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{Achevé} L'ennemi de mon ennemi est mon ami

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Clémence Destrées
MessageSujet: {Achevé} L'ennemi de mon ennemi est mon ami Dim 21 Sep - 23:44
La veille, Clémence avait gagné deux faveurs grâce à sa découverte du suspect dans le bar. Elle allait obtenir avec son prochain salaire une prime exceptionnelle. Les primes étaient rarement accordées de façon individuelle. Elles étaient plutôt collectives, offertes à tout le service. Mais cette fois, Wogen et elle furent les seuls bénéficiaires.
La seconde faveur fut une nuit aussi longue que désirée et nécessaire. Clémence avait eu droit de rentrer chez elle et se reposer avant d'interroger le suspect le lendemain. Pendant cette nuit de sommeil, ses collègues qui lui avaient été assigné et constituaient son équipe, prendraient le relais sur la recherche de renseignement. Ils se renseigneraient sur l'identité du suspect, obtenant ainsi son véritable nom.
Clémence était donc rentrée chez elle avec pour mission de revenir fraîche et dispo au travail, et à l'heure de son choix ! D'après le Commissaire Divisionnaire, le suspect pouvait bien attendre 24h avant d'être cuisiné puisqu'une rallonge de la garde à vue était possible et même suggérée par le procureur.

A peine rentrée chez elle, après avoir reconduit le Commissaire Divisionnaire à la Crim', Clémence s'était ruée dans sa salle de bain pour se gratifier d'un long et bouillonnant bain.
Une fois le bain coulé, la salle de bain avait tout d'un sauna. Lorsqu'elle était encore humaine, Léonie l'avait agencée de façon à ce que son narcissisme soit satisfait. Avec sa condition de vampire, ils ne lui étaient plus vraiment utiles, mais elle les avait tout de même laissé. Ainsi, il y avait beaucoup de miroirs dans cette salle de bain : un gigantesque à côté du lavabo et plein de petit partout autour de la baignoire.
Dans son bain, Clémence devenait rouge tellement l'eau était chaude. La vapeur envahit la pièce et la buée se posait sur les miroirs et le carrelage tapissant les murs. La lumière dansante des bougies parfumées éclairaient la salle de bain d'une lumière tamisée. Les bulles de savon volaient. Clémence se sentait bien et s'amusait avec la mousse et les bulles. En voulant en éclater une, elle se redressa un peu et fit face à un des petits miroirs ronds encadrant la baignoire. La bulle quitta aussitôt son esprit quand elle remarqua qu'une flèche s'était dessinée avec la buée. Clémence se leva d'un bon dans son bain et remarqua que la flèche pointait un autre miroir, lui-même doté d'une flèche. Un petit parcours était apparu d'un miroir à l'autre, conduisant au grand miroir au-dessus du lavabo. Dessus, un message était apparu.
 
Citation :
Tu as du courrier au grenier !
XOXO
Ton chat préféré
Clémence resta bouche bée devant le miroir. Elle n'avait qu'un chat préféré qui pouvait parler de la vieille boite aux lettres entreposée au grenier. Divers sentiments la traversèrent. D'abord elle fut rassurée de constater que Léonie était en vie. Ensuite, elle se sentit triste de l'avoir loupé, la sentant comme un fantôme inaccessible. Puis elle fut en colère de voir que Léonie était passée chez elle sans chercher à la rencontrer. Enfin, elle resta perplexe. Pourquoi Léonie réapparaîtrait 11 ans après sa disparition ? Pourquoi n'aurait-elle pas pris la peine de lui donner de ses nouvelles plus tôt ? Pourquoi ne pas avoir attendu dans le grenier jusqu'à ce qu'elle rentre de la Crim' ?

Ni une ni deux, elle quitta sa salle de bain, nue comme un vers, ne pensant même pas à prendre une serviette pour se couvrir. Elle fonça dans le salon où se trouvait un escalier métallique en colimaçon, menant à une trappe dans le plafond. La trappe était équipée d'une chatière, permettant aux chats de Léonie d'aller et venir entre l'appartement et le grenier. Clémence monta l'escalier et ouvrit la trappe. Dans le grenier, il faisait bien plus frais que dans l'appartement, et surtout que dans la salle de bain. Elle frissonna et son corps se parsema de chair de poule. Mais cela ne l'arrêta pas. Elle se rua sur une pile d'objet recouvert d'un drap poussiéreux. Elle les fit le drap à travers le grenier, révélant dessous une montagne de jouets de petites filles et se parsemant le corps de poussière. Parmi les jouets, il y avait une boite aux lettres en forme de maison. C'était Clémence, lorsqu'elle était enfant, qui avait fait cette boite aux lettres pour la maison familiale de Deauville. La Lieutenant souleva le toit de la boite aux lettres, révélant... une lettre. Clémence la prit, referma la boite aux lettres, remis le drap et alla voir la chatière de la petite lucarne d'où les chats de Léonie entraient et sortaient, et apparemment d'où Léonie elle-même passait.
Clémence ne put s'empêcher de se demander comment son gros chat vampire pouvait passer par là. Amusée par cette pensée moqueuse, elle quitta le grenier et retourna se mettre au chaud dans sa salle de bain. Ce fut toute poussiéreuse qu'elle retourna se glisser dans l'eau chaude de son bain pour y lire le courrier laissé par Léonie. L'enveloppe avait le parfum de Léonie. Dessus, était écrit de la main de Léonie : « à ma fille préférée ». Clémence ouvrit la lettre et put lire :

{{{Spoiler}}}  
  Le sourire aux lèvres, un bonheur chaud et vivifiant l'envahissait. Sa Léonie était en vie. Sa Léonie était venue lui donner de ses nouvelles. Et à lire sa lettre, elle semblait bien se porter malgré le fait qu'elle fuyait quelque chose. Clémence pouvait donc cesser de la chercher. Léonie reviendrait d'elle-même. Mais maintenant, elle voulait découvrir deux choses : le cadeau dans le caveau et la raison de sa fuite.
 Clémence approcha la lettre d'une des bougies et la brûla, ne laissant aucune preuve du passage de son aïeule. Puis, une fois le bain terminé, elle enfila une petite nuisette et se glissa au lit, le sourire toujours aux lèvres.
 
 Le lendemain, après une longue nuit qui ne s'était arrêtée que lorsque son corps l'avait décidé, et non grâce à son réveil, elle se réveilla. Il était 9h passé. Elle se sentait toujours aussi détendue et sereine malgré l'affaire en cours et la journée qui l'attendait. C'était grâce à Léonie.
 Quand elle fut prête à partir au travail, Clémence appela la Crim' pour prévenir de son arrivée et pour que l'on prépare et fasse installer le suspect dans une salle.
 
  Lorsqu'elle arriva sur son lieu de travail, il était 10h30. Clémence prit connaissance du nom de son suspect. Puis, un gros dossier en main, elle alla dans la salle d'interrogatoire où Fenger patientait depuis une bonne demi-heure. Elle se demandait si Fenger avait goutté au poing de Wogen et des gorilles du Commissaire Divisionnaire.
 
  Clémence s'assit sur la chaise qui faisait dos à la porte de la salle d'interrogatoire. Fenger était en face d'elle. Pieds et mains menottés, encadré par deux vampires policiers, il avait été forcé de se nourrir avant l'interrogatoire, afin qu'il soit repu tout le temps qu'il resterait avec Clémence. Lorsqu'un policier humain faisait face à un suspect vampire peu coopératif, c'était toujours les précautions prises. Clémence posa devant un elle gros dossier. C'était celui de son affaire. Sa seule affaire en cours actuellement. Toutes les autres lui avaient été prises afin de lui laisser le plus de temps possible sur celle du tueur en série. Elle garda le dossier fermé.
 Fenger avait passé la nuit dans une cellule de la Crim'. Il avait sûrement mal dormi. Elle avait eu son lit pour toute la nuit et n'avait pas eu d'heure d'imposée pour revenir au travail. Elle s'était vu offert une nuit entière de repos, en plus de la prime exceptionnelle individuelle. Elle avait donc bien dormi et n'était plus énervée comme la veille. Elle était plutôt détendue, grâce à sa découverte matinale de la visite de Léonie.
 
 - Mettons les choses au clair dès maintenant. Il est inutile de jouer avec moi le numéro du caïd que vous avez fait hier dans le bar. Il en faudra beaucoup pour me mettre en colère aujourd'hui.
 
  Clémence s'installa confortablement et continua :
 - Je sais que vos congénères dirigent le monde et que je suis censée avoir peur de tous les vampires. J'ai grandi avec une vampire qui prenait un malin plaisir de me faire croire n'importe quand que mon heure était venue, n'hésitant pas à passer à faire semblant de passer à l'acte, dit-elle en montrant son avant bras sur lequel figurait une cicatrice de morsure. N'imaginez pas me faire peur en me montrant vos crocs.
 
  Clémence n'avait pas été mordue par Léonie, sa vampirique ancêtre, mais par un autre vampire, lors de sa première année dans les forces de l'ordre. Cependant, Fenger n'était pas sensé le savoir. Clémence parlait sur un ton monocorde et ne laissait aucune expression transparaître sur son visage.
 
  - Vos menaces ne me feront pas peur. Donc ne vous égosillez pas à me menacer et essayer de me faire peur. Et si vous arrivez à vous libérer et à me faire du mal avant que mes collègues ne vous rattrape, sachez que cela ne me fait rien. La fin de tout et de tous arrive bien un jour ou l'autre. Mettez-vous en tête que la mort ne me fait pas peur.
 
  Elle fixa Fenger sans cesser de parler. Il pouvait à tout moment prendre la parole pour la couper dans son monologue. Mais Clémence s'en moquait, elle continuait.
 
  - Je reconnais que sur la chaîne alimentaire, je suis en-dessous de vous. Vous m'êtes supérieur juste parce que vous êtes doté d'une force supérieure à la mienne. Sans cela vous ne seriez pas bien dangereux. Mais sur la chaîne de la société, et la société est bien plus importante que tout le reste, vous êtes bien en-dessous de moi, dit-elle ne insistant bien sur « en-dessous de moi ». Les vampires dirigent peut-être le monde mais tous ne sont pas dans les hautes sphères de la société. Vous n'êtes pas dans les hautes sphères de la société, ajouta-t-elle en appuyant bien sur le « vous » et le « pas ». Comme ce fut le cas avant l'an 2000, il y a une petite classe tout en bas sur l’échelle sociale et malgré la domination des vôtres, elle n'épargne pas les vampires. Donc les seuls vampires dont je dois véritablement avoir peur, ce sont ceux qui détiennent le pouvoir, ceux qui me payent mon salaire, ceux qui ont instauré une loi offrant la peine capitale aux humains et vampires qui traficotent avec l'argent. Et vous ne faites pas partie de ceux qui ont le pouvoir, mais plutôt de ceux qui peuvent perdre leur précieuse éternité grâce à cette petite loi qui est censée vous protéger de votre kryptonite. Loi que vous avez enfreint.
 
  Clémence sortit la photo du suspect du dossier et la glissa vers Fenger. Elle fit de même avec une photo du contenu des poches de Fenger et referma le dossier.
 
  - Tracy Fenger, il est temps d'être bavard de façon intelligente et non menaçante.
 
 Puis elle se tut. Totalement. Elle fixait Fenger sans bouger. Seule sa lente respiration se faisait entendre.
 Fait inhabituel, Clémence avait beaucoup parler, et en une seule fois. Elle qui était pourtant de nature si silencieuse même lors d'interrogatoire.
 Un jour, ses collègues lui avaient fait le pari qu'elle ne tiendrait pas une journée entière sans parler. Clémence resta pourtant muette pendant 10 heures, 34 minutes et 17 secondes. Elle aurait pu tenir plus longtemps si la journée de travail avait duré davantage.
 Avec tout ce qu'elle venait de dire, Clémence la taciturne n'allait pas parler de sitôt.
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MessageSujet: Re: {Achevé} L'ennemi de mon ennemi est mon ami Lun 29 Sep - 8:56
J’étais habitué aux endroits insalubres et peu propice au confort, ma vie de vagabond et d’écumeur d’égouts m’avait ôté toute sensibilité quant au besoin d’un bon lit rebondi pour dormir. Le matelas dur ne m’empêcha pas de dormir. C’est le fait d’être enfermé dans une cage comme un animal qui m’ôta le sommeil. Plus d’une fois je dus lutter pour ne pas m’acharner sur les barreaux afin de sortir. Cela aurait rendu vain mon geste de l’autre soir et ma quête de cette énergumène blonde impossible. J’attendis donc que l’on daigne me chercher pour l’interrogatoire.

La jeune policière prenait tout son temps et c’est vers le milieu de la matinée qu’enfin les deux vampires qui n’avaient cessé de me cerner depuis mon arrestation me firent un geste en ouvrant la porte de ma cellule. Ils m’encadrèrent aussitôt et me menèrent dans une pièce carrée de petite taille, une table unique et vide était installée au milieu et deux chaises se faisaient face de part et d’autres de la table. Ils m’installèrent violemment sur l’une d’elle, me lièrent les mains et les pieds sans mot dire. Je me laissais faire, toute résistance était contreproductive et afin d’éviter toute explosion spontanée en mon sein je gardais mes pensées fixées sur ma seule et unique cible. Pour achever les préparatifs de mon interrogatoire ils me forcèrent à boire dans une soucoupe un sang particulièrement amer et des plus désagréables. Sitôt sorti je me rincerais la gorge avec un meilleur sang.

J’attendis pendant une bonne demi-heure pour finalement voir arriver la jeune policière, un gros dossier sous le bras, qui se posa devant moi. Bien qu’étant devenu un vampire versé dans les excès, j’avais tout de même été bien élevé et j’écoutai attentivement les injectives de la policière. Elle qui voulait me forcer à ne pas émettre de menaces ne s’en privait pas d’en faire, cela m’ôta un sourire amusé. Il m’avait toujours été distrayant de voir comment le monde pouvait être fermé chez les autres, plus particulièrement les hommes et leur vie si courte. Si sur la chaîne alimentaire j’étais bien au-dessus d’elle, elle semblait convaincue que sa place sociale était supérieure à la mienne. Qui ne se dirait pas ça en interrogeant un individu, humain ou vampire, extirpé des quartiers mal famés de Paris et habillé si légèrement ? Personne et la policière faisait partie de ces personnes sûr de ce qu’elle savait. Mais moi, moi je savais. Si la société devait être représentée comme une pyramide dans son esprit, la réalité était tout autre. J’étais un dirigeant de cette ville, un dirigeant de l’ombre et officieux, qui agit dans les ténèbres des sous-sols et de la nuit. Comme toute chose la pyramide sociale a son ombre et moi, Tracy Fenger, je siège dans les plus hautes sphères de cette sombre pyramide. Mais je veille au bon fonctionnement de la ville. Uniquement dans le but de m’enrichir bien sûr et le plaisir de marcher sur la corde raide et de dire « Fuck » aux lois. J’étais celui qui permettait aux gens de s’évader lorsque le mal les prenait, celui que l’on joignait pour sortir de la morosité du quotidien et pour oublier à quel point le monde était souffrant et détruit. Des concurrents ? J’en avais de nombreux, mais aucun n’étaient versés autant que moi dans le trafic des stupéfiants et matières illicites, tant dans la qualité que dans la quantité.

Si hier le fait que mon nom soit inconnu de la jeune policière m’avait fait tiquer, aujourd’hui je m’en remerciais, mes activités bien que nombreuses étaient donc passées pour la plupart inaperçues. Quoi qu’il se passe, elle ne devait pas savoir, bien que l’envie pressante de lui dévoiler à la face à quel point elle se fourvoyait, lui montrer qu’elle avait toutes les raisons de me craindre, qu’en face d’elle se tenait un vampire de la caste dirigeante et que si je venais à disparaître la vie parisienne ne serait jamais plus la même. J’avais envie de la réduire au silence comme mon habitude le voulait. Mais pour une fois il ne fallait pas. Il me fallait remonter jusqu’à ce blond.

J’encaissais donc sans montrer la moindre réaction et lorsqu’enfin elle eût finit sa tirade un silence cérémonieux s’imposa, seul les « tic-tac » de l’horloge et sa respiration lente étaient audible. J’attendis un long moment, faisant taire les voix maléfiques de la colère et de la haine. Enfin je soupirai.


- Je vous assure que ces menottes sont inutiles. Si vous voulez vraiment que je vous aide à trouver ce gamin il vaudrait mieux que je puisse jeter un coup d’œil sur votre dossier et pour ça j’ai besoin de mes mains. De plus, maintenant que vous connaissez mon nom, vous pourriez me donner le vôtre.

Mon attitude totalement opposée à celle de la soirée dernière était plus que volontaire. Je n’avais qu’une seule envie, partir d’ici et commencer ma quête. Il fallait que je récupère le plus d’information à son propos et tout était devant mes yeux, peut-être qu’un peu de mon impatience se sentait dans le calme de ma voix mais j’en avais cure. Le seul moyen d’avoir ces informations était la coopération. Je rechignais de m’abaisser à faire pareille chose mais aux cas extrêmes on applique les mesures les plus draconiennes. Je cachais donc ma nature coléreuse par un grand effort me promettant qu’un jour chacun des policiers ayant osés lever le ton sur moi ou me toucher finiront sous mes crocs. Tous.

- Vous n’êtes pas la seule ici à qui la mort ne fait aucun effet. Ne croyez pas que vos menaces et votre tentative de m’impressionner m’affecte aussi.

Comment avoir toutes les informations dont j’ai besoin ? Il me fallait vraiment jeter un coup d’œil dans les pages qui s’étiraient devant moi et dont je ne pouvais rien lire. L’envie me ronger. De la curiosité ? Non le simple souffle d’une vengeance douce et murmurante qui me touchait de ses doigts glacials. Je ne voyais pas la virulente brune qui me faisait face mais seulement le sourire trop confiant d’un jeune blond sur la photo qui m’était tendue. Ainsi que celle de mes effets personnels. Après un autre silence j’expulsais l’air profondément de mes poumons, laissant tout le temps à mon esprit d’accepter les mots que j’allais prononcer et que d’ordinaire jamais ma bouche n’aurait pu prononcer. Ils sortirent normalement, mais me lacérèrent la gorge à chaque syllabe.

- Je suis prêt à vous dire ce que je sais de lui si vous en faîte autant. Je ne suis qu’un suspect appréhendé et je n’ai pas le droit de m’immiscer dans vos affaires mais de ce que j’ai pu conclure je reste votre meilleure piste. Laissez-moi jeter un œil sur le dossier de cette affaire. Je bougeai imperceptiblement les mains, juste afin de faire cliqueter les menottes contre le fer de la chaise. Et je vous le redis, ces menottes sont inutiles, je ne vous ferais aucun mal.

Fenger le terrible, Fenger l’insensible, Fenger l’indomptable. Et bien d’autre sobriquet que l’on m’avait donné à de nombreuses occasions. Mais jamais personne n’avait pensé à dire Fenger le coopératif et pourtant c’est bien l’adjectif qui m’aurait le mieux collé à la peau après ce discours. C’était feint bien sûr, tout ceci était monté de toutes pièces pour tourner la page de cette entrevue, mais quelque chose en moi me disait que cela n’allait pas se terminer de sitôt. Je relevai le regard pour planter mes émeraudes dans les yeux pleins de vie de mon interlocutrice. Je ne faisais pas que regarder en eux mais je les dévorais. Si l’on pouvait bien cacher sa manière d’être et de penser par le discours et le comportement, le regard lui ne mentait jamais.
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Clémence Destrées
MessageSujet: Re: {Achevé} L'ennemi de mon ennemi est mon ami Lun 29 Sep - 16:26
Clémence gardait les mains posées à plat sur le gros dossier. Elle ne disait rien. Elle fixait Fenger dans le blanc des yeux, tout comme lui le faisait. Il pouvait bien jurer sur sa propre vie que les menottes étaient inutiles, Clémence ne le croyait pas. Il n'était pas le premier à le dire et ni le dernier. Ils disaient quasiment tous la même chose : ils étaient innocent, c'était le fruit du hasard, ils ne comprenaient rien, ils n'étaient pas des méchants, les menottes ne servaient à rien car ils n'avaient rien fait, etc.
Tous les mêmes lorsqu'ils étaient de l'autre côté de la table. Alors Fenger pouvait toujours demander le retrait des menottes, il n'allait pas l'avoir. D'ailleurs, Clémence ignorait totalement sa demande.

- Vous n'êtes pas autorisé à mettre votre nez dans ce dossier. Je vous rappelle que vous êtes en garde à vue. Vous êtes ici pour complicité d'assassinat à l'argent et de vente d'argent. Si vous voulez vous adresser à moi, ce sera Lieutenant.

Fenger s'exprima aussi sur son absence de peur face à la mort. Puis il parla de tentative de l’impressionner. Elle ne cherchait pas à l'impressionner mais lui exposait juste les choses telles qu'elles étaient. Clémence ne prit même pas la peine de répondre à cela. Elle ne comptait pas prendre la peine de répondre à toutes les choses non intéressantes que le suspect dirait.
Cependant elle prit le temps de clarifier une chose.

- Avant tout, ne vous mettez pas sur un piédestal en pensant que vous être ma seule et unique chance de trouver ce taré. Comme vous le savez, votre crime est passible de la peine capitale. Être vampire ne vous permettra pas d'y échapper. Vos chances d'être exécuté sont immenses parce qu'il y a une circonstance aggravante pour vous. C'est le nombre de mort chez vos congénères qui résulteront de votre complicité en vendant de l'argent que vous aviez en votre possession à cet homme. Donc que vous me parliez ou non, que vous soyez ou non ma seule piste, il est fort probable que votre peine soit appliquée avant que je ne trouve mon tueur.

Clémence ouvrit légèrement du gros dossier et sortit une feuille vierge. Elle prit le style accroché à la couverture du dossier et se prépara à écrire.

- Une dernière chose, n'insistez pas, vous ne verrez pas le dossier et vous garderez vos menottes. Seuls les témoins ont droit d'avoir les mains libres dans cette pièce. Et vous n'êtes pas ici en tant que témoin. Votre insistance entrainera le report de cet interrogatoire autant et chaque fois que nécessaire. Mais cela ne repoussera pas le moment de l'exécution de votre peine, qu'elle soit capitale ou la perpet'. Enfin, n'espérez pas que je réponde à vos questions. Vous êtes ici pour les miennes.

Clémence appuya sur la tête du stylo et en fit sortir la mine.

- De ce fait, je vous écoute, racontez-moi votre rendez-vous avec notre tueur en série. Répétez-moi ce qu'il vous a dit. Vous savez, parler ne pourra que vous aider. Peut-être que la justice fera preuve de clémence à votre égard et le procureur ne demandera que la prison à perpétuité plutôt que la peine de mort. Vous n'êtes que gagnant en me racontant tout. Peut-être même que vous pourriez en gagner encore plus, si vous vous montrez plus coopératifs et moins exigeant de choses impossibles comme le retrait des menottes et la lecture de ce dossier.
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MessageSujet: Re: {Achevé} L'ennemi de mon ennemi est mon ami Lun 29 Sep - 18:19
De toutes évidences la demoiselle qui m’interrogeait prenait très à cœur son travail et ne s’autorisait pas un seul écart de conduite. Quoi de plus normale pour une policière mais je me disais que sa vie devait être bien monotone, coincée dans la routine de la quête du crime. Un style de vie totalement opposé au mien et dont les simples abords me révulsaient.

Je souris face à la certitude qu’elle se faisait de l’épée de Damoclès qui attendait au-dessus de ma tête, la peine capitale, la prison à perpétuité, ces sanctions que je méritais depuis des années et qui pourtant ne seront jamais appliquées. J’étais un parasite, ça oui mais aussi désagréable qu’indispensable. Imaginez donc une population de drogués à qui on séparerait la source de leur addiction. Il arrive un moment où la dépendance est telle qu’elle fait partie de nous et c’est ce qui est arrivée à la population parisienne dont je suis la source. J’ai mis des décennies à tisser mes fils vicieux dans la ville Lumière et peu à peu à me rendre indispensable à la vie de nombreux habitants. Du citoyen modèle soucieux de ses performances au débauché incapable de bouger de son abri de cartons, des vampires des hautes sphères aux humains les plus pitoyables mais source de nourriture pour les Seigneurs de la Nuit. Cette sûreté dans la voix de mon interlocutrice me donnait envie de rire aux éclats et feindre la peur m’était impossible même si cela était peut-être la meilleure chose à faire. Et qu’elle le veuille ou non je finirai par jeter un œil à ce dossier, c’est une certitude.

Deux mondes que tout sépare rentraient en collision dans la petite pièce, il m’aurait été si simple de tout faire valdinguer et de me tirer comme si de rien n’était. Moi qui me croyais capable de tout et indépendant de toutes choses, je faisais fausse route. Pour retrouver le petit blond j’avais besoin de cette fille. Oui j’aurais pu essayer seul, mais je ne me voilais pas la face, cela prendrait trop de temps, un temps bien trop long et nuisible pour mes activités … Voilà un autre paramètre qui rentrait en compte, cela faisait 2 nuits sans livraisons et si je ne réglais pas ça aujourd’hui cela allait encore plus les retarder. Sans parler des marchandises que je devais récupérer en main propre chez mes intermédiaires. Le temps jouait contre moi et faire la forte tête m’en faisait perdre d’avantage. J’étais dans l’impasse ma nature tiraillée entre mon état le plus primaire et le besoin d’argent pour ma survie. Cela se manifestait par un rictus haineux sur mon visage et un grognement de fond de gorge.

Mes entraves me gênaient, les briser m’était aussi facile qu’impossible. Tout mouvement supposé hostile et l’interrogatoire était levé et mon temps s’envolait. Ma vue, bien que supérieure à n’importe quel humain ne me permettait pas de voir ce que cachait les feuilles de papier. Je me calmais à grand renfort de respirations profondes alors que la situation me glissait des mains. J’étais privé des arguments qui auraient fait taire le lieutenant et m’auraient fait sortir d’ici, j’avais choisi de venir ici, et bien je m’étais mis dans des beaux draps, je m’étais littéralement moi-même compliqué la tâche.

Non sans un mécontentement haineux je me résignais à dire ce que je savais, ce n’était que partie remise pour elle. Elle payera pour tout ça.


- Ce blondinet s’est présenté à moi comme étant Edgard Duplantier, intermédiaire de Constantin Basarab. Capable de dépenser une somme colossale pour un soit disant grand projet dont l’argent fait partie. Je ne l’avais jamais vu auparavant, il est tout simplement venu à moi pour marchander le dit métal et j’avais ces quelques blacks demons sur moi. Je ne lui aurais vraisemblablement pas vendu si votre venue inopinée ne m’avait forcé à faire le pas, lieutenant.

Ce dernier mot, je le crachai avec dédain. Si je ne pouvais faire autre chose que lui dire ce qu’elle voulait entendre, je pouvais lui faire comprendre qu’elle n’avait pas encore tout gagné.
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Clémence Destrées
MessageSujet: Re: {Achevé} L'ennemi de mon ennemi est mon ami Mar 30 Sep - 10:52
Clémence réussit à faire réagir le vampire lorsqu'elle présenta la possibilité de repousser l'interrogatoire à plusieurs reprises si nécessaire. Le visage de Fenger s'était brièvement déformé, s'affublant d'une grimace haineuse et s'accompagnant d'un grognement de mécontentement. Mais il pouvait bien lui tirer la langue ou lui sourire faussement, elle s'en moquait. Ce n'était pas ce qu'elle attendait de lui. Même si une réaction physique était un bon début, ce qu'elle voulait surtout, c'était qu'il parle.

Elle restait silencieuse, tout comme lui. Jusqu'à ce que finalement, Fenger brise le silence de lui-même, en se décidant à parler. Clémence ne savait pas ce qui l'avait motivé à s'exprimer. Cela lui importait peu. Le plus important était en train de se produire et Clémence prenait tout en note sur la feuille blanche qu'elle s'était préparée.

Fenger lui racontait, sur un ton loin d’être courtois et détendu, sa petite rencontre avec Baxter Finnes. Ou plutôt avec un blond arguant un pseudonyme. Ce faux Edgard Duplantier allait être passé au fichier, histoire de voir s'il y avait des contraventions ou des petits délits à son actif. La possibilité d'un vol d'identité n'étant pas à écarter. Le passage au fichier de ce nom devait donc se faire avec précautions.
Le suspect évoqua un nom qui n'était pas inconnu pour Clémence. Constantin Basarab. Elle avait l'impression de le connaître sans le connaître. De savoir quelque chose sur lui sans le savoir. Un peu comme un déjà-vu, elle avait une impression de « déjà-entendu ». Sur sa feuille, elle écrivit un point d'exclamation et un point d'interrogation entre parenthèse, à la suite du nom. C'était sa façon d'écrire que ce nom l’interpellait mais qu'elle ne savait trop comment. Elle chercherait plus tard. Et puis, il était fort possible que ce soit une information fausse, comme le nom donné par Baxter Finnes à Tracy Fenger. C'était peut-être pour cela qu'elle avait cette impression étrange à l'écoute de ce nom.
Clémence ne croyait pas un seul instant que Baxter avait dit la vérité à son fournisseur en argent. Qui irait se vanter de préparer un gros projet avec un métal interdit et dont le simple fait d'en posséder était passible de mort ? Qui prendrait le risque de se vanter d'une telle chose auprès d'un individu dont il était préférable de ne rien dire ? Clémence ne put s'empêcher de se dire qu'en finalisant la vente, Tracy Fenger avait été naïf à l'écoute de Finnes ou trop pressé en entendant l'approche de la police. Elle pencha pour le « trop pressé ». Au vu du casier judiciaire de Fenger et de la découverte de son trafic, il ne pouvait pas être naïf. Rusé, sournois, oui. Mais pas naïf.

D'ailleurs, Clémence n'allait pas se cacher de le lui faire remarquer. Lorsqu'il cracha le mot « lieutenant », Clémence sourit et s'en amusa. Puis elle sortit du gros dossier, un plus petit. Elle se trouvait donc avec deux dossiers devant elle. Un bien épais, et un plus fin. Elle ouvrit le petit dossier portant le nom de Fenger, posa une main sur la première page qu'elle parcourut rapidement du regard.


- Celui-ci contient les délits et crimes qui ont pu vous être rattachés sans que vous en soyez inquiété. Au vu de son contenu, je ne me fais pas d'illusion et me doute bien qu'il y a plus encore. Mais je m'en fiche, lança-t-elle en fermant le dossier. Ce contenu me permet cependant de vous croire lorsque vous dites que notre arrivée vous a quelque peu poussé à la vente des blacks demons. Je doute que vous soyez naïf au point de croire ce que ce soit-disant Edgard Duplantier ait pu vous raconter.

Clémence glissa le dossier sur Fenger vers lui, lui laissant le droit de voir ce qu'il contenait et ce que la police savait de lui. Voir aussi si des crimes ou délits lui étaient attribués alors que ce n'était pas le cas. Tout en laissant la liberté à Fenger de lire le dossier qui le concernait, Clémence continua :

- Je me dis que vous aimeriez connaître la vérité sur votre nouveau client. Je pense que si nous n'avions pas fait notre descente, vous n'auriez rien vendu à cet homme mais vous auriez fait en sorte de connaître la vérité. Peut-être en le traquant. En le torturant. Qu'importe la manière, si vous aviez pu, vous chercheriez actuellement à savoir le pourquoi de sa rencontre avec vous. Je me trompe ? Votre obstination à vouloir voir le contenu de ce gros dossier, ajouta-t-elle en tapotant le dossier sur Baxter Finnes, ce n'est pas pour m'aider dans mon enquête mais c'est juste pour vous-même. Pour connaître la vérité sur ce blond. Pour savoir sur quoi il aurait pu vous berner ou dans quel pétrin il aurait pu vous mettre. Ou je ne sais quoi d'autre. Même si au final, il vous a tout de même mis dans une mauvaise situation.

Clémence se tut et laissa du temps à Fenger pour savourer son dossier. Elle resta silencieuse jusqu'à ce que Fenger arrive à la fin du dossier, ce qui prit dix minutes, grand maximum. Quand il arriva à la dernière page, elle tira le dossier vers le milieu de la table et le referma.


- Puisqu'il ne vous sera pas possible de connaître par vous-même la vérité en le traquant ou en enquêtant vous-même, je peux vous soulager un peu en vous disant que Edgard Duplantier s'appelle en réalité Baxter Finnes. Il vous a menti sur son nom, et probablement sur tout. Et au final, vous êtes aussi dans de sales draps juste parce qu'il vous approché hier. Comment aurait été votre journée d'aujourd'hui si vous vous étiez levé avant lui et que vous seriez parti sans faire la vente ? Certainement meilleure !
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MessageSujet: Re: {Achevé} L'ennemi de mon ennemi est mon ami Mar 30 Sep - 18:02
Le retournement de situation me surpris quelque peu. Elle était donc venue avec un autre dossier, un dossier à mon nom. La police savait donc bien des choses sur moi et je souris face à la certitude du lieutenant qu’il y avait bien plus que les feuilles qui s’empilaient dans la pochette. Alors qu’elle me tendait le dossier je sentis les entraves de mes poignets se délier. Je fis quelques rotations dans le vide, approchai le dossier face à moi et l’ouvris. Je lisais avidement les lignes qui s’étalaient sous mes yeux, de nombreuses plaintes anonymes visant un vampire qui se terre dans les ombres jusqu’à des descriptions précises de ma personne et de crimes dont je fus coupable et dont les témoins avaient judicieusement fait part à la police en pensant pouvoir me punir. Il me fallut un certain temps pour lire l’ensemble des charges qui, jusqu’à aujourd’hui, était retenue contre moi et tandis que je lisais je lui répondis.

- Oui je chercherais la vérité, je recherche toujours la vérité sur mes clients lieutenants comme vous vous le faites pour résoudre les crimes quotidiens de la ville.

Bien sûr que ce n’était que pour moi, la seule chose que je veux c’est voir la tête de ce blond sur un plat et qu’elle me soit servie bien chaude. Mais elle n’était pas dupe je devais bien lui concéder et elle avait vu juste. Je terminais de lire les dernières plaintes, il manquait effectivement beaucoup des crimes que j’avais commis, surtout dans ma jeunesse où j’étais encore inconnu et n’étais pas suivis. Je le refermais en souriant et le poussa vers le milieu de la table. Sans demander son reste elle le récupéra.

- Ma journée aurait certainement été meilleur, il est vrai lieutenant, dis-je sur un ton relâché, mais si je n’avais pas été là, Baxter Finnes ne serait pas venu dans ce bar mais dans un autre et votre descente aurait pour la énième fois rien amené de plus à votre enquête et je n’aurais pas su dans un premier temps qu’il m’avait trompé. Disons que c’est donnant-donnant.

Je souris, la situation avait tout pour être gênante, deux personnes que tout s’oppose dans la même pièce, chacun avec des pièces d’un puzzle qu’ils ne pourront achever qu’en les associant, j’avais donné les miennes mais les siennes étaient restées cachées. Le puzzle s’appelait Baxter Finnes et il était le plus compliqué que j’avais à résoudre depuis ma plus tendre enfance et il me tardait de finir de l’assembler et passer autre chose. Je posais les coudes sur la table, toujours en souriant, et joignis les mains devant moi, je plongeai mon regard dans celui du lieutenant.

- Je suis d’accord avec vous comme quoi Baxter Finnes m’a menti du début jusqu’à la fin et que malgré les informations que j’ai pu donner et que vous avez pu récupérer, il continue de filer et de faire son petit travail. Et pourtant nous voulons la même chose au final, mettre la main dessus. Pour une fois que la police et moi avons le même but.

J’espérais lui tirer des informations, me débarrasser d’elle et pouvoir faire mon travail seul bien que l’espoir était mince. Depuis le début de cet entretien elle s’était montrée inflexible, cela n’arrangeait pas mes affaires. D’habitude les flics sont plus débiles que leurs pieds mais il semblerait qu’ils ont fait une recrue de choix. Comment cet interrogatoire allait se finir, je n’en savais rien et cela m’énervait quelques peu. Moi qui aime avoir le contrôle sur le présent et aller dans le chemin que j’ai décidé de prendre, je naviguais dans le brouillard. Elle avait parfaitement su garder la maîtrise de la situation. Pas mal.

- Qu’est-ce que vous proposez alors lieutenant ? Je n’ai pas d’autres informations à vous donner et votre refus répétitif à me laisser consulter ce dossier n’ouvre pas d’autres perspectives de discussions à propos de Baxter Finnes. Pendant que nous discutons il continue ces agissements et il faut l’arrêter au plus vite. Avez-vous une idée ?

Peut-être qu’en la pressant je pourrais en tirer quelque chose. Je levais légèrement le sourcil en attente.
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Clémence Destrées
MessageSujet: Re: {Achevé} L'ennemi de mon ennemi est mon ami Mar 30 Sep - 20:53


Au début de l’interrogatoire, Clémence n'avait qu'une idée en tête : faire parler le vampire et l'envoyer finir sa longue vie en prison ou le conduire à la mort, pour avoir eu sur lui de l'argent et pour en faire le commerce. Mais maintenant, dans sa tête, les choses étaient toutes autres. Elle avait une petite idée de ce qu'elle voulait faire de Fenger. Mais pour cela, elle avait besoin de l'aval de son supérieur. Il fallait donc le lui demander.
Tout en écoutant Fenger parler d'une oreille, elle réfléchissait à la meilleure façon de demander au Commissaire Divisionnaire la permission d'utiliser Fenger pour l'enquête.


- Les descentes ont été faites dans tous les commerces et bars du quartier. Donc je ne vois pas votre présence dans ce bar là comme LE grand rebondissement majeur pour mon enquête. Certes, c'est un plus, mais ce n'est pas pourtant significatif au point que la Crim se mette en ligne devant vous et fasse la hola. Car au final, je ne suis pas tant avancée que cela, dit Clémence sur un ton monocorde, lasse d'entendre le vampire se donner une si grande importance. Qu'est-ce qui m'assure que le nom récolté lors du contrôle est son véritable nom. Il est probable que ce soit un énième alias pour le blond. Peut-être qu'en réalité, votre interrogatoire est en train de me retarder dans mon enquête, voire m'éloigner de mon objectif. Mais il ne tient qu'à vous de faire en sorte que notre rencontre puisse être salutaire... pour vous comme pour moi.

Lorsque Fegner eut terminé de parler, Clémence se leva de sa chaise et la rangea sous la table. Elle prit le dossier sur Baxter Finnes mais laissa celui sur Fenger.

- Je crois que vous n'avez pas saisi pour mon refus de lire le dossier du blond. Je ne vais pas m'égosiller en essayant de vous faire comprendre quelque chose que vous ne semblez pas vouloir comprendre. Donc tenez, je vous laisse un peu de lecture. A défaut d'être en droit de lire l'autre dossier, déclara-t-elle en insistant fortement sur le "en droit de lire".Je ne devrais pas en avoir pour longtemps, conclut Clémence en quittant la salle d'interrogatoire.

Elle posa le dossier de Finnes sur son bureau et se rua vers celui du Commissaire Divisionnaire afin d'avoir sa permission de faire de Fenger son indic', quitte à fermer les yeux sur le métal interdit qu'il avait dans ses poches.

Clémence resta absente une bonne demi-heure. Ce n'était pas volontaire, le Commissaire Divisionnaire était difficile à convaincre de l'utilité de Fenger. Mais c'était suffisant pour mettre la patience de Fenger à rude épreuve. Clémence allait s'offrir un aperçu de la patience du vampire. Une qualité indispensable pour l'enquête et pour collaborer avec Clémence.
Toutefois, Clémence laissa mariner son suspect un petit quart-d'heure de plus. Ces quinze minutes, par contre, étaient voulues par Clémence ! Juste pour le plaisir !

Le Lieutenant Destrées réapparut dans la salle d'interrogatoire, trois quart-d'heure après s'être éclipsée, sans le dossier. Son calepin et café à la main, elle retourna s’asseoir devant Fenger, sans même lui adresser un regard. Elle posa le café devant elle et posa les yeux sur Fenger. Elle resta silencieuse quelques minutes. Observant le vampire. Puis, tout d'un coup, elle poussa le café vers lui et lui demanda :  


- Pour répondre à votre question, j'ai bien une petite idée. Une idée qui m'a conduit à m'absenter et qui va m'amener à vous demander quelque chose. Mais avant, j'ai besoin de savoir... quel genre de choses impensables pour vous hier seriez-vous prêt à faire aujourd'hui pour retrouver Baxter Finnes et pour augmenter vos chances d'en savoir plus sur lui, voire de vous venger de sa duperie ?


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MessageSujet: Re: {Achevé} L'ennemi de mon ennemi est mon ami Mer 1 Oct - 9:15
Je restais muet. La majorité des moyens que j’avais en ma disposition pour faire flancher la jeune femme, je les avais utilisés. Sans succès. Ma marge de manœuvre était mince, mais elle faisait bien son travail. J’aurais pu essayer de la séduire, les vampires sont doués de ce charisme envoutant, de ce voile de mystère inexplicable et attirant. Mais cela sonnait mal au fond de moi. Une retenue. Un respect ? Peut-être, il y avait trop longtemps que l’Humanité s’était échappée de moi et elle semblait revenir en force en mon sein. Mes mains étaient déliées, je n’avais qu’à tendre le bras, prendre de force ce dossier. Mais je ne le faisais pas. Cette faiblesse, comme l’épine dans le pied du randonneur dont les chaussures lui sont scellées, je m’efforçais de la détruire, de la faire disparaître mais elle finissait toujours par revenir. Pourquoi en cet instant. Je plongeais dans le mutisme. Car je me connaissais trop bien, j’avais ce réflexe, mon corps s’auto-défendais face à cette faiblesse, l’anticorps qui enfin trouve son antigène. Et cet anticorps a pour nom rage.

J’étais pris au piège de ma propre personne, incapable de me soustraire à faire le mal et dans l’impossibilité d’exploser car je devrais en payer de ma vie. La lieutenant me parlait, j’entendais le son sec de sa voix mais mes sens me perdaient dans le nuage brumeux et opaque de la haine. Je relevais mes yeux et la voyais partir laissant derrière elle seul mon dossier. J’entendis les tours de clés tinter dans ma tête à l’instar de petites clochettes qu’on agiterait juste devant mon nez. J’étais seul face à moi-même, la présence des vampires protecteurs ne parvenaient plus à mes sens déjà aiguisés comme la plus fine des lames. Je soupirais fortement, forçant le calme à revenir au milieu des vagues agitées de mon esprit tourmenté. Et je le trouvais dans la lecture de mes propres crimes. Je lisais avec avidité, ma rage se nourrissant de chaque syllabe, les mots raisonnaient tel un appel « meurtre », « bain de sang », « trahison », « hémoglobine » … Mais ma lecture rapide me laissa sur ma faim et je n’avais rien d’autres à me mettre sous la dent pour calmer l’ardeur qui se réveillait en moi. Je devais attendre et ça faisait qu’un quart d’heure que la lieutenant était partie. Je fermais les yeux et enfouis ma tête dans mes mains. Pourquoi l’humanité fait-elle partie de moi, je m’étais pourtant juré …


* * * * *

J’ouvris les yeux, il était encore tard dans la nuit, les rayons de la lune perçaient à travers les rideaux fins qui voletaient, portés par le vent léger. Les fenêtres étaient volontairement ouvertes pour calmer la chaleur de la nuit d’été parisienne. J’étais seul dans le grand lit défait mais pas dans la pièce. Les courbures douces et voluptueuses de ma compagne se dessinaient au travers de la lumière nocturne, seul mes sens vampires me permettaient de deviner sa présence là où il faudrait plusieurs minutes à l’œil humain pour discerner la moindre forme. Ce qui me réveilla n’était pas le désir de la chair, mais bien l’appel du sang frais. Tout aussi alléchante qu’elle pouvait être, son corps me laissa indifférent alors que je me rhabillais. J’allumai une cigarette et enfila mon blouson de cuir dans le même geste.

- On avait dit pas de cigarette dans la chambre à coucher. S’exclama une voix suave en insistant sur le dernier mot. Tu n’aurais pas envie de rester un petit peu encore.

Elle s’approcha de moi et posa ses mains chaudes sur mon torse froid. Si elle portait une nuisette cela ne faisait que la rendre encore plus désirable due à la transparence du vêtement. Ses cheveux ondulés tombaient en cascade devant son visage fin, la lumière se reflétait dans ses yeux sauvages et sombres. Elle se pinçait les lèvres avec entrain. Je la regardais de ma hauteur, mes yeux verts émeraude la transperçant de leurs surnaturels. Elle était magnifique, n’importe quel homme serait tombé sous son charme envoutant. Beaucoup la pensait vampire de par son aura rappelant les Seigneurs de la Nuit, mais sa chaleur et sa passion enlevaient tout doute possible. Mais moi j’étais vampire et c’est elle qui était tombé dans les mailles de mon filet, je ne ressentais rien. Du moins c’est ce dont j’étais convaincu.

- Non, Sonia. La nuit bat son plein et mon corps commence à crier famine. Je vais aller chasser et quand je reviendrai, je m’occuperais de toi.

Je pris ses mains dans les miennes et les repoussa délicatement. Elle était habituée, le terme chasser ne lui faisait plus l’effet des premiers jours. Cela faisait 3 ans que l’on partageait notre vie et jamais il n’y avait eu problème dans ce que les humains auraient appelés « couple ». Je préférais appeler ça « amusement ». Je lui souris et pris mon élan, traversai la fenêtre ouverte et sauta dans la nuit parisienne. Il faisait bon et bien que cela fasse plus d’un siècle que la domination vampire s’était établie sur le monde, les jeunes humains et humaines continuaient de se promener durant les heures sombres de la journée. Je ne tardais pas à trouver une jeune fille ivre soutenue par ses amies. Ah les jeunes années, on découvre les joies de l’alcool et des drogues, on est insouciant et frivole. Cela avait un sens à mon époque. Plus maintenant, il était beau d’être sans peur mais la menace des vampires durant la nuit rendait l’insouciance futile et surtout dangereuse. Les humains en payer le prix fort et ceux-là allait le payer ce soir. D’un geste je sortis de l’ombre et tomba devant elles. Elles hurlèrent un instant. Celui d’après, leurs corps désarticulés gisaient sans vie, je les avais proprement tuée pour éviter au maximum le sang de se déverser de leurs corps. Sans plus attendre je m’abreuvais à leur gorge jeune et douce, un peu par-ci, un peu par-là. Un tel repas me permettra de ne pas chasser pendant un moment et je me gardais la jeune fille amochée par l’alcool en dessert. Le goût combiné de l’hémoglobine et de l’éthanol concentré donnait une toute autre dimension au sang, bien que certains vampires abhorraient se repaître d’humains en état d’ivresse, pour certains comme moi, c’était un péché mignon.

Ainsi repus je retournais vers chez nous quand un cri aigus et connus me parvins d’à travers les rues et une voix traversa mon esprit « On avait dit pas de cigarette dans la chambre à coucher ». J’aurais due ne rien ressentir, rester de marbre, ce n’était que l’ordre naturel des choses. Mais mon corps en décida autrement, une poussée d’adrénaline terrible poussa ma puissance déjà terrible à ses limites, les immeubles étaient flous tant ma vitesse était grande, je sautais au-dessus des voitures, passaient au travers des barrières sans me soucier de la douleur. Je déboulai dans la rue et ma vision se focalisa directement sur les deux seuls êtres présents. Je reconnus en un instant Sonia qui se défendait tant bien que mal, une cigarette encore allumée au sol, face à ce que je présumais être un vampire. Mes jambes se mirent à accélérer alors qu’il était déjà pour moi impossible de bouger aussi vite et en deux secondes je traversai les quarante mètres qui me séparaient d’eux. J’attrapai le vampire en plein vol et l’explosa contre le mur de l’immeuble Haussmannien. Sa cage thoracique expulsa tout l’air qu’il contenait et ne put répondre à mon attaque par surprise. Avec rage je lui enfonçais mon poing dans le ventre à plusieurs reprises puis finalement il me repoussa légèrement. Mon cerveau avait déconnecté tout lien à la raison, je bondis et ma main lui attrapa la gorge, je le soulevai et d’un geste l’envoya dans le mur opposé. Je suivis sa course en l’air et quand il percuta la façade mon poing s’écrasa dans son sternum qui ploya sous le cou puis se brisa. Ma main traversa son corps et je retirai férocement son cœur de son emplacement initial. Le vampire s’effondra et le temps le rattrapa, son corps se putréfia rapidement. Mes sens me revenaient et je conclus que le vampire qui avait agressé ma compagne était jeune, c’était aussi la raison pour laquelle je l’avais si facilement vaincu.

Je fermais les yeux puis les rouvris comme si je sortais d’un mauvais rêve, j’avais un cœur dans la main et un cadavre sous les yeux, je lâchais le cœur avec dégoût puis tourna autour de moi-même « Qu’est-ce qui s’est passé ? ». Je me sentais étrange, je me remémorais avec difficulté ce que j’avais fait sous l’emprise de mes émotions, de l’affection, de l’amour ? .. Mes pensées s’entremêlaient et s’entrechoquaient, comment est-ce que j’ai pu faire ça ? Pourquoi est-ce que je l’ai fait ? Qu’est-ce qui m’a poussé à le faire ? Je me tenais la tête tandis que les voix de la raison et de la passion s’affrontaient dans mon crâne. Je grognais sans m’en rendre compte et une voix se posa par-dessus les autres et résonna longtemps dans mon esprit
« Tu es humain. Tu es faible ». J’hurlai puis les voix s’arrêtèrent et le silence de la rue me frappa, comme si le temps avait stoppé. Je sentis deux bras me serrer de l’arrière avec force suivit d’un sanglot.

- Merci … Merci mon cœur, tu m’as sauvé la vie … J’ai eu si peur et tu es venu. Je sais que tu as du mal à dire ce que tu ressens mais ce que tu as fait et la plus belle preuve d’amour que tu m’as faite …

« Amour … »

- Je sais que tu as de l’affection pour moi ...

« Affection … »

- Je ne sais pas quoi dire … Je t’aime, tu es ma vie … Je ne veux pas te quitter … Toi qui te dit être un monstre, je ferais tout pour que tu te sentes humain à nouveau à mes côtés …

« Etre humain … C’est être faible ». J’attrapai ses bras et les repoussa sèchement, je me retournai vivement et fis face à Sonia. On avait beaucoup discuté du fait de la vampiriser ou non, je n’avais jamais eu l’envie d’avoir un infant dont je devrais m’occuper en permanence et elle aimait trop son humanité pour devenir vampire même si c’était pour passer l’éternité à mes côtés. Peut-être en cet instant cette idée avait mûrie dans son esprit et elle était maintenant prête à faire le pas, mais pour moi il n’en était plus question. Derrière mes yeux du vert le plus pur je voyais rouge, je me sentais plus faible qu’un nourrisson, plus bas que terre. Je me souvins d’une phrase que j’avais lue dans un bouquin de ma jeunesse « La seul souverain dont on doit accepter le joug est la raison ». Cette phrase eu l’effet d’un détonateur, je serais les dents tandis que mon corps appelais au meurtre. Sans même le savoir, la douce créature qui me faisait face me faisait sentir plus insignifiant que je ne m’étais jamais senti. Je retenais mon bras de toutes mes forces mais c’est elle qui termina le travail de mes voix intérieures

- Tu es l’homme de ma vie, et maintenant que je suis sûre que tu m’aimes je vais te faire sentir plus vivant que tu n’as jamais été, plus humain que n’importe quel homme, je …

Il était trop tard, ma main était partie, trop vite, trop fort, je voulais la retenir mais je n’en avais plus la force, plus vif que l’éclair mon bras s’était tendu et avec une violence sans nom ma main s’était écrasée sur son beau visage. Son corps tituba sur le sol qui se marqua du rouge de son sang encore jeune. Elle ne bougea plus. Je n’entendrais plus le son tendre de sa voix, ni la douceur de sa peau sous mes doigts. Et un sentiment malsain de satisfaction me gagna.

« Tu as purgé la faiblesse de ton être, c’est bien. L’Humanité est faible, tout ce qui touche à l’humain est faible. L’insensibilité est juste ».

- Je jure que l’être humain qui vit en moi sera détruit pour toujours. Dis-je, des larmes coulant sur mes joues.

* * * * *

J’entendis la porte s’ouvrir à nouveau, la chaise glissa sur le sol. Une odeur légère de café pénétra mon nez et finit de m’éveiller. J’étais à un filin d’exploser, mon corps tremblait insensiblement mais j’avais l’impression d’être secoué par un séisme intérieur. Il se passa quelques minutes puis elle prit la parole. J’attrapais le gobelet non sans difficulté. Jamais jusqu’à aujourd’hui depuis cette nuit je ne m’étais senti aussi humain. L’âge me permettait de mieux résister mais l’incompréhension notoire de mon esprit poussait mes résistances psychiques jusqu’à leur limite. Lorsqu’elle eut finis de parler je redressais la tête. Mon visage d’ordinaire avenant s’était transformé sous la haine, mes yeux verts avaient tournés en un noir plus profond que la nuit et qui remplissait mes pupilles, ma peau pâle laissait transparaître les veines aux alentours de mes yeux. J’ouvris la bouche et ce n’est pas ma voix qui en sortit mais une profonde inspiration rauque et caverneuse.

- Lieutenant, je répondrais à toutes vos questions … Mais s’il vous plaît … Du sang … Il me faut du sang … Vite.

Je serrais la table de toute mes forces, elle grinçait, suppliait que la pression de mes mains cessent. La lieutenant s’écarta vivement et les deux vampires m’attrapèrent. Je contrôlais mes gestes et ne voulais heurter personnes mais l’envie de meurtre me rongeait comme la gangrène. Je ne me débattais pas, faisant acte de mes paroles, mais la force que je déployais était considérable et les deux vampires me mirent au sol avec difficulté. Plus vite que je ne pensais la lieutenant reparue avec deux poches remplies de sang. Elle les posa à côté de moi et avec vélocité je m’en saisi. Si je devais calmer ma colère par la violence aveugle, le goût du sang me calmait pour un temps, c’était le seul moyen que j’avais trouvé pour contrer mes sautes d’humeur et mes envies de destruction. Je mordis à pleine dent dans le sachet et aspira le sang prodigieusement vite. J’en fis de même pour l’autre. Puis ma respiration reprit son cours. Les gardes me lâchèrent progressivement et je me relevai. Mon visage « avait repris des couleurs » et mes yeux étaient redevenus verts émeraude. Je m’assis lentement, mon corps en tension me laissant des crampes et je plongeai mon regard dans celui de la lieutenant.

- Je suis prêt à quoi ? Quitte à être humain autant l’être jusqu’au bout. Je suis prêt à le pourchasser jusqu’au bout du monde au côté des plus infâmes des humains, même s’il faut que je le récupère dans le trou de bal de notre cher Cecil Osbern. Dis-je reprenant contenance et en souriant. Et vous, Lieutenant, qu’êtes-vous prête à faire pour mettre fin à cette affaire qui vous embourbe ?
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MessageSujet: Re: {Achevé} L'ennemi de mon ennemi est mon ami Ven 17 Oct - 23:57

Clémence Destrées

Durant son entrevue avec le  commissaire divisionnaire Félicien Malescot, un vampire évidemment,  l'attention de Clémence.avait été amplement sollicitée par deux faits portés à sa connaissance.
 Malescot était de l'espèce vampire hautain et impassible. Il s'adressait  à ses  subordonnés, quelle que soit leur espèce,  sur le même ton glacialement poli et d'une neutralité affective totale. Les vampires l'appelaient entre eux Le Glaçon, c'est dire, et les humains "PF",  pour Pissefroid, surnom qui d'ailleurs pouvait d'une certaine manière convenir à tous les crochus. Seules ses qualités professionnelles l'empêchaient d'être détesté. Ou plutôt, on le détestait tout en le respectant.
Le commissaire se tenait droit derrière son bureau. Il avait un visage de consul romain , régulier et sévère, cheveux courts coupés droit sur le front..Clémence ne se souvenait pas de l'avoir jamais vu se lever, se déplacer lors d'une entrevue..Il posait ses mains croisées sur le sous-main devant lui et sa voix déroulait ses phrases avec un calme parfait.
Malescot s'était d'abord montré réticent à l' idée d'utiliser le vampire trafiquant. Il avait reçu des compléments d'informations sur le dossier. La demande d'enquête supplémentaire sur Tracy Fenger avait, durant la nuit, fait exhumer des archives médicales disparates et incomplètes, datées pour certaines de sa dernière année de vie en l'an 2000 .
Il lui avait tendu deux feuilles de rapport en lui disant :

-Vous verrez le détail...Fenger a été diagnostiqué schizophrène peu avant sa  transformation. C'est une copie partielle de son dossier médical, récupéré par un psychiatre quelques décades plus tard  et annoté..Le gouvernement de l'époque avait décidé de recenser les vampires potentiellement dangereux en raison de leur état mental au moment de leur transformation. L'expert met en doute la schizophrénie diagnostiquée chez l'homme Fengler mais conclut pour sa part à un TDI .

Clémence ne cille pas . Elle sait ce que sont les troubles dissociatifs de l'identité. Et connait  aussi cette manie de Malescot de tester le niveau de ses subordonnés sans poser directement de question. Le petit silence qui suit est sans doute en rapport avec sa récente demande pour un stage de  psychologie criminelle classe B, en principe réservé aux lieutenants ayant plus de cinq ans d'ancienneté dans le grade or elle n'en a que quatre.
Le commissaire est un liseur de regards. S'il pense qu'elle fait semblant d'être au courant, il va la mettre en difficulté par une remarque qui la contraindra de révéler son ignorance. C'est très difficile de se comporter normalement avec ce regard sur elle, tout à la fois scrutateur et inexpressif . Mais il a poursuivi du même ton égal :

-C'est une des raisons qui me font considérer la collaboration de Fenger comme peu fiable, voire dangereuse. Nous pourrions nous contenter de filer ce Baxter Finnes. Il n'a pas été difficile à identifier : inscrit sur le registre des artisans comme  "entrepreneur de services funèbres" . J'ai envoyé surveiller discrètement l'immeuble dès l'adresse connue. Il n'est pas rentré à son domicile, c'est à peu près certain. Mais enfin, c'est un bon point de départ pour repérer les habitudes du suspect.
Fengler est déjà connu comme trafiquant de drogue, ce que nous tolérons pour les raisons habituelles..  Il s'est trouvé mêlé à des meurtres  qui ont été classés.  Le voilà etiqueté  instable mentalement. A-t-on vraiment besoin de lui ?


Petit silence. Clémence ne bronche pas. Ce n'est pas à elle de répondre à cette question. Le commissaire poursuit :

-Mais c'est votre enquête. Agissez selon votre idée pour retrouver Baxter Finnes. De toutes façons, si votre suspect n'est pas seulement un magouilleur d'argent, mais aussi un tueur en série, vous ne travaillerez plus seule sur le dossier. Un contrôleur général va être chargé de l'affaire dans son ensemble, chapeautant toutes les enquêtes en cours concernant ces doubles décès suspects.


Clémence s'y était attendue mais ce n'est pas agréable à entendre.. Même avec la protection occulte de Léonie, sitôt qu'une affaire passe à la vitesse supérieure,  Messieurs les vampires prennent les commandes.
En longeant le couloir puis descendant l'escalier, la vieille rage lui  était remontée entre les dents. Perpétuelle frustration.  Elle parviendrait peut-être au grade de capitaine dans cinq ans mais pour passer commissaire, il lui faudrait prouver des dons exceptionnels et pour cela, il faudrait déjà arriver à ce qu'un lieutenant Wogen ou autre ne lui souffle pas  les bonnes affaires sous le nez sitôt qu'il aura dépassé sa période de probation.  Et ces limites d'âge, évidemment, ils n'en avaient rien à foutre avec leur présent perpétuel. Mais elle ne lâcherait rien sur Baxter Finnes . C'était à elle que le commissaire avait remis le dossier Fenger et elle se sentit remplie de détermination.
La mise en garde de Malescot  sur le caractère dangereux du personnage ne valait rien. Il fallait  que ce Fenger l'épaule, et qu'elle ait un vampire lié à elle non parce que ses supérieurs en avaient décidé ainsi mais parce qu'elle le voulait, elle. Il était évident que Woglen ne lui obéissait que parce que la hiérarchie vampire l'y obligeait mais qu'il la méprisait en tant qu'humaine.
Quant à Fenger, schizo ou TDI,  querelle d'experts, elle n'en avait rien à cirer. Tous les vampires étaient barges à des degrés divers. Fallait les voir avec leurs fringales d'hémoglobine, prêts à  déchirer la première gorge  qui passait. Elles étaient belles, leurs manières de créatures supérieures et leurs chichis d'esthètes. Pissefroid sirotait peut-être sa prise de sang avec une paille mais si on lui retirait  sa dose, il deviendrait furieux comme les autres. Tant que Fengler ne délirait pas, il était bon pour le service. Son service.

Certes, ce vampire était exaspérant .. D'accord, question force physique, il semblait être des plus doués mais aussi certainement du côté de la perversité, de la surestimation de l'ego, persuadé qu'il était, parce qu'il fournissait de la drogue et des produits illicites à quelques humains et  vampires d'être une sorte de Fantomas étendant son ombre maléfique sur la ville entière.  Les clients  humains capables de se payer ces denrées de luxe, y compris l'alcool, d'ailleurs en vente libre du moment qu'on avait l'argent, ces clients étaient une minorité – presque tous issus de la jetset des Collaborateurs navigant dans le sillage immédiat du Cercle ou bien protégés par quelques vieux Vampires richissimes comme ce Basarab. Tiens, elle se souvenait  maintenant d'où elle l'avait croisé. Ce ridicule incident au Luxembourg, avec un vampireau prétentieux  et cette fille qui piaillait de peur tout en prenant de grands airs ! Clémence ne l'avait défendue que par solidarité d'opprimées. Et le seigneur vampire qui voulait à toute force se faire admirer ! et l'idiot en bonnet, un humain cependant, qui applaudissait cette musique de dégénéré.  Pffftt !
Donc, Fenger avait sa petite clientèle d'humains fortunés et du côté des vampires, ce ne devait pas être plus brillant mais pour d'autres raisons.
Les vampires qui avaient gardé de leur vie mortelle du goût pour les substances disons fortes, avaient évidemment le choix entre plusieurs sources.  Fengler ? un parmi les autres, y compris des vampires bien sous tous les rapports qui rapportaient des pays encore producteurs  leurs  petits paquets festifs entre un peu de bon café et du tabac qui ne sentait pas le pissenlit comme celui du Cercle.  Tout cela n'était pas très grave. Un peu de fraude fait partie des plaisirs de l'existence et chasse l'ennui.
D'autant que pour eux,  il n'y avait pas de risque de manque. Si le soir, Dracula n'avait pas eu sa dose, il lui suffisait de se mettre au dodo. Le lendemain, il se réveillait clean et guilleret, l'oeil clair et l'esprit lucide.

Sauf bien sûr, s'il s'agissait d'un futur infant qui avait clamsé en manque sévère, et donc était condamné ad vitam aeternam à y demeurer. Mais c'était rare et en plus, la plupart ne faisait pas long feu. Vous imaginez ça ?  Se réveiller tous les matins dans une crise de delirium  ou de sevrage brutal, le corps noué de crampes, la conscience affolée, condamné pour des siècles à l'angoisse de la mort  imminente ? Ils devenaient fous, furieux, attaquaient le premier  "sancho" venu et rassasiés d'hémoglobine, continuaient cependant à  souffrir, incapables de changer quoi que ce soit à leur état au moment de leur mort. La dépendance dégradante et qui met le dépendant à la merci de son fournisseur, ce n'était pas possible pour des immortels autorégénérants. Sans respiration et sans circulation sanguine, les substances psychotropes ont peu d'effets addictifs.. Les amateurs buvaient et sniffaient pour le goût, pour l'odeur, pour le geste, un vague souvenir inscrit dans les neurones. La seule drogue dont ils étaient dépendants, c'était le sang, le sang bien rouge, fumant et chaud, jaillissant en saccades de l'artère tranchée jusqu'au fond de leurs gosiers de fauves. Le seul vrai commerce de drogue dans le monde des vampires, c'était la vente de ce sang aux trop occupés pour chasser ou aux délicats faisant des manières..Combien vous me refilez pour une petite demoiselle innocente et stupide qui veut avoir des sensations ? Je vous la livre demain soir, avec un supplément si c'est à domicile.
Çà, c'était défendu et sévèrement puni. Le Cercle n'avait pas mis au point le système des parcs à esclaves pour se faire doubler. Clémence n'avait rien vu dans le dossier Fenger concernat ce genre  de délit. Elle vérifierait quand même. Il semblait avoir passé à travers bien des filets. Apparemment, il n'avait pas été repéré non plus pour le trafic d'argent, aujourd'hui manifeste, et c'était par là qu'on le tenait. Le Silver, les backdemons, ça c'était du juteux , par exemple pour les rivalités entre vampires amateurs de coup en dessous,  et encore plus.pour  les clandestins friqués,  les chefs de hors-la-loi, les chasseurs de vampires.  Si ça se trouvait, Fenger en vendait à des intermédiaires du Comité..
A côté de l'argent, le trafic de drogues, ça n'allait pas loin  dans le monde actuel,  même si  le Cercle ne voulait pas trop de drogues  ni d'alcool chez ses humains. Ça ne lui rapportait rien et  lui abîmait des  serviteurs utiles, susceptibles de se reproduire pour grossir le cheptel des maîtres et renouveler les rangs des immortels. Mais  des amendes suffisaient bien. Par contre  le trafic d'argent, alors ça, ce n'était pas tolérable et Fenger serait condamné à mort. Osbern les lui ferait bouffer, ses backdemons.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Elle était donc rentrée dans la salle d'interrogatoire, partagée entre la satisfaction immédiate d'avoir obtenu le feu vert pour suivre son idée et l'rritation d'apprendre qu'elle allait perdre l'exclusivité de son affaire.
Fenger semblait bien excité lui aussi. Cependant, elle lui avait aussitôt posé la question  qui lui ferait comprendre à demi-mot ce qu'elle lui proposerait ensuite en clair  quand il lui demanderait des précisions. Méthode classique pour amener celui dont on veut forcer la collaboration à croire qu'il collabore parce que lui-même en a envisagé la possibilité, que l'autre n'est pas seul à mener la barque .Mais Fenger s'agitait et....  Non !  Il avait encore faim ? Clémence poussa un soupir d'exaspération, rappela d'un geste les vampires au cas où l'autre deviendrait violent et se dirigea vers le  frigo de secours où elle prit  deux poches qu'elle plaça dans le sac chauffant.  Elle était belle, la race immortelle ! Quelle cuisine !

Mais il était temps, les gardes  commençaient à devoir lutter pour le maintenir sur sa chaise et il se jeta sur les poches comme un  furieux. Elle alla chercher le rouleau d'essuyage pour quand il aurait fini.
C'était très ennuyeux  pour ses projets.  Il n'aurait pas dû avoir faim de cette façon animale  après ce qu'il avait reçu depuis son arrestation.

Sitôt qu'il fut  redevenu normal , si on peut dire, il retrouva sa virulence et sa hargne non dissimulée. Clémence se rassit à son bureau, glissa le rapport donné par Malescot dans le dossier Finnes et non dans le dossier Fenger, car elle ne l'avait pas encore lu et ne voulait pas qu'il pense avoir un droit sur le sujet.  Puis laissant les vampires faire le ménage, elle dit d'un ton placide :

- Vue de mon côté, cette affaire est en très bonne voie . Je vais passer à l'étape suivante maintenant que nous avons le nom exact de votre client ; enfin, exact sous réserve de vérification, mais notre agent sait très bien identifier de faux papiers au premier coup d'oeil . Il faut dire qu'avec les moyens dont les humains disposent, le métier de faussaire est devenu très très difficile.  Et voilà ma proposition . Vous êtes évidemment mêlé au milieu du trafic d'argent et vous savez que si nous vous remettons ce soir au Ministère de la justice du Cercle, vous n'aurez ni procès ni recours . Les traîtres sont exécutés sur simple décret ministériel , contresigné par le Roi des Vampires, sa majesté Cecil Osbern, lequel ne se fait jamais prier en vain. L'exécution est immédiate : balle dumdum d'argent dans le coeur. Pof !

Elle  se tut un instant, sourit aimablement et conclut :

-  Mon chef n'était qu'à moitié d'accord mais il  me donne carte blanche pour vous éviter les désagréments qui vous pendent au nez. Il vous suffit de répondre positivement à cette simple question :Voulez-vous être mon indicateur ?
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MessageSujet: Re: {Achevé} L'ennemi de mon ennemi est mon ami Jeu 20 Nov - 13:01
Le temps s’était donc écoulé sans que je m’en aperçoive. Se pourrait-il vraiment que ce monde puisse vivre sans moi. Se pourrait-il que je sois mis à mort comme le premier vampire venu malgré l’importance que j’ai dans cette société ? Cette importance que je m’accorde est-elle réelle ou bien usurpée ? Autant de question dont il fallait que je trouve des réponses. Mais pas maintenant, ce n’était pas le moment. Le silence que j’avais fait peser dans ma réflexion me frappa et je clignai des yeux pour revenir à l’instant présent. La lieutenant attendait patiemment que je réponde à sa question l’air engageant. Ai-je vraiment le choix ? J’avais l’impression que cette scène avait été créé de toute pièce, la mort ou être l’outil d’une humaine. Il n’y a pas si longtemps j’aurais préféré me donner la mort moi-même plutôt qu’être forcé de venir en aide à l’espèce inférieure. Aujourd’hui encore je rechignerai à le faire. Mais il aurait fallu être aveugle pour ne pas voir que les choses bougent. Cela ne fait pas longtemps pourtant mais le double choc des meurtres en série à l’argent de Baxter Finnes et de l’arrivée de la chasse de Brancia n’était pas passé inaperçu et je ne doutais pas du lien qui liait ces deux événements. Je fronçai les sourcils et soupira. Je n’avais pas d’alternative et quand bien même je devenais l’outil d’une humaine, travailler avec elle me rapprochera plus rapidement de Finnes que si je le faisais tout seul et ma vengeance pourra être accomplie plus tôt.

- J’accepte votre requête, lieutenant. Vous n’êtes pas sans savoir que cela me froisse de devoir collaborer. Mais comme vous l’avez dit, il sera plus aisé de mettre la main sur Baxter Finnes ensemble que séparément. L’ennemi de mon ennemi est mon ami, n’est-ce pas.

Je me surpris à sourire, je m’engageais dans un monde inconnu et en éprouvais du plaisir, moi qui pendant ses deux siècles étais resté dans une routine, certes amusante mais monocorde, je me réjouissais de me balader dans l’inconnu, non pas par curiosité, mais par la myriade de possibilités que cela engendraient, de portes qui s’apprêtaient à s’ouvrir. Bien sûr que je serais sous les ordres de cette humaine, mais pendant un temps. Il viendra le jour où Baxter Finnes sera capturé et là je reprendrai le contrôle. Il ait des choses que la police sait mais il y en a bien d’autres qu’elle ignore. Et dans les bas-fonds de Paris, l’ordre est régit par le plus fort. Et le plus fort c’est moi.

- Je suppose que je dois signer un contrat ou quelque chose du genre ? Je ne suis pas commun à ce genre de procédure.

Je baillais négligemment, non que la situation soit ennuyeuse mais le repos prolongé de mes muscles entraînait mon corps dans une douce torpeur. Je fis frémir mes muscles pour les réveiller et posa mon regard dans celui de la lieutenant. Qu’est-ce qui a pu motiver cette jeune femme à faire de moi son indic plutôt que de m’envoyer dormir dans une tombe pour toujours ? Quitte à aller à l’encontre du commissaire divisionnaire qui devait être un vampire. Je garderais cette question pour plus tard.

- Maintenant que j’ai accepté votre offre. Par où je commence ? Je n’aime pas les histoires qui traînent et les enquêtes sans rebondissement, puisque je suis votre homme pour cette affaire, donnez-moi les indications qui me sont nécessaires pour cela. Ah oui et, comment nous communiquerons ? Si je suis votre indic et donc en collaboration avec la police, cela ne veut pas dire pour autant que j’ai envie de faire passer les informations que je récupère par une tiers personne pour qu’elles vous soient finalement communiquées. Peut-être avez-vous un téléphone portable ?
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MessageSujet: Re: {Achevé} L'ennemi de mon ennemi est mon ami Jeu 4 Déc - 12:46
Clémence n'eut que le temps de rattraper un sourire de triomphe. Le vampire avait accepté ! Elle l'avait coincé, soumis à sa volonté. Clémence en fut remplie d'une intense satisfaction où se mêlaient orgueil et esprit de revanche. Avait-elle été assez humiliée lors de cette équipée à l'Assemblée alors qu'elle croyait réaliser une opération toute en finesse et stratégie ! Le succès de son entreprise montrait que par la force de son intelligence et de sa détermination, elle pouvait manœuvrer un de ces soi-disant maîtres du monde. Oui, ils avaient le pouvoir politique fondé sur la terreur et certaines aptitudes physiques ou sensorielles  qui, individuellement, assuraient leur supériorité. Mais leurs passions restaient humaines et leur raisonnement n'était pas plus fiable que celui des mortels. Il y avait des vampires très intelligents et d'autres complètement stupides, des vampires compétents et de sinistres incapables. Leur seule supériorité intellectuelle était qu'ils pouvaient accumuler une fabuleuse somme de connaissances s'ils s'en donnaient la peine, bien que à la longue, il dût y avoir des risques d'encombrement de la mémoire,  ce qui expliquait la lassitude qui s'emparait des très vieux vampires, surtout s'ils n'avaient pas de fortes personnalités.
Elle arriverait à réaliser ses ambitions : elle deviendrait commissaire  divisionnaire. Les humains atteignant ce rang n'étaient qu'une poignée. Elle ferait partie du lot avec l'appui de  Léonie qui semblait décidée à la pousser au premier plan, si elle ne commettait pas d'erreur. Elle  s'adresserait aux bonnes personnes, se ferait remarquer par l'Inspection  Générale. Elle serait peut-être la première à...

Un vertige brusque lui fit soudain perdre le contrôle de sa pensée. Ce fut bref  mais très déplaisant. Un instant, elle fut incapable de focaliser son regard sur  Fenger et sentit une brusque angoisse lui serrer la gorge. Dans son excitation d'avoir obligé un vampire à lui céder, cette trahison de son corps lui parut insupportable, une douche glacée sur la jubilation éprouvée en entendant le trafiquant admettre sa défaite, accepter une collaboration dont elle tirerait les ficelles.
Cachant  son trouble, elle passa une main rapide devant ses yeux comme pour repousser une mèche de cheveux, espérant que Fenger n'avait rien vu . Ce n'était pas le moment de perdre son aplomb, de paraître fatiguée. Le visage muré dans une impassibilité qu'elle jugeait propre à impressionner ceux qu'elle interrogeait, elle vit que Fenger avait repris son assurance et souriait  pour lui-même  aux idées qui lui venaient. Compte tenu de l'ego hypertrophié de l'individu, il devait déjà avoir interprété les circonstances en sa faveur, prévu qu'il  saurait la manipuler et ne doutait pas une seconde  que sa défaite actuelle n'était qu'apparente et et que ce serait lui qui triompherait en fin de compte.
Il eut l'inconscience de parler de contrat. Un contrat ?  Devant notaire peut-être ?  Un contrat suppose la liberté des deux parties. Elle le forçait à collaborer, sinon, il serait exécuté. C'était du chantage, oui, et non une embauche à l'Agence de l'emploi. Il voulait peut-être un salaire et des garanties pour ses congés payés ?
Elle allait lui répliquer vertement quand de nouveau, le vertige la reprit et cette fois-ci, elle sentit l'affolement poindre  au creux de sa poitrine ; elle était malade, juste au moment où il ne le fallait pas, au moment où elle avait obtenu ce qu'elle voulait du chef  et fait céder ce malfrat qui se croyait intouchable. Elle se leva, s'appuyant des deux mains sur la table pour retrouver son équilibre ; la nausée montait en elle comme une vague insidieuse et fade. Elle eut un frisson, se contint par un sursaut de volonté et parvint à fixer son attention sur les paroles que Fenger prononçait.
Il voulait  agir tout de suite et semblait décidé à ne travailler qu'avec elle. Tant mieux. Elle avait craint un instant qu'avec la morgue habituelle des buveurs de sang, il n'exigeât de n'avoir comme interlocuteur qu'un de ses congénères. Mais non, il voulait seulement un portable pour lui passer directement ses informations. Elle tenta de répondre bien que le malaise qui l'étreignait s'accentuât, devenant une fièvre sourde qui lui faisait monter le sang aux joues.

-Oui, un portable, certainement.. je vais voir.. je crois que j'en ai un au vestiaire . Je vais aller le chercher.

Elle fit un signe aux vampires de garde en murmurant un vague"je reviens"
Il n'était pas question qu'elle signale combien elle se sentait mal. Jamais elle ne tolérerait de paraître faible dans l'exercice de ses fonctions. Elle était une battante, faite pour diriger et être obéie, non pour être assistée et plainte. Elle connaissait les remarques apitoyées ou venimeuses qui couraient chez ses collègues masculins dès qu'une femme n'était plus à la hauteur de sa tâche. Et puis lui portait sur les nerfs cette santé insolente que la plupart des vampires étalait avec une fatuité goguenarde.... Raidissant le dos, elle s'avança vers la porte, dents serrées, tendue dans sa volonté de faire plier cette saleté qui lui tordait l'intérieur.
La porte se refermant derrière elle fut comme le signal de la déroute et elle tituba plus qu'elle ne marcha vers les vestiaires. Elle allait prendre un verre d'eau et un fébrifuge, c'était la grippe peut-être.. la typhoïde ou une de ces fièvres liées au manque d'hygiène des zones mal contrôlées, la malaria des Squats ? Quelle malchance ! Ou alors un empoisonnement …..  De pâle, elle devint livide. La morsure.. Tout se brouillait ; elle  parvint à son placard, il lui fallait son fébrifuge et comme elle entendait des pas qui s'approchaient, ne voulant pas qu'on la vît dans cet état, elle  fit un ultime effort pour rejoindre les toilettes et s'y enfermer. Mais elle n'en eut pas le temps. La  secrétaire qui entrait la vit chanceler puis s'effondrer sans un cri.

Quelques minutes plus tard,  Clémence Destrées était emportée par les secours et conduite aux urgences.

Il y eut une discrète agitation, quelques allées et venues  dans les couloirs puis un officier de police entra dans la salle où Tracy Fenger attendait. Ses gardes étaient debout, l'air impatienté. L'arrivant se dirigea vers eux et leur murmura  quelques mots puis il fixa le prisonnier d'un air froid :

-L'interrogatoire  est terminé pour aujourd'hui.

Sur ce il sortit. L'un des vampires soupira en haussant les épaules :

-Ah ces bonnes femmes ! Toujours des histoires .


Puis il s'approcha  de Fenger :

- Le lieutenant  a dû s'absenter. Un malaise . On va te remettre en cellule et  demain  le commissaire avisera.
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{Achevé} L'ennemi de mon ennemi est mon ami

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