupu était imposante et regroupait tous les corps de métier nécessaires à une colonisation et à la survie de la communauté. Femmes et enfants avaient rejoint plus tard les troupes de soldats et les conseillers. L'étendue de l'installation augurait une occupation qui ne prendrait fin que lorsque le Seigneur de la Chasse aurait obtenu ce pour quoi il était venu. Des volutes de fumée s'élevaient des tentes du village, trahissant sans crainte une activité humaine qui se voyait des lieues à la ronde. Darkan était là et voulait qu'on le sache. Le village était protégé par des sentinelles positionnées dans les arbres et une ceinture de palissades en bois gardée par des rondes de soldats. Les Voïvods de l'Est étaient rompus aux installations rapides et efficaces et les charpentiers, menuisiers et terrassiers n'avaient pas chômé pour hâter l'installation d'une colonie qui n'avait rien à envier aux camps romains de l'ancien temps. Darkan avait chevauché une partie de l'après midi pour rallier son quartier général après une nuit et une matinée plutôt chargées en révélations et en émotions. Si la poussière de la chevauchée recouvrait d'une fine pellicule les vêtements et la peau du guerrier, son visage ne marquait aucune fatigue malgré le manque de sommeil. Ainsi étaient les vampires, résistants à la fatigue qui touchait les humains. Mais même alors qu'il n'était encore pas un Immortel, Darkan ne sentait pas la fatigue, comme épargné par l'épuisement et la vulnérabilité qui frappait tout humain. Lui seul savait pourquoi à présent. Ceux qui partageaient son secret étaient morts depuis longtemps. Son frère Stefan, son cher jumeau, ses parents, sa famille entière. Il était seul au milieu d'une multitude. Ce sentiment de solitude écrasant était l'apanage des Chefs qui dominaient de leur regard visionnaire les situations complexes de l'Histoire et du Destin. Cecil Osbern, Constantin Basarab étaient peut-être les seuls à avoir ressenti ce même sentiment. Constantin avait déchu, Darkan lui-même étant à l'origine de cette déchéance. Il avait infligé un supplice sévère à son propre Infant pour couper court à sa folie sanguinaire et surtout pour s'emparer de ses trônes, terres et titres dont il le jugeait indigne. Un bâtard né dans la cale d'un navire marchand sur le trône de Moldavie et Valachie, cela lui avait toujours paru être une vaste plaisanterie de la Destinée. Parfois celle-ci jouait des tours pendables aux hommes et il fallait lui botter le train avec bravoure pour la remettre dans le droit chemin. Darkan n'en était pas au premier revers face à elle. Il y avait aussi cette malédiction qui pesait sur son Clan, les Lupu, si bien nommés et dont un fils était frappé toutes les sept générations par ce maléfice. Depuis l'aube des temps, les Lupu avaient porté leur nom avec fierté mais s'étaient débarrassé de ces rejetons encombrants et couverts de poils à la naissance. Lui n'avait dû sa survie qu'à l'amour d'un brave soldat en mal d'enfant qui l'avait recueilli au lieu de l'exécuter comme le Prince de Moldavie son père l'avait ordonné. A présent qu'il chevauchait droit et fier sur sa monture, ces sombres pensées ne lui tiraient qu'un sourire mêlé d'amertume et de revanche. "Regardez, père! Ce que je suis devenu! Je vous ai survécu, et j'ai réussi là où vous avez toujours échoué. J'ai réuni les trônes de Moldavie et de Valachie sous un même étendard et j'ai unifié les clans ces Carpates. J'ai éradiqué la lignée des Basarab. "

La cohorte de cent cavaliers pénétra enfin dans le campement de toiles, faisant trembler le sol sous le martellement des sabots. Les femmes et les enfants se levaient sur leur passage pour saluer leur prince. Ils étaient Moldaves et fiers de porter ses couleurs ou Valaques et ralliés par nécessité, la lignée de leurs Princes s'étant éteinte ou diluée dans l'Histoire des Hommes. Il y avait bien cette rumeur, cette légende au sujet du dernier: Constantin Bassarab. Mais qui pouvait y voir autre chose qu'un conte nostalgique ? La lignée Bassarab s'étaient éteinte il y avait plus d'un demi millénaire et jamais aucun descendant n'était venu revendiquer le trône gardé par les Lupu. Alors les rudes montagnards des Carpates avaient accepté de se rallier aux Clans des plaines de Moldavie. L'armée et les échanges commerciaux avaient parachevé cette fusion scellée par bien des mariages. Mais chacun dans son cœur demeurait un fils de l'Hiver ou un enfant du Fleuve. Ils étaient frères face à la menace extérieure mais chacun revendiquait son Histoire. Darkan n'était pas, aux yeux des Valaques, un mauvais Seigneur de Chasse, ni un mauvais Prince. Il était cruel et sans concession mais juste et loyal à ses engagements. Ils auraient pu subir un joug bien plus humiliant et contre nature. Mais chaque guerrier des montagnes avait dans le cœur le souvenir des récits au sujet de leur Prince trop tôt emporté par la mort. Constantin Basarab le sanglant, chevauchant sur les crêtes des Tatras, sa longue chevelure d'ébène flottant au vent, le regard qui, portant au delà des apparences, transperçait l'âme de son éclat d'orage. D'autres légendes parlaient aussi des trois cavaliers, le Sire, son frère et son Infant, vision d'apocalypse et de beauté. La mort vêtue des atours du charme et de la puissance. Trois princes magnifiques semant la Terreur sur leurs propres terres. Puis le trio s'était séparé, frappé par le retour de flamme de ses propres excès. Deux étaient morts et un seul était resté. Darkan Lupu, le charme du soleil et de l'azur, avait ôté la vie au Prince sombre et craint, fils du corbeau, héritier du Dragon. Le charme ombrageux de Constantin s'était bientôt figé dans le souvenir des anciens et le cœur des filles. Le règne de Lupu avait commencé marqué d'une aura différente.

Ainsi était l'homme qui franchit les quelques mètres le conduisant à sa tente, ainsi était le poids de l'Histoire qu'il portait sur les épaules. Un de ses chefs de guerre accourut à sa rencontre et le suivit, peinant à calquer son rythme sur les grandes enjambées du géant.

- Mon Prince vénéré. Une patrouille a fait une capture curieuse dans les bois ce matin.

- Vraiment ? Crois-tu que j'ai du temps pour entendre ce genre d'information ? J'ai délégué le traitement des prisonniers à Fedor. Où est encore ce chien ?

- Il n'est pas revenu de Paris, mon Prince.

- Ah ? Ce fieffé fils de forgeron aura encore voulu tremper sa queue dans quelques ribaudes parisiennes. Je prendrais soin de lui botter le cul moi-même s'il tarde trop à se souvenir à qui il doit allégeance.

- La prisonnière a été amenée jusqu'à votre tente, mon Prince.

Darkan jeta un regard de côté à son chef de guerre, un regard plein de malice.

- Ahh ? Elle est jolie et bien troussée ?

- Sans doute, mon Prince, le peu que je l'ai vue. Mais là n'est pas la raison pour laquelle nous vous la présentons.

Darkan soupira et son regard reprit toute sa gravité.

- J'ai vraiment peu de temps pour des détails de la sorte. Je dois organiser le déploiement de nos troupes autour de la capitale et envoyer des messages à nos alliés hongrois qui doivent se déployer sur le sud de la France. Si c'est une humaine vous n'avez qu'à vous la partager au lit puis la vider. Si c'est une des nôtres, mettez-là aux cuisines ou à la tente des plaisirs.

- Elle n'est pas des nôtres, mon Prince. Mais pour sûr... elle ment en disant qu'elle est humaine.

Darkan s'arrêta net et fixa d'un regard plein de colère l'homme qui blêmit.

- Que veux-tu dire? Elle a été mordue mais pas transformée.

- La légende... vous savez... les Hordes Anciennes... Celles que les Anciens avaient été chargé d'anéantir. Elle sent une odeur particulière... Beaucoup de nos hommes refuseraient de la toucher.

Ce fût au tour de Darkan de pâlir davantage, bien que son état d'Immortel lui conférât déjà un teint peu coloré.

- Les Hordes Anciennes sont éteintes depuis des temps très reculés...Elles n'ont pas survécu aux Vampires que nous sommes. Cette fille doit juste dormir avec des chiens ou des loups et c'est cette odeur que vous avez senti sur elle.

Le Chef de Guerre secoua négativement la tête.

- Notre instinct ne nous trompe jamais à ce sujet. C'est un des dons donnés par le Premier. Il y a eu bien des époques où les Humains eux-même nous croyaient, nous Immortels, tous disparus, notre race éteinte. Et pourtant nous avons survécu dans l'ombre et nous sommes multipliés. Pourquoi ne pas envisager qu'il en soit de même pour ces chiens puants ?

Darkan fronça les sourcils et se mordit nerveusement la lèvre.

- Si c'est le cas, ils choisissent un bien mauvais moment pour réapparaître au grand jour. Nous allons avoir du mal à nous battre sur tous les fronts.

Le Seigneur de la Chasse se retourna avant d'écarter le pan de peau de cerf qui barrait l'entrée de sa tente.

- Qu'on me laisse seul avec cette fille. Je l'interrogerais moi-même. Et arrête de me regarder ainsi. Depuis quand un petit chien représente-t-il une menace pour le Loup des Carpates ?

Darkan Lupu allait devoir user de finesse si cette prisonnière était vraiment un Lycan. Elle le reconnaîtrait immanquablement et pourrait le trahir. Il ignorait pourquoi sa propre odeur restait indétectable à ses compagnons d'armes. Peut-être son caractère hybride masquait-il cette dernière ? Après tout, il s'était toujours senti plus Vampire que Lycan. Lorsqu'il pénétra dans la tente, il sut que son dévoué capitaine ne lui avait pas menti. L'odeur de la louve emplissait l'air. Très jolie louve au demeurant, encore toute jeune sans doute au regard de ce que lui avait vécu ... Il se planta au centre de la pièce et la détailla sans aucune retenue.

- Que venais-tu faire sur les terres qui m'appartiennent désormais ? Ne sais-tu pas qu'on ne peut y pénétrer sans invitation ?

Elle se tenait là devant lui, troublée, les narines dilatées. Elle l'avait senti, à n'en pas douter. Il la contourna et saisit sa nuque d'une main ferme pour la jeter à terre.

- A genoux devant ton Seigneur, vermine humaine !

Puis il s'accroupit à sa hauteur et murmura à son oreille en lui tirant les cheveux en arrière:

- Si tu dis un mot au sujet de ce que je suis... Ce sera ton dernier. Et tu as tout intérêt à te taire. Je suis le seul qui hésite encore à te planter un pieu dans le cœur.

Se redressant, il alla s'asseoir sur un fauteuil recouvert de peaux d'ours et se servit une coupe d'hydromel. Il avait grand soif.

- Alors, parle ! D'où viens-tu ? Combien êtes-vous ? Combien de loups dans cette forêt ? Quel est ton nom ? Tu dois bien en avoir un ? Ahh, que vais je faire de toi, petite fille ?

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MessageSujet: Re: {Achevé} Le Destin frappe toujours deux fois   Ven 12 Sep - 6:08

- Lâchez-moi ! Lâchez-moi !

- La ferme ! Et tu restes tranquille jusqu’au retour du Prince !

- Du quoi ? !!

Effrayée le souffle court,  je faisais les cent pas dans cette tente que je balayais du regard, y cherchant un moyen rapide et efficace de sortir et de fuir ces fous. L’entrée était gardée et je n’aurai aucune chance de la passer sans en payer mon audace. Un poignard avait été oublié sur la table qui trônait dans le coin près d’un fauteuil recouvert de peaux d’ours. Entailler la toile et je pourrai m’évader, partir loin de cet enfer mais avais-je vraiment une chance sur eux ? Non.  Depuis ma transformation, mes perceptions changeaient même si je n’étais pas toujours certaine de ce que je ressentais. J’étais toute seule, livrée à moi-même sans savoir comment je pourrai apprivoiser ce côté sombre qui gronder au creux de mes entrailles. Quoi qu’il en soit, je pouvais voir leur aura, je pouvais les différencier des autres. Ils ne pouvaient se dissimuler à moi tout comme j’avais compris qu’ils me trouvaient différente dès que j’avais arpenté leur campement. Leurs regards, à la fois apeurés et fascinés, ce dégoût de me toucher lorsqu’ils m’avaient amenée jusqu’ici.  Que pensaient-ils de moi ? Et surtout qu’allaient-ils me faire ? Etait-ce ainsi que s’achevait véritablement mon histoire après avoir reçu cette morsure que je n’avais jamais désirée ? J’inspirai grandement, essayant de calmer la peur et la nervosité qui me nouaient le ventre pour pouvoir mieux me concentrer sur les bruits et les voix que j’entendais à l’extérieur. Un bourdonnement étrange et pesant ne cessait de m’alerter mais j’étais bien incapable de comprendre toutes les particularités qui faisaient de moi un loup. Je resserrais autour de moi les pans de ma cape et visiblement perdue dans mes pensées, je sursautais par réflexe de défense lorsqu’un colosse s’engouffra à l’intérieur de la tente.  J’écoutais ses propos, ses menaces, cette grandeur qu’il me démontrait mais c’était toute autre chose qui me percuta de plein fouet. J’étais bien dans un campement de vampires, je ne l’avais pas inventé. Mais lui ? Qui était-il ? Son aura était la même que les autres sauf que son odeur était fort différente. Une odeur familière et pourtant si contradictoire. Je me reculais machinalement lorsque son imposante carrure s’avança vers moi mais j’étais encore trop déboussolée par sa présence, par ce que je sentais  pour éviter sa violence.  Ses doigts se refermèrent sur ma nuque, puissants, m’envoyant à terre comme un simple fétu de paille, décollant du sol dans un seul geste. J’amortis ma chute de mes mains et de mes bras, choquée et déconcertée par sa réaction. Je n’eu qu’un bref instant pour me mettre à genoux qu’il était déjà face à moi, prisonnière de sa force. La tête inclinée en arrière sous la pression de sa main, je n’avais pourtant pas quitté son regard. En aucun cas, je ne m’inclinerai devant lui. Je tirai sur son bras pour qu’il me libère mais c’était peine perdue devant l’énergie qu’il  déployait pour me maintenir à lui. Les pulsations de mon cœur s’abattaient chaotiquement contre ma poitrine et leurs échos résonnaient à mes tempes, tel  le chant terrible du Styx. Sa phrase murmurait à mon oreille me rendit autant docile qu’indécise. Qui se cachait derrière l’image de ce Prince des Vampires ? Un vampire  qui possédait, certes, la même aura que les Siens mais dont l’odeur masquait un secret. Pourquoi partageait-il cet aveu avec l’inconnue qui avait bafouée ses terres sans sa permission ? Mes prunelles suivirent son mouvement jusqu’au fauteuil, alors que mes doigts massaient ma nuque et l’endroit où il avait tiré sur mes cheveux.

- Anna …

Ce fut la première et seule chose que je prononçais. Je redressais légèrement mon buste, n’adoptant ni forme d’asservissement ni encore moins celle d’une victime apeurée. Mes paumes calées sur le haut de mes cuisses, je restais néanmoins agenouillée devant lui.

- Il n’y a pas d’autres loups … que moi …

Et vous ? … mais ça je n’avais pas l’intention de le lui dire même si je le pensais de toutes mes forces.  Il savait qui j’étais autant ne pas lui mentir car ce n’était certainement pas ce genre de comportement qui m’aiderait.  Et puis, je n’avais pas assez de connaissances sur les Lycans pour comprendre la portée précise et importante de toutes les questions qu’il me posait tout comme sur sa nature … d’hybride ? Je commençais à entrevoir un détail que son entourage, apparemment, ne possédait pas.

- Je me suis retrouvée au mauvais moment et au mauvais endroit lorsque vos … sbires ont attaqué ce village. Que comptez-vous faire de moi ? Me jeter en pâture à vos hommes ? Me tuer ? Je n’ai rien de plus à vous dire. Je suis toute seule si c’est ça qui vous inquiète.
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Darkan Lupu

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MessageSujet: Re: {Achevé} Le Destin frappe toujours deux fois   Ven 12 Sep - 15:59




Un sourire en coin, la paume de sa main caressant pensivement sa barbe. Darkan regardait sans aucune pudeur la jeune louve qui s'était redressée légèrement, laissant deviner les courbes féminines de son buste. Redressée mais pas relevée. Elle était intelligente mais pas soumise. Ce n'était pas pour déplaire au guerrier devant qui on courbait trop facilement l'échine. Il y avait bien Cecil Osbern qui rechignait à s'aplatir devant lui, et dans un coin de Paris, son propre Infant, Constantin, qui s'ingéniait à le défier, mais ni l'un ni l'autre n'avait le charme de ce joli minois ni ses formes engageantes. Une femme qui osait le regarder droit dans les yeux, c'était nouveau. Du moins ce n'était pas arrivé depuis l'époque ou son frère Stefan et lui écumaient les bordels. Lointaine époque, une autre vie, presque. De nombreuses guerres s'étaient enchaînées depuis, et plus encore de batailles, apportant leur lot de morts et de destruction. Darkan les avait toutes traversées sans dommages. Pas sans blessures. On ne pouvait se battre contre tant d'hommes, de vampires, sans recevoir quelques coups, mais les plaies se refermaient aussitôt, plus vite encore que celles de ses lieutenants. On avait toujours mis ce phénomène sur le compte de son âge canonique mais même enfant, alors qu'il n'était pas encore Immortel, il avait déjà cette capacité de régénération, moins prononcée, certes, mais déjà là. Désormais l'entaille d'une lame dans sa chair ne laissait qu'une fine estafilade pâle sur sa peau quelques heures après. Seul un regard aiguisé pouvait compter les coups qu'il avait reçu depuis qu'il foulait cette Terre. Il saisit une seconde coupe et la remplit en même temps que la sienne avant de la lui tendre.

- Tu dois avoir soif ... après cette course inattendue... Anna-qui-est-seule. Ajouta-t-il en insistant sur les derniers mots.

Il se leva et prit le poignard qui était posé près de la coupe à fruits puis le planta dans une pomme qu'il coupa en deux.

- Regarde bien ça !C'est le Monde. Dit-il en exhibant les deux moitiés de pommes.Enfin, tel qu'on voudrait nous faire croire qu'il est. Cette moitié, les vampires, l'autre moitié, les non vampires.
Ça parait simple non ? En réalité c'est très compliqué. Les non vampires ne sont pas tous égaux, n'est-ce pas ? Même s'ils restent les proies de ces derniers.

Et il coupa une des moitiés en deux.

- Il y a très longtemps de cela, nous les Vampires, nous avons été créés et répandus sur Terre pour éradiquer une partie des mortels. Tu sais laquelle ?

Il mordit dans un quart de pomme qu'il engloutit et lui tendit l'autre.

- Ta famille... C'est la part que nous devions exterminer pour protéger l'autre partie des mortels. Ces pauvres, ces faibles petits humains que vous dévoriez, dépeciez quand vous aviez trop faim pour les épargner et en faire vos semblables. Tiens, croques, mangeuse d'humains !

Il se rassit et joua d'une main avec la moitié de pomme restante.

- Connaissais-tu cette histoire, femme ?

Il s'adossa à son fauteuil et s'accouda, la tête dans la paume de son autre main, tout en continuant à sourire.

- Ce qui est amusant, vois-tu, c'est que ce qui devait être simple s'est compliqué sévèrement. Rien ne s'est passé comme nos créateurs l'avaient prévu. Lorsque la plupart des vôtres ont disparu de la surface de la Terre, les Vampires n'ont pas perdu leur appétit. Et contre qui leur voracité s'est-elle tournée ? Contre le troupeau qu'ils étaient censés protéger! Quelle ironie, n'est-ce pas ?  Mais c'est une histoire vieille comme le monde! On tue ce qu'on est supposé aimer  et on aime ce qu'on est supposé tuer, n'est ce pas ? L'un des tiens a dû aimer l'un des miens suffisamment pour l'épargner et lui donner une descendance, puisque je suis là.

Il se leva à nouveau et se mit à marcher dans la tente pour finalement se placer derrière elle.

- Je suis né dans une famille d'humains, mais sans l'être. Et j'ai été transformé par un vampire qui ne pouvait l'ignorer. Comment peut-on expliquer cela ? Tu as une réponse, toi ? Murmura-t-il en se penchant à son oreille.

Puis, comme elle gardait le silence, il posa sa main sur son épaule et l'obligea à se retourner avant de lui hurler dessus.

- Est-ce que tu as une réponse ? Réponds !!!

Il la fixa un instant dans les yeux, soufflant par le nez, tous ses sens en éveil, puis la relâcha finalement.

- Tu n'as pas pu survivre seule depuis ta naissance, tu as forcément une famille. Parles !

S'il y avait d'autres Lycans, et il y en avait certainement, cette fille ne pouvait être la seule à avoir survécu au massacre systématique de son espèce à travers les siècles, cela changeait totalement l'équilibre entre les forces en présence. Darkan s'était toujours senti Vampire plus que Loup mais parce qu'il n'avait tout d'abord connu de famille que celle des Vampires. Mais s'il n'était plus seul, si d'autres pareils à lui se terraient dans l'ombre, il devait penser à l'attitude à avoir envers eux. Il devait repenser à sa façon de considérer les choses. Après tout, il était né Lycan et était devenu Vampire. Cette prise de conscience le déstabilisait plus qu'il ne voulait l'admettre. Il n'avait choisi aucune de ses deux natures, mais il se demandait à laquelle il devait accorder le plus de poids et surtout, s'il devait choisir entre les deux. Le Cercle  exterminerait tous les Lycans sans hésitation, du moins en était-il convaincu. Mais, lui Darkan Lupu, ne se sentait pas proche de ces vampires-là. Guère plus qu'il ne se sentait proche des Hommes. Devait-il se sentir proches des Lycans ? Ils n'étaient rien pour lui, ni mal ni bien, juste le néant, le vide, le silence face à des questions sans réponses, des souffrances endurées seul, à chaque pleine lune et depuis des années, des siècles. Ils étaient cette douleur et cette honte qui lui avaient valu un bannissement de sa propre famille, de sa propre Terre. Disgrâce que seul son nouvel état vampirique lui avait permis d'effacer. Il avait repris de force ce qu'on lui avait arraché. Mais cette fille n'avait pas les traits de la disgrâce, ni le goût du néant. Elle était bien réelle, vivante. Il coupa la moitié de pomme en deux et croqua dans un des quarts.

- Mais tous les Immortels ne sont pas égaux non plus. Il faut encore savoir que parmi les Vampires il y a la Chasse de Brancia et les autres Vampires. Si tu veux survivre parmi nous, apprends que je ne suis loyal qu'à ma Chasse. Ce village est sur notre nouvelle Terre de chasse, donc tu étais notre proie. Si les miens t'ont épargnée c'est parce que tu es une Louve. Tu vaux ce que tu peux nous apprendre sur les tiens. Si tu ne sais rien, tu ne vaux rien aux yeux des miens. Tu devrais mourir avant la fin de la journée. Alors fais un effort, creuses-toi la mémoire, sinon quel argument vais-je pouvoir donner pour t'épargner ?

Il s'accroupit en face d'elle et lui mit le quart de pomme intact sous le nez.

- On veut nous faire croire que cette pomme doit demeurer entière pour résister à l'ouragan qui approche et y faire face unie. Mais moi, je sais que souvent, la grêle et la tempête marquent plus durement un côté de la pomme que l'autre. De quel côté veux-tu être quand le vent et la colère des Cieux s'abattront sur nous ? Nous, la Chasse de Brancia, survivrons, parce que nous avons déjà affronté le courroux des Anciens et de leurs Pères.

Une lueur machiavélique éclaira le regard du guerrier.

- Les tiens ne pourront survivre seuls à ce qui se prépare, et ni les Humains, ni les Vampires du Cercle n'ont de raison de vous accepter comme alliés et de vous faire confiance. Moi, j'en ai peut-être une ... Et je peux les convaincre. Mais tu dois parler, même si tu en sais peu. Donne-moi une raison de ne pas te mettre à mort à la tombée de la nuit.

Mais lorsqu'il sonda le regard de la jeune femme, il prit conscience qu'elle semblait ne pas comprendre un traître mot de ce qu'il lui racontait. Se pouvait-il qu'elle ignorât tout ce qui se tramait au sein de la Capitale et même dans les campagnes environnantes ? Peut-être bien... Beaucoup de clans vivaient en autarcie dans les forêts ou dans les grottes les plus reculées, il l'avait constaté au cours de son périple à travers différents pays d'Europe. La France ne devait pas échapper à la règle. Il devait donc convaincre les siens qu'elle savait des choses vitales et la convaincre elle, de lui dire le peu ou le prou qu'elle savait. Tant que cela pourrait servir la Chasse et tant qu'elle ne le trahirait pas en divulguant sa vraie nature... Mais en avait-elle l'intention ou comprenait-elle où était son intérêt ?


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MessageSujet: Re: {Achevé} Le Destin frappe toujours deux fois   Sam 13 Sep - 10:57

Ce que je fuyais comme la peste s’était refermée sur moi aussi vite que les griffes d’un animal sur sa pauvre victime. J’avais fui mon campement pour leur sécurité autant que pour la mienne, et maintenant que j’errai dans les plaines voisines de la ville de Paris, je m’étais faite attraper d’une façon dès plus stupide. Les Vampires … Je les avais étudiés depuis ma plus tendre enfance avec les peu de livres que je trouvais sur eux. Le sujet sur ces créatures en était presque devenu tabou dans mon clan. Ils nous chassaient, nous parquaient  derrière des barreaux pour leur plaisir. Il était tout à fait logique d’en savoir davantage sur eux. Et moi dans tout cela ? J’étais comme le galet que l’on jette à la surface de l’eau. Il rebondit magnifiquement puis à la fin de sa course, il plonge au fond de l’étendue bleutée. Cette impression ne me quittait pas. Je n’étais plus une humaine et pourtant j’en conservais l’apparence et les émotions. Au creux de mon âme, grondait une bête que je ne contrôlais absolument pas. J’oubliais tout ce qui  se passait après chacune de mes transformations. Aucun souvenir … Rien. Avais-je fait des victimes ? Avais-je tué des humains ? C’était exactement comme une torture lancinante qui ne me quittait jamais, jours et nuits. Et lui ? Cet homme, fièrement assis sur son trône et qui m’observait, guettait mes réactions et mes gestes, était aussi différent des siens que je peux l’être de ma famille humaine. Quel jeu jouait-il envers eux et envers moi ? J’étais peut-être la petite brindille qui allait faire basculer son Empire. Mais moi, je me moquais de la puissance et du pouvoir. Qu’il soit Vampire, Lycan ou Hybride, c’était sa vie pas la mienne. J’en avais déjà assez à faire avec mon propre quotidien. Mais apparemment, ma silhouette toute frêle ne l’était pas à ses yeux. Je n’aimais pas sa façon de me détailler tout en caressant sa barbe comme si j’étais un objet aux enchères. L’éclat sombre de ses prunelles me mettait mal à l’aise.  Pourtant, il était hors de question que je lui montre mon trouble. Agenouillée à quelques pas de lui, j’avais opté pour une position neutre tout comme je ne baisserai pas les yeux devant lui. Je n’étais pas soumise. Je ne lui appartenais pas.

Contre toute attente, il me tendit une coupe d’hydromel, le remerciant dans un murmure. Connaissant ce breuvage, il pouvait être dès plus fort. J’en humai les effluves et en mouilla le bout de mes lèvres. Comme je le pensai,  cette boisson n’était pas faite pour moi. Je posai la coupe au sol près de moi, suivant du regard ses mouvements jusqu’à la table. Il avait pris le poignard que j’avais aperçu en entrant ici et découpa une pomme en deux. Ce qui suivit après fut assez complexe, et moi-même, je n’en compris pas toute la portée. Son discours était éprouvant et sa fureur palpable au fil de ses mots. Il me parlait du monde, des humains, des vampires et de ma … famille. Je hochai la tête un moment en guise de réponse négative quand il me posa la question sur cette histoire. Non, je ne la connaissais pas, par contre, je venais de m’apercevoir qu’il se trompait sur mon compte. Je n’avais aucune information concernant les Lycans  mais il était tellement transporté par ses pensées que j’étais incapable de le contre dire sur le moment.

Se rendait-il compte de l’aveu qu’il venait de me faire ? Même si j’avais un doute sur sa nature, là il ne laissait plus aucune place à des soupçons futiles.  Donc, il avait ainsi tous les droits sur moi, jusqu’à me tuer puisque je devenais un danger. Me faire taire serait un simple jeu pour cet homme qui faisait les cent pas devant moi. Un frisson me glaça le sang tout comme ce même frisson me bouleversa sans comprendre l’origine de cette  réaction illogique qui émanait de mon corps quand il se glissa dans mon dos. Mon cœur palpitait telle une tempête contre ma poitrine. Je tentais désespérément de garder mon calme mais sa présence derrière moi ne faisait accentuer mon tourment. Son souffle chaud s’échoua sur ma nuque est accéléra l’agitation qu’il venait de faire naître. Je déglutis lentement, écoutant ses questions auxquelles je n’avais aucune réponse à lui fournir. De sa force, il m’obligea à me retourner et à lui faire face. J’étais encore plus interdite. Sa rage n’avait cessé d’accroître et j’en étais responsable sans le vouloir.

Son éloignement me donna un bref instant d’accalmie. Il continuait à me parler des Immortels, à me conter leurs légendes avant de revenir s’accroupir face à moi, de nouveau, agitant un morceau de pomme sous mon nez ! Sa voix s’élevait de plus en plus forte. Je fermai les yeux, inspirant lentement  un instant avant de les ré-ouvrir, et de donner un coup violent à sa main. Le petit morceau de pomme tomba à terre.

- Ça suffit ! Ça suffit !! Je ne comprends pas un traître mot à toutes vos histoires !!!

Je me redressai même s’il ne m’en avait pas donnée l’ordre. Et à cette seconde précise, c’était moi qui le dominait et lui à genoux.

- Il y a quelques mois en arrière, j’étais encore une humaine … Un soir, je me suis assoupie non loin de mon clan et lorsque je me suis enfin réveillée, il était tard. J’ai pris le chemin jusqu’à mon campement … Et là … Là … J’ai …

Mon cœur allait exploser en mille éclats si je n’apaisais pas au plus vite les émotions qui me gagnaient comme une vague destructrice et impérieuse. Les poings serrés, je le défiai.

- Une chose … Un lycan m’a attaquée. J’ai été mordue. Je n’ai rien pu faire … RIEN !!!  Voilà comment je suis devenue ça … Cette bête en moi est incontrôlable. Je ne la maitrise pas. Lorsque je me transforme, au petit matin, je ne me souviens de rien. J’ai juste du sang sur les mains et sur le corps, parfois des carcasses d’animaux gisent autour de moi. Je ne connais pas d’autres Lycans. Je ne sais pas qui m’a mordue, quel était son intérêt de me transformer !

Je portai mes doigts à mes tempes. Toute cette montée adrénaline me rendait nauséeuse et tremblante. La tête me tournait.

- Je suis toute seule. C’est ce que je vous ai dit. Je me suis éloignée de mon campement pour éviter de tuer les humains. Je suis un danger pour tout le monde et pour moi aussi … Je n’ai rien à vous offrir, pas de réponses à tout cela …


Je fis quelques pas pour éviter de m’effondrer au sol.  J’étais épuisée, fatiguée, stressée, en manque de sommeil. J’avais faim et tout cela ne faisait pas bon ménage.

– J’ai lu beaucoup de livres, tous ceux que je pouvais trouver, sur les Vampires mais très peu sur les Lycans. Comme si cette race avait été totalement balayée même des récits. Je voudrai comprendre … pourquoi moi ? Est-ce qu’un Lycan recomposerait sa meute ?
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Darkan Lupu

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MessageSujet: Re: {Achevé} Le Destin frappe toujours deux fois   Sam 13 Sep - 19:53



Il fut surpris, bien entendu, par l'audace du geste. Elle avait osé lever la main sur lui et même si c'était dans un accès irraisonné de défense, ce crime méritait la mort. Elle ne savait et ne comprenait pas grand chose de la situation complexe au cœur de laquelle son imprudence l'avait jetée ce matin là et il n'aurait rien perdu sur le plan de l'information en lui tranchant la gorge sur le champ. Il aurait même renforcé, si besoin était, le respect que son clan éprouvait à son égard. Sans pitié pour les chiens, tels étaient les vampires. Ce clan qui avait une double appartenance en lui-même, composé de la fine fleur de la noblesse moldave que Constantin avait su unifier, il fallait bien lui reconnaître ce mérite, à celle de Valachie, mais aussi étroitement liée à la souche ancienne des Vampires, celle que lui, Darkan Lupu avait fait prospérer, après avoir été mordu en Egypte par cette entité qui était plus qu'un vampire, peut-être bien celui qu'on n'osait nommer autrement que sous le nom de "Premier"? Voilà pourquoi Darkan estimait que sa Chasse, crée de ses exactions, mais aussi de celles de son plus indiscipliné Infant, du seul qui avait pu et osé rivaliser avec lui, était sans doute la plus pure lignée de vampires, celle qui était la plus proche de la source originelle. Tous dans la Chasse de Brancia avaient dans leur sang, cette parcelle héritée en droite ligne du Premier ou par filiation successive. Tous étaient de fidèles sujets des Principats de Moldavie et Valachie, du métayer au plus noble seigneur. Tous avaient l'âme farouche et fière des Carpates avant même d'avoir été vampires et c'est précisément ce qui les désignait pour présider à la Destinée des Vampires et de toutes les créatures qu'ils pourraient asservir ou vassaliser. Darkan avait passé l'âge, et depuis longtemps, d'être un exterminateur sans état d'âme. Cette période l'avait vite lassé. Plus vite que Constantin, bien plus vite. Peut-être parce que lui, Darkan n'y prenait finalement qu'un plaisir immédiat et sans calcul. Basarab avait toujours été un être tourmenté et complexe, même dans ses mises à mort, quand lui ne cherchait qu'une efficacité rapide. Après tout, on savait très peu de chose sur cet individu, ce bâtard qui avait passé ses premiers mois dans la cale d'un navire de guerre, tétant le sein d'esclaves moribondes. Peut-être qu'il avait été mordu par des rats et avait contracté la rage  avant même d'être mordu par lui, Darkan Lupu ? Toujours est-il que les apparences aidant, ce dépravé cachait bien son jeu. Il avait sans doute massacré autant que Lupu lui-même, y avait pris un plaisir hautement malsain mais n'assumait pas ouvertement et préférait se cacher sous un vernis de raffinement décadent et dandy. Renseignements pris, il se vautrait dans une fange de modernisme et de luxe contemporain, reniant même le mode de vie de son clan, et n'avait rien tenté, une fois revenu à la non mort, pour récupérer les trônes que Darkan avaient enfin regagnés, en toute légitimité selon ses vues. A présent, il n'avait plus cette soif de massacre sans objet qu'il avait partagée et inculquée à son Infant. Il aspirait à profiter de son statut et à l'améliorer. Il réservait sa vindicte à ses ennemis affichés et aux obstacles qui s'opposeraient à son dessein.

Anna la solitaire était-elle une menace, une ennemie de ses projets ? Il était trop tôt pour le dire. Il aurait pu la tuer, oui, sur le champ, d'un seul revers de main. Mais au lieu de cela, il resta là à l'écouter hurler, haleter en évoquant les circonstances de sa transformation. Il était fasciné. Même si cela ne l'aidait en rien à lever le voile sur l'origine de sa propre nature. Il songea à la femme policière qu'il avait mordue dans le salon d'Osbern ... Mais alors ... Elle ? ... Pourquoi avait-il songé à elle et pas aux autres ?  Il eut une sensation  de vertige en mesurant ce qu'impliquait cette prise de conscience. Qu'avait-il réellement engendré depuis des siècles ?  De quelle nature et de quel clan  étaient ses nombreux Infants ? Portaient-ils dans leurs entrailles la double peine, comme lui ? Fallait-il être transformé soi-même, au moment où l'on mordait, pour engendrer un Lycan ? Il se pencha à nouveau vers elle pour murmurer à son oreille.

- Au moins sais-tu comment t'est venue cette malédiction et as-tu des souvenirs de tes vestiges d'humanité. Je n'ai jamais été humain et considéré comme tel. J'ignore comment j'ai pu naître de la même mère qu'un frère humain et être un monstre. J'ai les mêmes questions que toi . Pourquoi moi ?

Elle se releva mais chancela et il vit à son pas hésitant qu'elle était à bout. Dehors, il entendait quelques uns de ses lieutenants palabrer. Il la rattrapa de justesse par le bras alors qu'elle vacillait et lui coula un regard d'azur tout en la soutenant fermement.

- Tu es trop insolite pour que je te tue déjà avant d'avoir tout appris de toi. Je dois comprendre. Je dois savoir, si d'autres comme nous existent et où ils peuvent se rassembler et se terrer. Ils sont les ennemis ancestraux des Vampires mais je ne sais pas ce qu'ils seront pour moi. Alliés, ennemis, rien n'est encore écrit. Tu pourrais servir de monnaie d'échange! Et ne proteste pas. C'est aussi la seule raison que je puisse présenter à ma Chasse pour justifier le fait de te garder en vie. J'ignore si un Lycan est en train de reconstituer sa Horde. Pour dire la vérité, je pensais être le seul encore en vie... Mais je suis certain de ne pas être celui qui t'a .... enfin, je m'en serais souvenu... Tu sais, c'est un des cadeaux que je dois à mon Sire... et à ma double nature... Contrairement à toi, je n'oublie rien des horreurs que je perpètre, peu importe sous quelle forme

Le bruit au dehors, s'intensifia pour devenir exclamations et cavalcade. Une des sentinelles se glissa discrètement à l'intérieur de la tente.

- Notre Prince sera intéressé de savoir que le Comte Illitch est de retour ...

Il fut bousculé sans ménagement par un homme qui se précipita pour ployer genou devant Darkan.



- Me voici avec des nouvelles fraiches, Erdélyi Vajda...

Darkan obligea Anna à s'asseoir sur une peau de yack disposée au pied de son Trône et la lâcha pour se rasseoir lui-même.

- Plus fraiches que le cul de la ribaude que tu as culbutée, j'espère ? Sers-toi une coupe et raconte moi-ça ! Les nouvelles, pas la ribaude bien sûr !

Le lieutenant se releva et jeta un regard torve à Anna avant d'aller se remplir une coupe.

- Il y en avait plusieurs: la mère et les trois filles. Tu as raison, ce serait trop long, les nouvelles n'attendent pas. Je vois que tu n'as pas l'air de t'ennuyer non plus, mon Prince...

- Chacun ses animaux de compagnie, Fedor. Comme tu le vois, ce qui nous différencie c'est encore la quantité et la qualité...

Fedor renifla puis s'approcha d'Anna en triturant la garde de son glaive.

- Tout le monde n'aime pas les chiennes... gronda-t-il en levant les yeux vers son Seigneur. Comment peux-tu ? Ce n'est qu'une ... bête !

- Je ne discute pas tes gouts en la matière et surtout je n'ai pas à justifier les miens. Prends garde à ne pas te laisser aveugler par notre amitié quand tu t'adresses à moi sérieusement, Fedor.

L'homme tout de noir vêtu haussa les épaules et objecta en hochant la tête:

- Les Chefs de Guerre risquent de ne pas apprécier ton nouvel animal de compagnie. Je dis ça pour toi parce que je te considère comme mon frère... N'hésite pas à me demander lorsque tu seras lassé et que tu voudras te débarrasser de ton nouveau jouet. Je sais bien qu'on peine à trouver un peu de nouveauté et de piment à nos âges mais tout de même ...

Darkan avait disparu de son fauteuil et se tenait derrière son vassal à qui il fit une clef avant même que ce dernier n'aie eu le temps d'achever son soupir. Le déplacement n'avait simplement pas été perceptible même pour un vampire tel qu'Illitch. Les crocs impressionnants étaient apparus soulevant les lèvres de Darkan et effleurant le cou de l'imprudent. Mais bien vite Lupu retrouva son apparence première et il gronda.

- Je n'ai qu'un seul frère, espèce de vermine, et il est mort depuis fort longtemps. Tu ne dois la vie qu'au fait que tu ne m'as toujours pas donné ces fameuses nouvelles. Je te conseille de parler rapidement et de t’éclipser ensuite encore plus rapidement et d'attendre hors de ma vue que ma colère soit retombée.

Il poussa Illitch contre la tenture couverte à cet endroit d'un mur de boucliers dont deux se détachèrent et tombèrent sur le malheureux dans un bruit de ferraille.

- Je t'écoute... Poursuivit le Voïvode après s'être rassis posément.

Fedor se releva en se frottant la tête et cracha au pied d'Anna avec mépris.

- Pardon mon Prince ! La fatigue m'aura égaré...  Il semblerait que Basarab aie disparu de la circulation ... Même Osbern ne le retrouve pas. Il a déjà envoyé la convocation à l'évêque mais le messager qui s'est présenté au Clisson s'est cassé les dents sur une porte close. Il a emporté la fille avec lui.

- Imbécile ! Il a réussi à t'échapper ? La fille aurait pu servir d'appât à Brancia.  C'est très fâcheux! Je trouverai une autre motivation pour le faire sortir de ses gonds. Tant mieux si Osbern n'arrive pas à mettre la main dessus. Cela me laisse le temps de mettre en place le piège pour prendre  définitivement Basarab ...Ucigas Lup.

- J'aimerai voir son corps éparpillé aux quatre points cardinaux... Qu'il crève lentement dévoré par les ... chiens. Il m'a échappé oui. Je pensais qu'il tuerait les vieux avant de la transformer, histoire d'effacer les traces. Même pas, on n'a retrouvé aucun corps et juste le sang de la fille ...Le Tueur de Loups ...

- Lui-même ... Dégage, maintenant et va cuver ta cuite et te laver, espèce d'incapable. Tu sens le foutre... Ne reparais devant moi que lorsque je t'aurai fait demander...


Fedor s'inclina et se dirigea à reculons vers la sortie en marmonnant:

- En parlant de ça, je me demande quel sort il réserverait à un véritable loup, comme cette femelle  ...

Un couteau siffla et vint lui entailler l'oreille.

- Il faut croire qu'elles ne savent pas s'y prendre les parisiennes, et t'ont bien mal fait jouir pour que tu appelles aussi ardemment la mort de ma main... Disparais !

Darkan tendit ensuite sa coupe devant le nez d'Anna :

- Sers-moi, Anna! Et bois cette coupe bon sang ! Tu vas en avoir besoin pour la suite.

Il frappa dans les mains et la sentinelle réapparut par la porte ou s'était éclipsé Fedor.

- Dis aux femmes de nous servir un repas pour deux et de préparer un bain et des vêtements pour mon invitée. Qu'on lui apprête aussi un lit ici-même.

L'homme parut étonné mais s'inclina avant de disparaître. Darkan se tourna alors vers Anna .

- L'endroit le plus sûr pour toi cette nuit, c'est au pied de mon lit. Enfin, si on exclue "dans mon lit" mais ce serait prématuré je pense. C'est contre nature à leurs yeux, que je te garde en vie. Il faut bien comprendre qu'ils ont été conditionnés pour tuer les créatures telles que toi. Depuis l'Aube des Temps...
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MessageSujet: Re: {Achevé} Le Destin frappe toujours deux fois   Dim 14 Sep - 9:57

J’avais l’impression que mon esprit allait exploser. Je ne comprenais rien à toutes ces légendes. Oui, les Vampires existaient puisque c’était le quotidien des humains, le mien aussi avant de devenir un Lycan. Mais ces histoires d’un autre siècle m’étaient quasiment étrangères. Je devinai alors que les humains n’étaient que des marionnettes et cela depuis tout ce temps, que les Vampires avaient exterminé la race des Loups garous pour leur assurer la suprématie et le contrôle total sur leur proie : c’est-à-dire l’humanité. Et maintenant ce Seigneur me parlait d’une guerre qui allait faire rage et que rare seraient les personnes qui pourraient y survivre. C’était tellement complexe, tellement étrange, tellement hors de ma portée que j’avais l’impression de tomber dans un tourbillon et de ne plus pouvoir en sortir. Je tentais de rassembler mes idées en lui contant comment j’étais devenue une louve, que j’étais incapable de maîtriser la bête en moi et que je ne gardais aucun souvenirs de mes transformations. Son souffle s’échoua de nouveau contre ma nuque, tétanisée et nerveuse à son contact, alors qu’il m’avouait son enfance. Je me demandais pourquoi il me donnait toutes ces informations qui lui étaient si personnelles. J’aurai voulu lui poser des questions, comprendre davantage son passé, ce frère qu’il disait humain. Qu’est ce qui avait bien pu se passer pour qu’il ne se souvienne plus de son humanité?  Ma tête tambourinait. Je percevais les pulsations de mon cœur dans mes tempes au point d’avoir la vue qui se brouillait tant la douleur me faisait mal. J’essayais de faire le tri dans toute cette situation mais mon corps persistait à rendre les armes, à s’affaiblir. Je vacillai soudainement avant de sentir la poigne ferme du Seigneur qui me rattrapa de justesse. Je fis l’effort de redresser mon menton pour y croiser l’azur bleuté de ses yeux. Son explication m’étonna comme elle m’effraya. Rester en vie pour attirer les autres Lycans, pour qu’il en apprenne davantage sur eux. Était-ce vraiment ce que je désirai ?

- Je ne proteste pas ! Mais je n’ai aucune envie de servir vos desseins ! Vos guerres ancestrales ne font pas partie de mon histoire ! Je voudrai vous poser une question : Tous ces combats qui durent depuis la nuit des temps, vous n’êtes pas lassé de tout ceci ? Qui vous dit que les Lycans se regroupent, reforment leurs meutes pour reprendre là où l’Histoire s’est arrêtée ? Vous m’avez parlée d’un grand chamboulement … et si c’était une chance d’unir les races au lieu de vous entre-tuer ? Les temps changent et évoluent.

On nous appelle des monstres par ce que l’on tue : Vampires ou Lycans … Nous avions plus de points communs que de différences. Ce Prince était craint. Je n’avais pas besoin d’en connaitre beaucoup plus sur lui pour faire une telle déduction. Mais il n’était pas qu’un barbare. Il savait aussi discuter et écouter même si cela n’avait qu’un seul but : le rendre encore plus puissant, appuyer et favoriser ses actions.

- Il n’y a rien à comprendre sur moi. Vous pourrez me garder auprès de vous des mois entiers, je ne ferai qu’amplifier les divergences dans votre Chasse. Même si vos hommes vous obéissent, ils se poseront des questions sur ma présence et peut-être sur votre propre façon de réagir à tout cela.  J’aimerai me souvenir de mes transformations mais je n’y arrive pas comme si mon subconscient bloquait toute cette partie pour me protéger. Lorsque j’essaye de me concentrer, je n’ai que des flashs d’images très floues. Pourriez-vous m’…

Un bruit dehors  me fit tressaillir, laissant ma dernière phrase en suspens. Des voix se rapprochaient, puis les pans de la tente s’ouvrirent au moment même où il m’obligea à m’agenouiller sur une peau de bête, reprenant sa place dans son fauteuil. Je compris que j’allais assister à un échange dès plus représentatif. Le guerrier se présenta devant son Seigneur, employant une langue qui m’était inconnue. Qu’avait-il dit ? « Erdé… Vaj… ». La fatigue me jouait de mauvais tours mais je devais rester attentive à tout cela. Si son aura ne me trompait pas sur sa nature, il en était de même pour moi, vis-à-vis de lui. Il reconnut aussitôt l’odeur du Lycan qui flottait sous la tente. Le buste relevé comme je l’avais fait au tout début, je ne baisserai pas les yeux devant ce vampire. Par contre, j’allais me taire pour ma survie. Mes mains à plat sur mes cuisses se transformèrent en poings serrés qui définissaient parfaitement mon état à l’entente de ces mots. J’étais une chienne, une prisonnière, une catin et j’allais devoir subir cela durant mon séjour parmi eux … et mourir. Je ne cillai pas devant le regard hargneux qu’il m’offrit, et bien au contraire, je le défiai tout en restant silencieuse. Parfois un regard en disait plus long que des mots prononcés. J’aurai donné n’importe quoi pour me transformer et croquer dans son mollet rien que pour lui faire avaler son arrogance. Malheureusement mes transformations dépendaient de la lune. La conversation montait de plus en plus entre les deux hommes, combat de coqs. Le vassal tentait de rallier son Prince à son jugement mais contre toute attente, je fus surprise par la réaction du Seigneur. Je l’avais vu se déplacer à une vitesse époustouflante mais pas le guerrier. Peut-être était-ce due à la partie lycane qui nous liait. Lorsqu’il retroussa ses lèvres pour faire apparaitre ces canines, je ne pus soutenir cette vision, détournant le visage. Je détestais la violence et pourtant, j’allais devoir m’y habituer maintenant… ou peut-être jamais. Le vacarme qui s’en suivit me fit de nouveau tourner la tête vers les deux hommes. Des boucliers étaient tombés au sol durant leur altercation et le Seigneur de la Brancia reprit place dans son fauteuil. Un Seigneur dont je ne savais même pas le nom. Puis la discussion continua entre-eux. Je ne saisissais pas tout mais par contre des noms en ressortaient : Basarab, Osbern. Ils parlaient  aussi d’une fille. Encore une fois, j’étais totalement perdue dans cette histoire qui me dépassait. L’aversion que le vassal m’offrit en crachant à mes pieds ne trouva aucun écho en moi. Il était inutile de surenchérir ou de lui montrer ma fureur. Ma concentration se porta sur un autre mot : « Ucigas Lup », et j’en déduisis que cela pouvait se reporter aux loups. Je réfléchissais à ce terme avant d’en entendre la véritable signification : tueur de loups. Ce Fédor était sur le point de se retirer mais ne manqua pas de laisser son venin agir de nouveau sur moi dans une phrase bien placée. La lame d’un couteau fendit les airs, blessant le guerrier, accompagnée d’un dernier avertissement. Tout cela me laissa perplexe et inquiète. Je sursautai à la voix du Seigneur et à la coupe qu’il me plaça vivement sous le nez, reprenant le court de l’instant présent.

- Euh … Oui … tout de suite.

Je me redressai prenant la carafe d’hydromel. Mon regard se posa subitement sur le couteau avec lequel il avait découpé la pomme. Que ferai-je avec un couteau contre une horde de Vampires ? Pas grand-chose… La boisson coula dans sa coupe et je fis l’effort d’une boire une gorgée de la mienne. Il frappa dans ses mains, listant ses ordres, et  la sentinelle disparut aussitôt, étonnée par les directives tout autant que moi.

- Pourquoi devoir calquer le passé sur le présent et le futur ? Vous avez raison, ils ont été conditionnés à tuer des bêtes telles que moi … Mais les temps changent comme je vous l’ai dit. Je ne suis ni une guerrière, ni une politicienne. Qu’est ce qui fait que des peuples se battent les uns contre les autres depuis des siècles ? Parce que ces hommes qui sont à la tête de ces puissances sont aveugles. Et vous, vous ne l’êtes pas … Je baissai mes yeux, cherchant mes mots. Je vous remercie pour tout. Et sincèrement, je ne doute pas de ne pas être en sécurité dans votre lit mais votre couche manquerait de … piment … avec moi.

Le rouge empourpra mes joues au moment même où deux hommes entrèrent portant avec eux un lit qu’ils positionnèrent au pied du lit du Seigneur. J’étais sauvée par leur entrée car je me voyais mal continuer dans cette conversation personnelle. Deux femmes firent leur apparition à leur tour, habillant le lit de draps et de couverture. L’une d’elle déposa des vêtements pliés sur le coussin tandis que la seconde ressortait de la tente. Les deux hommes revinrent en tirant sur des roulettes une baignoire emplie d’eau, puis un paravent et deux seaux d’eau. Tous s’activèrent avec une rapidité bien étudiée puis seule la femme resta auprès de la baignoire. Donc, j’allais prendre un bain, juste là au milieu de la tente avec juste une séparation en bois et le Seigneur  de cette Chasse. Quelle aubaine !! Je suis toute émoustillée … Non c’est ironique, croyez-moi. Je dus faire un terrible effort pour parvenir jusqu’à ce paravent. La femme ne me regardait pas, elle attendait patiemment. Je retirai mes habits qu’elle fourra dans un sac. L’eau était tiède et tous les muscles de mon corps se détendirent au moment où je me laissai glisser à l’intérieur. Je me rappelai soudainement qu’il était là derrière cette séparation et que j’avais intérêt à m’activer dans mon bain. La mousse du savon recouvrit ma peau et mes cheveux et la femme versa l’un des seaux d’eau sur moi pour me rincer. Après plusieurs minutes, je sortis de la baignoire, une serviette nouée autour de ma poitrine, l’autre dans mes cheveux que je frictionnais énergiquement. La femme rappela les deux hommes et la baignoire, le paravent et tous les accessoires disparurent en un clin d’œil. Je pris alors conscience que le Seigneur me dévisageait et  que je n’étais toujours pas habillée. Je me raclée discrètement la gorge, essayant de trouver une idée de discussion. J’allais aussi devoir trouver le moyen d’enfiler mes vêtements devant lui.

- Qu’a-t-il dit lorsqu’il est entré ? Il a prononcé un certain mot … Erdélii    Vajd… Quelque chose dans ce genre-là ? Qu’est-ce que cela veut dire ?

Parle Anna, continue ou tu vas finir par te liquéfier sur le champ. Je lui tournai le dos, debout face au lit qui serait le mien. Il y avait une brosse à cheveux qui se trouvait sous la pile de vêtements. Doucement, je commençai à les brosser, réfléchissant à mes prochaines questions.

- Qui est ce tueur de Loups ? D’ailleurs pourquoi ce nom ? Vous n’êtes pas censé tuer les Loups aussi ? Alors pourquoi cet homme à plus d’intérêt que les autres ?

Je défis le nœud de ma serviette de bain la faisant glisser jusqu’à ma taille, lui dévoilant mon dos et la chute de mes reins. Je sentais son regard  sur moi et j’avais dû mal à canaliser mes gestes et mes pensées. J’attachai mon soutien-gorge pour enfin passer la longue tunique qui me descendait au-dessus des genoux. Je retirai complètement ma serviette, revêtant mon dernier sous-vêtement. La tunique possédait de longues manches bouffantes, une taille haute qui se positionnait juste sous mes seins. Un col large fermé par deux lacets que je tentais de nouer fébrilement tout en lui faisant cette fois-ci face. Je n’osais plus croiser son regard pour éviter une nouvelle fois de rougir comme une petite fille. Une nouvelle fois des hommes pénétrèrent sous la tente apportant avec eux divers plats qu’ils positionnèrent sur la table avant de nous souhaiter un bon appétit.

- C’est un repas pour dix que vos hommes ont déployé. Je ne mange pas autant, vous savez !

Je lui souris pour la première fois.
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Darkan Lupu

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MessageSujet: Re: {Achevé} Le Destin frappe toujours deux fois   Dim 14 Sep - 19:31






Il  avait eu un demi sourire en comprenant qu'elle n'avait pas forcément l'intention de coopérer et qu'elle était complètement étrangère à tout ce qui allait se passer. Elle avait dû vivre avec un clan très isolé, venu du fond des forêts, comme lui à l'origine. Mais le statut princier contraint l'homme à se civiliser quelque peu, et vivre dans un palais vous permet de savoir beaucoup plus de chose que lorsqu'on dort tapie sous les buissons. C'était presque dommage que Fédor soit arrivé à cet instant car, il avait interrompu quelque chose. Darkan avait senti un infléchissement chez la jeune femme. Non qu'il doutât de pouvoir venir à bout de son entêtement, mais, la voir argumenter pour s'en tirer au mieux était plaisant. Cela démontrait qu'elle était loin d'être lourdaude. Elle avait d'ailleurs repris la conversation là où ils l'avaient laissée, sitôt que ce monolithe de Fédor s'était retiré. Cela prouvait qu'elle avait de l'obstination dans ses idées. Et cela plaisait à Darkan. Il l'écoutait sans rien dire tandis qu'elle déglutissait avec peine quelques gorgées d'Hydromel. Un large sourire passa sur le visage aux traits virils, éclairant son regard d'un éclat facétieux.


- La flatterie n'a que peu d'effet sur les hommes des Carpates. Mais c'est bien essayé Anna... Je ne suis pas aveugle en effet... Et je ne partage pas ton point de vue quand au piquant que tu mettrais dans mes nuits. Je ne me fie qu'à mon expérience...pas aux paroles. Ne me remercie pas... Il est encore trop tôt et tu auras bien des occasions de le faire...

Les serviteurs revinrent bien trop vite au goût du Voïvode qui aspirait parfois à vivre quelques jours seul au fond des bois dans sa yourte. Mais ces braves serfs ne faisaient qu'exécuter les ordres d'un Maître, ordres que les seigneurs de Guerre devaient trouver très discutables. Il était vain de tenter de reprendre la conversation là où elle avait été interrompue, sitôt que les serviteurs s'étaient éclipsés car comme pour chaque bain d'une invitée du Maître, une suivante devait demeurer pour lui frotter le dos et lui masser les pieds avec des huiles émollientes.

Un sourire goguenard aux lèvres, car la rougeur de sa captive ne lui avait pas échappé, il s'était levé pour se défaire de son long manteau de peau bordé de fourrure qu'il avait laissé choir au sol comme un enfant désordonné, tout en songeant aux propos de son invitée. Il avait aussi entreprit de défaire ses chausses de cuir pour délasser ses pieds. Il aurait pu demander à Anna de le faire, plus tard, mais il lui tardait de se débarrasser de ses vêtements alourdis par la boue, la poussière et la sueur des chevauchées. Il préféra cependant différer car cela aurait sans doute interrompu le spectacle tout à fait agréable qui lui était offert. Les draps de bains en lin rugueux ne cachaient rien des courbes gracieuses de la la louve. Beaucoup de ses hommes auraient pensé "pourquoi faut-il qu'elle soit une chienne, alors qu'elle doit être si agréable à prendre ? " Lui pensait exactement le contraire. Heureusement qu'elle était une louve. Il en avait soupé de baiser des cadavres. Après tout c'est ce qu'étaient ses maîtresses immortelles, ce qu'ils étaient tous, ces Vampires autour de lui... tous... Anna était vivante, elle, et féconde. Était-ce à cause de sa double nature ? Il était loin de ressentir la répulsion que ses soldats ou lieutenants ressentaient pour la belle Louve. De fait, aucun n'aurait envie de s'en emparer pour autre chose que la mettre à mort. Dans les Annales de la Grande guerre de l'Ombre, il n'était fait état nulle part d'Immortels violant des lycans qu'ils soient hommes ou femmes. En revanche, l'inverse n'était pas rare et finissait en boucherie lors des nuits de pleine lune. Les lycans mâles pouvaient aussi bien copuler avec des congénères que des femmes humaines ou Immortelles. Ils ne s'embarrassaient pas de faire le tri quand leur taux de testostérone culminait, bousculé par les ondes de la Lune. Il n'en avait que trop de souvenirs précis de ses orgies égyptiennes ces nuits-là. Paradoxalement, le fait d'avoir été mordu par un vampire avait un peu discipliné sa libido débridée. Mais les Vampires avaient une aversion irraisonnée pour la chair des femmes lycans, fussent-elles des beautés comme cette fille. Darkan voyait bien que ce n'était pas feint, ni forcé simplement pour humilier Anna, de leur part. Alors pourquoi pas lui ? Il était pourtant vampire. Était-ce le loup qui appréciait la louve en lui ? Probablement. Alors que son esprit battait la campagne, ses yeux s'attardant sur la courbure des hanches et descendant jusqu'aux mollets pour s'arrêter aux attaches des pieds délicats, la voix de leur propriétaire le rappela à une réalité qui promettait d'être plaisante.


- Ne te soucie pas d'Illitch, c'est un excellent guerrier mais un piètre négociateur. Il m'a juste appelé par mon titre, Prince des princes. Sa loyauté n'est pas contestable. Il manque juste d'envergure...

Il s'arrêta de parler pour l'observer du coin de l’œil alors qu'elle hésitait à se vêtir des vêtements mis à sa disposition, préférant brosser ses cheveux qui cascadaient sur sa croupe. Si elle était en train de payer le prix de sa survie, elle ne se débrouillait pas mal.

- Ce tueur de loups a été nommé ainsi à une lointaine époque, parce qu'il a décimé toute ma famille. Comme tu ne le sais peut-être pas, je suis Darkan Lupu. Ma famille est la plus ancienne de Moldavie. Mon ancêtre a fondé cette nation. Il était le gardien de la porte de l'Est avec ses gens. A une lointaine époque, les humains vivaient dans la terreur. Tu vas me dire que rien n'a changé. Mais c'était bien pire. Rien n'arrête un lycan transformé. Même une horde de vampires. Les humains étaient massacrés et rarement transformés. Le peu qui l'était survivait rarement à la morsure. A cette époque les Lycans étaient forts et furieux, enragés. Regarde Fédor. Il n'est pas vraiment bon orateur. Pourtant on peut discuter avec lui. Tu pourrais discuter avec lui. Il t'insulterait avant de te tuer, mais il te parlerait. A cette époque, les Lycans étaient un bien pire fléau que le pire des  Vampires maintenant. Ils ne raisonnaient pas, semblait-il. On ne pouvait rien négocier avec eux. C'était des bêtes...Profondément en colère contre tout ce qui vivait. Ils arrivaient telles des nuées, dévoraient, déchiquetaient, gaspillaient, sans même penser au lendemain. Il leur fallait détruire. Plus tard, bien plus tard, l’Église a vu en eux des Démons. Puis, au fil du temps, ils se sont mêlés aux humains, forniquant avec leurs proies et, peu à peu le sang lycan s'est dilué, donnant des enfants lycans mais plus "humains" dans leur façon de penser. Ma famille a toujours été chargée de défendre la Moldavie contre leurs attaques. Le loup est devenu notre emblème et nous avons pris son nom. Mon frère et moi avons hérité du titre. Mais ma nature a été découverte dès ma naissance car je n'ai pas été transformé. Je suis né Lycan. Mon clan m'a banni. J'étais... Ce qu'ils combattaient. Ucigas Lup, lui, a massacré tout mon clan et leurs vassaux. Il aurait continué à éradiquer tous les sujets moldaves si je ne l'avais pas arrêté.

Il se tenait à présent derrière elle, le regard encore flamboyant à l'évocation des boucheries de son Infant. Il était si près que son souffle faisait voleter les cheveux sur la nuque de la jeune femme. Lorsqu'elle se retourna, bataillant avec le lacet de sa tunique, il esquissa un geste pour l'aider à les nouer mais les aides de cuisine apportaient des cuissots et des plats de fèves bouillies trempant sans une sauce au sang et quelques truites farcies le tout complété de rouet d’épeautres et de pommes caramélisées. Il reconnut aussi dans le broc en terre estampillé de l'ours, son hydromel préféré. Au moins aux cuisines , ils n'avaient pas rechigné à satisfaire ses demandes, ni fait les choses à moitié.

- On dit qu'un prisonnier ne meurt jamais de manque de nourriture chez nous et je me plais à perpétuer cette tradition.  Tu vas manger. Ta journée a été éprouvante. La mienne chargée. Nous irons dormir tôt pour être dispos aux aurores. Demain le camp se déplace vers Paris. Assieds-toi et reprends des forces. Je vais t'expliquer pourquoi, si ton idée de rallier les Lycans et les Vampires pourrait être bonne, elle est utopique

Le raisonnement qu'elle avait développé n'était pas sans intérêt dans l'absolu. Il avait haussé un sourcil, fait des yeux ronds et failli éclater d'un rire tonitruant, les deux fois où elle avait évoqué ce scénario, tant  il trouvait l'idée  insensée. Mais chaque fois leur conversation avait été interrompue.

- Les Lycans ? Se lier à nous ? Les Vampires accepter de combattre aux côtés des Lycans puants ? Ils n'accepteraient même pas de partir en guerre montés sur ces chiens, quand bien même tous leurs chevaux seraient crevés. Lorsque j'étais enfant, ils en avaient trouvé un qui se terrait dans une grotte. Enfin, on n'a jamais été certain qu'il était un loup-garrou, car il n'a pas eu le temps de se transformer, ils l'ont ... écartelé puis éviscéré. Ensuite, seulement, ils l'ont décapité. Juste parce qu'ils pensaient que c'était un métamorphe. Parce qu'il avait été vu avec une meute de chiens mi loups. Tu n'imagines pas la haine viscérales que nous éprouvons pour vous...qu'ils éprouvent pour des êtres tels que nous.

Elle était en train d'énoncer une abomination et pourtant, il y avait peut-être en cette hypothèse la seule issue possible pour réconcilier les deux héritages qui sommeillaient en lui. Et même, il l'avait entrevu instinctivement, une magnifique opportunité de régner sur les deux races. Il était peut-être le seul à posséder les deux mutations conjuguées et ses enfants la porteraient aussi, s'il n'était stérile comme tous les vampires... Ses yeux s'étaient portés sur l'âtre où un bon feu était toujours entretenu en prévision du retour du Seigneur. Son regard s'était perdu dans la danse des flammes. Et il avait murmuré:

- Je ne suis pas mort... Je suis vivant... Il n'a pas pu me tuer complètement, il n'a pas pu à cause de ce que je suis ... Je suis vivant, vivant...

Cette fille était naïve mais elle avait une certaine intelligence et, elle aussi, était vivante. Il lui servit un verre plein d'hydromel et remplit son assiette de viande et de légumes en souriant.


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MessageSujet: Re: {Achevé} Le Destin frappe toujours deux fois   Dim 14 Sep - 21:57

La flatterie mais quelle flatterie ? Ce Prince se trompait sur mes paroles. C’était plutôt de la diplomatie et du savoir-vivre que je venais de faire usage mais pas ce genre de bassesse juste pour qu’il m’accorde la vie ou je ne sais quoi d’autre. Je ne relevai pas sa réflexion. Il était inutile pour le moment d’en dire davantage. J’étais sa prisonnière. Une chienne comme son homme de main, nommé  Illitch, m’avait surnommée. Et dorénavant, j’allais devoir payer le prix de ma survie dans un clan qui n’était pas le mien. Une transformation que je n’avais pas souhaité ni cette nouvelle vie d’errance, ballotée entre un monde où survivait les humains face à des créatures puissantes, les Vampires. Une place que je ne trouverai jamais dans cette Chasse mais encore moins parmi les humains. Au premier signe de mécontentement, je me verrai égorger par ses hommes. Ce n’était pas cette nuit que je pourrai réfléchir à tous les tenants et les aboutissants. J’avais fuis mon clan pour ne pas leur faire du mal car malgré ma nouvelle nature, il me restait encore cette partie d’humanité en moi. J’étais tombée entre les mains de Vampires qui exécraient les Lycans. Et moi dans tout cela, qu’est-ce que je ressentais ? Une grande lassitude et une sorte de tristesse et de solitude parce que j’étais seule … Peut-être pas tout à fait car Lui, il savait ma nature. Il me comprenait parce qu’il était en partie comme moi. Mais un tel lien entre nous deux, qui sommes si différents, si éloignés de par les expériences de la vie et de notre vision du monde, pourrait-il durer ? Pourrait-il évoluer ? Je n’étais là que pour servir ses dessins et lorsque je n’aurais plus aucune utilité à ses yeux, il en sera terminé pour moi.

Il avait aussi tort sur un autre point : je n’étais pas une de ses maitresses qui connaissait tout l’art d’éveiller le plaisir et le désir chez un homme, à lui donner des gémissements et des orgasmes toute une nuit. J’étais tellement loin de ces femmes qui devaient partager sa couche chaque nuit. Je n’avais pratiquement aucune expérience en la matière et quand je lui avais dit que ses nuits n’auraient aucun piquant, c’était bien par rapport à ça. Soyons honnête ! J’ai grandi dans un petit campement. Une sorte de grande famille qui n’a cessé de voyager, de se déplacer pour échapper à leurs bourreaux. Les fiançailles et les mariages arrangés c’est encore très courant mais  j’avais toujours tenu tête à ma mère pour m’éviter une vie avec un homme que je n’aimerai pas. J’aurai pu relever ce détail, le mettre sur la voie mais les serviteurs s’employèrent à casser ce moment entre nous deux, m’apportant un bain bien mérité.

Une femme m’aida à laver mes cheveux, à masser ma nuque et mes pieds avec des huiles émollientes et essentielles. C’était tellement irréel : moi dans le clan de Vampires en train de me faire chouchouter. Autant dire qu’on me préparait pour la guillotine. On me donna tout le temps de savourer cette pause avant de sortir de l’eau encore tiède et de m’enrouler dans un drap de lin. Le panneau  et le bain disparurent aussi rapidement qu’ils étaient arrivés, me laissant seule avec ce Prince. Sur ma couche, on avait disposé des vêtements. Des habits que je fixais avec intensité tout en réfléchissant à comment j’allais pouvoir me dévêtir devant lui pour les passer. Il fallait que je poursuive la discussion pour me donner le courage de retirer mon drap que j’avais fait glisser autour de ma taille tout en lui tournant le dos. Je commençai alors à brosser mes cheveux tout en lui demandant quelques informations supplémentaires. Sa voix me sécurisa mais ne me demandez pas pourquoi. C’était ce que je ressentais ou plutôt ce que la louve grondait au creux de mon ventre, comme si elle aussi elle m’incitait à relâcher la pression de mes muscles et à écouter l’histoire de … Darkan Lupu.

Je connaissais enfin son nom même si celui-ci n’avait rien de familier pour moi mais au moins je pouvais dorénavant l’identifier. Je restai silencieuse tout en m’évertuant à m’habiller et à écouter son récit. Je tentais de m’imaginer les scènes et les images qu’il me décrivait, de son clan, de cette chasse aux Lycans, de cette terreur encore bien plus présente qu’à notre époque. Si j’arrivais petit à petit à rassembler tout cela comme des pièces d’un puzzle qui s’emboitaient l’une dans l’autre … son aveu sur sa naissance m’arrêta dans le laçage de ma tunique. Son frère était donc humain mais lui, il était né Lycan. Son souffle dans mon cou me donna des frissons, une nouvelle fois, de le sentir si proche de moi. Je me retournai pour lui faire face, et au moment où il esquissa un geste envers moi, d’autres serviteurs se firent annoncer, apportant le festin de leur Prince. Je soupirai nerveusement, m’activant à attacher ces fichus lacets une fois pour toute. Je pris place à la table qui avait été dressée pour nous deux, m’installant à l’autre bout. Je n’avais jamais vu autant de nourriture sur une seule et unique table. Même si je n’avais jamais manqué de rien, la nourriture était parfois difficile à trouver surtout par temps d’hiver.

J’observai tour à tour les plats qui sentaient très bon et mon assiette vide pour l’instant. Je n’avais pas encore repris la parole, l’écoutant toujours avec attention. A mon avis, Darkan n’était pas homme à discuter ainsi avec une inconnue alors, je faisais attention à emmagasiner tout ce qu’il me disait.  Mon idée d’union entre les races s’avérait être très utopique pour une personne telle que lui. Sauf que moi, je n’avais pas connu toutes les horreurs du passé et que je voyais peut-être l’avenir d’un œil plus neuf que lui. J’allais prendre la parole quand son murmure me coupa dans mon élan. J’avais bien entendu ses mots, j’aurai même pu les répéter à haute voix. Son regard revint sur moi tandis qu’il remplissait mon assiette de mets succulents et mon verre d’hydromel. Je pris mes couverts m’efforçant de couper la truite avant de tout reposer.

- D’accord, ma vision peut vous paraitre utopique. Je n’ai pas votre vécu des guerres, ni encore celui des vieilles légendes. Mais l’Histoire avec un grand H  n’est pas qu’un cercle que l’on dessine à l’infini et qui se répète. Changer les visions et les mœurs c’est complexe, je n’en doute pas. Mais si vous n’essayez pas, comment savoir si ce que j’avance est donc utopique ? Les Lycans ont disparu depuis des siècles et je suis là, à présent face à vous. Si chaque groupe met un peu du sien, qui vous dit que les comportements de changeront pas ? Oh, je ne suis pas là en train de vous dire que les deux races deviendront les meilleurs amis au monde ! Non, non, pas du tout … Mais se tolérer, ça serait déjà un grand pas. Il y a des pactes pour ça. Vous êtes un grand Prince. Vous comptez mener une nouvelle guerre contre ces Lycans qui se réveillent et qui agrandissent leurs meutes ? Si ces démons furieux et enragés désiraient autre chose aujourd’hui ?  

Je pris enfin le temps de savourer la truite. La cuisine était vraiment délicieuse et par moment on entendait que le bruit de nos couverts et de nos assiettes, agrémenté par le petit crépitement des flammes non loin de nous.

- Vivant … ?  Je m’apprêtais à marcher sur un terrain encore plus inconnu et plus personnel, lié au Prince. Votre double …  Je me raclai la gorge pour éviter de prononcer le mot « nature » et éviter que l’on m’entende. Je savais que des hommes garder la tente de leur maitre donc autant être discrète. Vous a aidé à garder votre humanité … comme moi. Celui qui vous a fait ça, qui vous a mordu, connaissait-il votre …première nature ?  

Je jetai un œil aux lourds rideaux qui barraient la tente de Darkan avant de revenir poser mes yeux sur lui, me penchant légèrement.

- Les vampires me reconnaissent à mon odeur. Moi, j’aperçois autour d’eux une sorte d’aura donc par déduction, il aurait dû sentir votre … différence. Vous a-t-il engendré dans un  but bien précis ? Vous vous n’êtes jamais posé cette question ? Un seigneur de la guerre portant les deux … mutations.  

Je n’étais pas curieuse de nature mais j’avais ce besoin d’apprendre ce que je ne connaissais pas, savoir davantage sur ce que j’étais, cette seconde nature en moi et cet homme qui dominait les vampires alors qu’il gardait en lui une part lycane et un peu d’humanité. Les Vampires étaient des créatures mortes. Moi, je ne l’étais pas et lui non plus. Et à cet instant précis, je me demandais si sa peau était froide ou bien avait-elle gardé cette qualité comme la mienne ? J’avais dépassé mes limites, je m’en doutais, recommençant à manger le reste de mon assiette. Je me souvenais alors qu’il avait énoncé un départ demain matin aux aurores.

- Qu’allez-vous faire à Paris ? C’est une ville que mon clan a toujours évité et je ne la connais pas. Vous allez m’enfermer dans une cage pendant le voyage ? Et après, une fois arrivée à destination, qu’est- ce que je vais devenir ? S’il y a d’autres Lycans autour de nous, ils me sentiront comme ils le feront avec vous. Ne déclenchez pas une bataille sanglante s’ils prennent connaissance que je suis votre prisonnière. Je resterai avec vous comme une sorte de tribut mais n’ouvrez pas les hostilités… S’il vous plait. J’aimerai savoir si d’autres Lycans viendront et pourquoi ils réapparaissent maintenant. Il y en a bien un qui se souviendra de m’avoir mordue … Vous m’avez dit que peu d’humains survivaient à la morsure d’un lycan, alors pourquoi moi j’ai survécu ? Ils peuvent peut-être me donner des réponses à toutes ces questions et peut-être aux vôtres aussi …  
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Darkan Lupu

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MessageSujet: Re: {Achevé} Le Destin frappe toujours deux fois   Lun 10 Nov - 20:54



Darkan l'observait du coin de l’œil tandis qu'elle parlait en faisant honneur aux mets qui lui étaient servis. Cette fille apportait décidément une nouveauté dans son univers. Jamais il n'avait connu femme aussi bavarde ou audacieuse. Il allait de surprise en surprise avec elle. Non qu'il pensât avant de l'avoir croisée, que les femmes n'avaient pas d'idées ou d'opinions sur les divers sujets qui agitaient l'esprit des hommes. Darkan, bien qu'endurci par les épreuves et les batailles qu'il avait dû mener pour récupérer le rang estimé par lui légitime, était un être doué de réflexion loin d'être borné. Sa connaissance des femmes, leur fréquentation et leur observation assidue l'avaient mené à penser qu'elles avaient un esprit tout aussi affuté que les hommes et peut-être même plus dans certains domaines. Cependant, jamais aucune d'elle ne s'était avancée à donner son avis sur un sujet politique. La politique et le pouvoir étaient des affaires de mâle, même si parfois les femmes tiraient les ficelles dans l'ombre. Anna, elle, avançait des idées, les défendait ouvertement, contredisait, argumentait, se permettait de conseiller. Il s'essuya les lèvres du revers de la main après avoir dévoré une cuisse de poularde et répondit:

- L'Histoire ne se répète jamais, tu as raison. C'est un peu comme les forêts du monde entier. Chacune est différente mais elles ont en commun d'être constituées d'une multitude d'arbres. L'Histoire du monde est comme un long fleuve qui s'écoule de sa source jusqu'à la fin des temps mais au fil du courant, certaines choses restent immuables. Par exemple, l'eau va toujours de l'amont vers l'aval. On ne verra jamais un flot gravir une colline. De même, les Lycans ne viendront jamais à la rencontre des Vampires. Une proie ne s'associe jamais à son prédateur. C'est viscéral. Si une sorte de trêve provisoire était conclue, ce serait déjà contre nature. Les Vampires ont été crées pour éradiquer les Lycans, ainsi est la Légende que mes ancêtres se sont transmis. Je la connaissais avant même d'en devenir un. Et quand ... cela s'est fait... Le flot des paroles se fit hésitant, le regard vague, comme si les souvenirs de cette abomination s'animaient sous les yeux du Voïvod. Une double déchéance s'est abattue sur moi. Celle de l'homme que je tentais d'être, qui se retrouvait transformé en vampire, et celle de la créature que j'étais, qui se retrouvait proie de son prédateur. Les Hommes, ma famille, mon clan, les Lupu, m'avaient déjà banni pour ce que j'étais à ma naissance. Et je m'éloignais encore davantage d'eux, frappé par une double monstruosité. L'homme en moi achevait de mourir et le ... loup se débattait en refusant cette infection contre nature pour lui.

Il se leva pour aller jusqu'au tas de bois empilé à côté de l'âtre central, y prit une bûche et la lança dans les flammes comme s'il s'était agi d'une branchette puis revint s'asseoir en face d'Anna.

- T'a-t-on déjà raconté l'agonie douloureuse d'un mortel qui vient d'être mordu par un Immortel ?  Sans doute. Qui ne connait pas ces récits d'une mort lente et atroce lorsqu'on sent tous ses organes se figer dans l'éternité, ses poumons cesser de fonctionner, le cœur battre son dernier spasme et l’asphyxie progressive nécroser ses entrailles ? Ce sont des récits qui alimentent les veillées de nos Chasses. Chaque vampire en a sa propre version. Mais elles ont toutes en commun la sensation d'un atroce supplice. Ucigas Lup, mon Infant le plus sanguinaire, disait que le Vampire payait en cette agonie, l’acompte pour les horreurs qu'il allait commettre dans la suite de son immortalité. Souvent, il concluait un massacre de son rire dément, en disant " j'ai versé un si cher acompte au lit de la douleur, que je n'aurai assez de toute mon existence pour épuiser mon crédit." Dans ces moments-là, je maudissais le jour de ma transformation.

Elle écoutait, silencieuse pour le moment, le regard fixant le feu qui brûlait derrière lui, comme si le tableau décrit par des mots s'animait dans la danse des flammes. Il poursuivit en chuchotant, comme une sorte de confession.

- Un homme souffre et meurt de devenir Vampire. Une bête telle que moi ... souffre et se bat, résiste et, faisant cela, elle décuple la douleur. Je n'ai jamais entendu parler d'un homme ayant survécu à une double morsure. C'est comme si une seule âme ne pouvait subsister à l'épreuve des deux malédictions conjuguées. Mais je n'ai jamais été humain, je suis né ce que tu es et ce que j'étais a combattu le néant. Je pense que je me serais jeté dans les eaux du Nil, si mon frère n'avait été là pour m'enfermer dans un vieux tombeau, me murer pour ainsi dire, le temps que mes hurlements cessent. Il s'était écoulé près de deux semaines. Mes deux natures se combattaient à l'intérieur de moi. Le vampire voulait tuer l'autre. Mais je ...

Il aurait voulu lui dire qu'il y avait autre chose qui le possédait alors et s'était interposé pour le maintenir en vie, quelque chose qui avait imposé à l'Immortel de laisser la bête en paix, et de la cacher peut-être. Mais comment expliquer sans paraître totalement fou, qu'une voix parlait alors dans sa tête et lui faisait faire ce qu'elle désirait. Comment expliquer qu'il LUI était possible d'être encore plus déchainé que le plus puissant des Immortels et de semer à la tête d'une poignée d'Infants, le chaos et la désolation sur son passage, au point de décimer les campagnes ? Comment faire entendre à cette fille, qu'il y avait eu quelque chose en lui, qui à cette époque hurlait son désir de vengeance à la face de l'Humanité toute entière ? Que depuis, cette entité l'avait déserté et qu'il la cherchait depuis des siècles en vain ?

- ... J'ai finalement survécu et réussi à faire de cette double malédiction une force... Je pense qu'il savait... Celui qui m'a fait cela, il m'a testé en se jetant sur mon frère. Il voulait voir ma réaction ... C'était ... j'ai senti la bête gronder en moi mais ce n'était pas la bonne nuit pour elle... Je n'avais pas la force nécessaire pour repousser  ce ... Vampire et de toute façon je n'aurais pas voulu...  Il avait quelque chose qui émanait de lui... et excluait tout refus. J'ignore à quel grand dessein j'appartiens et pourquoi je suis tel que je suis, mais je m'efforce de l'utiliser à mes propres fins.  J'ignore si cela me donne naturellement une légitimité commune, mais ce qui est certain c'est que cela me confère une force qu'aucun vampire ancien n'a pu contrer.

Ayant mangé à satiété, il repoussa son assiette et frappa dans les mains. Aussitôt un garde fit son entrée en écartant la porte en poil de yack.

- Radu, tu vas dire aux chefs des clans que je les veux réunis dans la tente du Conseil après mes ablutions à la rivière.

- Bien Mon Prince, je dis à votre esclave de vous apporter le nécessaire au bain, et au Kende d'apporter votre tenue.

Il acquiesça et ordonna:

- Que l'esclave apporte aussi un manteau et des bottes en peau à mon invitée. Les nuits sont encore fraîches et elle va m'accompagner !


Le garde s'éclipsa et Darkan se tourna vers Anna.

- Tu auras la réponse à certaines de tes questions devant le Conseil de mon état-major. Mais avant, je vais me rendre digne de paraître devant le Kendé et de revêtir mon habit de Gyula. Je dois me débarrasser de la puanteur de la ville et de la poussière des chemins. Tu vas m'accompagner... Nous continuerons ainsi cette conversation car j'ai aussi beaucoup de questions à te poser, et pour tout dire tant que je t'ai sous les yeux, cela t'évite des tentations d'escapade qui pourraient te coûter la vie.

A peine avait-il fini sa phrase qu'une jeune fille humaine arrivait chargée d'un panier, d'une paire de bottes et d'une longue cape en fourrure. Elle s'inclina, posa les bottes au pied de l'invitée et tendit le manteau non à Anna mais à Darkan qui s'en saisit et le plaça sur les épaules de la louve. Puis il écarta la tenture en peau de yack et fit signe aux deux femmes de le suivre. Il contourna la yourte et se dirigea vers la lisière du bois. Quelques mètres en contrebas, coulait une rivière qui formait un coude. Sur la rive, un vieillard attendait près d'un arbre où était accrochée une tenue de combat composée d'une armure à plaques et d'une vaste cape vert foncé sur laquelle était brodée une tête de loup. Des jambières en métal posées à côté complétaient l’apparat. Le vieux d'un âge canonique psalmodiait des paroles hermétiques en aspergeant la tenue avec une branche de chêne. Avant même d'avoir vu Anna, il marmonna sans se retourner.

- Trois combats pour un Gyula ... Les Grandes Chasses devront être convoquées... Si tu la laisses vivre il faudra en payer le prix !

Darkan semblait ne plus se soucier que les deux femmes le suivent, mais fronça les sourcils à cette évocation. Il s'agenouilla devant le vieillard et prit la main noueuse pour la poser sur le sommet de sa tête.

- Vénérable, je suis le Gyula de cette Chasse, je pèse mes décisions. Fais que les esprits me guident dans mes choix pour les Clans.

- Fils, je suis le Kendé. Vas te retrouver dans la pure eau qui court sur la colline.

Le Moldave se releva puis se dévêtit lentement et c'est nu comme au premier jour qu'il entra dans les eaux vives qui couraient entre les rochers.
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MessageSujet: Re: {Achevé} Le Destin frappe toujours deux fois   Mar 11 Nov - 14:12

Les flammes crépitaient dans l’âtre tandis que j’écoutais, silencieuse, le regard perdu dans le feu,  le Seigneur de ce clan me conter son histoire. J’avais toujours été curieuse du monde qui m’entourait, des légendes et du savoir. J’écoutais, à la fois émerveillée et terrifiée, les étapes par lesquelles il était passé pour devenir ce qu’il était aujourd’hui. Je mangeais l’assiette qu’il m’avait servie, goutant aux divers plats que les domestiques avaient apportés pour leur maitre. Son histoire était incroyable, horrible, triste. Je passais par toutes sortes d’émotions alors que je m’abreuvais de ses mots. Je ressentais son agitation, son trouble, son bouleversement entre chacun de ses mots. Bien plus que cela, j’avais aussi cette nette impression que la Lycane tapie au creux de moi écoutait le récit avec la même attention que moi, bienveillante et triste face à cette partie du lycan qui sommeillait en lui. Cette confusion ne m’aidait pas à garder les idées claires mais je ne perdais pas pour autant une miette de ses souvenirs et de son expérience. Je n’avais aucune intention de le couper par mes interrogations. Il était transporté par son histoire douloureuse et vibrante que j’en avais mal pour lui. D’ailleurs qu’aurai-je pu ajouter à tout cela ? Lui dire que je compatissais ? Cela pouvait être mal perçut de sa part.

Comment pouvait-on vivre avec cette double nature en soi ? Qui serais-je si un jour je me fais mordre par un Vampire ? Aurai-je à subir cette horrible épreuve entre les deux natures qui tentent de se côtoyer l’une et l’autre ? Je ne préférai même pas y penser. J’avais terminé mon assiette, me calant doucement contre le dossier de la chaise. J’aurai voulu trouver les bons mots pour apaiser les tourments de son passé mais j’étais impuissante. Je ne pouvais qu’être spectatrice et confidente d’un tel secret. Mais pourquoi me racontait-il tout cela ? N’étais-je pas une inconnue et une menace à ses yeux ? Devrais-je me méfier de lui alors que pour une raison qui m’échappait encore, la Lycane en moi paraissait calme et en sécurité ? Peut-être que je déchiffrais encore très mal le comportement de ma double nature, peu encline à se dévoiler quand j’étais sous ma forme humaine. Un bruit sourd me fit sortir de mes pensées. Il venait de frapper dans ses mains et un domestique apparut aussitôt derrière la porte. Il ordonna  des instructions sur une sorte de réunion, d’un bain et je ne sais quoi d’autre. Lorsque le serviteur disparut, il seigneur m’apporta des précisions.

- Le Conseil de votre État-major ?! Ça implique ma présence parmi vous, n’est-ce pas ? Ça ne serait pas plus simple pour vous, de me laisser m’enfuir ? Regardez ce qui est en train de se dessiner ? Même si je reste votre prisonnière, jusqu’à quand vivrai-je avant qu’un de vos hommes se jette sur moi ? Je peux être un beau butin mais vous savez aussi qu’à long terme cela ne suffira plus. Vous vous mettez en danger vous aussi … Une fuite de ma part … et vous aurez beaucoup moins de soucis …

Sa double nature que ses hommes ne connaissaient pas. C’était une notion qui m’échappait là aussi. Moi j’avais pu ressenti l’odeur du loup. Les Vampires avaient reconnu celle de la Lycane en moi. Mais ils étaient incapables de la percevoir en leur Maitre. Je me levai à mon tour quand l’esclave arriva avec les bottes en peau et le manteau que Darkan me plaça directement sur mes épaules. J’enfilai les chaussures et je le suivis, tout comme son esclave à l’extérieur. Le froid me frappa soudainement. Je ressentis sa morsure sur mon visage, resserrant les pans du manteau autour de mon corps.  Le petit chemin qu’on emprunta nous éloignait du campement. De petites torches guidaient nos pas jusqu’à une étendue d’eau et une silhouette qui psalmodiait des paroles incompréhensibles. Une tenue, non … une armure se tenait là et tandis que je découvrais les étoffes et la parure, Darkan s’agenouilla devant le vieillard, échangeant quelques mots. Mon regard coula vers l’esclave qui resta imperturbable. J’aurai bien aimé qu’elle me parle, qu’elle m’explique ce qui allait se passer mais elle se contenta d’admirer le corps de son maitre qui se dénudait sous ses yeux … et les miens aussi. Le rouge me monta aux joues, me détournant subitement de cette vision. J’avais vu peu d’hommes nus. Non en fait, je n’en avais vu qu’un. Celui qui était destiné à être mon fiancé. Là … c’était bien différent. Il était musclé, beau comme un Dieu, des fesses … Oh non, non ! Je chassai mes pensées loin de moi, sursautant à la voix du Sage.

- Fille de la Lune… Les épreuves ne font que commencer et avec elles, des choix à venir. Qui es-tu ? Que veux-tu de Lui ? Rien ne sera plus jamais comme avant si tu restes là…

- Pardon ? … Je ne veux rien … Je suis surtout perdue par tout cela … Je ne comprends pas ce que vous racontez …

- Je suis le Kendé … sais-tu ce que cela veut dire ?

- Non, fis-je en me recroquevillant dans le gros manteau pour me réchauffer de la fraicheur de la nuit.

- Je suis considéré comme le chef religieux de cette chasse. Lui, c’est le …

- Le Gyula … le Seigneur militaire dis-je en tournant mon visage vers l’étendue d’eau éclairée par une lune pas encore entièrement ronde. Il se tenait là, dos à moi et mes yeux admirent le corps imposant et puissant de Darkan. Je crus en cet instant précis entendre un grondement semblable à un ronronnement provenant de mon propre corps, comme un écho de la créature qui vivait en moi. Je ne savais pas comment décrire et traduire cette réaction étrange

- Tu apprends vite. Ton esprit est vif et curieux. Que connais-tu de tes dons ?

- Mes dons ? Je n’en ai aucun excepté le fait de me transformer les nuits de pleine lune et de ne me souvenir de rien durant ces heures.

Le vieil homme dessina alors quelque chose dans la terre à l’aide de son bâton. Un premier symbole apparut alors à la lueur des lanternes placées autour de nous. A première vue, cela représentait un grand A. L’homme commença alors son explication.

Spoiler:
 

- Alpha. Dans la Tradition mystique, l’Alpha désigne la Semence divine, le Point de départ de l’Émanation et du trajet évolutif. Au plan systémique, elle désigne le Feu sacré ou la Puissance de l’Amour créateur, qui commence et finit les Rondes créatrices, pour lancer éternellement un nouveau cycle évolutif toujours plus achevé. Ici, l’Alpha est le guerrier le plus  puissant d’un clan. Celui à qui on voue allégeance et soumission.

- Darkan.

Il acquiesça d’un bref hochement de tête, dessinant à côté du premier symbole, un second qui lui représentait un O.

Spoiler:
 

- Oméga. Cette lettre est synonyme de fin d’un périple évolutif ainsi qu’au Point de Réintégration dans la Source divine.  Il s’agit du fruit par opposition à la semence.  Il implique souvent le geste d’héroïsme par excellence, le Sacrifice des sacrifices. Alpha et Oméga sont les deux membres des Flammes jumelles. Lorsqu’on les dessine ainsi, tout devient plus clair.

A côté des deux premiers symboles, il en esquissa un troisième qui unissait les deux lettres. Parfois, j’osais observer le Seigneur de la Chasse de Brancia toujours nu dans cette eau presque divine. Mais les paroles de ce sage m’accaparaient beaucoup trop pour pouvoir profiter de la vision du Gyula. Je revins sur les deux symboles entrelacés.

Spoiler:
 

- Elles symbolisent ensemble le Premier et le Dernier, le Commencement et la Fin, évidemment, sans oublier ce qui se déroule ou se produit entre les deux extrêmes.  Il s’agit du Tout qu’on peut percevoir dans ses deux aspects polaires : le masculin et le féminin.

Il pointa le bout de son bâton vers moi, tentant de comprendre où il voulait en venir.

- On nait Alpha, on devient Oméga. N’as-tu jamais ressenti les conflits des gens autour de toi depuis ta morsure ?  N’as-tu jamais tenté d’apaiser les désaccords ?

- Vous êtes en train de me dire que je suis une … Oméga ?

- Les Omégas sont très rares et ils sont recherchés par les Seigneurs et les Rois. Avoir un tel don auprès de soi entraine moins d’opposition dans les dialogues. Ta meute te cherchera car tu es précieuse … pour eux … autant que pour Lui. Mais ses hommes ne le verront pas de cette façon-là … Tu es un danger pour sa légitimité !

Je restai sans voix, emmagasinant tout ce qu’il venait de me révéler, toutes ces informations qui façonnaient mon futur et ces choix à faire dont il m’avait parlé au tout début. Des mouvements sur ma gauche me sortirent de mes réflexions, apercevant l’esclave s’approchait auprès de son maitre qui venait de sortir de son bain. Etait-il au courant de ces symboles ? De leur indication ? De ce que j’étais ? Ce que cela impliquerait pour lui et pour moi ? J’étais une Oméga et j’avais encore du mal à croire en toute cette histoire. J’avais le pouvoir d’apaiser les gens … et toutes les créatures. En étais-je capable ? Le voulais-je vraiment ? Et ce vieillard, ne venait-il pas par un sous-entendu me dire qu’il était préférable de disparaitre pour éviter à Darkan des ennuis ? Je détaillai les alentours, la campagne, les coins sombres. Je n’aurai aucune chance face à de tels prédateurs …
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Darkan Lupu

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MessageSujet: Re: {Achevé} Le Destin frappe toujours deux fois   Sam 13 Déc - 22:48


Il aurait voulu lui parler encore. Partager ses confidences après qu'elle eût entendu les siennes. Mais il aurait dû savoir que, même au bain, un Seigneur ne s'appartient pas, surtout lorsqu'il a acquis un statut implicite de souverain dissident. Pour les Chasses de l'Est, qui regroupaient l'essentiel des Vampires anciens de la première heure, appartenant à une époque où le coucher du soleil signifiait la fin de l'activité humaine et l’avènement des terreurs nocturnes, des croyances anciennes, Darkan Lupu incarnait l'altérité face à un pouvoir centralisateur qui méprisait les particularismes, foulait au pied le code d'Honneur ancien et n'avait aucune connaissance des origines même de sa propre nature. L'Europe de l'Ouest avait toujours pensé différemment parce qu'elle appréhendait la frontière entre la vie et la mort de façon très différente de l'aire slave. Quand la façade occidentale de l'Europe était tendue vers l'Ouest et ses promesses de Terre Nouvelle bientôt découverte, l'Est de ce même continent se débattait contre l'envahisseur ottoman et aussi contre une main invisible qui avait commencé à étrangler l'Humanité ainsi que les créatures surnaturelles qui se dissimulaient en ses rangs.

Ainsi l'Europe, au grand bal du Destin, prenait part à la danse en arborant double visage. Celui d'une conquérante et celui d'une promise qui refuse de plier le genou devant les Janissaires d'un Sultan. C'est dans cette Europe que Darkan était né et il incarnait l'espoir ancien d'un royaume apaisé où l'on cultive son champ sous le ciel de printemps, le moissonne sous le soleil d'été, rend grâce à son Seigneur durant l'automne en s'acquittant de son impôt et en envoyant son aîné faire ses armes dans la garde seigneuriale et où enfin, l'hiver venant -et seuls les hommes qui vivent au Septentrion savent à quel point il y est rude- on pouvait venir quérir chaleur et protection contre les Loups dans l'enceinte du Château.

Le Seigneur était à la fois le tribunal, le juge, le père, l’œil qui bénit, réconcilie, juge, condamne. Un poids énorme sur les épaules d'un seul homme. Une charge que seul un homme fort et juste peut accomplir. Un homme ... Mais parfois en l'Homme sommeille un animal. Darkan l'avait été bien plus que la plupart des Monarques. Fort, juste et ... animal. Mais de cela, les cours et les Chasses de l'Est ne retenaient que la force et la justice et muaient le souvenir de l'animal en puissance. Les Créatures de l'Est avaient dans le sang quelque chose de l'Orient, une mystique hybride qui leur donnait une conscience du sacré, du surnaturel mais aussi de l'imminence des périls qui se pressaient dans l'Ombre.


L'occident avait toujours été ce petit frère insouciant qui préfère s'amuser et se complaire dans sa supposée puissance. Ce qui n'était pas encore visible ne pouvait être dangereux aux yeux de l'Occident, et rares étaient les Hommes de ces contrées qui avaient la vision du futur. Quand certains d'entre eux se manifestaient, ils étaient brûlés et traités d'hérétiques. En Transylvanie, on les appelait à la cour des Seigneurs et ils siégeaient au Curtea Veche, le vrai, pas celui de pacotille que présidait Osbern. Darkan n'avait pas demandé à être ce qu'il était devenu et encore moins ce qu'il était appelé à devenir, mais il appartenait à un Destin qui le dépassait et dont il ignorait la plupart des implications. Même s'il était assez intelligent pour sentir cette Ombre qui planait entre lui et le Soleil, il n'était certain que d'une chose pour l'heure. Il devait réunir tous les Vampires sous sa bannière et les convaincre de se rallier à celle de Mentis Irae aux côtés des Hommes. Il n'avait pas prévu les Lycans. Il ne pensait pas devoir composer avec ce tiers de lui-même.

On dit souvent que lorsque s'éveille le Vampire, l'Homme meurt. Ce n'était pas tout à fait vrai et encore moins pour Darkan. Le fait de renaître Vampire ne lui avait pas fait oublier qui il était avant. Cela avait juste exacerbé sa soif de revanche et de puissance. Il était le Prince Darkan Lupu, héritier de son Clan, des trônes de Moldavie et de Valachie. Il était le Vampire, Seigneur de la Chasse de Brancia. Et, il l'ignorait, mais son Sire était un Vampire d'une nature particulière et il en avait été le réceptacle durant plusieurs décennies, ce qui lui conférait certains pouvoirs. Enfin, il était cet enfant, né avec cette mutation et des poils dans le dos. Il était Lycan.



Ce fait, bien que présent depuis toujours dans la donne, avait pris une importance différente depuis l'arrivée d'Anna Volusius et il aurait aimé en parler encore avec elle. Mais le Kendé s'était approprié la jeune louve et il les avait entendu converser, saisissant quelques bribes des paroles échangées entre les clapotis de l'eau et le chant de la rivière. Il aurait pu se concentrer et user de son ouïe animale et immortelle pour n'en rien perdre mais Lupu n'était pas du genre à espionner ses proches et ses invités. Il aurait juste aimé parler encore avec Anna, mais à sa voix, s'était substituée celle du Kendé qui interrogeait toujours dans le but de protéger le Gyula et de le bien conseiller ensuite. Darkan savait que le vieil homme était guidé par sa seule loyauté envers lui et que cela n'irait pas nécessairement dans le bon sens pour Anna si celle-ci devait représenter une menace pour lui. Il avait toujours soupçonné le vieux sage d'être plus fidèle à l'Homme qu'au Vampire, au Prince qu'à la Chasse mais il n'aurait su dire pourquoi. Personne ne savait rien de la vie du Kendé avant qu'il ne se mette au service du Prince à son retour d’Égypte. Tous deux étaient cependant des Vampires.


Soupirant et retenant une moue de lassitude, le Prince s'immergea une dernière fois totalement puis refit surface quelques mètres plus loin. Il nagea pour remonter le courant et sorti de l'eau en s'ébrouant tel un jeune chien. Il attrapa au passage le drap de lin que lui tendait son esclave et lui rendit le pain de saponaire qu'elle lui avait tendu pour ses ablutions. Il s'enroula dans le drap pour se sécher puis le laissa tomber à ses pieds et se saisit du flacon d'huiles que lui tendait la jeune femme. Il commença en s'en enduire copieusement les épaules et le torse. Sa peau devenue luisante dévoilait plus encore les muscles saillants mais aussi les anciennes blessures acquises lorsqu'il n'était encore qu'un jeune homme à la longue chevelure blonde. Avant que le pouvoir des Immortels ne guérisse la moindre égratignure. Mais ce pouvoir ne pouvait rien contre les coups de fouet ou les morsures de l'acier faites avant la nuit d’Égypte. La jeune femme, méticuleuse, extirpa du panier des pantes en lin épais puis une autre paire en laine tissée. Darkan les enfila coup sur coup, escamotant ainsi ce qui faisait monter le rouge aux joues d'Anna. Il en était à la fois amusé et troublé. Et cela le surprenait autant que la réaction inhabituelle de cette femme. Les filles, chez lui, en Transylvanie, savaient très tôt comment un homme est fait, et si elles en riaient fréquemment entre elles, aucune ne rougissait. Il avait lu la convoitise ou la crainte parfois mais jamais l'embarras dans leurs yeux. Pourquoi Anna réagissait-elle ainsi ? N'avait-elle grandi qu'entourée de femmes ? Était-elle nonne ?  Ce n'était pas impossible avec ses idées de pacification entre Vampires et Lycans.

Mais pour l'instant, ce qui préoccupait davantage Darkan était que lui-même se surprenait ce soir. Les derniers mois avaient été tendus. La marche forcée sur la France puis la montée à Paris, les nombreux accrochages avec l'armée et l'administration royales, l'entrée dans l'enceinte du Curtea Veche et ce constat amer qu'il n'était qu'une parodie de l'ancestral Grand Conseil des Sages. Une vague douleur dans un cœur qui battait encore en dépit de tout et une nostalgie des temps révolus qu'il avait bien fallu chasser rapidement pour faire face à la réalité du temps traversé. Tout était changé. Et lui pas vraiment. Il avait fallu faire face et jouer malgré la conscience que ses hommes seraient massacrés par les engins crachant du feu. De si nobles, beaux et vaillants guerriers. A la merci de ces engins de traitrise qui tuaient sans aucune noblesse. A cet instant, lorsqu'il s'était dressé devant Osbern et son arrogance, le petit garçon qui courrait dans les forêts sombres des Carpates pour se cacher des chasseurs tremblait au fond de la grande carcasse du Prince. Mais, comme toujours, il l'avait fait taire d'un cri guerrier. Et il s'était répété le credo des Lupu " Si la mort s'invite au bal, apprends lui à danser." Non, ces derniers jours n'avaient pas été particulièrement apaisants. Alors pourquoi tant de mansuétude et de patience avec cette fille ? Pourquoi aussi cette surprise d'être embarrassé de sa gêne lorsqu'elle était nue devant lui ou lorsqu'il l'était devant elle ? Il aurait aimé s'en tirer avec une plaisanterie grivoise du genre "Pourquoi ces yeux ? Tu pensais que j'avais le dos plus poilu ? " Mais il ne pouvait risquer de donner des soupçons à l'esclave ni même au Kendé. Personne ne devait savoir pour la malédiction de sa naissance.

Il s'avança vers le vieil homme et posa un genou en terre devant lui. Le Sage sortit d'une des petites bourses qui pendaient à sa ceinture ses deux pouces enduits d'une graisse noire et dessina des symboles sur le front de Darkan avant de lui enduire les paupières.

- Que le Gyula voie au delà de la mort et du présent pour guider les siens vers la Destination. Dans l'Obscur Dessein, ombre et lumière se mêlent. L'esprit avisé ne se fie à rien en dehors de lui.

- Je guide mon peuple là où l'air est plus doux, l'eau plus claire, la terre plus fertile.

- Gyula connait le chemin vers cette Terre.

- Je le connais. Je défends les miens contre ceux qui leur disputent cette Terre.

- Gyula connait les siens.

- Je les connais. Tous ceux qui veulent vivre et mourir libres.

- Parais alors devant les tiens et répons à leurs questions en libre guerrier.

- Je suis prêt.


Darkan se releva et se dirigea vers l'arbre pour revêtir les différentes pièces de l'armure avec une dextérité coutumière. Malgré les différents liens et boucles qui composaient l'équipement, il s'acquitta sans aucune aide de la tâche et acheva en drapant la longue cape vert sombre qu'il agrafa à ses épaules à l'aide de deux broches en bronze en forme de tête de loup. Il fit signe à Anna de le suivre et alors qu'elle marchait à ses côtés, il se pencha à son oreille pour glisser

- J'espère que cela n'a pas été trop long et que ce vieux bouc ne t'a pas assommé de ses discours à dormir debout.

A la lisière du bois, un guerrier s'agenouilla devant lui et lui présenta son épée à plat. La lame refléta l'espace d'un instant la lune de façon presque irréelle, éclairant le visage du Prince d'une lumière particulière. Darkan se saisit du fourreau qu'un autre lui tendait, le ceint, prit son épée et l'y glissa  avant de reprendre son cheminement à travers les arbres.


A l'entrée du camp, il jeta un autre regard vers Anna comme pour s'excuser de ce cérémonial pesant. Arrivés devant la grande tente du Conseil ils purent voir quelques guerriers attardés y pénétrer après avoir déposé leurs armes à l'entrée, ce que le garde n'exigea pas de Darkan. Il entra et se plaça debout au centre de l'assemblée face au Trône demeuré vide. Immédiatement, les discussions se turent et un silence impressionnant se fit. Le Kendé qui avait suivi prit place dans un siège à côté du fauteuil royal et fit signe à Anna de s'asseoir à côté de lui sur un coussin. Puis le vieillard se leva et s'adressa à l'assemblée.

- A votre demande et à la sienne, votre Gyula parait devant vous pour répondre à vos questions et vous annoncer ce qu'il adviendra de nous demain.

Darkan tourna lentement sur lui-même pour saluer l'assemblée et s'inclina devant le Kendé. Puis il prit la parole.

- Tout d'abord les questions. Vos questions, mes frères ...


- J'en ai une ! Et une seule, mon Prince.
S'exclama un guerrier roux sorti du rang. Tu connais ma loyauté envers la bannière de Brancia. Je te suivrais les yeux fermés même si tu entrais dans la gueule du Diable mais pourquoi cette chienne est-elle encore en vie ? Acheva-t-il en pointant rageusement du doigt Anna.

- Parce que je le veux. Aurais-je, depuis que tu chevauches à mes côtés, fais un choix qui ait nui aux intérêts de la Chasse ou occasionné des pertes qu'on aurait pu éviter ? Ne vous ai-je pas toujours conduit de manière avisée et juste ? Cette louve nous est plus utile vivante que morte. Alors j'ai décidé qu'elle allait vivre.

- Non mon Prince, tu nous as toujours guidé vers des terrains giboyeux et des victoires. Tu es avisé et juste.Mais si elle t'abuse et si c'est une espionne ? Si elle compte nos rangs ? S'écria un autre.

- Et pour le dire à qui ? Aux arbres, aux oiseaux ? A la marmite qui bouillonne dans l'âtre ? Cette fille ne peut pas quitter mes pas.

- Pourquoi en es-tu certain ? Parce que c'est ta putain ?
Dit une voix sortie de l'ombre d'une tenture.

Darkan soupira et leva les yeux au ciel d'un air narquois.

- Fedor, ta convoitise pour la louve t'égare. Tu aurais dû baiser plus de catins à Paris. Je sais qu'elle ne peut pas quitter mes pas parce que si elle essayait elle subirait le même sort que mes esclaves s'ils essayaient... Répondit Darkan en glissant un regard vers la garde de son épée.

Fedor s'inclina et recula en marmonnant

- Mille pardons mon Seigneur. Les filles sont fêlonnes



- Oui, et toi ta queue t'égare, mon frère!
murmura le Prince à l'attention de son lieutenant en sachant pertinemment que cela n'échapperait à aucune oreille de l'assemblée.

Un rire général se déclencha dans les rangs des guerriers, bientôt éteint par la voix du Prince qui poursuivait.

- Nos vrais ennemis sont ailleurs que sous ce manteau. Poursuivit Darkan en désignant Anna du menton. Les plus insignifiants se nomment Cecil Osbern et Constantin Basarab et le plus terrible n'a pas de nom. Si vous tremblez devant une louve orpheline seule au monde, que ferez-vous, mes frères, devant des armées qui noircissent la plaine, devant des bâtons qui crachent comme des canons, des chars volants qui transportent des guerriers d'une ville à l'autre ? Le Roi de Paris a tout cela ! Et qu'avons-nous ?

- Nos lames et nos chevaux, notre rage, notre courage.





- Il nous faudra bien plus. La férocité du loup, la force de l'ours, la ruse du renard, l’œil du faucon, l'intelligence du loup... Vous tous, vos clans ancestraux réunis, mes frères. C'est cela notre force. Nous nous battrons pour vivre, pour l'avenir mais aussi pour nos racines et nos souvenirs, pour qu'ils soient transmis encore des siècles et des siècles. C'est notre force ! Nous avons nos souvenirs à transmettre. Osbern n'a que son luxe et ses sous ! Ses technologies dont il est très fier... Bientôt ils inventeront des machines à traire les humains pour ne pas se salir les mains...


- Darkan, tu sais très bien, mon Prince, que si cette louve n'est pas la seule, Osbern ne sera pas le premier de nos ennemis. Je regrette de devoir revenir ainsi sur un sujet qui te met dans l'embarras mais à quoi nous sert de nous encombrer de cette chienne ?


- Je pourrais m'agacer d'avoir à me justifier en détails mais l'avisé doit toujours éclairer l'enfant ignorant. La réponse à ta question, comme c'est le cas de beaucoup de questions d'enfants, est contenue dans la question même. A ma connaissance, aucun autre Lycan n'a été capturé et nous sommes peut-être les premiers à en avoir un. A avoir connaissance même qu'ils existent encore ou sont de retour. On a ce spécimen vivant. Et les guerriers qui l'ont capturée ont été très avisés, bien plus que toi, de ne pas la tuer. Elle peut sans doute nous en apprendre beaucoup sur les siens et bien dressée, nous mener à eux.


Il marcha jusqu'à Fedor et le saisit par l'emmanchure de son plastron puis le secoua.

- C'est un avantage que nous avons sur Osbern et je ne laisserai pas un Rùs aveuglé par la haine nous faire perdre cet avantage. Qui lèverait la main sur cette invitée, porterait la main sur moi. Tu connais le prix d'un tel geste ?

Puis il revint au centre de l'assemblée.

- D'autres que Fedor ont besoin d'être éclairés sur l'importance de cette invitée dans notre stratégie future ? Vais-je pouvoir passer au plan qui va guider notre vie dans les mois à venir ? Pour vous rassurer, je peux peut-être laisser à notre invitée le soin de vous expliquer comment elle est devenue ce qu'elle est ?


Il se tourna alors vers Anna et l'invita à le rejoindre au centre de la pièce tandis que le Kendé psalmodiait des paroles sacrées. Tandis qu'elle se levait et descendait l'estrade royale, Darkan adressa à Anna un regard d'encouragement et lui glissa à l'oreille.

- Raconte la vérité et fies-toi à moi.
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MessageSujet: Re: {Achevé} Le Destin frappe toujours deux fois   Dim 21 Déc - 14:07

Je suis une fille de grands chemins. J'ai passé toute mon enfance à voyager avec ma communauté évitant les Vampires, évitant de devenir le gibier de ces créatures. Comme chaque clan d'humains partant vers une terre meilleure, nous formions une grande famille où seules nos lois géraient notre façon de vivre. Lorsque je le vis se baigner, drapé par les fins rayons d'une lune par encore ronde, je détournai les yeux un instant avant de me surprendre à observer la silhouette du guerrier. Je ne suis certainement pas une de ces femmes qui ont eu des amants différents toutes les nuits. Dans ma communauté, le mariage est une évidence. On essaye de choisir l'homme qui sait travailler la terre, qui sait se battre, qui apportera protection. Mais je n'ai jamais voulu m'attacher au grand dam de ma mère qui aurait bien voulu me voir marier, en bonne épouse et mère de famille. Celui à qui j'étais promise, je n'en étais pas amoureuse. C'était un grand-frère pour moi. Nous avions le même âge et nous avions grandi ensemble. Nos familles tentaient de nous rapprocher. Nous étions devenus amants une seule et unique nuit. Mais ce n'était pas ainsi que je voyais ma vie auprès de lui.

Lorsque le Kindé frappa deux fois son bâton contre la terre, dessinant les symboles de mon destin, je compris que depuis tout ce temps, j'étais vouée à tout autre chose, une autre voie qui se dessinait peu à peu : complexe et dangereuse. Darkan réapparut, posant un genou à terre devant le vieil homme. Je découvrais les mystères de cet homme, d'une vie partagée entre deux natures. Il se redressa et sollicita ma présence près de lui, nous dirigeant vers une immense tente qui se dressait à quelques pas de nous. Je m'emmitouflai dans le gros manteau tout en continuant notre marche.


- Non, votre bain ne m’a pas paru bien long et il ne m’a pas assommé avec ses discours. Il m’a révélé certaines informations sur ma nature. C’était très instructif bien que j’ai un peu de mal à tout emmagasiner et à suivre le fil de ses pensées. J’aimerai beaucoup le revoir … si c’est possible.

Au moment où il entra à l’intérieur du campement, la peur s’immisça en moi. J’allais devoir affronter tous ces guerriers, et je n’étais pas sûre de pouvoir supporter leurs sarcasmes désobligeant. Le regard de Darkan qu’il me lança était dès plus sincère, s’excusant presque de tout cela, de tout ce que je devais endurer. Je pris place sur un cousin, à genoux, sur une estrade près du Kindé qui s’installa dans un siège.  Ma lycane gronda. Je l’entendais s’éveiller au plus profond de mon être. Elle sentait le danger, mais aussi la droiture du Seigneur qui s’exprimait devant les siens.  Où était donc ma place aujourd’hui ? Je ne pouvais retourner auprès des humains, auprès de mon clan. Les vampires me haïssaient  et lui … , il ne semblait pas réagir de la même façon, peut-être sa double nature dissimulée sous celle d’un grand Vampire, de ce cœur qui vivait encore comme il me l’avait avoué à mi- mot lors de notre repas … Les paroles du Kindé résonnaient encore dans mon esprit. L’Alpha et l’Oméga …

J'écoutais les réactions de ces guerriers, de chaque vampire qui se tenait autour de leur Seigneur. Elles me glaçaient le sang parce que je touchais du doigt le futur de mon existence. Je ne serai plus une humaine vivant tranquillement avec son clan, des nomades voyageant de terres en terres pour chercher la paix, une terre d'accueil où tout serait différent. En une seule nuit, il y a plusieurs mois maintenant, toute ma vie avait basculé. J'avais été mordue et griffée par un Lycan et mon bourreau m'avait offert cette malédiction que je n'avais jamais désirée. Pourtant, je devais faire face à cette existence. Lorsque Darkan se tourna vers moi m'invitant à le rejoindre au centre, mon cœur s'accéléra vivement dans ma poitrine. Je voyais et devinais tous ces regards braqués sur moi, j'entendais les chuchotements avec une précision infime. Tous ne voulaient qu'une chose me tuer, me torturer, m'ôter la vie d'une façon si violente pour m'entendre hurler. Je me redressai, déviant un bref instant mes prunelles vers le Kindé. Un vampire, certes, mais qui paraissait être au courant de mes capacités et de ce lien encore incompréhensible qui me liait au Gyula.


Essayant d'inspirer et d'expirer de façon à me détendre, à dissimuler ma nervosité, je le rejoignis enfin devant cette assemblée qui n'avait qu'une seule idée en tête. Je tremblais, mais je ne vacillerai pas devant tous ces vampires. Le chuchotement de Darkan à mon oreille sonna comme le moment où j'allais devoir prendre la parole. Et comme je m'en doutais, des menaces s'élevèrent contre moi, des grossièretés que je tairais, mais je ne reculerai pas. Je fermai mes yeux, en concentrant sur ma respiration. Le Kindé ne venait-il pas me de me dire que je pouvais apaiser les conflits autour de moi ? Je n'en étais pas certaine, mais je pouvais essayer de rejeter toutes ces mauvaises ondes. Je crus un instant que tout le monde était ressorti de la tente, que j'étais toute seule. Je n'entendais plus aucun murmure, plus aucun bruit. Et lorsque mes yeux se posèrent sur les guerriers, ils étaient tous à me dévisager et silencieux. Avais-je réussi ? D'une voix claire, alors, je commençai à raconter ce qui m'était arrivée puisque j'avais obtenu l'attention de tous.


- Mon histoire sera courte. Elle remonte à quelques mois comme je l’ai déjà précisé à votre Seigneur. Une nuit, j’ai été attaquée par une bête sauvage. Je ne savais pas encore que c’était un lycan.

Je tirai sur le col du lourd manteau et celui de ma tunique pour leur montrer les cicatrices sur ma peau qui marquaient mon épaule.


- La douleur était insupportable, je me souviens encore de tout ce sang sur mes vêtements. Je ne comprenais pas comment j’avais pu survivre à tout cela. J’ai caché mes marques et j’ai tenté de ressembler mes souvenirs de cette nuit-là, cherchant ce qui avait pu me blesser. Dans mon clan, il y a des sages, ceux qui connaissent les anciennes légendes. Je leur ai posé des questions sans éveiller leurs soupçons. Ils n’évoquaient que les Vampires mais à force de leur demander des informations, l’un m’a avoué qu’il existait, il y a plusieurs siècles, une race damnée, elle aussi. Les enfants de la Lune.

J’avais toute la vigilance de ces guerriers. Plus personne s’osait parler à voix basse, critiquer ou me lancer des obscénités. Était-ce mes capacités d’Oméga qui se montraient au grand jour ? Le Kindé avait-il donc raison ? Alors, je poursuivis mon histoire et sur mon ressentis.


- J’ai dû fuir ma famille et ma communauté pour ne pas les blesser à chaque pleine lune. Je ne sais rien d’autre sur d’éventuels autres Lycans, leurs agissements ou leur but. Je n’ai aucun lien avec eux, et je ne pense pas qu’ils savent que j’ai survécu à cette morsure.

Je ne comptais pas leur dire que je n’avais aucun souvenir durant mes transformations. Seul Darkan était au courant pour lui avoir confessé mes angoisses sur ma nouvelle nature que je n’arrivais pas à maitriser. D’ailleurs, la pleine lune ne tarderait pas. Dans deux semaines. J’allais devoir trouver une solution et lui aussi pour ne pas provoquer un massacre parmi les hommes du Seigneur Lupu. Je n’avais qu’une envie en cet instant, sortir de la tente et respirer à grandes bouffées l’air frais de la nuit. Ma tête me faisait mal comme si je m’étais employée à utiliser toute mon énergie pour garder le calme de tous. J’attendais maintenant les directives de Darkan et certainement le flot de questions de ces vampires après ma petite histoire. J’étais maintenant certaine d’une chose : je possédais un don dès plus particulier qui me servirait à atténuer et tempérer les prochains conflits. Il m’épuiserait, mais je ferai en sorte de pratiquer avec modération. Darkan s’en était-il rendu compte ? Je me reculais du centre, ne retournant pas sur l’estrade, mais près des lourds pans en toile qui me permettraient de retrouver l’air qui me manquait.
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Darkan Lupu

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MessageSujet: Re: {Achevé} Le Destin frappe toujours deux fois   Jeu 1 Jan - 18:16


Il s'était placé en retrait pour l'écouter parler. Pour lui laisser l'audience qu'elle méritait. Pas trop loin tout de même, pour prévenir tout geste agressif de la part de ses chefs de guerre. Il avait promis à Anna qu'il la protégerait et il n'avait qu'une parole. Mais elle n'eut à aucun moment besoin de son aide. Il aurait pu croire que sa seule présence et son aura régalienne aux côtés de la jeune femme expliquaient que les protestations insultantes se fussent tues et qu'un silence recueilli se fit dans l'assemblée. Mais Darkan n'était pas seulement intelligent. Il savait sentir un changement tangible dans l'air. Lorsqu'il était entré sous la tente du conseil, la tension était palpable aussi bien dans l'auditoire qu'en lui-même. Or lors qu’Anna avait rassemblé son courage pour parler, il avait senti un immense poids s’ôter de ses épaules, une tension se dénouer dans l'auditoire. Il avait conscience de mettre dans la balance sa légitimité en imposant la nouvelle invitée comme sa protégée. Pourtant, il ne pouvait pas faire autrement. C'était bien autre chose que ce que suggérait Fedor, bien au delà de la volonté de protéger une femme qu'il trouvait attirante. Il aurait volontiers empalé et écorché vif son vassal lorsqu'il l'avait crument placé face à la réalité de son désir. A la fois parce que c'était vrai, mais aussi parce que c'était plus que cela.

Ses autres fidèles bannerets avaient réagi comme il pouvait s'y attendre de la part de Vampires. Leur réaction de haine et de défiance, face à Anna, avait quelque chose de légitime, mais celle de Fedor cachait un sentiment bien plus trouble dont il n'aimait pas voir les signes. Les Lycans avaient massacré tant des leurs à certaines périodes. Les Lycans étaient la proie pour laquelle, eux, Chasseurs, avaient été crées par le Premier avant de devenir des Créatures de la nuit. Mais c'était tout autre chose qui animait Illitch quand il parlait d'elle. Une folie latente, une sorte de convoitise malsaine et morbide. Certes les Membres de la Chasse de Brancia, et sa famille même, les Lupu, avaient toujours vu les Lycans comme une engeance maléfique, dans une certaine mesure responsable de la damnation des Vampires. Même si l'Histoire originelle était devenue une légende, magnifiée, ce qui la rendait presque irréelle aux yeux de la plupart des guerriers qui se tenaient là, il n'en demeurait pas moins qu'elle sommeillait en chacun d'entre eux, prête à s'éveiller, comme une flamme entretenue par les plus anciens des Vampires, lui le premier. Il avait fait de l'enseignement de l'Histoire sacrée un des piliers de sa Chasse, une priorité, avec l'art du combat, à enseigner aux Infants.

Aucun des siens n'y avait échappé, pas même le plus doué d'entre eux, Constantin Basarab. Il avait appris vite au combat, ayant déjà des notions bien affutées, mais encore plus vite, les enseignements du Premier. Très tôt, Darkan avait su qu'il serait son premier rival. Leur lien était empoisonné dès l'origine par la passion qui liait son frère Stefan à Constantin. Deux jeunes guerriers magnifiques et prometteurs que l'Histoire des Hommes avaient voulu les pires ennemis. Et lui, témoin de l'Ombre, frappé de la malédiction, était condamné à les regarder se défier, se tourner autour, se déchirer, se blesser. Il souffrait en silence de voir son frère s'assombrir du dédain du Prince Valaque. Lorsque Stefan lui avait demandé d'être l'instrument de sa vengeance en prenant la vie de celui qu'il aimait, il en avait éprouvé un vertige de satisfaction. Tuer un homme qui ne nous est rien ne nous fait rien éprouver d'exceptionnel quand on est un prédateur de la trempe de Darkan.  Mais tuer un homme qu'on admire, bien qu'il soit mortel, pour un vampire de son envergure, c'était une sorte d'accomplissement. Darkan voyait à cette époque en Basarab tout ce qu'il pensait ne jamais pouvoir être. Un souverain respecté, redouté mais loyal et aimé de son peuple, cruel au combat certes mais capable de mansuétude envers le défait qu'était Stefan, jumeau chéri de Darkan. Constantin Basarab était déjà une machine à tuer à l'époque, mais capable d'humanité. Ce qu'il pensait ne plus jamais posséder: un once d'humanité. Alors quand Stefan lui avait demandé de tuer, puis finalement de transformer Constantin, il en avait éprouvé une ivresse indescriptible, malsaine. Il écrivait à son tour l'Histoire des Carpates, en les privant d'un Prince juste qu'il transformait en monstre sanguinaire. Ce qu'il ignorait, et ignore toujours, c'est qu'il était alors sous l'emprise d'une entité qui, elle aussi, avait soif de vengeance à cette époque. Ensemble, ils avaient donné naissance à Constantin le Sanglant. Seul il l'avait enseveli, pensant s'en défaire à jamais. C'était sans compter sur l'entité, mais cela, il l'ignorerait encore longtemps. Tout ce qu'il savait pour l'heure, c'est que Basarab était revenu de sa mort seconde et qu'il était tout ce qu'il y a de "bien portant " pour un Vampire. Mais malgré le vernis de civilisation contemporaine qu'affichait à présent son Infant, il ne doutait pas qu'il recouvrerait tous ses instincts dès l'appel à la Chasse, redeviendrait le vainqueur  qui avait fait capituler puis unifié les Carpates.

La rivalité renaîtrait et l'affrontement serait inéluctable mais il lui faudrait aussi différer celui-ci après le combat contre le péril universel. Il lui déplaisait de devoir le reconnaître, mais le Valaque y serait un précieux allié. Il était tellement différent de tous ses autres Infants, de Fedor. Pas étonnant que celui-ci lui voue également une haine et une jalousie farouche. Basarab était spécial, tout comme Anna l'était. Le changement dans l'air, il l'avait senti aussi dans la grotte ce jour-là, lorsqu'il s'était penché sur Constantin pour le paralyser par sa seule volonté  avant de l'ensevelir. Il avait senti un changement s'opérer en lui, comme si son Infant aspirait quelque chose en lui. Et ce soir, dans cette tente, il avait ressenti un phénomène comparable. Comme si cette louve aspirait ou dissipait la haine, la colère, les conditionnements anciens des guerriers présents dans l'assemblée pour qu'ils acceptent de l'écouter sans hurler " A mort la chienne !"

Lui aussi l'avait écoutée et après avoir lancé un regard vers le Kendé, après qu'elle se fut fondue dans l'assistance près de la porte, il regagna en silence l'estrade pour prendre place sur son trône et prit la parole pour dire spontanément

- Nous verrons bien ce qu'écrit la Légende à chacun de nos pas. Mais c'est aussi à nous de forger notre Destin. Rien n'est figé, les alliances se font et se défont. Chacun se définit par ses convictions et les alliés qu'il choisit. Vous avez tous le choix de me suivre ou de faire votre route. La Chasse de Brancia n'a jamais fermé ses portes qu'aux traitres. Et je n'en vois aucun ce soir dans l'assemblée !

Il jeta un regard à Anna et lui fit signe de s'approcher.

- Je ne vois que mes fidèles bannerets, leurs écuyers, et quelques conseillers. Laissons les écuyers retourner aux préparatifs. Demain nous lèverons le camp pour marcher sur Paris. Réunissons-nous entre Chefs de Guerre et conseillers.

Plusieurs hommes, dont Fedor Illitch, se levèrent et se dirigèrent vers la sortie en s'inclinant devant le trône. D'autres s'affairèrent, avant de quitter les lieux, à apporter du fond de la tente des bancs couverts de peaux et une longue table. Darkan se leva et descendit de l'estrade, suivi du Kendé qui se glissa jusqu'à Anna. Le Seigneur de Brancia s'avança vers le bout de la table tira d'un coffre banc apporté là, une carte ancienne qui représentait l'Europe et l'étala sur la table sous les yeux de ses féaux .

- Les frontières ne sont plus. Tout est sous l'empire de la Royauté de Cecil Osbern. Dit-il d'une voix sourde. Mais ! Les barrières naturelles, elles, n'ont que peu changé. Quelques fleuves dont le cours a été aménagé, domestiqué. Des barrages, des lacs artificiels, des tunnels creusés dans la montagne. Ils ont voulu asservir la nature au lieu de vivre selon ses lois. Les Hommes ont commencé, les Vampires du Cercle continuent. Tout cela les rendra vulnérables au moment où nous affirmerons notre légitimité.

Un murmure de mécontentement puis de ferveur, s’éleva autour de la table où s'étaient rassemblés, encore debout, une vingtaine de Seigneurs de Guerre.

Pendant ce temps le Kendé, s'était rapproché d'Anna et plongeait son regard étrange dans les yeux de la louve. Il lui murmura:

- Tu as bien parlé. Tu as défendu ta cause. Tu as montré les faits en épongeant les sentiments. Ils savent que tu n'as pas choisi ni d'être lycane, ni d'être notre prisonnière. Pour eux, tu n'es plus un danger. Tu es l'Humaine qui n'a pas eu de chance. Ils n'ont pas perçu ce que tu peux faire. Moi je sais. Mon Maître, sait aussi à sa façon, car il ressent les passions qui animent ses sujets. C'est le pouvoir du Gyula.

La voix de Darkan poursuivait, couvrant les murmures du vieillard.

- Pourtant, il nous faudra faire patienter nos cœurs de cet espoir de voir nos vies régies par nos seules Lois, et de se débarrasser de cet imposteur. Nous devons conclure une trêve avec le Cercle mais aussi avec les Hommes... et peut-être bien d'autres créatures... Mes frères, je ne vous ai rien dit du motif qui m'a fait vous entrainer dans cette marche forcée à travers l'Europe... Vous y avez vu ma volonté de renverser Cecil Osbern. Si l'idée ne m'est pas étrangère, elle n'est cependant pas à l'ordre du jour. Ce qui a motivé notre départ de notre chère Brancia, est ceci.

Pendant ce temps, le Kendé poursuivait à la seule attention d'Anna.

- Il a fait plus que défendre sa cause devant les siens. Il a défendu la tienne. De ses raisons, j'entrevois plusieures, mais une seule m'est claire: il sait que les créatures de la Terre ne doivent plus s'affronter mais s'unir en un temps de paix. Il porte un plus grand dessein, celui de contrer une force devant laquelle nous sommes séparément impuissants. Comment le sait-il ? Il a toujours été différent... Tout comme toi... Il t'a demandé de rester mais ne t'y a pas contrainte. La décision appartient à ton cœur. Tu dois rester parmi nous, c'est ainsi. Les circonstances et ta survie l'exigent. Mais tu peux choisir de subir ou d'agir. Tu peux être sa prisonnière ou être à ses côtés.

Le regard du vieil homme se tourna vers l’État-major de la Chasse. Darkan déroulait sous leurs yeux un parchemin en vélin sur lequel de grandes arabesques s'entrelaçaient et d'une voix émue, étranglée, il clama:

- Ceci est une missive du Premier. Notre Sire à tous, mais aussi une lettre d'un père à tous ses enfants, d'un frère à ses frères... Les Hommes en ont reçu une. Je vais vous en faire lecture...


Puis il ajouta avant de commencer, se tournant vers Anna:

- Ce qu'il nous faudra savoir, c'est si les Lycans ont reçu le même genre de missive. Car indéniablement de cette information dépend la façon dont nous allons les aborder. Je sais que cela ne vous plaira sans doute pas, mais seul le Premier sait s'ils sont encore nos ennemis ou devront être nos alliés face à ce que nous devrons affronter. Et, elle, Anna Volusius, pourrait nous aider à l'apprendre...
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MessageSujet: Re: {Achevé} Le Destin frappe toujours deux fois   Dim 18 Jan - 15:53




Mon cœur battait la chamade après avoir pris la parole comme l’avait souhaité Darkan. Sous le regard du Kendé, je m’étais concentrée sur les tensions qui ne cessaient d’enfler à mon égard, et contre toute attente, l’animosité et l’hostilité que je ressentais de la part des hommes du Seigneur se turent comme par enchantement. J’avais puisé mon courage au fond de mon cœur pour leur raconter mon histoire, sans m’étendre sur les détails que seul Darkan connaissait au sujet de la non- maitrise de ma transformation. Lorsque mon explication pris fin, je sentis comme un énorme poids s’envoler et je me retirai du centre de la tente. La tête me tournait légèrement comme si tenir ces hommes au silence m’avait épuisé. Le Kendé avait raison. Je possédais un don dès plus particulier pour abaisser tout un auditoire. Une capacité importante et rare pour les entrevues, les conférences, les négociations d’une guerre qui semblait se profiler bien trop vite à mon gout. Près du pan de la tente, j’inspirai l’air frais qui me provenait de l’extérieur tout en ne perdant pas d’une miette le discours de Darkan qui avait repris sa place parmi ses hommes. La nuit avait été longue et épuisante. Jamais je n’aurai cru un instant me retrouver au cœur d’une histoire de clans, de races, de haine qui dure depuis des siècles. Je n’avais rien demandé, je n’avais jamais voulu devenir une survivante, et pourtant, c’était cela que j’étais. Une survivante qui possédait désormais un don puissant et qui dans son sein grondait une créature sombre et dangereuse.

Mes pensées m’emportaient loin de cette tente, loin de cette Chasse, Doucement, mes doigts glissèrent entre les lourds tissus de la tente et mon regard se posa sur le ciel étoilé, éclairé par la lune pas encore ronde. Où était mon clan ? Ma mère se portait-elle bien ? Croyait-elle en la mort de sa fille ? Je n’avais laissé aucun indice qui aurait pu lui suggérer que j’étais encore en vie. Ma seule solution avait été de quitter ma famille et mes amis pour éviter que la créature que je ne contrôlais pas lors des pleines lunes en vienne à les massacrer. Parfois, la voix de Darkan me rappelait où j’étais, tournant mon visage pour écouter ce qu’il disait à ses guerriers. Un Seigneur écouté par ses fidèles, installé sur son trône. Son aura était magnifique presque tangible, et je me demandais s’ils la voyaient tous ou bien si ce n’était que moi et ce lien particulier de lycan à lycan qui nous unissait, qui me faisait découvrir une toute autre facette de cet homme. Il me fit alors signe pour revenir près de lui. Je jetai un dernier regard au ciel avant de m’approcher comme il l’avait souhaité. De retrouver ma place sur l’estrade. Je devais continuer à me concentrer sur tous les hommes qui m’entouraient, pour calmer l’antipathie qu’ils avaient envers ma personne. L’apaisement se fit de nouveau ressentir et les guerriers ne se soucièrent plus de moi, à nouveau, obéissant à l’ordre de leur Seigneur. Certains sortirent de la tente dont Fédor ce qui me rendit plus légère et surtout moins à l’affut de ses gestes et de ses paroles. Je pouvais comprendre la haine que me vouaient ces vampires, mais lui … c’était une sensation que je n’arrivais pas à décrire et qui me faisait peur.

Le Seigneur de Brancia appela ses Chefs de Guerre et conseillers qui se réunirent autour de la table sur laquelle il venait d’étaler des plans. La politique était un enjeu dès plus tenace. Comme tout individu vivant en ces terres, le nom du roi ne m’était pas inconnu lorsqu’il le prononça. Je restai en retrait avec le Kendé qui m’avait rejoint. Ce vampire vieillard, bien que mystérieux, ne m’était pas malveillant. Je comprenais que son rôle était de protéger et de guider le Gyula, de me questionner et de sonder mon esprit pour tenter d’en savoir davantage sur mes choix et mes opinions. La voix rauque du Kendé se fit entendre au creux de mon oreille tout en ne perdant pas de vue le spectacle de Darkan et de ses soldats.

- Je dois lui dire, ou peut-être êtes-vous la personne la plus avisée pour lui expliquer tout ce que vous m’avait dit près de la rive.

- Nous le ferons à deux, mais pas devant tous ses chefs de guerre.

Je hochai la tête doucement pour acquiescer à ses mots. Alors je compris une chose en écoutant le discours de Darkan. La trêve, l’union des races que je lui contais un peu plus tôt sous sa tente privée était en train de se dessiner devant mes yeux. Le Kendé poursuivit son explication toujours en me murmurant ses paroles pour éviter que l’attention ne se tourne vers nous deux. Il avait raison. Le Seigneur ne m’avait en rien obligé. Je n’étais pas sa captive mais son invitée comme il n’avait cessé de le répéter.

- J’ai … peur … Tout cela me semble presque irréel. J’ai l’impression d’être dépassée par tous les évènements, d’être engloutie par une vague puissante, d’avoir du mal à garder la tête hors de l’eau.

- Les temps vont devenir sombres et dangereux. Tu vas devoir faire des choix, trouver ta place. Mais tu es très forte. Avec le temps, tes capacités vont s’affirmer.

- Je n’ai jamais subi. Je ne veux pas fuir non plus. Darkan m’a donné sa confiance, à moi d’en faire honneur et de lui montrer qu’il ne s’est pas trompé. Je sais que tout ne sera pas simple pour moi dans cette Chasse, au milieu de tous ces guerriers. Mais je ferai en sorte de ne pas le décevoir.

Je fronçai les sourcils au moment où Darkan parla d’une missive du Premier. Leur Sire comme il venait de le nommer. C’était la première fois que j’entendais parler de cet homme. Qui était-il ? Pourquoi le nommait-on ainsi ? A mon nom, je sursautai. Je ne m’attendais pas à voir tous ces yeux braqués sur moi.  Je ne sais pas ce qu’ils attendaient comme réponse, j’en étais devenue muette jusqu’à ce que la main du Kendé dans mon dos, m’invite à répondre à l’assemblée.




- Je vous aiderai. Paris est une grande ville. Néanmoins les Lycans … se reconnaissent. Si je ne les trouve pas, peut-être que ce sont eux qui me trouveront en premier.

Jouer les espionnes … Encore une corde que j’allais devoir ajouter à mon arc. Mais ceci était pour une bonne cause. Du moins, pour une cause que je pensais juste. Les Lycans s’veillaient et sortaient de leur cachette. Autant savoir qu’elles étaient leurs intentions. Darkan poursuivit encore un moment puis il ordonna à ses chefs de guerre et à ses conseillers de prendre congé. La route allait être longue jusqu’à Paris. Le Kendé s’assura que plus aucun homme ne viendrait nous déranger sous la tente. Il sortit d’une de ses petites bourses en toile, un fragment tout noir de la taille de sa main qui pouvait ressembler à du charbon. Il s’avança alors vers Darkan et sans un mot, il dessina avec cette pierre noire, dans la paume du Gyula, le même symbole qu’il avait tantôt esquissé dans la terre, le symbole Alpha.

- Tu as toujours su que tu étais différent. Ceci est le symbole qui te définit. L’Alpha. Je l’ai expliqué à ton invitée. Dans la tradition mystique, l’Alpha désigne la Semence divine, le Point de départ de l’Émanation et du trajet évolutif. Au plan systémique, elle désigne le Feu sacré. Ici, l’Alpha désigne le guerrier le plus  puissant d’un clan. Le seigneur à qui on voue allégeance et soumission. Le Gyula. Toi.

Il se tourna vers moi, prit ma main en en dessina le symbole de l’Oméga sur ma paume.

- C’est le symbole de l’Oméga dit-il à Darkan. Il s’agit du fruit par opposition à la semence.  Il implique souvent le geste d’héroïsme par excellence, le Sacrifice des sacrifices. Alpha et Oméga sont les deux facettes d’une même flamme.  L’Oméga chez les Lycans, est une créature rare. Elle possède un don qui apaise et calme une foule en pleine effervescence. Tu viens de le voir par tes propres yeux, sous la tente. On nait Alpha, on devient Oméga.
Je n’en dirai pas plus. Il vous faudra méditer sur tout cela, tous les deux.


Il s’éclipsa avant que l’un de nous lui adresse des questions. J’observai encore ce dessin charbonneux qu’il avait dessiné dans le creux de ma main. J’hésitai un instant avant de briser le silence.

- Vous avez pris d’énormes risques en mettant sur la balance votre légitimité pour me protéger face à vos guerriers. Je vous en remercie. J’espère que je ne vous décevrai pas. Paris est immense. C’est une ville que je ne connais pas, mais je ferai en sorte de trouver d’autres Lycans. Comme je le disais, si je ne les trouve pas. Ils viendront à moi. Je vais devoir rester seule. S’ils sentent l’odeur des Vampires près de moi, ils se douteront de quelque chose. Et puis, je ne pense pas que vos hommes seraient contents de se voir attribuer ma garde rapprocher dans tout Paris. Je ne prendrai aucun risque, je vous le promets, et je reviendrai au plus vite.

Je ne me leurrai pas sur les dangers que j’allais rencontrer, mais quel que soit le temps que je mettrai pour découvrir d’autres personnes telles que moi… je reviendrai toujours auprès de lui.

- C’est moi qui aie apaisé vos hommes. Le Kendé m’a aidé à puiser cette énergie en moi pour calmer les tensions.
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Darkan Lupu

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MessageSujet: Re: {Achevé} Le Destin frappe toujours deux fois   Sam 28 Fév - 17:36



Tandis que Darkan contemplait la missive de Mentis Irae et réfléchissait sur l'opportunité de la lire à ses Bannerets, il ne lui échappait pas que le Kendé était en grande discussion avec Anna. Que pouvaient-ils bien se dire ? Le vieillard et la louve ? Il prit alors conscience que ce pour quoi il était en train d’œuvrer, le destin qui se profilait pour sa Chasse entrait dans la droite ligne des suggestions qu'elle avait partagé avec lui lors du repas qu'ils avaient pris un peu plus tôt dans la soirée. Il se souvint également de sa réaction à lui, à l'évocation d'un possible rapprochement des Vampires et des Lycans. Son refus de le croire possible. Ces événements qu'avait évoqué Anna n'étaient-il pas en train de commencer ? Darkan se tourna vers le duo, troublé de cette soudaine révélation. Qui était cette fille ? Était-elle plus que ce qu'elle prétendait être ? Elle se rapprocha ayant capté son regard et sa dernière phrase. Il se tut et enroula le parchemin. Le contenu ne serait divulgué en sa totalité que le jour où toutes les Chasses convergeraient sous la bannière du Loup. Il la brandirait et la lirait à ses troupes, juché sur son cheval, avant la première offensive et il sourit en songeant que cela serait bien plus fédérateur que pourrait jamais l'être Cecil Osbern brandissant sa petite clé USB et disant à ses généraux "je vous transmets ça par mail". Il garda le silence et laissa Anna exposer son engagement à leur côté devant les Seigneurs.

Un petit sourire en coin et une étincelle amusée éclairèrent furtivement le visage du Gyula lorsqu'il perçut une lueur d'admiration naissante dans certains regards. Anna savait bien mieux s'y prendre avec les barbares qu'elle voulait bien le laisser croire. Darkan savait fort bien quelle impression ses hommes faisaient à la population civilisée de la Capitale. Il savait comment la presse officielle qualifiait leurs détachements de cavaliers:  les Barbares, les Sauvages, les Bêtes. Il avait mesuré depuis leur entrée sur le sol italien par lequel ils avaient convergé vers la France, à quel point la civilisation européenne avait évoluée de façon disparate selon les peuples qui la composaient. Chacun d'entre eux s'était raccroché à ses acquis les plus précieux, à ses convictions les plus profondes, à ses valeurs les plus fondamentales. La survie en dépendait. Les Vampires, ayant pris le pouvoir, s'étaient vu échoir toutes les responsabilités qui incombaient jusqu'alors aux dirigeants Humains. Mais étant d'anciens citoyens humains de chacun de ces peuples, ils avaient fondé la reconstruction de leur société sur l'héritage des civilisations humaines dont ils provenaient. En Europe centrale, les Vampires étaient implantés depuis bien plus longtemps et donc bien plus vieux, dépositaires d'un savoir mystique très ancien mais aussi figés pour la plupart dans une féodalité nostalgique. Darkan l'avait compris en croisant des Vampires totalement intégrés au modernisme parce que moins anciens que lui. Des jouisseurs de technologie, ainsi les appelait-il. Certains Anciens arrivaient à concilier une double nature et selon ses renseignements, c'était le cas de son Infant, Constantin Basarab. C'est pourquoi il était une clef avec laquelle il devrait composer. Un pont entre la Vampiritude passée et moderne.

Darkan était d'un autre temps, mais Immortel, et par sa double nature, une autre clef. De plus, s'il était Ancien, il n'était pas pour autant incapable d'évolution. Mieux ! Il était la clef de l'évolution . De par sa nature hybride. Dans son esprit en ébullition des milliers de connexions étaient en train de se faire. L'Histoire s'écrivait en triple ligne, celle des Vampires, celles des Lycans, et celle de l'Humanité, qu'il savait incontournable. Anna saurait rallier à elle la confiance de ses Bannerets, il le savait désormais, en son fors intérieur. Ils lui mangeraient dans la main. Elle était aussi une clef à sa façon. Quelque part, devait se trouver une clef parmi les Humains et il devraient la trouver. S'ordonnèrent alors dans la tête du Seigneur de la Chasse de Brancia des ordres de mission pour ses Féaux. L'un devrait recruter dans les rangs des vampires ou des esclaves humains un expert en communication moderne- il fallait comprendre "par informatique" - afin de gommer cet écart qui avantageait Osbern. Darkan ne voulait plus rien ignorer des technologies modernes. Il ne les utiliserait que pour mener à bien sa mission. Un autre devrait suivre Anna et la protéger. Un troisième devrait leur enseigner le maniement des armes modernes et Darkan rageait de savoir à qui il devrait demander une telle aide. Le seul vampire ancien qui les eut manipulées dans une situation de combat réel: Constantin Basarab. Il aurait été intéressant de pouvoir compter sur des activistes des réseaux de résistance contre le pouvoir d'Osbern. Ce dernier s’élèverait contre ce type de renfort mais si lui, Darkan, tentait, sans lui en parler, de prendre contact avec ces terroristes en leur expliquant les enjeux ? Tout était possible.

Tout était possible.

- Tout est possible ! Nous tenons dans la paume de notre main l'avenir des nôtres mais aussi celui du Monde. Tout se jouera désormais sur les alliances que nous saurons établir avant de nous lancer dans la bataille. Pour la première fois, mes frères, mes fidèles vassaux, la Chasse de Brancia va devoir s'allier et compter sur d'autres forces qu'elle-même . N'oubliez pas mes frères: s'adapter à un nouvel environnement ou disparaitre, c'est la clef de la survie de chaque espèce et nous serions bien sots de penser être au dessus de cette Loi !  

Repliant les cartes et les rangeant dans le coffre, Darkan poursuivit.

- Nous sommes à l'aube d'une ère nouvelle. Je serais votre guide dans la Quête d'une vérité qui changera le visage de notre monde. Mais chaque Guide a des comptes à rendre. Je ne veux rien qui ne soit le fruit de mes victoires. Aussi chacun d'entre vous pourra exprimer ses idées sur l'évolution de notre Quête. La route sera longue jusqu'à Brancia où nous devons retourner pour trouver un précieux Grimoire. Mais cette route sera jalonnée d'étapes qui seront l'occasion de plusieurs Conseils de Guerre entre nous. Car nous sommes en guerre, ne vous y trompez pas. L'ennemi n'est juste pas encore visible et identifiable et n'est vraisemblablement pas comparable à nos ennemis connus. La prochaine étape est Paris. Anna Volusius nous prouvera sa loyauté en rapportant des informations susceptibles de nous avancer dans l'évaluation de la puissance des Lycans. Je sais que cette évocation parle à nombre d'entre vous, anciens, qui les avez combattus. Mais songez que l'époque n'est plus la même et que dans les grandes guerres, les alliés d'hier sont parfois les ennemis et les adversaires des alliés d'un temps.

Se redressant et remerciant l'assemblée, il autorisa ses Bannerets à prendre congé et se tourna vers le Kendé pour lui signifier qu'il entendait faire de même. Mais le vieux vampire ne l'entendait pas ainsi. Lorsque la tente se fut vidé de tous les guerriers, il s'adressa à Darkan, Anna se tenant à ses côtés. Le viel homme prit la main de Darkan et y dessina à l'aide d'une pierre sacrée un symbole inconnu. Il le présenta comme l'Alpha et informa Darkan que ce symbole le définissait. Il semblait avoir établi une complicité avec la louve. Comme pour conforter cette impression, le Kendé prit la main d'Anna et y dessina un autre symbole qu'il expliqua pour Darkan. Ce dernier, attentif et respectueux, écoutait les paroles du vieux sage. Mais il se félicita que la tente du Grand Conseil fut désertée lorsque celui-ci mentionna les Lycans en des termes particuliers. Le regard brillant de colère, il aurait voulu dire au Kendé que  mentionner devant la Chasse qu'Anna avait un statut particulier chez les Lycans risquait de la mettre en danger. Que les Bannerets auraient tôt fait de penser qu'elle est en train de prendre le contrôle de la Chasse, même si cela était faux. Rien n'arrivait  par hasard, Darkan le savait. Tout comme il avait pris conscience qu'elle avait pressenti ce qui viennait d'arriver: les Immortels de Brancia avaient accepté l'idée d'une alliance avec des Humains et une ... Lycane. Mais le vieux Kendé avait déjà pris congé et disparu de la tente avec l'art consommé de l'escamotage qui le caractérisait, laissant Darkan en tête à tête avec Anna.

Dire que le Seigneur de Chasse s'en trouva intimidé serait exagéré. Mais il se sentit un peu pris au dépourvu et écouta Anna tout en fixant d'un air faussement détaché la lune qui se découpait sur le ciel d'encre par la porte de la yourte. Il éluda les remerciements d'Anna au sujet de la confiance. Elle présumait de l'instinct du loup qui est toujours en alerte. Mais pouvait-il lui en faire grief ? Il avait mis des années à domestiquer cette part de lui-même de manière imparfaite. Elle n'avait pris conscience de cette part d'elle-même que depuis peu. Elle ne pouvait savoir que si la confiance d'un loup est indéfectible, elle ne s'accorde pas facilement et demeure longtemps sur le fil du jugement avant d'être consentie.

- Certes mes hommes ne pourront pas te suivre de trop près sans se faire repérer. Mais je te ferai remarquer qu'aucun de mes hommes n'a décelé ma vraie nature. Je suis persuadé qu'il en va de même pour les Lycans. Ils ne peuvent voir en moi le Vampire, sauf si je le souhaite. Cela me donne donc toute latitude de te pister et de surveiller tes déplacements. Comme tout vampire, tu ne le sais peut-être pas, mais j'ai la faculté de me transformer en un animal... Qui ne ressemble pas vraiment à ce que je suis lorsque la pleine lune se dessine dans la nuit. Je peux donc te pister sous une autre forme. Mais sois tranquille, je n'interviendrais que si tu es en danger. Tant que je vivrais, la Chasse de Brancia sera toujours un asile pour toi.

Mais il l'entraina avant de poursuivre sur le chemin de sa tente personnelle.

- Ce qui est en train de se dessiner nous dépasse Anna. Mais je suis convaincu d'une chose. Si nos routes se sont croisées, ce n'est pas par hasard. J'aurai quelque chose à te montrer peut-être, lorsque nous en saurons plus sur les tiens et leurs intentions.

Darkan avait du mal à trouver les mots justes. A l'aube de ce nouveau jour qui s'annonçait, Anna et lui auraient chacun leur combat à mener pour comprendre leur rôle et leur place dans le grand dessein qui commençait à émerger. Une nuit les séparait de ce jour qui scellerait leur destin. Une nuit que chaque guerrier dans ce camp aller dédier au repos réparateur après une journée riche en rebondissements. Darkan écarta la tenture de sa yourte et fixa Anna droit dans les yeux avant de murmurer.

- N'oublie jamais que quelque soit le toit qui m'abrite, qu'il soit de toile ou de tuiles, tente ou château, grotte ou forêt, il reste aussi le tien. Tu y trouveras protection et refuge.
Puis il ajouta alors qu'elle passait devant lui pour pénétrer dans la yourte:


- Je sais que tu les as hypnotisés. Je sais que tu n'es pas que celle que tu prétends, mais peut-être l'ignores-tu toi même. Aussi, je ne t'en fais pas grief. Sache simplement que je suis convaincu que tes pouvoirs n'ont que peu d'effet sur moi. N'espère pas assujettir la mienne comme tu l'as fait avec leur colère. Je t'accorde l'asile et la protection mais le reste est à conquérir...
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{Achevé} Le Destin frappe toujours deux fois

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