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Secrets et Bouches cousues.

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MessageSujet: Secrets et Bouches cousues. Ven 19 Sep - 0:01
 La Base - sujet : Admission de l'Apprentie Aynora;
25 avril 2213, 7 heures .

Roch, Second du  Comité Clandestin, lisait une fiche que venait de lui remettre Martial, le directeur  de l'organisation, son supérieur unique et aussi son guide. Il lisait debout, devant la table où deux ou trois minces dossiers étaient disposés près d'un ordinateur et d'un vidéophone interne. De l'autre côté, le Patron, assis dans un fauteuil pivotant mis de biais, attendait,l'air tranquille, qu'il ait fini sa lecture. Roch le connaissait suffisamment pour ne pas  lui faire attendre sa réponse. Il était là pour accepter ou refuser une mission. Martial, en lui passant le document, n'avait pas jugé bon de l'assortir d'un:"Tu me donneras ta réponse demain".
 Roch  cligna un peu des yeux. Il venait de se réveiller, après une nuit passée à la Base pour mettre au point une attaque contre un dépôt de carburant et n'avait dormi que trois heures quand Martial l'avait appelé pour lui demandre de passer salle 12. Depuis trois ou quatre ans, il ne venait plus dans cette pièce sévère et fonctionnelle où le Directeur du Comité ne recevait  que ceux à qui il voulait communiquer des ordres de missions ponctuelles n'engageant que leur responsabilité. Sans lien avec d'autres plus conséquentes, ces actions pouvaient être totalement secrètes, souvent des repérages de lieux, des approches anonymes d'individus pouvant servir dans les projets du Patron. Ce genre d'entrevue était toujours très apprécié des hommes, qu'ils soient Commis ou Agents. Ils y voyaient un moyen de rencontrer  le  "Commandant" en tête à tête, occasion rare compte tenu et du style de vie de Martial et du nombre devenu très important des actifs de la Base. Et ainsi se sentaient-ils importants pour l'organisation, même si leur rôle était minime et n'était pas forcément suivi d'effet, le projet étant abandonné ou passant au niveau collégial.
C'était au cours de ces entrevues que Martial avait remarqué Roch parmi les jeunes agents et apprécié sa discrétion efficace et  sa personnalité toute en contrastes. Le jeune Agent était frère de Noé, un des meilleurs infiltrés chez l'ennemi, très estimé du Patron et  celui-ci avait supervisé la formation de Roch durant les longues absences de Noé à l'étranger. Des rapports  personnels s'étaient assez vite tissés entre le patron et ce jeune homme  renfermé, en quête de certitudes et de guide mais résistant, dévoué et d'une fidélité de vieux soldat. Finalement, Roch avait été nommé Second voici deux ans.
Habitué à être appelé dans le bureau officiel de Martial, Roch s'était donc demandé pourquoi il était convoqué ici. D'autant que en tant que bras droit de Martial, il  n'était plus envoyé sur ce genre de travail ponctuel en solitaire, ce qu'il regrettait fort. Cependant, en entrant et voyant les traits tirés et le teint livide du Patron, notant  la canne appuyée contre la table, il se dit que le récent opéré avait dû passer une bien mauvaise nuit et, devant recevoir des agents – comme l'indiquaient les dossiers sur la table- il avait préféré ne pas avoir à se déplacer dans le dédale complexe de la Base.  Roch sentit poindre un instant l'angoisse habituelle quand il pensait à la santé du Patron. Mais non, Martial guérirait ou en tout cas stabiliserait son état. Le médecin avait dit que le traitement était épuisant mais qu'il était efficace et Roch continuait à être inébranlablement persuadé  que Martial  malgré la maladie, resterait un gagnant, un vainqueur, quel que soit l'ennemi

Martial le laissa parcourir le document puis déclara :

-Je te demande de t'occuper de cette apprentie pour deux raisons : c'est Zack qui nous l'a envoyée et en tant que spécialiste des  explosifs, tu sais que nous lui avons été redevables de systèmes et de produits   dont nous n'avons pas depuis réussi à améliorer les performances.  C'était vraiment un esprit hors du commun et ses difficultés personnelles ont été un rude coup pour le Comité. Je pense qu'il devrait être content de cet hommage que nous lui rendons  en envoyant le Second du Comité pour  l'admission de sa protégée
En outre, lors d'une de tes missions  d'apprenti en infiltré au Vatican, tu as appris la langue des signes. J'avais bien pensé à toi pour devenir le Tuteur d'Aynora Zawiska, mais à l'époque, je prévoyais de te nommer Second et tu avais besoin de disponibilité. Enfin, réfléchis; ce n'est pas urgent. J'espère que tu n'as pas tout oublié de ce langage qui facilitera votre rencontre, bien que durant son apprentissage, nous n'avons eu aucun  retour d'éventuelles difficultés à ce propos.
C'est pourquoi je te charge de superviser la fin d'apprentissage de  celle que Zack nous a recommandée voici trois ans. Alors ?


Avant de répondre, Roch  rassembla en esprit ce qu'il savait de "Zack BigBang " comme certains  collègues plus âgés nommaient encore ce chimiste devenu inactif pour raison de santé. L'homme avait laissé une réputation d'original surdoué dans son domaine. En 2206, quand Roch était entré au Comité, il avait déjà quitté le service actif mais restait sympathisant et on pouvait compter sur lui pour un appui discret aux camarades en mission dans son quartier. Quant à la fille,  sans l'avoir rencontrée personnellement,Roch avait entendu parler de sa mutilation et savait que c'était une apprentie bien notée.

-Entendu. Je vais suivre le protocole habituel : d'abord, l'entretien de fin d'apprentissage. Le 27, ce sera bon pour moi. Et puisqu'elle a déjà choisi de résider à la base, elle aura tout réglé de ses affaires en ville et on ira à l'Abri sans délai. Je peux la mettre ensuite sur le dépôt d'essence à Fontainebleau. On va avoir besoin de diversion, peut-être musclée, peut-être pas. Son profil paraît bon.

-Très bien, on dit que c'est un très beau brin de fille, une rousse flamboyante. Et  une femme muette … pour  toi qui as la réputation d'être du genre peu bavard,  ce sera un charme de plus ! Tiens-toi bien !

Roch fut content de la bonne humeur du Patron:

-Sûr !  et facile : les rousses me laissent de marbre. On ne parlera que boulot.

Martial eut l'ombre d'un sourire sur ses lèvres pâles.


L'entretien - Chez Arsène. 
27 avril 2213-10 heures.

Roch avait donné rendez-vous à Aynora dans un petit troquet peu fréquenté d'un coin  des Squats vers les Buttes-Chaumont, un mélange de ruines envahies de végétation, de taudis tenant du bidonville, alternant avec des décharges d'éboulis et des petits  terrains privés où des Sans-Cartes tentaient de survivre en stockant des restes de démolitions, des objets pillés ici et là dans des maisons abandonnées, bric-à-brac que les salariés modestes venaient acheter en se méfiant des gangs qui rançonnaient et rackettaient les "bourgeois " des quartiers sud. Quelques voitures de police passaient de temps à autre mais leurs circuits étaient connus, dépendant de l'état des rares rues carrossables. Les Squatters veillaient à ce que les nids de poule se recreusent miraculeusement en une nuit  si on s'avisait de les combler et des parpaings encombraient soudain la chaussée  quand la police décidait de changer son itinéraire pour observer des maisons suspectes.
Comme la plupart des apprentis, Aynora ne connaîtrait d'abord que quelques lieux coupés de la Base centrale où s'exerçaient les activités de formation. Ils étaient envoyés à des rendez-vous, sous des pseudonymes,  rapidement briefés, avec des petites missions avant d'être intégrés à une équipe vraiment sur le sentier de la guerre. Un chargé de rapport observait leur comportement.
Tout dans la formation était extrêmement gradué : Durée et danger de la mission, révélations sur l'organisation,  révélations des identités , des codes, des méthodes.  Naturellement, le comité enquêtait sur l'apprenti, sa famille, à quoi il passait ses loisirs, qui il fréquentait. Les apprentis externés ne connaissait rien de la localisation des Bases ni de l'Accès, ce bâtiment des Squats étant camouflé en un de ces Centres de Soins aux démunis , parrainés par l'Eglise. Ils ne rencontraient leurs contacts que dans des endroits ordinaires, cafés,  commerces, lieux de distraction  qui changeaient fréquemment. Martial était intransigeant sur ces précautions  et il fallait qu'il connût parfaitement le tuteur du nouvel apprenti pour qu'il l'autorisât  à entrer un peu plus vite dans l'organisation " Ce n'est pas une question de confiance mais une question de survie. " disait-il;
Rares étaient ceux qui comme Roch, dès  leur admission en tant qu'apprentis, étaient conduits à la  Base, mais son frère et tuteur Noé avait été un apprenti de Martial qui l'appréciait beaucoup et ils avaient préparé de concert l'entrée de Roch  au Comité. Ils avaient préparé ensemble pour lui la double vie qu'il menait maintenant et Martial, sûr du jugement de Noé, avait imposé un enseignement immédiat au coeur même du Comité. Mais autant de recrues, autant de façon de les accueillir et Aynora  avait été jugée apte à entrer au coeur même de l'organisation.

~~~~~~~~~~~
Roch entra par l'arrière du bâtiment, ayant emprunté sentiers et venelles. Il connaissait  à fond ce qui restait du XIXe arrondissement ; la Villette, les Buttes Chaumont, l'Abri s'y trouvant non loin de l'ancien bassin de la Villette. Les écluses du canal disparues, le canal  tantôt débordait sur l'ancien parc tantôt n'était plus qu'un fond d'eau stagnante rendant cette limite nord des Squats particulièrement insalubre, surtout quand les hivers étaient doux.. Le paludisme, disparu de l'ancienne France pendant le XXe siècle, sévissait de nouveau..
Arsène, le patron était un des indicateurs de Roch et lui fit les doigts croisés pour lui indiquer que tout était sûr. Pas de mouchards, pas de contrôleurs du Cercle et pas d'inconnus suspects. Roch commanda une bière qu'il soupçonnait Arsène de fabriquer lui-même depuis qu'il avait vu  pousser du houblon dans le terrain vague derrière la bicoque. Le breuvage était à peine plus mauvais que la bière CooP, boisson officielle des petites gens, mais le degré d'alcool en était nettement plus élevé ce qui assurait au brasseur improvisé une clientèle d'habitués.

-Tu as du thé ou n'importe quoi de possible pour une demoiselle ?

demanda Roch en s'asseyant sur les chaises vaguement encrassées comme le reste de la salle. Non qu'Arsène fût plus négligent qu'un autre mais il chauffait l'hiver avec un vieux poêle à bois et à charbon qui déposait de la suie un peu partout. Un lessivage trop fréquent abîmait ses "chaises d'époque" comme le tenancier désignait fièrement ses sièges récupérés dans un stock Ikea redécouvert voici déjà plusieurs décades et consciencieusement rafistolées..
Arsène  haussa les épaules :

-Du thé ? J'en ai, mais ne me demande pas d'où il vient.  Apporte-moi du Ceylan de bonne qualité la prochaine fois que tu viens si tu veux plaire aux dames. C'est pour le boulot ?

Roch se retint de lui dire que si ce n'était pas pour le boulot, il ne serait certes pas venu chez lui pour un rendez-vous galant, mais ce n'aurait pas été gentil pour ce brave homme qui détestait les vampires et affirmait en avoir dessoudé un au temps de sa jeunesse. Poursuivi par l'engeance vers le canal, il l'avait conduit sous une grue en panne. A l'époque il travaillait au déblaiement des épaves. Il avait libéré la charge restée suspendue, juste au dessus du suceur de sang ,en pensant très fort aux fers à béton n°20 qui se trouvaient dans l'enchevêtrement de gravats. Il affirmait avoir prié Saint Michel  et le temps qu'il redescende de l'engin pour voir, le vampire se dissolvait en poussière. Les n°20 et saint-Michel avaient fait leur effet, tchak ! En plein coeur!
Roch se pétrit un peu le nez selon un geste familier que l'on prenait pour un simple tic et qui venait des petits morceaux de résine qu'il se plaçait dans les narines  et qui le gênaient parfois un peu. Il déformait toujours  légèrement ses traits quand il sortait en ville en tant que "Comité". Arsène  ne le connaissait que sous cet aspect et le croyait doté d'yeux charbonneux, des lentilles brun foncé cachant ses yeux clairs et bien entendu, il ne portait alors jamais de bonnet.
Il répondit seulement   "...D'une certaine manière. " à la question posée. Arsène n'insista pas car une jeune femme rousse poussait la porte vitrée du côté de la rue.
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