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Le temps d'une nuit [Darkan]

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MessageSujet: Le temps d'une nuit [Darkan] Mer 13 Mai - 21:51

Montrouge, square Renaudel. C’était ma prochaine destination, là où Darkan et sa Chasse avaient élu domicile durant leur voyage sur Paris. Si j’étais arrivée avec le Seigneur, à dos de cheval en sa compagnie, là j’allais devoir trouver un autre moyen pour atteindre mon objectif. Je n’avais pas de voiture, je ne savais même pas conduire, ce n’était pas ce genre de choses dont avait besoin ma communauté et son peuple. Avec le plan que j’avais en ma possession, Montrouge se trouvait à environ une dizaine de Kilomètre de Paris. Je rangeai toutes mes affaires dans ma besace et je refermai la porte de la chambre que j’avais louée depuis quelques jours à l’Auberge "Au loup qui dort". Je saluai la dame qui avait été très gentille, sous le regard ronchon et observateur de son mari. Elle me souhaita une bonne continuation avec l’espoir de me revoir si je repassais par là. Peut-être que je reviendrai par ici. C’était un endroit discret et les Vampires avaient plus à s’occuper que d’une vieille auberge qui paraissait se fondre dans le décor et devenir complètement invisible pour beaucoup. C’était peut-être pour cela qu’il y avait peu de clients. Ma nuit avait été mouvementée. J’étais revenue d’une ballade pour tenter d’apercevoir de nouveaux Lycans, dénicher des renseignements et j’avais eu cette sensation inquiétante, qui me vrillait le corps, d’être suivie toute la journée jusqu’à ce que je passe la porte de l’Auberge. Une aura dangereuse et menaçante qui ne m’avait pas quitté et pourtant, je n’avais vu personne. Mes sens nouveaux me jouaient peut-être un tour. Je ne  savais pas vraiment les maitriser. J’avais eu beaucoup de mal à m’endormir, me retournant encore et encore dans mon lit pour ne trouver le sommeil qu’au petit matin. Je m’étais réveillée en début d’après-midi sachant que je n’avais plus beaucoup de temps devant moi, quelques heures avant que le soleil ne se couche. Voilà pourquoi je n’avais pas perdu de temps et que j’avais filé dès que possible de l’auberge.

Il me restait encore de l’argent pour prendre un billet de train. Du moins cela ressemblait à un  vieux train qui faisait un vacarme monstrueux lorsque la machine accosta dans la gare alors que j’arrivais d’un pas pressé. Il n’y avait aucun autre moyen de transport que celui-ci pour me rendre à Montrouge. Le trajet serait rapide, une vingtaine de minutes. Une fois sur place, je n’aurai plus qu’à chercher ce square. Toute une Chasse avec ses guerriers, ses yourtes et ses chevaux seraient de toute évidence assez facile à trouver avant la tombée de la nuit.  Je m’installai dans un wagon près du passage qui le reliait à un autre. Prévoir tout danger et pouvoir me déplacer d’une voiture à une autre, c’était me donner au moins la chance d’échapper à des Vampires même s’il faisait encore jour. Je posai ma tempe contre la vitre, et le train redémarra dans le même tumulte qu’à son arrivée. La machine prit de plus en plus de vitesse et le paysage défila sous mes yeux, m’éloignant de Paris et de ces derniers jours que j’avais vécus ici. Malheureusement, je n’apportais rien de bien nouveau à Darkan. J’avais juste la preuve que d’autres Lycans étaient bien présents et cette sensation angoissante d’être suivie. En me remémorant ce que j’avais vécu hier, je me redressai sur mon siège, fermant mes yeux pour tenter de percevoir cette présence. Mes sens ne s’affolaient pas. La menace n’était donc plus là. Peut-être qu’elle n’avait jamais existé. Pourtant, j’avais comme un mauvais pressentiment qui ne m’avait pas quitté depuis hier. Le wagon où je me trouvais me paraissait paisible et je me forçai à taire mon inquiétude. Je serais bientôt arrivée à Montrouge.


Le soleil déclinait lentement, mais il me restait encore du temps devant moi pour trouver la Chasse. Le train se mit à ralentir et freina peu à peu avant de s’immobiliser totalement. J’étais arrivée à ma destination sans encombre.  Lorsque je sortis du wagon, je me retrouvai sur un quai aussi peu entretenu que certains quartiers de Paris. Les petites boutiques commençaient à fermer, signe que les créatures de la nuit feraient leur apparition rapidement. Je ne devais pas perdre de temps.  Un plan de Montrouge était affiché sur un vieux mur  et je cherchai le square Renaudel. D’après ce que j’avais sous les yeux, j’étais à environ une demi-heure de ma prochaine destination. Je me mis en route, longeant des rues qui paraissaient se désemplir. Je n’étais pas rassurée et j’accélérai mon pas pour éviter qu’on ne pose sur moi des regards trop curieux. Je serrai contre moi ma besace, accélérant encore bien plus mes pas. Je me guidais aux noms des rues que j’avais mémorisés sur le plan. Les minutes s’écoulaient et le ciel s’assombrissait. Même s’il était encore clair, le soleil annonçait ses dernières lueurs.


Et puis soudain tout tourna autour de moi. Une impression de vertiges et de nausées se bousculaient dans ma tête, dans mon corps. Je dus me retenir au mur pour ne pas vaciller. Ma tête me faisait mal, j’avais la sensation étrange que mes tempes allaient exploser. Ce sentiment de peur me transperça. De nouveau. Cela recommençait comme hier. Je m’adossai au mur pour essayer de voir autour de moi, tenter de retrouver une respiration mon erratique, mais ma vue se brouillait de plus en plus. Un sixième sens qui m’indiquait que le danger était tout proche. Je devais reprendre ma marche. C’est avec difficulté et en regroupant toutes mes forces que je me remis en route. Je ne devais pas me retourner ! C’était ma survie qui était en jeu. A l’intersection d’une route, un panneau m’indiqua la direction du square. Je n’étais plus très loin, mais arriverai-je à temps … Mes jambes tremblaient et je courrai, pas très stable sur celles-ci, malgré cela, je devais atteindre la Chasse de Brancia. Je bifurquai sur ma droite, cette-fois, toujours en inspectant les panneaux d’indication. Au loin, je pouvais apercevoir des chevaux comme sortis de nulle part, des tentes, des yourtes … des guerriers. J’y étais presque. La sensation de peur ne me quittait pas. Une ombre qui se déplaçait en même temps que moi, qui guettait mes mouvements, se calquer sur mon avancée. Je pris appui sur un petit banc, mais il n’était pas question que je me pause. C’était trop risqué. L’étourdissement s’amplifiait, pourtant je devais lui résister. Je repris ma marche et plus j’avançai, plus le square me paraissait loin … si loin. Ce n’était qu’une impression due à ma faiblesse. Je n’avais plus la notion du temps, marchant sans cesse vers ce terrain et ses tentes familières. Quelqu’un me bouscula, ou bien c’est moi qui bousculais.

- Hey ! Vous êtes la protégée du Seigneur Darkan !

A ces mots, je me concentrai sur le visage de cet homme … de ce vampire. J’en avais reconnu l’aura comme lui avait reconnu ma nature.

- S’il vous plait … amenez-moi à votre Seigneur …

Dans mon périple, j’avais eu la chance de ne pas être tombée sur Fédor qui n’aurait même pas levé le petit doigt pour m’aider. Ce vampire-là sentit ma faiblesse et ma frayeur. Il prit sur lui et son dégout de ma nature Lycane de passer un bras autour de ma taille pour prendre appui sur lui …

Tout vint alors noir. J’avais dû perdre connaissance car lorsque j’ouvris enfin les yeux, j’étais à l’abri sous une yourte, allongée dans un lit. On m’avait retiré ma cape et mes bottines. On m’avait laissée mes vêtements : ma chemise et mon pantalon. Je portai la main à mon front, les douleurs étaient encore bien présentes comme si j’étais passée sous un rouleau compresseur. Ce n’est qu’ensuite que je me rendis compte que je n’étais pas seule … Un visage familier se dessina au-dessus de moi ainsi que mon sourire, soulagée.

- Seigneur … Darkan …
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Darkan Lupu
MessageSujet: Re: Le temps d'une nuit [Darkan] Dim 9 Aoû - 21:11


L'attente seyait peu à Darkan Lupu. Et pourtant il y était contraint depuis son arrivée aux portes de Paris. Il attendait qu'Osbern daignât lui faire savoir que l'expédition pour Brancia était organisée et lui communique les détails de l'itinéraire suivi par les émissaires désignés pour accomplir les desseins de Mentis Irae, itinéraire qu'il suivrait à distance afin de mener ses propres projets. L'homme était inscrit dans l'action, le loup et le vampire tout autant. En Darkan, les trois natures s'impatientaient d'égale manière. Le Vampire, quant à lui, rageait d'être vassalisé par Cecil Osbern qui le cantonnait à Montrouge afin de ne pas affoler la population urbaine par le déploiement d'une suite guerrière. Tout barbare qu'il fût, Lupu  avait bien lu entre les lignes que ses hordes féodales étaient indésirables dans l'écrin de raffinement du centre de la Cité. Il avait jeté la missive royale d'un geste rageur et celle-ci s'était envolée portée par le vent chaud de la fin de printemps. Un jour, il étalerait à la face du monde la grandeur de la Maison Lupu et la culture moldave rayonnerait sur l'Europe toute entière. Les Vampires, élevés au rang d'Humains Immortels ne seraient plus vus comme des monstres mais les chasses régulées leur permettraient de se nourrir en toute dignité. Les Humains ne seraient plus traités comme des vermines mais comme des proies dignes de respect. A moins qu'il accède à l'idée de certains de ses conseillers les plus modérés de pratiquer l'élevage et de ne plus tuer leur source de nourriture. Cela lui répugnait car s'apparentant encore trop à ce qu'Osbern avait lui-même mis en place. Cependant, on ne parlait plus de parcage dans des stabulations bétonnées mais d'Humains vivant au sein de la Chasse et protégés, nourris, soignés avec la même attention que les chevaux eux-même. Les Humains de la Chasse seraient ainsi nourris, logés, défendus des dangers. Cette utopie, bien que terriblement féodale et monstrueuse, émergeait depuis un certain temps parmi les Sages du Clan les plus modérés. Darkan, longtemps opposé à une quelconque compassion envers les Humains, commençait à prêter une oreille plus attentive à cette faction de son conseil. Le moment venu, la force d'un vampire contre l'autre se mesurerait non seulement à ses guerriers mais aussi à ses vivres. Les Humains, pas tout à fait stupides, choisiraient toujours les meilleures conditions de vie.

Mais les plus radicaux de ses Bannerets s'étonnaient de cette apparente compassion pour l'engeance humaine et il ne fallut pas longtemps pour qu'on attribue ce ramollissement à l'arrivée dans le Clan d'une Humaine pas tout à fait humaine. La vérité était que cet assouplissement avait deux origines. Malgré ses airs primaires, Darkan était tout sauf obtus. Il était juste le fruit d'une culture et d'une éducation que la traversée des âges avaient rendues obsolètes. Mais en homme brillant, il s’efforçait de compenser ce handicap en prêtant une oreille attentive à tout ce qui se disait autour de lui. Ainsi ce fléchissement dans la gestion du cheptel humain résultait-il autant d'une prise de conscience qu'il fallait rassembler des vivres de qualité  pour affronter les années de guerre qui s'annonçaient à l'horizon. Darkan croyait en la devise du peuple magyar. "La poignée d'orge, la caresse sur l'encolure, c'est sur le champ de bataille que ta monture te le rendra." Qu'étaient la totalité des Vampires sinon des Humains transformés ? Darkan faisait exception en l’occurrence mais sa particularité ne devait pas l'aveugler. Bien au contraire, elle devait le porter au dessus de la mêlée. Osbern n'était que Vampire, transformé par une petite poupée alors qu'il était en rut contre elle, probablement. Darkan, lui était un Loup, transformé par ... par tout autre chose qu'un simple vampire. Et il l'avait été pour une cause bien plus noble. Sauver son frère. Il avait été choisi par cette Entité supérieure. Il était le carrefour de toutes les puissances, de tous les pouvoirs. En cela, parce qu'il était le réceptacle de toute cette puissance unifiée, il se devait de garder clairvoyance et libre arbitre. Son conseil lui disait que ménager les Humains sans les sacrifier pouvait valoir à la Chasse un ralliement salutaire de tous ces mortels qui cherchaient une protection en ces temps incertains. Il était prêt à prendre en considération cet argument, bien que le noyau dur de sa Garde y fût hostile.

Mais si Darkan était dans ces dispositions d'esprit plus enclines au dialogue l'autre raison était clairement la louve. Pas seulement parce qu'elle attisait un sentiment nouveau dans l'âme du guerrier. Elle réveillait aussi  en Darkan la nature qu'il s'efforçait de dissimuler depuis des siècles. Le temps n'était pas loin où il devrait révéler sa vraie nature au Clan et à la Chasse. Le temps n'était pas loin où il devrait aussi tenter d'établir un dialogue, ou une trêve de principe entre les Ennemis de toujours. Il avait compris depuis peu, pourquoi Mentis Irae ne l'avait pas chargé de la Quête du Manuscrit. Son rôle à lui, était de concilier l'inconciliable pour ce qui viendrait après. Une alliance entre Lycans et Immortels. Il était le seul à pouvoir réussir l'inconcevable au risque d'en mourir, condamné par les deux camps. C'était une étape décisive dans le Destin que les Dieux écrivaient pour lui au fil de ses réussites et échecs. Darkan avait une vision particulière du Destin assigné par les Dieux à chaque créature. Il prenait des libertés d'interprétation avec l'ordre Divin. Ainsi croyait-il que le livre du Destin avait un tracé mouvant au fil de la détermination des Mortels et de la sympathie qu'ils savaient susciter parmi les Divinités. Rien n'était figé et immuable. En cela, il avait une vision terriblement moderne de l'Humanité, presque existentialiste. Elle était juste dissimulée sous les fourrures.

Fourrures dont il avait recouvert avec empressement Anna Volusius quand on l'apporta plus morte que vive sous sa yourte. Le soir était venu  et elle avait choisi cette nuit pour le rejoindre. Chaque choix, chaque événement s'inscrivait dans une logique. Rien n'arrivait par hasard. Alors qu'elle tremblait, il avait recouvert son corps de son propre manteau. A présent, elle ouvrait les yeux et il lui sourit, dévoilant ses canines incroyablement pointues. Loup et Vampire...

- Bienvenue chez toi, Anna Volusius. Tu es en sécurité ici.


Il se tourna vers un esclave et l'envoya chercher un bol de soupe chaude. Pas davantage. L'estomac des Lycans était très malmené durant la transformation. Il lui prit la main avant de poursuivre un monologue à double sens.

- Tu es revenue parmi ton clan pour partager cette soirée particulière. Nous aurons à parler seul à seul et loin de toute agitation.


La lune n'avait pas encore achevé totalement son ascension. Mais Darkan sentait déjà lui -même cette pression dans ses veines. Le grondement sourd de son cœur qui allait souffrir encore une fois. Tellement de lunes pleines supportées dans la solitude depuis des siècles. Mais ce soir, il ne serait pas seul. Avant et après. Pendant, on l'était toujours. Il se pencha à son oreille.

- Je sais que tu dois être épuisée, mais je t'aiderai. Nous devons partir rapidement. Dès que tu auras avalé un peu de soupe. Je te porterai sur le chemin. Je devrais courir. J'ai repéré d'anciennes carrières à l'entrée de cette petite cité de Montrouge. Il y a comme des sortes de grottes. C'est désertique, nous y serons tranquilles.


Si un de ses vassaux avait pu percevoir les bribes de ces phrases, il aurait conclu à un rendez-vous grivois. Mais tous avaient déserté la tente, obéissant à sa demande première. Elle fit mine de vouloir parler mais il placa son doigt sur les lèvres d'une infinie douceur.

- Tu me parleras plus tard de ton épopée parisienne. Pour le moment, il faut que je t'explique comment aborder ce qui va suivre non plus comme une abomination mais un privilège. Tu n'es plus seule, puisque tu as croisé ma route. Le Kendé et moi avons beaucoup parlé en ton absence.


L'esclave reparut avec le bol de soupe fumant et s'éclipsa tout aussitôt. Darkan offrit la nourriture lui-même à Anna et tandis qu'elle se redressait, il glissa, tout de même un peu impatient.

- Alors ? Dis-moi juste s'il y en a d'autres ?

C'est alors, seulement, qu'il comprit que, plus que des nouvelles d'Osbern, c'était Anna qu'il attendait.
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MessageSujet: Re: Le temps d'une nuit [Darkan] Jeu 27 Aoû - 16:37
La peur coulait dans mes veines. Mon souffle était anarchique, les battements de mon cœurs chaotiques. J’avais peur. Cette sensation de ne plus pouvoir bouger. Cette impression d’être surveillée … Deux yeux  sombres et dangereux me fixaient par-delà les arbres et les buissons qui m’entouraient. Je m’étais endormie au pied d’un arbre avec mon livre ouvert sur mes cuisses et maintenant le soleil avait décliné et j’étais encore loin de mon campement. Le grognement se rapprochait. Cette bête était là quelque part et j’étais comme figée par l’angoisse. Lentement je me redressai sur mes jambes  tremblantes. Je n’avais rien pour me défendre, pas d’armes ou quelque chose qui pourrait faire fuir cette … chose. Et puis soudain ce fut comme tomber dans un trou noir, un maelstrom de sensations où se mêlaient la frayeur et l’effroi. Je l’ai vue sauter sur moi. Je ne pouvais esquiver une telle vitesse. Des griffes me lacérèrent l’épaule et des dents se plantèrent contre ma gorge. Ce n’était pas un vampire … C’était une créature immense à fourrure…. J’ai crié, hurlé, je me suis débattue, mais en vain …Le froid m’enveloppa et avant que je puisse me défendre, je perdis connaissance.

Je ne pourrai jamais oublier cette scène, ni la terreur qu’elle a engendré et qu’elle continue à provoquer en moi. Peut-être est-ce pour cela que mes transformations sont si traumatisantes pour moi, que je ne me souviens jamais de rien sous ma forme lycane.

Entre cauchemar et réalité, le froid que j’ai ressenti se dissipa sous une chaleur  réconfortante et rassurante qui apaisa mes soubresauts. Qu’elle était donc cette réalité que je cherchais à rejoindre ? Oui … je commençais à me rappeler lentement. Mon voyage dans ce vieux train jusqu’à Montrouge pour rejoindre la Chasse de Brancia et son Seigneur. J’y étais parvenue, je m’en souvenais à présent, mais les brumes de mon inconscience me retenaient prisonnière de ses bras. Je devais me réveiller et lutter contre cet engourdissement qui m’attirait de nouveau dans un profond sommeil.  Un combat contre moi-même. Le sommeil était parfois un refuge agréable pour oublier. Avec toute ma volonté, j’ouvris les yeux avec peine et mon regard se posa immédiatement sur un visage familier : Darkan. Immédiatement mes troubles s’atténuèrent. Je me savais en sécurité. Il me sourit et me nomma par mon identité. Fébrile, je posai  le revers de ma main sur mon front, j’avais chaud et pourtant je frissonnais encore. Je me hissai avec précaution sur mes coudes pour mieux me caler contre l’oreiller et détailler ce qui m’entourait. Il ordonna à un esclave de me préparer un bol de soupe, mais mon estomac ne paraissait pas être enclin à ce genre de nourriture car ce qui grondait en moi appelait une faim différente. Une appétence très différente qui réagit au contact de la main de Darkan  dans la mienne. J’essayais de refouler cette partie de moi, cette peur qui me vrillait même si je ne pourrai rien y faire d’ici quelques petites heures. L’avait-il devinée ?

J’avais toujours vécu mes transformations d’une part toute seule, éloignée de mon clan pour leur éviter tout danger et d’autre part, dans cette angoisse, cette douleur d’entendre mon corps se briser pour mieux renaitre sous une autre forme. Darkan connaissait mon impression et mes souvenirs sur tout cela pour les lui avoir racontés lors de notre première rencontre. Devrai-je rester ici alors que je pourrai être à l’origine de complications ? Tout m’avait poussé à rejoindre sa Chasse. Le rendez-vous qu’il m’avait donné après plusieurs jours dans Paris était important à mes yeux, mais je ne pouvais me leurrer bien longtemps. La lune qui allait parvenir à son apogée faisait partie de ce besoin de le rejoindre. Mais avais-je fait le bon choix sachant la non-maitrise que j’avais sous ma forme Lycane ? Je réfléchissais beaucoup trop et son souffle à mon oreille lorsqu’il me murmura  ce qu’il avait décidé pour nous deux. J’allais lui répondre, lui prouver qu’il avait tort en nous amenant tous les deux loin de son campement, mais il ne me donna pas le temps de m’exprimer. Il posa son doigt sur mes lèvres ce qui m’arrêta dans mon élan. La toute première fois où je m’étais retrouvée face à lui sous sa tente et que j’avais deviné sa double nature, je m’étais toujours posée cette question. Sa peau était-elle aussi froide que le Vampire qui dominait ces guerriers ou possédait-elle la chaleur  et exaltation du Lycan. Maintenant je savais …

Je fronçai les sourcils tout en l’écoutant jusqu’à ce que l’esclave revienne interrompre ses renseignements. L’humain s’éclipsa après lui avoir tendu le bol de soupe. Darkan me laissa m’installer de nouveau  dans le lit et il me le présenta.

- Merci pour tout ce que vous faites pour moi.

Une bonne odeur s’en dégageait pourtant la faim n’y était pas. Je me forçai à prendre quelques cuillères et la question impatiente qu’il me posa, démontra que si nos transformations lui étaient prioritaires, la mission qu’il m’avait confiée l’était tout autant.

- Il y en a d’autres... J’ai rencontré une Lycane, assez âgée. Elle m’a raconté que les Lycans ont reçu pour ordre de ne plus se cacher. Que leur roi marcherait en France et ferait route vers Paris. L’heure de la révélation est arrivée. Je n’en sais pas plus … Tous se dissimulent depuis de très nombreuses années auprès des humains et surtout dans des villages pour éviter que les Vampires ne les reconnaissent dans les grandes villes. Sauf que là, la donne vient de changer.

Je reposai le bol de soupe  sur une sorte de petite table basse qui se trouvait près de la tête du lit et je renversai doucement ma tête en arrière contre l’oreiller. Je fermai alors mes yeux pour tenter de revivre certains souvenirs récents.

- Il y a eu autre chose. Je ne sais comment définir cette impression. Durant mon trajet pour venir vous rejoindre, je me suis sentie suivi. Ce n’était pas par des Vampires. Je pensais que l’approche de la pleine lune provoquait ce genre de perceptions étranges. Je sais que mes sens sont plus précis, plus aiguisés sous ma forme humaine lorsque la pleine lune se fait toute proche. Je croyais ressentir simplement tout ce qui m’entourait. Mais ce n’est pas cela. Il y avait bien une présence imposante, presque malsaine. Plus encore … c’était comme si je la connaissais.

Lorsque je rouvris mes prunelles sur Darkan, j’étais désolée de ne pas lui apporter plus d’informations que prévues. C’était tellement peu sur ce qu’il espérait. Il y avait aussi un autre point sur lequel je devais réagir. Le Seigneur m’avait toujours donné cette liberté d’échanger avec lui et c’était ce que je comptais faire.

- Ne le prenez pas comme une offense, Seigneur Darkan, mais je ne suis pas certaine que m’amener avec vous dans ces anciennes carrières soit une bonne idée. Vous le savez. Je n’ai aucun souvenir de ce qui se passe durant mes transformations. Je pourrai mettre en danger votre secret. Pire ! M’attaquer à votre clan…

Je pris ma tête entre mes mains. J’entendais par moment tout ce qui se passait hors de la yourte. Mon ouïe était aussi affutée qu’une lame et cela m’empêchait de me concentrer. J’inspirai par petites bouffées saccadées pour reprendre le fil de notre conversation.

- Ma nature humaine et ma nature lycane ne s’accordent pas. C’est moi qui en suis à l’origine. On m’a agressée. C’est comme un viol … Comment pourrai-je voir cela comme un privilège alors qu’on m’a pris une partie de moi et qu’on l’a modelée d’une autre façon qui m’est étrangère ? Oui je sais ce que vous allez me dire. On ne peut revenir en arrière. Ce qui est fait ne peut pas être défait. Je dois trouver le moyen de concilier les deux et c’est cette chance que vous me donnez … Je ne sais pas pourquoi vous vous encombrer d’une femme comme moi, aussi inexpérimentée …

J’allais devoir faire un énorme travail sur moi-même. J’avais croisé la route de Nyméria qui était en accord parfait avec sa nature ainsi que Léticya, moins au fait de tout ce qui entourait son espèce néanmoins, elle était fière de ce qu’elle était.

- Que vous as dit le Kendé ? De quoi avez-vous discuté ?

Je me rendis compte tardivement que j’avais manqué à toute politesse ….

- Comment s’est passé votre séjour ici sur Paris ?
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MessageSujet: Re: Le temps d'une nuit [Darkan]
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Le temps d'une nuit [Darkan]

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