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{Achevé} Chaque vie se fait son destin

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Ambroise Duquesne
MessageSujet: {Achevé} Chaque vie se fait son destin Sam 20 Sep - 15:40
Précédemment...

- J'ai remarqué que tu supportes mal la lumière du soleil mais as-tu déjà volé de jour ? Me fais-tu confiance si je te dis que sous notre forme animale, nous sommes invulnérables aux rayons solaires ? Tu peux aussi choisir de voyager en voiture avec Sean mais tu te priveras d'un spectacle peu commun, le survol des gorges de la Cesse, du pont de Minerve et de la forteresse où tu vas désormais habiter.

Stan avait donc décidé de signer mon petit mot. Tant mieux, je n'étais pas certaine qu'il le ferait, je ne le connaissais pas encore assez bien pour avoir de telles certitudes, mais j'espérais que sa réponse serait positive, je n'appréciais pas spécialement les formalités. Mon souhait était donc exaucé. Comme pour confirmer les paroles de mon employeur, je plaçai ma main devant mes yeux pour les protéger de la luminosité qui, contrairement à ce que j'avais espéré, n'était en rien atténuée par une météo ombrageuse. Passer près de deux siècles enfermée entre quatre murs, ne sortant qu'en de rares occasions à la nuit tombée dans le but de me sustenter ne s'était pas fait sans conséquences, le soleil et moi ne nous étions pas regardés en face depuis de trop longues années. Sa lumière était tout aussi vive en cet instant que la dernière fois où je l'avais aperçu et ma capacité à y résister n'avait en rien augmenté avec le temps.

- Invulnérable aux rayons solaires, dis-tu ? Je n'ai jamais volé de jour et il me tarde de me transformer afin de vérifier cet information plus qu'intéressante. De plus, découvrir ces paysages dont tu me parles sera sûrement beaucoup plus impressionnant par la voie des airs.

Je me transformai pour la seconde fois de la journée, un record pour moi. Bien que j'usasse régulièrement de ma forme animale pour chasser, mes métamorphoses ne s'étaient jamais suivies d'aussi près, elles étaient toujours espacées de plusieurs jours. Tandis que je devenais un être fait de légèreté et de plumes, je sentis la pression qu'exerçait mon corset sur ma poitrine se relâcher et, libérée des ces entraves vestimentaires, pris de la hauteur de quelques vifs battements d'aile afin de ne pas m'empêtrer dans les morceaux de tissus qui tombèrent sur le tarmac. Je n'y prêtai pas une grande attention, de toute manière, ils seraient bien vite ramassés, repliés et soigneusement rangés par Sean. Constantin et moi nous envolâmes, mon employeur passant en premier pour m'indiquer la voie à suivre et moi restant dans son sillage. Il avait raison lorsqu'il avait désigné le survol de Minerve comme étant un spectacle peu commun.

Nous arrivâmes rapidement au-dessus de ce que je devinai comme étant les gorges de la Cesse. Jamais je n'avais eu l'occasion d'observer un tel tableau, n'ayant qu'en de peu nombreuses occasions quitté la ville pour me rendre à la campagne, que ce soit au cours de ma vie humaine ou vampire, et le panorama me ravit au point que j'en pousse un petit piaillement de contentement. Sous moi, végétation et roches claires se disputaient le terrain, la première semblant tenter d'escalader les secondes sans pour autant parvenir tout à fait à en prendre possession et à ainsi faire disparaître leur blancheur éclatante sous sa masse vert émeraude. Je me permis de faire un piqué et ce fut comme si la gorge était sur le point de m'avaler puis, remontai tranquillement à la même hauteur que mon employeur. La forêt s'étendait à perte de vue sa limite se situant bien au-delà de ce que mes yeux me permettaient de distinguer. En fixant l'horizon, j'eus la brève impression que les arbres se fondaient dans le ciel limpide de ce début de matinée ensoleillé. Toutefois, ce décor naturel avait bel et bien une fin, un endroit qui avait été touché par la civilisation et que nous atteignîmes au bout d'un temps de vol qui me parut à la fois infini et beaucoup trop court.

Minerve, avec ses airs de cité médiévale, se dressait au bord de la gorge, ses premières habitations comme en équilibre face au précipice, quiconque aurait ouvert la fenêtre de l'une d'entre elles aurait pu y tomber malencontreusement. J'étais cependant consciente que ma petite taille faussait, en quelque sorte, ma vision de la ville et rendait le gouffre à côté duquel elle avait été érigée immense à mes yeux de minuscule oiseau-mouche. Par ailleurs, ce qui m'apparaissait comme une ville sous ma forme animale pouvait tout aussi bien n'être qu'un village. En contrebas, une route, que l'on pouvait considérer comme étant relativement en bon état si l'on prenait en compte les deux siècles qui s'étaient écoulés depuis la prise de pouvoir des vampires sur le monde, serpentait le long des murs de Minerve, faisait un demi-tour à son extrémité et formait ensuite une pente raide, permettant ainsi d'accéder à la cité en voiture. Mais ce qui attirait le plus le regard était le pont d'accès au village qui s'élançait des deux bords de la gorge et dont les piliers s'enfonçaient dans la végétation qu'il survolait. En même temps lourd et étrangement aérien, il datait, comme toutes les autres constructions de la ville, d'une époque où l'être humain bâtissait encore des choses qui le dépassaient. L'avènement des dents longues avait enlevé à l'espèce humaine toute capacité et toute envie de continuer sur cette voie. Quant à ma race, elle ne construisait rien et se contentait d'occuper les ruines de ce qui avait été, tel le parasite qu'elle était, en essayant tant bien que mal de se calquer sur l'ancien mode de vie des humains. Nous gâchions la beauté de l'architecture de nos ancêtres en agissant de la sorte.

Quelques passants marchaient calmement dans les rues pavées du village et je vis plusieurs d'entre eux lever la tête vers Stan et moi, une expression de curiosité légèrement étonnée sur le visage. Je comprenais parfaitement leur sentiment, nous formions un ensemble peu banal dans ciel, un corbeau et un colibri volant côte à côte, cela avait de quoi en surprendre plus d'un, un tel couple de volatile ne se rencontrait pas tous les jours. D'autant plus que les oiseau-mouches ne se trouvaient normalement qu'en Amérique du Nord et que les habitants de cette bourgades n'en avaient selon toute probabilité jamais croisé un seul. Était-il possible que l'un ou l'autre d'entre eux connaissent l'existence des transformations vampiriques et qu'il comprenne en nous apercevant que Constantin Basarab était de retour ou du moins qu'un suceur de sang risquait de rôder dans les parages sous peu ? Certainement pas. Nos métamorphoses étaient un secret bien gardé et je n'avais encore jamais eu l'occasion de parler à un humain qui avait été informé de cette particularité propre à notre peuple... Et les proies qui avaient pu l'observer chez moi n'avaient jamais survécu assez longtemps pour en faire part à qui que ce soit.

Nous rejoignîmes finalement la demeure de Constantin et je compris immédiatement la raison de l'emploi du mot « forteresse » pour la désigner. Sa taille imposante et les lourdes pierres grossièrement taillées qui la constituaient ne permettaient pas qu'on lui attribue une autre dénomination. Je regardai mon employeur amorcer sa descente et lui fit un signe de bec pour lui signifier que je restais encore quelques minutes dans les airs, afin de lui laisser le temps de se vêtir décemment et surtout, de faire le tour du fortin que je venais de découvrir. Je planai quelques instants, me laissant porter par des vents favorables puis me penchai, presque imperceptiblement et descendis en une spirale douce vers ce qui allait devenir mon nouveau foyer. Je me demandai l'espace d'un moment comment une unique personne pouvait vivre à l'intérieur d'un bastion isolé d'une telle grandeur dont les salles vides devaient être d'une froideur insoutenable lorsqu'on y habitait sans la moindre compagnie, puis avisai la Bentley, parquée plusieurs dizaines de mètres en dessous de moi et me souvint de Sean et du pilote de l'avion. Selon toute logique, mon employeur ne s'était pas arrêté à deux domestiques pour l'accompagner, sa demeure devait également en être truffée. C'était une chose avec laquelle je n'étais pas familière et dont il faudrait que je m’accommode. Je n'aimais pas avoir à compter ou m'appuyer sur d'autres que moi-même, peu importe la tâche qui était à réaliser, je préférais le faire en solitaire et sans aucune aide ni un quelconque soutien, fut-ce de la part de laquais dont la seule fonction était de servir et fournir cette aide. Je continuai mon observation et notai plusieurs détails, comme les pièces dans lesquelles la lumière était allumée ou le fait que certaines fenêtres de la bâtisse soient dotées de barreaux. Stan avait-il pour habitude de séquestrer des gens dans sa résidence secondaire – une manie qui serait pour le moins fâcheuse et malsaine – ou cette chambre était-elle celle de Zélie Delhomme et cette précaution avait-elle été prise dans le but d'éviter une éventuelle évasion de la jeune Infante de Constantin ? Quoi qu'il en soit, j'étais tombée sur un employeur qui avait des moyens et ne se privait pas d'en user. Cet endroit devait coûter une fortune en entretien et au moins le triple en chauffage, les plafonds de tels édifices étaient la plupart du temps très élevés et je ne comptais pas le salaire de ses différents employés. Même déchu de son titre de Voïvod, Constantin Basarab restait un vampire riche. « Il n'a pas à se plaindre de son train de vie », pensai-je, l'expression m'amusant. Elle n'était pas tout à fait pertinente étant donné qu'il s'agissait d'un non-mort, il n'était plus tout à fait en vie.

Satisfaite de ce que j'avais pu observer, je décidai que je pouvais à présent me poser et rejoignis Stan et Sean à terre. Ce dernier me tendit un paquet de vêtements et je fus tout aussi agréable avec lui que la dernière fois qu'il avait effectué ce geste, quelques heures auparavant. Après m'être rapidement habillée, je le fixai une fraction de seconde d'un air indéchiffrable en me disant que, un jour, ce jeune homme tomberait sans l'ombre d'un doute sous mes crocs. Je m'approchai de mon employeur et poussai un petit sifflement :


- Très joli bâtiment, quoiqu'un peu trop austère de l'extérieur à mon goût. J'apprécie particulièrement les barreaux aux fenêtres, c'est charmant, cela a un côté esthétique assez inhabituel. C'est contemporain ? Terminai-je en tournant la tête vers lui.

Puis, recentrant mon attention sur la forteresse qui nous faisait face, je croisai les bras sur ma poitrine. Le luxe et la richesse m'étaient inconnus alors que lui avait visiblement baigné dedans durant toute sa vie... et même après. Gardant le regard rivé sur les tours du bâtiment, je secouai la tête et dit, un ton plus bas :


- Nous ne provenons vraiment pas du même monde.
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Constantin Basarab
MessageSujet: Re: {Achevé} Chaque vie se fait son destin Dim 21 Sep - 11:41


Voler au dessus de son territoire de chasse, de son fief, avait toujours été source de plaisir pour le vampire, une exaltation de cette sensation de liberté qui pouvait parfois saisir un Immortel lorsqu'il se savait intouchable, presque invulnérable. Pourtant, un autre sentiment se superposait ce matin là dans l'esprit de Constantin Basarab. Une peine incommensurable mêlée d’émerveillement comparable à celle qu'un détenu devait ressentir lors de sa libération. Une émotion sans limite devant la beauté d'un monde dont la cruauté d'un bourreau l'avait trop longtemps privé. Un amour et une tristesse profonde lui serraient le cœur et il sut que c'était l'autre qui ressentait tout cela. L'autre... Depuis combien de temps sommeillait-il en lui ? En y réfléchissant bien, sa vie, depuis son second réveil dans cette grotte des Carpates, avait été jalonnée de ces indicibles accès de mélancolie et émotion devant la beauté du monde, d'un objet d'art, d'une musique et parfois même d'un être vivant. Ce n'était pas là une faculté dont était doté le Voïvod de Valachie. Ce qui s'était éveillé en lui lors de sa seconde naissance était capable de compassion, d'amour et de regrets qui ne lui appartenaient pas. C'était troublant et à la fois grisant de pouvoir ressentir quelque chose qui allait au delà de son ancien état humain, et de celui, présent, de vampire. Il regarda, par ses yeux de corbeau, le petit colibri qui voletait derrière lui et il ressentit son émoi. Ça aussi c'était nouveau, cette faculté d'entrer dans l'esprit d'un autre être . Si Constantin avait toujours été un vampire puissant, il n'avait jamais eu le don de télépathie. Il pouvait ressentir à ce moment précis cet émerveillement presque enfantin qui s'éveillait dans le cœur de sa jeune compagne et il en sourit intérieurement.

Minerve et son site étaient d'une beauté à couper le souffle: austère et sauvage, ancienne et mystérieuse. De nombreuses pages dramatiques de l'Histoire des hommes s'y étaient déroulées et il en gardait une empreinte sombre et âpre comme un théâtre marqué par les scènes qui y ont été jouées. Constantin n'avait pas été si étonné de trouver cet endroit au nombre des possessions de sa famille lorsqu'il avait réussi à récupérer quelques parcelles de l'héritage éparpillé après la disparition de la dynastie des Basarab dont il était le dernier représentant encore en vie, trop longtemps assoupi pour que les hommes se privent du festin en dépeçant son ancien territoire pour se l'approprier. Puis Darkan était revenu, au grand jour lors de l’avènement mondial des vampires et avait fait main basse sur ce qui avait jadis été ses terres, ses châteaux et s'était approprié les deux trônes de Valachie et de Moldavie qu'il avait rattachés à la Chasse de Brancia... Brancia et ses falaises vertigineuses, ses rochers acérés et noirs, ses neiges éternelles et ses étés chargés de parfums entêtants de fleurs sauvages. Comme son pays lui manquait... Les rires des filles dans les champs, lorsqu'il passait à cheval lors d'une chasse au faucon, le marché de Brancia avec ses étales colorés chargés de tissus soyeux venus d'Orient, des produits savoureux du terroir, et enfin les portes monumentales de la citadelle perchée sur un piton imprenable. Minerve lui ressemblait par certains aspects, mais elle était aussi blanche et crayeuse, que Brancia était noire et vitrifiée, comme si le souffle des dragons légendaires avait sculpté ces montagnes dans les temps reculés où l'homme n'était qu'une créature sans défense essayant de survivre. Ce même homme qui avait hérité d'un jardin magnifique et en avait fait une jungle inhospitalière où régnait la terreur. Que de gâchis successifs le berceau de la vie avait dû supporter, que d'outrages commis par les Hommes puis ceux qui les avaient asservis. Il était temps de remettre de l'ordre dans tout cela. Cette pensée aussi n'appartenait pas à Basarab. Lui ne souhaitait que récupérer ses terres, son pouvoir, et se venger de Darkan Lupu de la pire des manière possible.

Troublé et songeur, Constantin se posa sur le parvis et se précipita dans l'ombre d'une voûte où l'attendait Sean avec une grande cape dont il le couvrit. Puis le Prince Valaque se vêtit à nouveau. C'était le seul inconvénient de la transformation: devoir jongler avec les vêtements dont elle dépouillait. Un froissement d'ailes léger l'avertit que sa nouvelle employée était enfin descendue le rejoindre. Il sourit alors qu'il finissait d'enfiler ses bottes, en sentant la tension toujours évidente entre Sean et Ambroise et se demanda, non sans amusement, si ce dernier n’intéressait la jeune femme que pour sa valeur nutritive ou pour un tout autre usage. Après tout une femme, même vampire, restait une femme et Sean n'était pas dénué de charme. Il fronça les sourcils en réfléchissant à ce que cela impliquerait si ces deux là se retrouvaient au lit. Il ne fallait rien négliger et rien accepter qui pût perturber l'éducation de sa jeune Infante. Il se redressa et adressa quelques mots à Sean.


- Tu iras au village pour faire quelques courses selon les indications de Mademoiselle et les remettras à Marisa pour qu'elle lui donne. Une femme a besoin de quelques commodités et objets propres à son confort et je veux qu'Ambroise se sente à son aise parmi nous.

Puis, il l'entraîna à part pour lui faire quelques recommandations, très conscient que la jeune femme ne pouvait que les entendre avec son ouïe de vampire.

- Ne te laisse pas tromper par son visage de jeune fille innocente. C'est une tueuse, tout comme moi. Son charme est d'autant plus dangereux qu'elle n'en a pas forcément conscience et a même du mal à l'admettre. Si tu tombes dans ses bras, tu sais très bien ce qui t'attend. Je l'ai embauchée pour qu'elle veille sur mon Infante, pas pour qu'elle s'en donne un ou qu'elle me prive d'un employé que j'apprécie. Tiens-toi donc loin d'elle jusqu'à nouvel ordre.

Le visage de Sean s'empourpra tandis qu'il jetait un regard en coin vers Ambroise.

- Je pense que Mademoiselle Duquesne  a simplement faim, mon Prince. Si vous chassez ensemble, son intérêt pour moi s'évanouira. Elle ne doit pas avoir de mal à trouver compagnie chez vos semblables.

- Certes, certes, Sean. Nous allons pourvoir à apaiser sa faim, mais les voies du désir sont impénétrables, encore plus chez nous, vampires. L'innocence de votre état vous donne un attrait bien différent de celui d'un partenaire immortel. Je gage, en outre que cette jeune femme n'a pas côtoyé d'humain aussi "aimable" que toi dans sa longue vie d'immortelle. Elle vient d'un quartier de Paris où ils étaient plutôt rustres et grossiers. Tu es une curiosité pour elle... Méfie-toi...

Sean se dirigea vers les communs l'air songeur, en jetant un regard étrange à Ambroise. Mais celle-ci fut rapidement accaparée par Constantin qui répondait à ses questions:

- Minerve a, de tout temps, été le fief de Seigneurs qui n'étaient pas sans ennemis. Ennemis qu'il a fallu maintenir captifs. Mais tu as raison, ces barreaux serviront, si nécessaire à protéger mon Infante de l'extérieur et d'elle-même. Une chute du haut de ces fenêtres serait très dommageable, même pour une immortelle. Il serait par ailleurs dramatique pour les alentours qu'elle puisse sortir sans notre compagnie. En outre, si elle tombait entre les mains de Darkan ou Fedor, je n'ose imaginer ce qu'ils lui feraient subir.

Prenant son employée par le bras, il l'engagea à le suivre dans son bureau, une vaste pièce à laquelle ils accédèrent en poussant une lourde porte en chêne massif de forme ogivale. Le sol était en parfeuille de granit recouvert au centre par un tapis persan d'une grande beauté sur lequel une grande table en bois massif de facture très simple trônait, recouverte de dossiers et de livres. Des portraits de taille moyenne étaient accrochés au mur ainsi que des scènes de chasse.Une grande cheminée dans laquelle brûlait un feu faisait face au bureau. Constantin prit place dans l'imposant fauteuil situé derrière le bureau et invita d'un signe Ambroise à s'asseoir dans un plus petit faisant face.

- Ces deux transformations successives ont dû t'épuiser. Cela mobilise une grande énergie. Réchauffe-toi un peu le dos à la cheminée.

Il tira d'un tiroir un grand rouleau de vélin ancien et le déploya sur la table.

- Voici la carte de la région. En brun plus soutenu tu vois les territoires qui m'appartiennent. Ils s'étendent tout autour de Minerve et longent le cours de la Cesse. Il te faudra les mémoriser. Au delà, en beige, ce sont les territoires sur lesquels nous pouvons chasser. Préfères-tu te reposer et découvrir ta chambre ou que nous partions tout de suite. Ce soir nous accompagnerons Zélie dans sa première sortie. Cela risque d'être assez éprouvant et il vaut mieux que nous soyons en pleine forme. Quand elle sera repue, nous pourrons discuter à loisir tous les deux, et je te ferai visiter la forteresse.

Il se leva et contourna le bureau pour se glisser derrière Ambroise et huma le parfum de ses cheveux avant de murmurer:

- Détrompe-toi, je n'ai pas toujours connu les fastes princiers et les premières années de ma vie feraient passer la tienne pour un paradis. Tout ce que je possède, je l'ai conquis de haute lutte et au prix du sang, de mon sang ... Tu effleures juste du bout des doigts une vérité qui prend racine dans des temps forts lointains et n'entrevois qu'une facette de l'homme que je suis. Ne te fie jamais aux apparences car cela pourrait te jouer des tours...  Tu as toutefois raison dans un sens. Je viens d'un monde où les valeurs étaient très différentes du tien, pas moins cruelles mais plus nobles...


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Ambroise Duquesne
MessageSujet: Re: {Achevé} Chaque vie se fait son destin Dim 21 Sep - 13:34
J'avais toujours considéré que faire deux choses en même temps était un acte irréalisable. Aucun esprit humain ne pouvait décemment réfléchir à deux situations distinctes simultanément, personne ne possédait la capacité incroyable de tenir un discours construit et régulier tout en effectuant une activité différente de ses mains ou en réfléchissant à une problématique autre que celle dont il était en train de parler. Ce devait être également impossible aux vampires car, bien que beaucoup de ceux de ma race finissent par l'oublier ou ne plus en tenir compte, chacun d'entre nous découlait directement d'un de ces êtres fragiles, sa chair comme ses pensées étaient humaines, ou du moins l'avaient été. Néanmoins, je ne m'étais jusqu'à lors que peu véritablement approchée du potentiel mental des dents longues, ayant vécu une part majoritaire de mon existence entre consommation d'hémoglobine et d'une quantité impressionnante, il fallait l'avouer, de spiritueux divers pour quelqu'un étant doté d'une corpulence frêle. L'alcoolisme avait eu le pénible désavantage de me brouiller en permanence les idées mais, tant que ma lucidité surpassait toujours celle de mes proies, je n'y voyais pas d'inconvénient. L'oisiveté, ma compagne quotidienne, était aussi à rajouter à ce tableau somme toute dépréciatif de ma personne. Les limites de mes aptitudes étaient encore loin devant moi et il me tardait de les découvrir... ainsi que de les repousser. C'est ce cheminement intérieur qui s'imposa à moi lorsque je réalisai que je tentais d'estimer le nombre de pièces que pouvait contenir ce bastion médiéval appartenant à Constantin tout en suivant sans en perdre une miette son échange de chuchotements avec son majordome. Faire plusieurs choses en même temps était donc possible.

Les murmures des deux hommes m'étaient tout autant audibles et clairs que s'ils s'étaient exprimés à voix haute et s'étaient situés à côté de moi. Sean était d'ailleurs le seul à ne pas avoir conscience que les avertissements qui lui étaient faits ne lui étaient pas uniquement destinés et je souris discrètement en entendant les quelques mots que Stan lui adressa. Il lui recommandait méfiance à mon égard et c'était à mon sens le meilleur conseil qu'il pouvait lui donner : ne jamais se fier aux vampires était primordial s'il tenait à ce que son existence soit moins brève que celle de ses congénères. Mais, si les phrases de mon employeur avaient pour but d'aider le jeune humain à assurer sa survie, elles prenaient une signification bien différente dans mon cas. Il s'agissait d'une interdiction formelle et explicite de toucher à l'employé qui était sous sa protection. Cependant, il se méprenait quant à mes intentions, n'étant pas au fait de mes fêlures intérieures, tandis que, d'une certaine manière, Sean, lui, avait raison et s'approchait de la cause de mon attirance pour lui : l'appétit. Les instincts bestiaux et naturels qui m'enjoignaient de calmer la faim grondante me parcourant. Les plaisirs de la chair ne m'intéressaient en rien. Non pas que la chose n'ait jamais attisé ma curiosité mais, les rares fois où ma curiosité s'était penchée de ce côté, les souvenirs douloureux de ma transformation en dévoreuse de sang s'était rappelés à moi, telles des plaies à vif que le temps lui-même n'avait pu cicatriser et que seul l'oubli était en mesure de panser. J'avais abandonné depuis bien longtemps l'idée de découvrir ces joies de l'amour tant louées, tout en sachant qu'un abandon ne signifiait que peu de chose dans une longue vie d'Immortelle. Je pouvais affirmer avec certitude que, dans des jours plus lointains, les souffrances passées s'étant muées en vagues réminiscences voilées de brume, je tenterai à nouveau un essai, et m'y brûlerai les doigts encore une fois. Pour l'heure, c'était néanmoins bel et bien le désir de me sustenter qui m'incitait à lorgner sa jugulaire comme un félin affamé contemplerait une entrecôte saignante en se léchant distraitement les babines. Voyant Constantin revenir vers moi, je songeai avec une pointe d'amusement à sa réaction si je désobéissais à sa première injonction. Cela pourrait s'avérer distrayant... et d'une dangerosité à laquelle je ne souhaitais peut-être pas me frotter.

Il me glissa une explication à propos des barreaux que j'avais observé aux fenêtres avec un calme souverain et m'entraîna à l'intérieur de la forteresse. Je me laissai guider, gardant la tête droite mais les yeux levés vers le plafond et les murs couverts de toiles anciennes, y reconnaissant à plusieurs reprises Stan, immortalisé dans une scène de guerre ou en un portrait princier. Je ne prêtai aucune attention à la décoration du bureau dans lequel nous entrâmes, posant plus volontiers mon regard sur les peintures inconnues qui m'apparurent. Acceptent l'invitation de mon employeur, je m'assis sur un fauteuil au moelleux agréable et profitai de la douce chaleur dispensée par l'âtre dans mon dos. Cela m'avait toujours étonnée que le corps froid et sans vie d'un vampire ressente le besoin de se réchauffer. « Selon toute logique, nous ne devrions même pas percevoir les changements de température. Oui, mais selon toute logique, nous devrions également n'être que des cadavres inertes... »

Je me baissai sur la carte que Stan déroula face à lui et mémorisai globalement les territoires qui lui appartenaient. Pour l'heure, cela suffirait, je pourrais toujours le faire en détail plus tard. J'hésitai entre me détendre quelques heures dans la chambre qui serait désormais la mienne ou partir en chasse pour enfin apaiser ma soif lorsque cela me fut proposé par mon employeur. La tentation d'aller me délecter d'un bain chaud était forte et m'immerger dans une eau pure aux senteurs de savon ne m'aurait pas déplu après ce voyage éprouvant... Toutefois je devais agir selon mes priorités et la plus importante d'entre elles restait de me restaurer. Je lui donnai donc ma réponse, la voix ainsi que l'attitude nonchalantes, un coude appuyé sur l'accoudoir droit, la tête lâchement déposée sur la paume de ma main et le regard rivé quelque part devant moi, entre son siège vide et la dorure d'un tableau.


- Partons maintenant. Je serai plus lucide après avoir m'être nourrie et tu pourras ainsi me montrer cette traque particulière qu'est la chasse en campagne et que tu as dit devoir m'apprendre. J'ai plus besoin de cela que de m'allonger sur un lit en attendant la tombée de la nuit. Le repos viendra de toute manière bien assez tôt.

N'appréciant que moyennement de sentir le regard de Constantin sur ma nuque sans pouvoir le déchiffrer, je me relevai d'un pas léger, lui fis face et plantai mes iris couleur d'argent dans les siens. Il était par ailleurs assez ironique que les yeux d'une vampire aient la couleur du poison qui tuait si facilement ceux de sa race. À mon tour, je lui soufflai doucement :

- Évite également de tirer des conclusions trop rapides à mon sujet. Je n'ai pas la prétention de penser te connaître et n'aurai pas celle de croire pouvoir comparer nos existences. Je te retournerai simplement ton conseil : ne te fie pas aux apparences. J'ai peut-être les traits d'une enfant mais tu n'effleures que du bout des doigts la femme qui se cache sous cet aspect juvénile. Je suis peut-être loin de posséder un âge aussi vénérable que le tien mais j'ai vécu plus longtemps que je ne le laisse paraître.

Mon ton désinvolte, parfaitement calculé malgré les airs insouciants que je me donnais, allégea mes paroles d'une part de la tension qu'elles contenaient. Stan m'avait déstabilisée en début de soirée mais mon aplomb et mon assurance habituels refaisaient surface petit à petit. Ambroise l'effrontée, l'impudente, la cynique allait-elle, elle aussi, reparaître ? C'était une fraction de ma personnalité que mon employeur n'avait pas encore, ou que vaguement, côtoyée. Il lui faudrait s'accoutumer à mon caractère, qui n'était ni agréable, ni facile à vivre, s'il souhaitait m'engager. Je me demandai en souriant si ce n'était pas lui qui finirait par me renvoyer à Paris au bout de mes trois mois à l'essai, ne supportant pas de fréquenter quotidiennement mon attitude passant du morose au sarcastique.

- Et si nous y allions ? Repris-je. Nous aurons tout le loisir de parler de cela en chemin. De plus, le territoire où la chasse est autorisée est relativement éloigné et ces deux vols consécutifs m'ont tellement affamée que je serais presque capable de sauter sur le premier humain inconscient qui se présenterait à moi.
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Constantin Basarab
MessageSujet: Re: {Achevé} Chaque vie se fait son destin Dim 21 Sep - 16:28


Ambroise semblait écouter distraitement, sa posture affichant une nonchalance qui étonna le Prince. Mais ce n'était peut-être qu'une apparence , un jeu pour donner le change. Elle avait jeté un coup d’œil rapide à la carte puis hésité brièvement sur la suite de son emploi du temps. Il ne fut pas surpris qu'elle choisisse la chasse et ne put retenir un petit rictus de satisfaction. Malgré l'horreur de ce qu'il avait accompli la nuit précédente, son instinct reprenait le dessus et il avait envie, bien plus que de se nourrir, de pister, de traquer une proie et de partager sa virtuosité de chasseur avec une congénère. Transmettre, cela était une obsession chez certains vampires et il en faisait partie. Les arguments d'Ambroise n'étaient pas dénués de sagesse et avaient rejoint les siens. Le sourire de l'appétit du fauve s'effaça au profit de celui du Maître, amusé de voir poindre chez sa nouvelle recrue une forme de rébellion mais il ne put s'empêcher de ressentir une vive curiosité au sujet des secrets que ces yeux au gris troublant cachaient. Qu'avait vécu Ambroise Duquesne avant, pendant et après sa transformation ? Quelles épreuves l'avaient rendue à la fois si forte et si vulnérable ? Il lui sourit simplement.

- Un jour tu me diras peut-être qui fût ton Sire et pourquoi il t'a abandonnée à ce trou à rats dont je t'ai extirpée. Tu me raconteras quelle était ta vie avant et ce qu'elle fût après. Jusqu'à ce jour, je n'aurai que ce que je vois et mon instinct pour me faire une opinion de toi. La chasse que nous allons faire ensemble m’éclairera sans doute aussi.

Il se dirigea vers la porte et l'invita à le suivre. Ils passèrent par l'arrière du bâtiment et lorsqu'ils croisèrent Marisa, les bras chargés de vêtements, il arrêta la servante.

- Marisa, vous apporterez dans la chambre de mademoiselle Duquesne les effets que Sean aura acheté au village lorsqu'il vous les remettra et vous vous assurerez également que Mademoiselle Delhomme soit habillée comme il convient pour une sortie en forêt à notre retour. Comment va-t-elle ?

- Elle a enfin fini par s'endormir mais j'ai dû l'attacher avec l'aide de mon mari pour réparer les dégâts de la chambre en toute sûreté, Monseigneur.

- Bien ! Ambroise, il nous faut ne pas tarder. Elle aura tôt fait de se réveiller avec un appétit bien plus dévastateur que le tien. Partons sans attendre, tu as raison.

Il entraîna son employée aux écuries où deux chevaux magnifiques, harnachés et sellés les attendaient.

- Comme tu l'as remarqué, les lieux  de chasse sont assez éloignés de mon domaine, et nous avons déjà puisé dans nos réserves avec le voyage. Voici de fidèles compagnons qui nous porteront rapidement et agréablement dans notre quête. Tu es déjà montée à cheval Ambroise ? Questionna-t-il en la gratifiant d'une lueur taquine dans le regard.

Il se doutait bien que la ville grise n'était pas un endroit où les demoiselles enfourchaient autre chose que les messieurs. Même si Ambroise n'était pas ce genre de femme, il était certain qu'elle était aussi peu familière des chevaux que des proxénètes.

- L'alezan est pour toi. Il est très calme et équilibré, peu craintif, mais il est rapide. Méfie-toi. Il a tendance à surjouer l'obstacle. Ne te porte pas trop en avant pour passer un tronc d'arbre, tu risquerais de passer par dessus tête à la réception. Il s'appelle Fuego.

Ce disant il détacha la bride du Lusitanien qui attendait sagement à côté du hongre à la robe de feu et claqua sa langue  entre ses dents. L'étalon blanc plia les jambes et se coucha puis bascula sur le côté le long de son congénère.

- Je sais que tu n'accepteras pas d'aide de ma part, mais Keramor t'offre un marche pied. Monte sur son flanc en marchant sur le quartier de la selle et glisse ton pied dans l'étrier de ton cheval.

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Ambroise Duquesne
MessageSujet: Re: {Achevé} Chaque vie se fait son destin Dim 21 Sep - 19:20
Une fois encore, la possibilité que je fasse part à Stan des épreuves que j'avais traversées – ou plutôt, de l'unique épreuve dont je ne m'étais pas remise et qui ne méritait pas d'être désignée par un pluriel – lors de ma pénible existence fut évoquée. Des promesses, des promesses... Je me demandai si elles aboutiraient à une chose réellement concrète ou nous n'agissions de la sorte que dans le but de meubler la conversation. Cela m'aurait un peu déçue que ce soit le cas car, bien qu'il ne semble pas être un vampire à s'acoquiner avec le Cercle, mon employeur possédait probablement l'une ou l'autre relation à l'intérieur de celui-ci et il restait une fine particule d'espoir qu'il connaisse ou soit en mesure de découvrir d'un coup de fil quels assassins étaient chargés, il y a deux siècles de cela, de s'occuper des collaborateurs qui jouaient un double jeu. Bien sûr, il aurait fallu pour cela que j'émette la demande qu'il me rende ce service – et ma langue aurait risqué de ressortir vivement écorchée si je le faisais – et, de plus, même s'il était capable de me fournir ce renseignement et qu'il décidait de le faire, il ne me serait d'aucune utilité si ce n'était celle de pouvoir enfin associer des visages et des noms aux ombres de mes vieux bourreaux. Cependant je n'en demandais pas plus. Les représailles étaient, à mes yeux, vides de sens après tant d'années. Il y avait clairement prescription. Comme le disait le dicton, la vengeance était un plat à manger froid et, à présent que je l'avais laissé pourrir des décennies durant, il n'était plus temps de le déguster mais bien de le jeter à la poubelle et de l'oublier pour de bon. J'aurais simplement apprécié de découvrir enfin qui étaient ces personnes qui m'avaient plongée dans cet abîme dont je peinais à sortir.

Constantin m'invita à la suivre vers une autre partie de son immense demeure, en vue de partir immédiatement chasser. En chemin, nous croisâmes une de ses servantes, qu'il appela Marisa et dont je rangeai le prénom quelque part au milieu du cafouillis d'informations qui s'entassaient dans ma tête. Elle nous apporta quelques précisions sur l'état actuel de Zélie Delhomme, qui n'était pas enviable. Attachée à un lit comme une bête dangereuse, séparée de sa famille certainement jusqu'à la fin de ses jours et fraîchement transformée, elle devait ressentir une détresse telle qu'elle n'en avait jamais vécue. La sortie de ce soir lui serait grandement profitable, respirer de longues bouffées d'air pur devait être une des rares choses qui lui feraient du bien dans les prochains jours.

Nous continuâmes à marcher et débouchâmes finalement sur une écurie où nous attendaient deux montures que Stan me présenta en expert, me demandant avec un air qui frôlait la raillerie si j'étais déjà montée à cheval. Il devait se douter que la réponse était négative mais n'aurait pu deviner que je n'avais jamais vu d'équidé d'aussi près, qu'il s'agissait de la première fois que je m'approchais de l'un d'eux au point de pouvoir caresser son encolure et poser ma main sur ses muscles puissants. Je fus stupéfaite par la docilité de l'animal lorsque mon employeur lui enjoignit de s'agenouiller et également amusée par ce marche-pied insolite qu'il me proposait.


- C'est très aimable de sa part de mon offrir une aide si galante pour ma première expérience à cheval et je l'en remercie, dis-je avant de poser légèrement le pied gauche sur le flanc de Keramor et de mettre l'autre dans un étrier. J'espère tout de même réussir à monter sur Fuego sans avoir à piétiner Keramor la prochaine fois que cela arrivera, ne pus-je m'empêcher d'ajouter d'une voix dans laquelle flottait un clin d’œil lorsque je me fus hissée sur ma selle.

Après l'avoir fait se relever, Stan enfourcha sa propre monture et nous partîmes directement, la faim se rappelant de manière de plus en plus nette et insistante à nous. L'équilibre me manquait, il me fallut un certain laps de temps pour m'habituer au roulement des pas de mon cheval et arriver à synchroniser les mouvements de mon bassin avec les siens et je passai les premières minutes de notre promenade à me tortiller sur ma selle avec toute la discrétion dont je pouvais faire preuve, tentant d'y trouver une position plus confortable. Puis, m'étant installée d'une manière qui me convenait plus ou moins, je pus m'ouvrir à toutes les sensations qui s'offraient à moi, aux senteurs de pin que le vent dispersait dans l'atmosphère, au claquement rythmé des sabots de nos étalons et aux rayons du soleil qui piquaient mon épiderme. Nous nous engageâmes sur un sentier forestier qui nous offrit une protection temporaire sous l'ombre de ses branchages et je talonnai Fuego afin de me placer à la hauteur de mon compagnon de chasse.


- J'ai quelques questions à te poser à propos de cette chasse. Je suis curieuse de voir comment se déroule la traque en campagne mais j'attendrai bien d'être sur le terrain pour le découvrir... Non, ce que j'aimerais savoir, c'est ce qu'il se passe si on tombe sur un habitant de tes terres en dehors de ton domaine – ils doivent tout de même en sortir de temps à autre. Tu as bien précisé tout à l'heure, dans l'avion, qu'il était hors de question que je décime tes métayers et leurs familles et, si je veux rester correcte, je suppose qu'il vaut donc mieux ne pas les importuner mais je ne suis pas censée savoir les reconnaître et nous ne passerons pas toutes nos parties de chasse ensemble. Comment dois-je distinguer ceux que je peux prendre pour proie de ceux auxquels je ne peux attaquer ?

Un petit : « Au fait, quand arrive-t-on ? J'ai faim. » faillit également franchir le seuil de mes lèvres mais je retins les mots juste avant qu'ils ne se forment sous ma langue...
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Constantin Basarab
MessageSujet: Re: {Achevé} Chaque vie se fait son destin Lun 22 Sep - 18:50


Constantin avait retenu un sourire en constatant la maladresse mêlée de détermination dont faisait preuve sa nouvelle employée pour monter en selle. Tout d'abord elle présenta son pied droit à l'étrier, pensant sans doute que celui-ci servait de marche pied, mais devant l'évidence qui s'imposait et qui allait la faire se retrouver à l'envers sur le dos de Fuego, tête à croupe, elle engagea bien vite le pied gauche. Cependant elle ne présenta pas le trois quart de son profil gauche, mais son profil droit, ce qui eut pour effet de l'obliger à contorsionner son genou sous l’œil en arrière du pauvre alezan qui se demandait bien quel animal allait le chevaucher. Cependant, elle avait réussi à surmonter sa peur de l'inconnu et c'était déjà une preuve de hardiesse encourageante. Nombre d'être humains ou de vampires avaient une phobie des équidés, d'autant que ces derniers avaient pour la plupart des réactions imprévisibles en présence d'Immortels, pressentant sans doute leur nature hautement prédatrice. Ambroise n'avait aucune réticence à l'égard de l'animal. Elle ne savait juste pas comment aborder l'anatomie du cheval et l'harmoniser avec la sienne. Cependant, il constata qu'elle faisait de gros efforts pour trouver un assiette convenable même si elle essayait de n'en rien laisser paraître. Il la surprit même à talonner pour le rejoindre. Quant à lui, il était aux anges, si tant est qu'on pût user d'une telle expression pour parler d'un vampire. Il avait volontairement décomposé chaque geste de sa montée en selle pour que sa complice de chasse pût en graver les étapes dans sa mémoire. Il était certains apprentissages qui se faisaient par imitation et répétition, certains touchant à l'équitation en faisaient partie, même si rien ne remplaçait l'expérimentation personnelle des sensations, la recherche d'équilibre et d'harmonie entre deux deux corps qui se complètent dans leurs mouvements. La théorie avait aussi son utilité et il ne manquerait pas de lui faire lire quelques traités d'équitation.

Le Prince n'avait pas manqué de remarquer le trouble qui avait à nouveau saisi la jeune femme lorsqu'il avait exprimé sa curiosité quant à son passé et ce qui avait précipité son  destin dans l'immortalité. Il était à présent convaincu que l'origine en était scellée par une tragédie. D'ailleurs, pouvait-il en être autrement ? Ambroise Dusquesne n'avait rien de ces filles qui vibraient d'excitation à l'évocation de la noirceur vampirique. Elle avait les pieds sur terre, semblait faire preuve d'un pragmatisme réaliste. Sans nul doute, elle avait subi sa transformation comme un drame et ne l'avait en rien souhaitée. Il faudrait aborder le sujet avec tact et au moment opportun. Savoir comment elle avait réussi à se relever d'un tel traumatisme et comment elle avait géré "l'après" avait son importance dans le rôle qu'elle aurait à jouer auprès de Zélie.

- Vous ne vous débrouillez pas mal du tout pour une première fois, tous les deux. Sois plus détendue, le corps souple, mais pas avachi. Accompagne le mouvement naturel du cheval, les jambes droites. N'engage pas autant tes pieds dans les étriers. Juste la voûte tarsienne. Cela libérera tes talons pour les aides. Et descends-les, tu n'es pas une danseuse étoile qui fait des pointes dans les étriers, même si l'équitation est une danse. Ajouta-t-il en se baissant pour tirer sur le mollet d'Ambroise. Songe que ta colonne est un pivot dont les angles varient par rapport à celle du cheval en fonction de ce que tu veux accomplir avec lui. Vous allez travailler ensemble, pas l'un contre l'autre. Personne ne dompte ou ne domine l'autre dans un tel couple. L'équitation a un côté très sensuel qu'il te faudra découvrir.

Il lui sourit tout en coulant un regard en biais et descendant vers elle, car même si Keramor était légèrement plus petit que son compagnon flamboyant, Stan dominait la jeune femme de deux têtes. Pas très grande mais d'une trempe d'acier. Elle avait cette façon de froncer les sourcils en écoutant les conseils. Il savait qu'un jour ou l'autre elle lui resservirait ses propres recommandations en les adaptant au contexte. Ce qui était une des formes les plus évoluées d'intelligence.

- Sais-tu que le fait de monter toujours à gauche nous vient des militaires car ils portent, enfin portaient, lame au flanc gauche. Monter par la droite du cheval aurait donc été malaisé à cause du fourreau. Mais cela s'est un peu perdu à partir du XXI° siècle... Sauf dans les Chasses... As-tu déjà croisé la route d'une Chasse ? Pour répondre à ta question, au sujet de mes métayers et de la façon dont on les reconnaît, cela peut paraître cruel, mais ils sont marqués au fer. Ce n'est pas seulement une marque d'appartenance mais aussi une protection que nul autre vampire ne peut ignorer. Ils sont placés sous ma protection et quiconque s'y attaque perdra la vie de ma main, qu'il soit humain ou immortel. Personnellement, je reconnais chacun d'eux à l'odeur car j'ai vu naître et grandir la plupart d'entre eux et les ai reçus lors de leur déclaration d'allégeance. En cela, on pourrait presque me donner le tire de Seigneur de la chasse de Minerve si je chassais en horde, n'avais pas que des humains sous mes ordres. Il corrigea. Enfin, jusqu'à présent... Nous sommes probablement la plus petite Chasse d'Europe. Il faudra d'ailleurs que je te marque... Il éclata de rire avant d'ajouter. On fait un petit galop jusqu'à la lisière de la forêt, jusqu'à la colline en face ? Je te montrerai l'étendue de mon terrain de chasse vue du plus haut des arbres! Tu dois commencer à avoir faim.

Mais comme ils s'élançaient, son instinct fut alerté par une odeur. Un autre cavalier les suivait. De loin, il reconnut Sean qui peinait à les rattraper.

- Sire, enfin je vous trouve ! S'exclama-t-il en les rejoignant et en stoppant son cheval à leur hauteur. Mademoiselle Zélie s'est réveillée et a réussi à prendre la fuite en arrachant le grillage de la fenêtre. Nous n'avions pas encore eu le temps d'installer des volets. Son corps n'a pas été retrouvé dans les douves. Elle a du se transformer en un animal volant.

Constantin échangea un regard très inquiet avec Ambroise et tous trois regagnèrent la Forteresse au grand galop.

- Je vais partir à sa recherche! C'est pour cela que tu m'as engagée, non ? Veiller sur elle !Affirma Ambroise d'un ton qui ne souffrait pas contradiction. Elle te hait et se méfiera. Moi elle ne me connait pas. J'aurais plus de chances de l'approcher, de gagner sa confiance... Eh bien je crois que je ne vais pas voler mon salaire. Où penses-tu qu'elle ait voulu aller ? Cela m'aiderait pour commencer mes recherches.

- Paris ... Elle aura voulu savoir si son père et son oncle avaient survécu à l'attaque ...

- Logique en effet. Mais je ne pars pas à Paris à vol de colibri. Il faudra me payer le billet, patron !

- Aucun souci, j'appelle le commandant Wilson ... Mais ... Ambroise... Sois prudente. Elle a peut-être bénéficié d'un complice pour s'évader et elle peut être sous la coupe de Fedor...

- Ne t'en fais pas. Je sais me faire discrète. Je file chercher mes affaires et je ...

- Je vais aussi partir pour Paris une fois que je me serais assuré qu'elle n'est pas cachée dans les environs... Oui, Sean te conduira à l'aérodrome. J'en aurai le coeur net et si Darkan est derrière tout ça, il le paiera au centuple...
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{Achevé} Chaque vie se fait son destin

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